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horizontale, que l'impression du doigt n'y reste pas, et qu'elle ne fournit pas d'humeur abondante lorsqu'on y pratique des incisions. Lorsque la maladie a duré une ou deux semaines , on observe quelquefois qu'elle passe au membre sain, mais sans commencer par les parties génitales, sans occasioner de douleurs, et sans former une tumeur aussi dure. Elle attaque, au reste, indistinctement les femmes de tous les âges, de toutes les conditions, et quelle que soit l'attitude et la position dans lesquelles elles aient accouché; elle se manifeste dans toutes les saisons de l'année, et n'attaque jamais le bras ni d'autres parties du corps. On ne voit pas non plus qu'elle se termine jamais par suppuration , ou qu'elle ait d'autres suites fâcheuses; elle laisse seulement une faiblesse dans les membres, qui dure quelques mois? ainsi qu'un gonflement des jambes, qui reparait après la marche ou un autre exercice fatigant.
§. 601. Les observations que j'ai faites sur cette maladie s'accordent avec celles des auteurs. J'ai vu, comme eux, qu'elle commence par la partie supérieure des membres , et qu'elle descend peu à peu vers le pied , ce qui est exactement l'inverse de l'infiltration ordinaire. J'ai observé que les parties génitales du côté affecté partageaient l'intumescence du membre malade; j'ai remarqué de plus, que souvent la maladie coïncidait avec une tumeur abdominale que l'on pouvait palper au travers des parois du basventre, et qui paraissait avoir son siège sur le côté de la matrice et dans les ligamens larges de ce viscère. J'ai vu disparaître complètement ces deux ma-
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. ig
Iadies sous l'influence d'un traitement approprié, et quelquefois sans aucun secours de la part de la médecine. Cependant j'ai observé aussi quelques cas malheureux , et, en examinant alors les parties au moyen de la dissection, j'ai trouvé le tissu cellulaire rempli d'une sérosité tantôt lactescente et tantôt trouble et brunâtre. Je n'ai pas remarqué que les lames dont se composent les mailles du tissu cellulaire, fussent rouges et injectées ; mais je suis porté à croire qu'elles l'étaient avant que le fluide ne fût sécrété. L'infiltration elle-même se bornait au tissu cellulaire sous-cutané, et ne pénétrait pas dans celui qui est au-dessous du fascia lata* Je n'ai découvert ni obstruction des veines sanguines , ni sang caillé , ni inflammation aux parois des vaisseaux sanguins. Toutes les fois que le liquide était de couleur brunâtre , j'ai observé que la douleur et la chaleur étaient plus grandes , et les accidens en général plus prononcés; que la fièvre surtout était plus forte, et qu'elle prenait un caractère nerveux. C'est ce que j'ai particulièrement vérifié dans le cas suivant.
§. 602. Une fille de vingt-sept ans, enceinte pour la première fois, et affectée depuis le commencement de sa grossesse d'une blennorrhée vénérienne, fut reçue à l'hôpital le 1 1 Février 181 5, trois se* maines avant le terme de sa grossesse. Je profitai de ce temps pour traiter la leucorrhée, en faisant injecter dans le vagin une légère solution de pierre à cautère. Neuf jours d'injection suffirent pour supprimer l'écoulement : maisiil se manifesta une fièvre
catarrhale assez intense, qui fatigua beaucoup la malade pendant trois jours consécutifs. Les premières douleurs se déclarèrent le a5 Février au matin, et l'après-midi cette femme mit au monde un enfant mort-né, et qui n'était point parfaitement à terme. Le premier et le second jour des couches se passèrent sans accidens, le catarrhe s'était même singulièrement calmé ; mais dans la nuit du second au troisième jour, il y eut un accès de fièvre, accompagné de délire, que je pris pour une fièvre de lait plus intense qu'à l'ordinaire. Le lendemain, 28 Février, cette fièvre n'avait pas diminué, quoique le lait eût monté au sein. Le i.erMars il s'établit une diarrhée qui, quoique favorable à l'évacuation du lait, me parut néanmoins devoir être modérée, à raison de la trop grande fréquence des selles. Cellesci diminuèrent, mais le même jour sur le soir la malade éprouva des douleurs considérables dans la cuisse droite; elles furent encore plus intenses le jour suivant (2 Mars), et le membre était en même temps affecté d'œdème, ainsi que la grande lèvre du côté droit. Cet œdème n'était pas tout-à-fait semblable aux infiltrations séreuses ordinaires, il ne donnait pas, comme ces dernières, au membre une sorte de transparence, mais plutôt une couleur de cire; la partie était aussi plus chaude, et 1 impression faite avec le doigt était douloureuse et ne produisait point de fossette à la peau. La fièvre, qui jusqu'alors avait été simple, prit le lendemain ^3 Mars) un caractère grave; la tuméfaction et la douleur de la cuisse étaient devenues plus considérables, mais
sans dépasser le genou qui, sans être lui-même extrêmement enflé , était néanmoins la partie qui causait à la malade les plus grandes souffrances. C'est ainsi que la maladie marcha jusqu'au 7 Mars, jour où une diarrhée vint se joindre aux autres symptômes. Dès-lors je perdis l'espoir de sauver la malade; la cuisse resta enflée, mais l'accouchée ne se plaignit plus, elle était plongée dans un état de subdélire permanent. La chute des forces vitales allait toujours croissant; le 9 Mars la malade expira, malgré l'emploi de tous les moyens que l'art conseille dans de semblables cas.
A la dissection du cadavre, faite trente-six heures après la mort, je trouvai dans le membre malade les mailles du tissu cellulaire sous-cutané gorgées d'une lymphe trouble, ayant une couleur jaune grisâtre, et une consistance un peu plus épaisse que celle de la sérosité dans les hydropisies ordinaires r les petites lames qui constituent les aréoles du tissu cellulaire , me paraissaient un peu moins transparentes qu'à l'ordinaire ; la maladie ne pénétrait pas dans le tissu cellulaire intermusculaire: les muscles, quoique plus pâles que de coutume, n'offraient pourtant pas de changement dans leur texture; il en était de même des vaisseaux et des nerfs; les veines n'étaient point bouchées par du sang polypeux. Les vaisseaux lymphatiques ne furent point examinés, mais les glandes qui leur appartiennent, n'offraient d'autre altération qu'un léger gonflement avec quelque ramolissement dans leur tissu, et qui me semblait dépendre d'une infiltration de lymphe dans ses interstices.
Au reste, le fluide infiltré dans le tissu cellulaire sous -cutané ne s'écoulait point en forme de ruisseaux comme celui des leucophlegmaties, lorsqu'on pratique des incisions dans les parties malades ; j'en excepte néanmoins celui de la grande lèvre. Il n'exhalait pas non plus d'odeur infecte ou désagréable.
Je ne trouvai rien de particulier aux viscères situés dans les cavités splan cliniques ; la matrice était presque entièrement revenue à son volume ordinaire. Le poumon seul paraissait malade; son tissu, plus mou , était plus facile à déchirer : on eût dit qu'il avait été macéré dans un fluide, dont au reste on ne rencontrait aucune trace.
§. 603. Les auteurs ne sont pas d'accord sur la nature de la maladie qui nous occupe. Albers la considère comme une affection du nerf crural, et Joerg J comme une sciatique, d'où il leur est facile d'expliquer les douleurs que les femmes ressentent. Cependant la maladie ne suit pas la direction des nerfs • elle est d'ailleurs beaucoup trop humorale pour pouvoir être attribuée à une affection du système nerveux. Elle n'est pas non plus, comme le pense Davis, le résultat d'une phlébite , maladie dont les phénomènes et les désordres cadavériques diffèrent totalement de ceux de la phlegmasie blanche. Je ne puis y voir qu'une inflammation des lames du tissu cellulaire, qui se termine par la sécrétion d'une sérosité plus ou moins trouble. La douleur y
i Handb. der Krankh, der W^eiber.
est forte, parce que l'innervation précède l'inflammation , qu'elle produit un mouvement d'expansion dans les parties (§. 1 78), et que ce mouvement est d'autant plus douloureux, qu'il se fait plus promptement. Je pense qu'il s'opère dans cette maladie le même travail qui a lieu dans la péritonite puerpérale ; tout y est semblable , excepté le siège du mal • et c'est ce même siège qui est cause que la phlegmasie n'est pas aussi dangereuse que dans la fièvre puerpérale. Je crois qu'on pourrait désigner cette maladie par le nom & hydrophlogose cellulaire des femmes en couches.
§. 604. On rencontre quelquefois des infiltrations séreuses autour de certains foyers inflammatoires et purulens. Une sérosité citrine remplit non-seulement les petites cellules, mais elle pénètre aussi plus profondément dans les interstices de la partie malade. C'est encore un cas de phlogose du tissu cellulaire.
§. 605. Je ne puis terminer cet article, sans faire mention d'un cas de phlegmasie blanche que M. le docteur Fricke l a observé sur un homme. La maladie commença, sans cause connue, par une douleur au dos de la main; de là elle s'étendit à l'humérus ; elle augmenta peu à peu en devenant térébrante. Plus tard la partie se tuméfia, les doigts augmentèrent du double, et devinrent roides et immobiles : la peau ne changea point de couleur , mais
i Annal, der chîrurg. Ahiheil. des allgem. Krankenhauses in Hamburgj ister Band, Hamburg, 1828.
elle devint élastique, tendue et chaude. Les progrès de cette maladie étaient lents ; et lorsqu'elle fut parvenue à son maximum, elle resta stationnaire pendant plusieurs semaines. Peu à peu la tumeur diminua et finit par disparaître tout-à-fait; mais le membre fut frappé d'une rigidité qui ne cessa jamais complètement.
ARTICLE SECOND
Eviphlogose du tissu cellulaire.
§. 606. Dans cette sorte d'inflammation, le tissu cellulaire est rouge, gonflé, un peu dur et rénitent au toucher, et pourtant plus facile à lacérer; les vaisseaux qui s'v ramifient, sont plus visibles et plus injectés de sang; un liquide rougeâtre, gélatiniforme et d'une consistance sirupeuse, remplit ses aréoles. Ce liquide se condense peu à peu, se confond avec les lames celluleuses, ou du moins s'y attache tellement , qu'il est impossible de l'en séparer à l'aide de moyens mécaniques : il finit par faire masse avec le tissu cellulaire, et, en perdant au déclin de l'inflammation sa couleur rosée, il prend celle qui est naturelle à ce tissu.
§. 607. La matière ainsi infiltrée et se solidifiant peu à peu, est réellement une lymphe plastique, qui finit par être pénétrée de la vie , et par entrer en relation organique avec le tissu dans lequel elle est contenue , au moyen des vaisseaux sanguins nouveaux qui s'y développent.
C'est elle qui, exsudée par suite du travail inflammatoire, et déposée dans le tissu des viscères paren-
ehymateux, les durcit et en change la composition; c'est elle qui forme la base des cicatrices dans les plaies qui se réunissent par première intention; c'est elle, enfin, qui remplace le pus, lorsqu'une plaie, après avoir suppuré, commence le travail de la cicatrisation : d'où il suit que la nature ramène l'hyperphlogose à l'épiphîogose, pour que la consolidation d'une plaie puisse s'opérer.
Une cicatrice n'est donc réellement autre chose qu'un tissu cellulaire nouvellement développé et organisé , et dont la formation a commencé par l'exsudation et le dépôt d'une lymphe plastique, semblable à celle que nous voyons tapisser les membranes séreuses, pour former ensuite de fausses membranes.
Dans tous ces cas l'épiphîogose a pris une marche plus ou moins chronique , si l'on excepte pourtant l'agglutination des lèvres d'une plaie par première intention ; mais quelle que soit la rapidité avec laquelle la nature procède dans ce travail, le tissu cellulaire de nouvelle formation devient constamment dense, épais et compacte. Ce tissu ainsi changé, ayant même reçu des vaisseaux, continue à vivre, quoiqu'il ne soit pas doué au même degré que le tissu cellulaire primitif de la tonicité et de la contractilité. La sensibilité me paraît également différente ; quelquefois elle est émoussée; d'autres fois elle est exaltée. Mais une propriété paraît s'y être développée, celle de la turgescence vitale : c'est par elle que certaines cicatrices se gonflent et rougissent dans des circonstances données et par des causes particulières, par
exemple , dans les passions de l'ame : c'est par elle aussi que ces mêmes parties deviennent sensibles et douloureuses lors des variations de l'atmosphère. Ne jouissant pas d'une organisation aussi parfaite que les organes naturels, on conçoit qu'elles résistent moins aux impressions des agens externes; le changement qui s'opère alors en elles, le gonflement qu'elles éprouvent, se transmet à l'élément nerveux le plus voisin, et de là, sans doute, les douleurs que les personnes portant des cicatrices ressentent lors des changemens de temps.
ARTICLE TROISIÈME
Métapklogose du tissu cellulaire.
§. 608. Cette espèce d'inflammation est caractérisée par la rougeur du tissu cellulaire, qui est bien plus forte que dans les espèces précédentes. En effet, les vaisseaux du tissu sont extrêmement gorgés, et le sang paraît même infiltré dans ses mailles et ses aréoles. Peu à peu la couleur rouge de la partie se change en couleur violette, et si à cette époque o*n la dissèque, on trouve le tissu cellulaire peu altéré dans sa texture, mais pénétré d'une grande quantité de sang noirâtre, séreux, et sans fétidité. On observe de plus, en se servant de verres grossissans, que les vaisseaux plus dilatés sont remplis de sang coagulé; ce qui prouve, suivant M. Gendrin % auteur de cette observation, que la mortification est
1 Hist. anat. des inflammations j t. i.er, §» 64-
ajnatomie pathologique spéciale. 27
le résultat d'une oblitération des vaisseaux, ainsi que de leur rupture. Le même anatomiste a constaté par des expériences sur des chiens, que la partie prête à se gangrener n'est plus en état d'absorber les poisons J , mais que cette absorption est extrêmement active sur les limites de la gangrène.
§. 609. Lorsque la maladie augmente, les sucs, stagnant dans le tissu cellulaire, se corrompent, et ce tissu finit lui-même par être réduit en une pulpe grisâtre, molle et très-fétide. Elle a encore ceci de particulier, qu'elle n'offre pas autour d'elle les signes physiques d'une violente inflammation; mais que les parties dans lesquelles elle a fixé son siège, sont seulement entourées d'une infiltration de sang liquide ou plutôt d'une sérosité rougeâtre, comme on l'observe assez souvent dans les inflammations du scrotum , et comme on l'a remarqué au tissu cellulaire des fosses iliaques, et notamment de la fosse iliaque droite, dont la métaphlogose produit tantôt une sensible douleur, tantôt un gonflement diffus trèssensible à la pression ou des élancemens vers tous les points du bas-ventre; tantôt, enfin, une fonte putride, qui se communique à l'intestin cœcum. 2
Ainsi, la métaphlogose a une grande tendance à la gangrène , et lorsqu'elle a commencé dans le tissu cellulaire , elle envahit les autres tissus , tels que le
2 Hcssow et Dance, Mémoire sur quelques engorgemens inflammatoires qui se développent dans la fosse iliaque droite. Répertoire général d1anatomie et de physiologie pathologique et de clinique chirurgicale 5 t. 4 , p. i35.
LTVRE II.
musculaire, et les change en une niasse friable et pulpeuse. Cette tendance dérive uniquement, à mon avis , de la diminution de la vie dans les solides et les humeurs, et d'une dépravation que ces dernières éprouvent. Voilà pourquoi on rencontre la métaphlogose particulièrement dans les cas de fièvre maligne; lorsque, par exemple, les vésicatoires deviennent gangreneux, ou que le décubitus produit une escarre gangreneuse sur le sacrum. Et ce qui prouve qu'il y a pour ce dernier cas une disposition particulière, c'est qu'on ne le rencontre pas dans certaines maladies chroniques, quoique les malades soient assujettis à un décubitus bien plus long que dans les fièvres aiguës.
Un autre exemple d'inflammation se terminant promptement par gangrène , nous est offert par cette maladie de la bouche qu'on observe surtout chez les enfans, que Van Swieten1 a appelée cancer aquatique {cancer aqualicus) , et que d'autres auteurs 2 désignent sous le nom de noma, cheilocace , ou de stomacace gangrœnosa. Cette maladie commence par une pustule rougeâtre et érysipélateuse , qui prend bientôt une couleur noire, envahit promptement les lèvres, la langue, les joues et même le nez, et les fait tomber en putréfaction complète, en même
1 Comment, in Boerk. aphor.j p. 4^3.
2 De Meza, Act. reg. soc. med. Hafn. ; vol. 2, pag. 102. — Lentin, Beilriïge zur auszuilb. A rzneiwiss . y ister Band, S. 3o8. — Siebert, Hufelan(£s Journ. âer prnkt. Heilk. ; B. 33 , St. 12, S. 3o8. ' — Klaatsch , Hufeland'ls Journ., etc.; B. 56 , St. 1 , S. 100. — A. L. Richter , Der Wasserkrebs der Kinder; 1828.
temps qu'elle attaque les os et les frappe de nécrose. Elle diffère du charbon, en ce que ce dernier a essentiellement son siège dans le tissu adipeux ; mais elle a de grands rapports avec le scorbut. Or celui-ci, lorsqu'un acte inflammatoire s'y joint, nous présente la véritable image de la métaphlogose , telle que je l'ai caractérisée plus haut, et qui certes n'a rien de commun avec les autres modes d'inflammation.
§. 610. La métaphlogose du tissu cellulaire n'est donc point précédée ni accompagnée de suppuration, bien qu'elle puisse s'unir à ce dernier travail, comme nous le verrons dans l'article suivant; mais elle a un mode de terminaison particulier qui manque aux autres espèces d'inflammation, c'est celui par délitescence, On sait qu'on appelle ainsi la disparition subite des symptômes inflammatoires, et notamment dans les inflammations érysipélateuses ; disparition qui se fait quelquefois sans détriment pour le malade, mais le plus souvent à son grand désavantage.
§. 611. Il existe pourtant une métaphlogose qui ne se termine ni par délitescence, ni par gangrène, mais par une résolution lente et insensible; c'est celle qui a lieu entre les feuillets des ligamens larges de la matrice, le long des muscles psoas et iliaque, et, en général, dans le tissu cellulaire circa- utérin des femmes en couches, et qui est connue sous le nom & engorgement laiteux dans le bassin. Cette maladie consiste dans une tumeur qui se forme, soit immédiatement après l'accouchement, soit quinze
jours après, soit même beaucoup plus tard, et que l'on peut au moyen de l'exploration sentir dans la région iliaque, ou au côté interne du muscle psoas. Quelquefois ces tumeurs, au lieu d'être fixes et inhérentes au même endroit, changent de place et se portent d'une cavité iliaque à l'autre, en voyageant dans le tissu cellulaire qui attache le péritoine aux parois du bassin.
ARTICLE QUATRIÈME
Hyperphlogosë du tissu cellulaire.
§. 612. Lorsque le tissu cellulaire est le siège de l'hyperphlogose, il est pénétré de sang; ses vaisseaux capillaires sont, comme dans lamétaphlogose, dans un plus haut degré de réplétion et d'engorgement, mais avec cette différence que la tumeur qui en résulte est dure et rénitente, et que les propriétés vitales sont le plus exaltées possible. En effet, le malade éprouve une douleur plus ou moins aiguë, accompagnée d'élancemens ou d'un sentiment de pulsation, d'une chaleur intense et d'une fièvre plus ou moins prononcée. Cette sorte d'inflammation seule se termine par suppuration (nous en avons décrit le travail dans un autre endroit, §. 287, n.° 4). Il est vraisemblable que, par une opération particulière de physiologie pathologique, le pus, tant qu'il est encore imparfait, est formé en partie dans les vaisseaux eux-mêmes, et en partie à la surface des feuillets membraneux qui constituent les cellules du tissu lamineux, et que, lorsque par un travail ultérieur
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. Zl
un tissu pyogénique proprement dit s'est organisé, celui-ci sécrète le pus à la manière des autres organes de sécrétion. Le tissu pyogénique, très-apparent dans les abcès, se présente sous forme d'une membrane fongueuse, vasculeuse, sensible, et ayant beaucoup d'analogie avec les membranes muqueuses.
§. 613. Dans certains abcès, auxquels on a donné le nom de furoncles , on rencontre au milieu du siège purulent des concrétions particulières, floconneuses, blanchâtres, filantes, quelquefois tenaces, n'ayant aucune trace d'organisation , et qu'on a désignées sous le nom de bourbillons. De tout temps on les avait considérées comme une altération du tissu cellulaire , et on leur avait reconnu un caractère gangreneux. M. Gendrin 1 s'est le premier élevé contre cette opinion : suivant lui, ces flocons, qui ne ressemblent en rien au tissu cellulaire, et qui n'ont ni la couleur ni l'odeur des véritables escarres, sont plutôt le produit de l'inflammation , et de même nature que les fausses membranes. J'avoue que j'ai de la peine à me rendre à cette opinion. D'après ma manière de voir, les fausses membranes ne peuvent être que le résultat de Fépiphlogose : or, celle-ci peut succéder à l'hyperphlogose, mais non la précéder, ni se rencontrer avec elle; d'ailleurs ces bourbillons portent trop évidemment les caractères de la corruption ; ils sont trop semblables à ces lambeaux de tissu cellulaire que la mortification , dé-
i Hist. anat. des inflammations, tonu j, §, 44*
tache des parties saines, pour qu'on ne doive au moins les considérer comme l'effet d'une désorganisation manifeste. Les phénomènes qu'on observe dans l'anthrax ou le charbon , confirment cette opinion ; en effet , ces dernières inflammations ne sont que des furoncles plus volumineux et ayant un certain degré de malignité qui les fait tendre vers la gangrène. Suivant la théorie que je me suis faite des divers modes d'inflammation, il y a dans les furoncles, l'anthrax, etc., une hyperphlogose unie à une métaphlogose: c'est pour cela que ces tumeurs sont plus pénétrées de sang, que leur couleur est celle d'un rouge livide; et cette dernière circonstance explique elle - même suffisamment la mortification, si l'on se rappelle qu'une des causes de la corruption gangreneuse réside dans une altération primitive du sang et des humeurs (§.328).
§.614. Un second cas dans lequel il y a coexistence de l'hypei phlogose avec la métaphlogose , est celui de la maladie connue sous le nom de pourriture d'hôpital. Il paraît, en effet, que le principe septique introduit dans la plaie y fait affluer une plus grande quantité de sang; puisque, suivant Pouteau l et M. Delpech 2, la partie de la plaie la plus foncée en couleur touche immédiatement aux chairs pourries, et qu'on remarque une extra vasation san-
i OEuvres posthumes^ tom. 3 , p. i^i.
2 Mérn. sur la complicat. des plaies et des ulcères, connue sous le nom de pourriture d'hôpital. Ann. de raédcc. prat. de Montpellier, tom. i.er
guine dans la masse pulpeuse , qui en impose pour les suites d'une hémorrhagie. Lorsque dans ces sortes de plaies un muscle a été blessé, on remarque qu'il se gonfle et se tuméfie tellement qu'il ressemble à une masse de sang caillé, et sans qu'il donne le moindre signe de sensibilité; si le muscle n'est point blessé, mais seulement enflammé, il prend une couleur pâle et se gonfle extrêmement, comme s'il était distendu par un fluide1. Or, tous ces caractères appartiennent précisément à la métaphlogose.
§. 615. C'est particulièrement dans Fhyperphlogose que la graisse dont le tissu cellulaire est chargé éprouve quelque changement; elle se convertit en une bouillie rougeâtre, puis jaunâtre, et enfin molle et demi-liquide. A une période plus avancée de la maladie, elle se mêle au pus , avec lequel elle est entraînée et confondue -. Dans les autres modes d inflammation, la graisse ne subit aucune altération; on la voit à son état naturel dans les cas d'hydrophlogose : les masses graisseuses interposées entre les sillons du tissu cellulaire rempli d'un fluide séro» puriforme, conservent un air de fraîcheur remarquable. Dans l'épiphlogose, la graisse diminue, le tissu qui la renferme s'affaisse , surtout autour du siège de l'inflammation, et ce n'est que peu à peu qu'elle est rétablie dans les mailles d'où elle avait disparu;
i H. Home Blackadder, Beobachtungen iiber den Hospîtal- Brandj a. d. Engl, — Langeçîbeck? ISeueBiblioîh.f, d, Chirurg.; B. 2 , S. 273.
2 Gendritî.
quant aux cicatrices, elles en restent toujours dépourvues.
§. 616. Dans les abcès formés dans le tissu cellulaire, les parties voisines sont plus ou moins affectées, en sorte qu'on peut dire qu'elles participent à la maladie : c'est ainsi que la peau est affectée dans les furoncles et le charbon, les couches musculaires dans les abcès situés. au-dessous d'une aponévrose, etc. Mais il y a des exemples nombreux où la maladie se borne au tissu cellulaire et laisse intactes les parties environnantes. C'est ce qu'on observe particulièrement dans les cas où des abcès nombreux sont disséminés dans le tissu la min eux en vertu d'une diathèse particulière, ou par suite de la surabondance d'une humeur dont la destination a été brusquement dérangée. On peut rapporter à cette catégorie les dépôts qui surviennent à des femmes en couches, après que la lactation a été troublée par une cause quelconque. Je vais en citer deux exemples.
§. 617. Une femme de trente -un ans, enceinte pour la sixième fois, fut attaquée, au septième mois de sa grossesse, d'une hémorrhagie utérine, qui dura douze jours, et au bout desquels elle accoucha de jumeaux, qui moururent le second jour de leur naissance. L'accouchée eut de la fièvre le lendemain de son accouchement, elle se plaignit de douleurs dans la région iliaque, de mal de tête, de chaleur et de soif. Son pouls était fréquent; son bras gauche était affecté d'un oedème avec chaleur, particulièrement au-dessous de l'articulation du coude : il lui
était impossible d'exécuter avec ce membre le moindre mouvement; elle prétendait qu'il s'était enflé dans le transport de son domicile à l'hôpital, et par l'effort qu'elle s'était donné en voulant s'aider de ce membre. L'élève interne qui reçut cette malade \ ayant remarqué la tuméfaction et la douleur du bras, y appliqua six sangsues, qui ne produisirent qu'un faible soulagement. La malade était affectée, en outre, de constipation et de rétention d'urine; celle qu'on retirait de la vessie au moyen de la sonde, était trouble et en petite quantité; les lochies manquaient, et les seins étaient flasques.
Le huitième jour de ses couches, la malade ne cessait de se plaindre et de gémir; son pouls était fréquent et un peu élevé : la liberté du ventre avait été rétablie au moyen d'un lavement. L'urine retirée de la vessie était très -foncée; une légère toux vint se joindre à ces symptômes : la soif était grande. Le jour suivant, il y eut une diarrhée: la malade se plaignit beaucoup de douleurs dans les extrémités inférieures, qu'on trouvait enflées, et qui étaient si, sensibles qu'on ne pouvait ni les toucher, ni les remuer le moins du monde. La région sacrée était également tuméfiée et douloureuse, mais sans changement de couleur à la peau. Par le toucher, on trouva l'intérieur du vagin chaud , et le col de la matrice douloureux. L'urine était toujours trèsfoncée, le pouls fréquent, le mal de tête assez violent; la langue molle , humide et non chargée. L'infiltration des extrémités augmenta visiblement les jours suivans, avec chaleur, tension et extrême sen
sibilité. Il était impossible de remuer la malade sans lui occasioner d'insupportables souffrances. Le seizième jour de la maladie un délire nocturne se joignit aux autres symptômes , et le dix- septième elle eut dans la nuit deux accès de frisson ; ses membres étaient toujours si sensibles qu'elle était obligée de rester tout-à-fait immobile dans son lit, et sans qu'il fût possible d'imprimer à son corps le moindre mouvement; le plus léger attouchement des bras ou des jambes lui était également insupportable, quoique la peau de ces parties ne présentât aucune rougeur. Le dix-huitième, il y eut des sueurs extrêmement copieuses , mais qui ne produisirent aucun soulagement ; la sensibilité des membres devint au contraire si exquise qu'ils ne pouvaient plus endurer le poids de la couverture la plus légère. Il était facile de prévoir qu'un décubitus aussi prolongé occasionnerait une excoriation gangreneuse à la région du sacrum : c'est ce qui arriva en effet. Le vingtième, la malade se plaignit pour la première fois de coliques et de douleurs dans le petit bassin; le vingt- deuxième, l'immobilité et les douleurs des membres étaient parvenues à un tel point, que la pronation et la supination de la main devinrent impossibles. Le pouls était fréquent et élevé, et la langue un peu sèche k sa pointe. On pratiqua une copieuse saignée au bras, mais qui ne produisit qu'un amendement momentané. La tête se prit davantage, il se déclara en même temps une oppression de poitrine, avec une douleur pleurétique au côté gauche du thorax: cette oppression augmenta les jours suivans, et le pouls baissa
sensiblement. Quatre jours avant la mort, il se manifesta tout à coup une tumeur grosse comme un œuf de poule, indolente et fluctuante, à l'avant-bras droit, à l'endroit qui correspond à l'attache commune du long supinateur et des deux radiaux externes. Enfin, la diarrhée, qui s'était déclarée au commencement de la maladie, reparut; les forces vitales commencèrent à s'éteindre, et avec elles les douleurs et la tuméfaction des membres, au point que la malade put s'en servir de nouveau; mais l'oppression de poitrine devint de plus en plus violente, et la mort survint le vingt - neuvième jour de la maladie.
A l'ouverture du cadavre, je trouvai, en disséquant le bras droit, un grand abcès plein d'un pus louable entre la peau et l'aponévrose. Un second abcès, encore plus grand , était situé à la partie supérieure et antérieure de la jambe droite, et avait décollé dans une assez grande étendue la peau de l'aponévrose crurale. Le bras gauche et la jambe du même côté, qui étaient plus enflés que les mêmes membres du côté droit, n'offraient aucun changement: leur tuméfaction avait disparu avant la mort.
§. 618. Maintenant, je le demande, cette grande douleur et cette intumescence des membres, qui n'avaient leur siège ni dans la peau, ni dans les muscles, ni dans les aponévroses; qui occupaient ces mêmes membres dans toute leur longueur, depuis l'épaule jusqu'à la main, depuis l'aine jusqu'à la plante des pieds; qui se communiquaient aux parois de l'abdomen; qui diminuaient avec le déclin des forces vi-
taies, et qui se terminaient par des abcès clans le tissu cellulaire sous-cutané, qu'annonçaient- elles, sinon une inflammation de ce même tissu ? Je conçois très -bien que les propriétés vitales de ce dernier soient exaltées par un travail phlogistique, et que ce travail s'accomplisse uniquement dans ce même tissu, sans participation aucune des parties voisines. Je conçois encore que ce système cellulaire, affecté dans une grande étendue, détermine des symptômes graves et occasionne une fièvre très-intense. Toutefois ^e ne crois pas que la femme qui fait le sujet de cette observation , ait succombé à l'inflammation du tissu cellulaire , ni à la suppuration qui en a été la suite; je l'aurais pensé, si je n'eusse trouvé les ovaires convertis en deux abcès assez volumineux. Quant à la matrice, elle n'offrait aucun changement appréciable; il en était de même des viscères de la poitrine, dont j'avais soupçonné l'altération, d'après les symptômes très-violens d oppression qui avaient immédiatement précédé la mort.
§. 619. Le second exemple que je puis citer d'une inflammation du tissu cellulaire, est la maladie d'une demoiselle de vingt-quatre ans , d'une faible constitution et d'une habitude cachectique, laquelle avait déterminé un avortement, au quatrième mois de grossesse, par des vomitifs violens: immédiatement après elle fut prise d'une fièvre continue , accompagnée de gonflement et de douleurs dans les membres, qui se terminèrent au bout de huit jours par l'apparition de plusieurs abcès sur différentes parties du corps. Il s'en manifesta d'abord un de la grosseur
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPECIALE. 3g
d'un œuf de poule au-dessus du condyle interne de l'humérus droit; un second sur le milieu du bras gauche, correspondant au muscle biceps; un troisième à l'aine droite; un quatrième, extrêmement considérable, à la partie externe de la cuisse gauche sous le fascia hit a; et un cinquième enfin, trèsvaste, à la région droite et inférieure du thorax. Ayant présumé que la malade était atteinte de syphilis, on lui avait administré le mercure tant à l'intérieur qu'en frictions. Cette méthode n'ayant eu aucun résultat, et la malade commençant à être attaquée de la poitrine, on la mit à l'usage du lichen d'Islande et en se contentant de faire sur ces dépôts des embrocations d'huile camphrée. C'est ainsi qu'on conduisit la maladie pendant six semaines. Appelé auprès d'elle à cette époque, je la trouvai avec les cinq abcès que je viens de décrire; mais elle avait en outre une fièvre lente, la diarrhée et une toux fort intense. Après avoir combattu ces derniers accidens et avoir fortifié un peu la malade, j'ouvris successivement deux des abcès, mais l'abondante suppuration qui s'établit, hâta la chute des forces, sa toux revint plus forte que jamais, la fièvre s'alluma avec plus d'intensité, la diarrhée reparut et la malade mourut après trois mois de souffrances. Dans les trois derniers jours de sa vie, la cuisse gauche, dont j'avais ouvert l'abcès , fut couverte subitement d'une quantité innombrable de pétéchies; et le jour même de sa mort, l'autre cuisse s'infiltra dans toute sa longueur.
L'examen anatomique des abcès ouverts et de
4o LIVRE II.
ceux qui restaient encore à ouvrir, me prouva que l'inflammation avait résidé uniquement dans le tissu cellulaire , et que les autres parties molles n'étaient point attaquées. Les viscères contenus dans les cavités splanchniques ne m'offrirent rien de particulier; le poumon lui-même, que je m'attendais à trouver affecté d'un changement d'organisation, ne me présenta aucune altération de tissu. Au reste, je suis disposé ji admettre que la cause qui a principalement favorisé chez ces deux femmes la formation des abcès et une si abondante suppuration , pourrait bien être une plénitude d'humeurs après les couches, et une surabondance de lait ou polygalactie 1 ; sans croire pour cela que la matière renfermée dans les abcès fût du lait véritable.
§. 620. Ce n'est pas toujours spontanément qu'on voit naître l'hyperphlogose du tissu cellulaire; elle survient aussi après les opérations les plus simples, telles qu'une saignée ou une blessure insignifiante, par exemple , une légère piqûre. Cette vérité est prouvée par trente observations , recueillies par M. Duncan à la clinique de l'infirmerie royale d'Edimbourg 2. Dans tous ces cas il ne s'était point formé de dépôts isolés , mais les lames du tissu cellulaire s'étaient chargées de la sécrétion du pus; cette matière s'était infiltrée dans une grande étendue de ce tissu, et sur quelques sujets la gangrène qui était survenue, avait déterminé leur mort. On pouvait
i De 7ro\vç , beaucoup, et ydhct , lait.
a Duncan , Sur l'inflammation du tissu cellulaire. Transact. of themed, chir, soc. of Edinb.
constater, par l'ouverture des corps, que l'inflammation avait résidé essentiellement dans le tissu cellulaire, et qu'elle avait épargné les autres parties. Quelques-uns des malades s'étaient inoculé une matière morbifique en se blessant les doigts lors de la dissection d'un cadavre putréfié.
§. 621. Tous ces faits concourent, ce me semble, à prouver toute l'importance du tissu cellulaire. Déjà nous savons, par des expériences physiologiques, que ce n'est jamais impunément qu'on applique sur lui certaines substances; et que leur impression fâcheuse est transmise aux centres de la vie plus promptement que s'ils eussent été appliqués aux organes les plus nobles et les plus essentiels de l'économie animale. Tels sont, par exemple : le muriate d'ammoniaque1, le sublimé corrosif2, le sulfure de mercure 3 , l'arsenic 4 , le sulfate de fer , qui est un poison pour les chiens 5, l'extrait d'élatérium 6, le narcisse des prés 7, l'extrait de gratiole 8 , l'extrait de renoncule 9, l'acétate de morphine10, l'eau de laurier-cerise ", l'extrait de la morelle 12, le woo-
i Orfila, Traité des poisons. 3.e édition 5 t.
i.er, p. 23 1.
2 Ibid. , p. 257 et 287.
3 Ibid.f p. 33o.
4 ibid., p. 399, 4 04.
5 Ibid., p. 6n.
6 Ibid., p. 683.
7 Ibid. , p. 746.
8 Ibid., p. 748.
9 Ibid. , p. 755.
10 Ibid., t. 2 , p. 64 et 65.
11 Ibid., p. 169.
12 Ibid., p. 190.
vara 1 , etc. Tels sont encore le gaz acide hydrosulfurique2, le sang, la bile et le cerveau putréfiés5, ainsi qu'une foule d'autres agens.
Les moyens de transmission de toutes ces substances me paraissent être les vaisseaux sanguins et lymphatiques, ainsi que les nerfs. Les premiers absorbent tout ce qui se présente à leurs orifices , témoins la matière purulente rencontrée dans leur intérieur par MM. Soemmering, Dupuytren, Cruveilhier, Ribes, Velpeau et Gendrin , ainsi que les expériences de MM. Magendie, Dumas et Prévost. Quant aux nerfs, leur irritation est prouvée par les spnsmes et accidens nerveux qu'ont constamment produits MM. Brodie et Orfila, par leurs expériences toxicologiques sur le tissu cellulaire.
§. 622. Lors donc que ce tissu est enflammé dans une certaine étendue, il doit en résulter sur le système général une impression d'autant plus forte et d'autant plus durable, que les filets nerveux de la partie enflammée sont plus nombreux et plus longtemps irrités par l'acte de l'inflammation. Il doit en être de même lorsque celle-ci est remplacée par la suppuration ; alors le pus et la sérosité puriforme , surtout celle qui, infiltrée dans les mailles du tissu cellulaire, touche à nu les filets nerveux, ou se présente aux orifices béans et absorbans, continuent
i Orfila, t. 2 , p. 38g.
2 Ntsten , Rec. de phys. et de chir. path., p. 120, 125 et 176. — Orfila, t. 2 , p. 482.
3 Orfila, t. 2 , p. 49^ et 49$.
l'impression nuisible sur le système nervoso-sanguin que l'inflammation avait commencée, et entretiennent tous les accidens qui caractérisent l'affection de ce système, tels que la lièvre lente, l'altération des organes intérieurs , etc. Voilà pourquoi il se manifeste des symptômes si fâcheux dans ces cas d'infiltrations subites du tissu cellulaire, surtout lorsque la matière infiltrée a un caractère puriforme, comme cela a lieu chez les accouchées ; voilà pourquoi aussi les suppurations diffuses ont donné la mort dans les cas rapportés par M. Duncan. Il n'en est pas de même des abcès; ici le pus est en quelque sorte isolé et bien moins en rapport avec les filets nerveux et les vaisseaux, une membrane de nouvelle formation étant venue s'interposer entre ces parties. Il arrive ici ce qui a lieu pour certaines substances vénéneuses, qui sont moins délétères quand elles sont renfermées dans des cavités à surfaces muqueuses, que lorsqu'elles sont introduites dans le tissu cellulaire sous-cutané.
§. 623. Les inflammations de ce tissu ne sont donc point exemptes de danger, puisqu'elles peuvent aller jusqu'à donner la mort; ce sont particulièrement la métaphlogose et l'hyperphlogose qui sont dangereuses; la première, parce qu'elle a une grande tendance à la gangrène; et la seconde, parce qu'étant caractérisée par une sécrétion nouvelle , accompagnée d'une fièvre lente, elle occasionne une grande déperdition d'humeurs. Dans l'un et l'autre mode d'inflammation, la mort a lieu par syncope et à la suite d'un grand épuisement. : peut-être aussi des ma-
tières gangreneuses, mêlées par absorption au sang, influent-elles sur le cœur, et exercent-elles sur lui une action sédative et délétère. La phlogose n'entraîne des effets funestes qu'autant qu'elle détermine dans les mailles du tissu cellulaire une sécrétion, soit puriforme, soit d'une matière trouble et fétide, comme il arrive quelquefois dans la phlegmasie blanche des femmes en couches.
De toutes les inflammations la moins à craindre estl'épiphlogose, parce qu'étant chargée de la sécrétion d'une lymphe plastique, elle ne produit dans le tissu cellulaire que des altérations organiques, qui influent peu sur les systèmes généraux, et qui ne déterminent en eux aucun désordre. Cette exception en faveur d'un certain mode d'inflammation démontre de nouveau combien il est nécessaire d'introduire une distinction essentielle dans l'inflammation proprement dite. En n'en admettant qu'une seule espèce, on est à chaque instant forcé de faire des exceptions aux principes qu'on a établis, de modifier les règles qu'on a posées. C'est ainsi , par exemple, que M. Geisdrin, en parlant de l'inflammation chronique, dit : qu'elle ne donne jamais naissance à du pus véritable. La raison en est simple, c'est parce qu'en vertu de sa nature ce mode d'inflammation nest jamais dans le cas d'en produire.
§. 624. En résumé, je retrouve dans l'étude de l'inflammation du tissu cellulaire en particulier la distinction générale que j'ai établie des quatre modes dont est susceptible cet état morbide. En effet, nous venons de voir que ces quatre modes diffèrent
totalement eu égard à leur aspect, à leur manière d'être , à leur nature , à leur danger et à leur terminaison : le premier se termine toujours par une infiltration de sérosité puriforme ; le second , par la sécrétion d'une lymphe organisable ; le troisième, par la délitescence ou la gangrène; le quatrième, enfin , par la suppuration et les ulcères. Je soupçonne aussi qu'à chacun de ces modes correspondent des causes particulières et peut-être spécifiques. C'est ainsi que celles qui produisent l'épiphlogose sont constamment exemptes de malignité , tandis qu'il n'en est pas de même des trois autres,