‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 8 sur 75 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De V inflammation.

ARTICLE PREMIER* De la périostite.

§. 652. L'inflammation du périoste a été constatée par des recherches anatomiques et par une foule d'observations de chirurgie; mieux connue aujourd'hui qu'autrefois, elle peut être distinguée en phlogose, épiphlogose et hyperphlogose.

§. 653. Dans la première, le périoste est plus ou moins richement injecté : son tissu est raréfié; il est infiltré de sérosité, et adhère moins à la surface de l'os. Ordinairement le tissu cellulaire et les parties molles les plus voisines participent à cet état d'injection et d'infiltration. Les cas dans lesquels on

observe le périoste ainsi altéré sont, d'après mes recherches, ceux où existent dans son voisinage des ulcères chroniques ou d'anciennes cicatrices. Cette inflammation est en quelque sorte passive, à moins qu'elle ne soit déterminée par le virus syphilitique, ou qu'elle n'ait été précédée d'érysipèle dans des endroits où le périoste est voisin de l'organe cutané, par exemple à la tête, au tibia. Alors aussi la violence des douleurs , l'intensité de la fièvre et la gravité des symptômes annoncent qu'indépendamment de l'affection de la peau, il existe un mal plus profond,

§. 654. L'épiphlogose a d'autres caractères; elle peut exister à l'état aigu et à l'état chronique : dans le premier cas, le périoste est plus épais, plus dense, d'une couleur rouge, et offre des signes marqués de sensibilité. Tel est entre autres son aspect lors de la formation du cal et pendant le travail organique qui a pour objet la régénération de l'os après la nécrose. Alors aussi le périoste est manifestement injecté, gonflé et abreuvé d'un fluide gélatineux, gluant et rougeâtre, susceptible de se coaguler et de subir des métamorphoses organiques,

Dans d autres circonstances le périoste est affecté dépiphlogose spontanée, c'est-à-dire sans avoir été précédée de fracture ou de nécrose. Ici encore l'épiphlogose ne trahit pas sa nature. Essentiellement destinée à produire une matière organisée, on la voit former un tissu osseux nouveau, qui encroûte le tissu primitif et fût naître des végétations osseuses, que nous décrirons plus tard.

Lorsque l'épiphlogose est chronique, le périoste

épaissi est d'un tissu plus dense que dans le cas pré* cèdent, et offre quelquefois une dureté coriace ou un tissu ligamenteux. Son adhérence à Tos est trèsforte, et lorsqu'on l'en détache, on aperçoit à la surface de ce dernier un grand nombre de sillons longitudinaux, qui donnent à sa substance corticale ou compacte une apparence fibreuse , pareille à celle des os de fœtus. Néanmoins cette même substance n'est devenue ni poreuse, ni réticulaire. Les vaisseaux de ce périoste ne sont pas visibles sur le cadavre, à moins qu'on ne les ait injectés. Alors on trouve une infinité de capillaires dont la direction correspond à celle des sillons dont je viens de parler.

§.655. A l'état d'hyperphlogose le périoste est encore épaissi, mais en quelque sorte fongueux et de la consistance d'une membrane muqueuse. C'est ainsi qu'on le trouve quand il est en contact avec un abcès et qu'il fait partie de ses parois; c'est encore ainsi qu'il se présente quand il s'est amassé du pus entre lui et l'os. Dans ce cas il a changé de nature et de fonctions : au lieu de fournir une lymphe plastique et organisable, il sécrète une matière nuisible, propre à attaquer les parties avec lesquelles elle est en contact. Peu à peu la maladie fait des progrès, l'os finit par être érodé, et le périoste ramolli, usé et détruit.

Je ne connais point de cas de métaphlogose du périoste; je ne crois pas même qu'il puisse s'en rencontrer, par la raison que , par sa nature fibreuse , cette membrane n'est pas susceptible de la contracter.

§. 656. Le périoste , insensible dans l'état de

santé, acquiert par l'inflammation une sensibilité irès-vive, qui se manifeste par des douleurs et des phénomènes sympathiques plus ou moins fâcheux» Ces derniers sont d'autant plus a craindre que la périostite occupe un endroit peu éloigné du cerveau. Philippe Crampton x raconte le cas d'un jeune homme de quatorze ans, attaqué d'un érysipèle du nez, et qui mourut le douzième jour de la maladie avec les symptômes d'encéphalite. La dissection du cadavre fit voir le périoste qui tapisse les os propres du nez et le coronal, plus épais que de coutume et d'une couleur rouge foncée. Il s'était décollé de ces os, ainsi que de ceux de l'orbite ; une matière purulente verdàtre s'était amassée entre lui et ces os: le cerveau était injecté, et une portion de la piemère était dans un état de suppuration, précisément à l'endroit qui correspondait à une portion de la dure-mère épaissie et de couleur livide; les ventricules du cerveau contenaient une once et demie de sérosité.

Dans cette observation la périostite s'était vraisemblablement propagée à la dure -mère, qui fait fonction de périoste interne, et l'inflammation était d'autant plus fâcheuse qu'elle était du genre de l'hyperphlogose.

§. 657. L'épiphlogose ne détermine pas des accidens aussi funestes, quelque fortes que puissent être les douleurs qui l'accompagnent, parce que par son

i The Dublin hospital reports and commun, in IVIed. and Suroery > *« * > P- 33 i. — Samml. auserl. AbhandL

essence même elle fait naître une altération de tissu, ou un nouveau produit dont la présence ne retentit pas dans toute l'économie aussi profondément. C'est ce qui paraît prouvé par le cas suivant.

Une femme de trente- deux ans fut frappée avec un tire-botte sur le côté gauche de la tête; elle n'en ressentit qu'un étourdissement momentané ; les parties molles n'avaient pas été lésées , et la santé de cette femme ne fut pas sensiblement altérée. Cependant, six semaines après l'accident, il se forma à l'endroit frappé une petite tumeur douloureuse; la douleur augmenta peu à peu et fut accompagnée de maux de tête, de maux d'estomac et d'insomnie. Plus tard la malade eut un^accès d'épilepsie, qui entraîna une paralysie du bras droit, et une difficulté de parler. Admise à l'hôpital six mois après son accident, elle se plaignit dune douleur de tout le côté gauche de la tête; les traits de la face exprimaient une violente souffrance, le bras droit était atrophié et les doigts spasmodiquement contractés; la station était presque impossible; la parole difficile ; le corps émacié; l'estomac rejetait les alimens, et le ventre était opiniâtrement resserré. Un second accès d'épilepsie eut lieu le jour de son entrée à l'hôpital. Le milieu du pariétal gauche offrait une tumeur du volume d'une noix : elle était dure à sa circonférence , mais molle et élastique dans son centre, et percée d'une petite ouverture qui permettait l'introduction de la sonde jusqu'à l'os. A la faveur d'une incision que l'on jugea nécessaire, on reconnut que la tumeur était formée par le périciâne, lequel était

changé en un tissu fibreux, très - vasculeux , extrêmement sensible et intimement adhérent à l'os; la peau du crâne offrait le même changement de texture. On appliqua de suite une couronne de trépan: la portion d'os enlevée était raboteuse; la dure-mère saignait abondamment. Neuf jours se passèrent dans des accès alternatifs de délire , de coma et de convulsions ; une inflammation érysipélateuse survint aux environs de la plaie; enfin, après une copieuse suppuration de celle-ci et f exfoliation d'une portion de la dure-mère, la santé de cette femme se rétablit parfaitement, et elle sortit de l'hôpital après un mois de convalescence, et ayant repris l'usage de son bras droit. <

L'issue de cette maladie n'eût probablement pas été aussi favorable, si l'épiphlogose s'était convertie en hyperphlogose, et si elle avait déterminé dans le périoste une suppuration qui se fût communiquée aux méninges et Surtout à la pie-mère.

§. 658. Il y a des régions du corps sujettes à moins d'accidens, lorsqu'ils sont le siège d'une épiphiogose du périoste. Telle est particulièrement la face interne du tibia. L'auteur que j'ai déjà cité, rapporte à ce sujet plusieurs observations intéressantes.2

Un jeune homme de vingt -cinq ans fut attaqué d'une douleur extrême à la face interne du tibia droit, sans tuméfaction et sans changement de couleur à la peau ; il était en outre affecté d'une fièvre pério-

i Philippe Crampton, Samml. auserles. Abhandl.j toc. cit., p. 723.

2 Même ouvrage,

dique. On pratiqua successivement trois incisions longitudinales sur l'endroit douloureux et jusqu'à l'os. La douleur, qui avait été momentanément apaisée par les deux premières, ne fut entièrement éteinte qu'à la troisième. On trouva le périoste épais de trois lignes , d'une consistance cartilagineuse et d'une grande sensibilité.

Dans une autre observation, une dame de vingtcinq ans portait au tibia droit, deux pouces au-dessus de la malléole , une tumeur très-douloureuse , longue de trois pouces , molle et élastique , sans changement de couleur à la peau , mais avec une légère infiltration séreuse du tissu cellulaire souscutané. L'application réitérée de sangsues affaiblissait considérablement la malade sans lui procurer le moindre soulagement. L'incision seule, pratiquée , jusqu'à l'os, amena une cure radicale : on trouva le périoste épaissi et semblable à une expansion ligamenteuse.

Un troisième cas, également instructif, est encore rapporté par le même auteur; c'est celui d'un jeune homme de vingt-six ans, qui portait à la face interne de l'un des tibia (il n'est pas dit lequel) une tumeur diffuse extraordinairement douloureuse au toucher. Le malade, qui n'avait pas dormi depuis douze nuits, raconta avoir déjà éprouvé une semblable douleur au même endroit deux ans auparavant, pour laquelle on avait appliqué des sangsues et le vésicatoire inutilement. Un caustique lui avait procuré un peu de soulagement après avoir déterminé une légère suppuration, mais l'accès ne fut entièrement

dissipé qu'après la sortie d'une petite esquille osseuse. Cette fois le chirurgien consulté fit une incision de trois pouces qui pénétra jusqu'à l'os, non sans occasioner une grande douleur : l'hémorrhagie fut abondante, mais la douleur cessa la nuit même, et la guérison se fit en peu de temps. Néanmoins l'année suivante le même accident se reproduisit au même membre, mais un peu plus bas. Le même traitement fut une seconde fois couronné d'un succès complet.

Dans ces trois cas le chirurgien ne rencontra aucune trace de matière purulente, ni au-dessus ni au-dessous du périoste.

Le périoste des phalanges des doigts offre encore des exemples d'inflammation intense dans la maladie qui constitue la quatrième espèce de panaris. L'inflammation y est constamment portée au degré d'hyperphlogose.

§. 659. Il résulte de tout ce qui précède, que la périostite est une maladie plus fréquente qu'on ne le pense : qu'elle existe, par exemple, dans les cas où les malades accusent des douleurs fortes et profondes des membres, douleurs qu'on qualifie de rhumatismales; qu'un des moyens de guérison consiste dans une incision des parties molles et du périoste enflammé; que lorsque l'inflammation se dissipe spontanément, après avoir long-temps résisté aux moyens de l'art, il est probable que le périoste avait été affecté d'épiphlogose, que ce mode d'inflammation avait altéré le tissu , et que c'est là vraisemblablement l'origine des végétations osseuses

go LIVRE II.

qu'on rencontre si fréquemment sur la surface des os.

§. 660. Quant à la douleur qui accompagne la périostite, le développement de sa sensibilité tient sans doute à lacté même de l'inflammation; mais elle dépend bien certainement aussi du peu d'extensibilité de son tissu et de son intime connexion avec les os; circonstances qui 1 empêchent de se prêter au mouvement expansif et de raréfaction que, dans mon opinion, l'innervation fait naître constamment dans les tissus avant qu'ils ne deviennent le siège de 1 inflammation.

§: 661. La cause la plus fréquente de l'inflammation du périoste est le virus syphilitique; elle prend .alors la forme de la phlogose , s'annohce par des douleurs sourdes, et qui ont ceci de particulier qu'elles sont périodiques , et qu'elles se déclarent ordinairement à la pointe du jour. Les parties affectées sont très- sensibles à la pression, comme on peut s'en convaincre en comprimant fortement même les os situés profondément. On observe plus tard de l'insomnie, de l'amaigrissement, avec fréquence et petitesse du pouls, phénomènes qui dépendent moins d'un mouvement fébrile proprement dit, que d'une irritation nerveuse

Lorsqu'après la mort on examine les os affectés, on trouve le périoste plus épais et plus vasculeux qu'à l'ordinaire; la surface de l'os qui lui correspond , n'a plus cet asptet bleuâtre et lisse qui la caractérise. Cette même surface n'est point inégale, mais un peu raréfiée et légèrement spongieuse. Du reste rien n'est épanché entre le périoste et l'os , et ces deux

parties adhèrent l'une à l'autre à la manière ordinaire. Lorsqu'on soumet ces os à la dessiccation, ils offrent des endroits où ils ont perdu leur couleur et leur aspect naturels, et où des taches foncées alternent avec des taches blanches : cette différence de couleur se remarque surtout aux os longs et à leur partie moyenne, quelquefois, mais rarement , aux os spongieux, notamment aux vertèbres.

A cette occasion on a élevé la question de savoir si la maladie avait commencé par le périoste ou par l'os. Hujnter prétendait que l'os était primitivement affecté. Cependant, si on fait attention au siège des douleurs et aux changemens organiques qui arrivent au périoste, on ne peut guère se refuser de revendiquer pour celui-ci la priorité de la maladie.

On a signalé quelques particularite's sur la phlogose du péricrâne chez les sujets syphilitiques. Cette maladie est quelquefois extrêmement passagère : le malade à son réveil sent des inégalités , des bosses superficielles, douloureuses au toucher, quelquefois accompagnées d'une rougeur circonscrite. D'autres fois au contraire l'affection marche plus lentement, elle est plus opiniâtre et occupe une plus grande partie du crâne. @n a vu dans ces cas le péricrâne épaissi jusqu'autour des trous qui livrent passage aux nerfs du cerveau , et la compression de ceux-ci produire tantôt des douleurs, tantôt des paralysies dans les parties auxquelles ils se distribuent. Convenons pourtant que cet état du péricrâne n'est pas toujours le résultat d'un principe syphilitique, puisque, dans les collections de pièces préparées où l'on

peut comparer des crânes de sujets vénériens avec ceux d'individus blessés à la tête, on a trouvé chez les uns et les autres le périoste épaissi; mais on ne découvre aucune différence appréciable dans cette espèce d'altération.

§. 662. Existe-t-il une inflammation du périoste interne? C'est une question sur laquelle je reviendrai en traitant de l'ostite de la partie spongieuse des os, et que je résoudrai par l'affirmative. On sait d'ailleurs que le périoste interne se charge du travail qui a pour but la régénération des os, dans les cas où le périoste externe et une partie de la substance osseuse elle-même sont détruits; et ne faut -il pas pour cela qu'il s'enflamme?

ARTICLE SECOND

De la périostose.

§. 663. Ce nom de périostose exprime diverses espèces de tumeurs, qui diffèrent les unes des autres par leur consistance, leur nature, leur marche, leurs terminaisons et leur mode d'origine. Les unes sont formées d'un fluide épais et comme sirupeux, d'autres sont des masses dures et cartilagineuses, d'autres des tumeurs très-susceptibles <de s'ulcérer, d'autres enfin des substances sarcomateuses disposées à se ramollir.

§. 664. Les périostoses gommeuses, appelées aussi gommes, sont des nodosités situées particulièrement sur les surfaces osseuses, couvertes seulement par la peau: telles que le crâne et le tibia; cependant on les observe aussi aux os du coude, du rayon, aux

côtes et aux clavicules. Leur volume varie depuis celui d'un noyau de cerise jusqu'à celui d'une noix, et même d'un œuf de poule. Leur contenu ressemble, quant à la consistance, à un mucilage de gomme arabique demi-liquide, dont la couleur est rougeâtre et semblable à celle de la gelée de groseilles. Leur siège est, ou dans le tissu du périoste même, ou plus souvent entre cette membrane et l'os- celui-ci cependant n'est point érodé : sa surface est assez lisse et un peu fongueuse. Chacune de ces tumeurs est exactement circonscrite, et quand il y en a plusieurs sur le même os , comme par exemple sur ceux du crâne , elles ne sont point confluantes , quelque rapprochées qu'elles soient, ce qui donne à une surface osseuse dune certaine étendue un aspect bosselé.

Quant à la structure intime des parties malades, j'ai trouvé que le périoste n'offre point de changement particulier ni dans sa texture, ni dans sa couleur; seulement le tissu cellulaire qui lui est appliqué extérieurement, est un peu infiltré de sérosité. Le fluide épanché est sans odeur et sans saveur, et n'a aucun caractère d'acrimonie.

Relativement aux symptômes qui les accompagnent, ces tumeurs sont ordinairement précédées de douleurs fixes plus ou moins aiguës, ayant la marche et les caractères des douleurs vénériennes, et se faisant sentir plus vivement la nuit. Quelle est la raison de ce phénomène? Ne lient -elle pas à la périodicité imprimée à Faction du système nerveux? et ne prouve-t-elle pas que la névrosthénie est en jeu dans cette maladie ?

§. 665. Une seconde espèce de périostose, qui se présente sous une tout autre forme que les tumeurs gommeuses, se distingue par sa dureté et sa consistance. D'abord d'un tissu fibreux, elle dégénère en îissu fibro - cartilagineux et enfin en tissu osseux, en suivant par conséquent les phases de l'ossification naturelle. Quand on divise avec la scie un os affecté d'une périostose de l'espèce dont il s'agit, on observe qu'une masse osseuse d'un tissu réticuiaire s'est développée entre le périoste et l'os lui-même, et a contracté des adhérences avec l'un et avec l'autre. *

Cette périostose, à laquelle Astley Cooper a donné le nom ftexostose périostale cartilagineuse 2 , se développe particulièrement aux os longs, et notamment aux surfaces interne du fémur et antérieure du tibia; elle s'accroît lentement, n'est point accompagnée de douleurs intenses , et ne produit point de cachexie. Les causes qui la déterminent, sont moins des vices internes et des principes morbifîques, que des lésions externes faites par des corps contondans.

§. 666. Si la périostose fibro - cartilagineuse n'a aucun caractère de malignité, elle peut rester toute la vie dans un état d'indolence complet, et sans apporter d'autre trouble dans l'organisme, que celui qui dépend de sa position et de la gêne qu'elle occasionne dans le mouvement des muscles.

Il n'en est pas de même d'une troisième espèce de

i OEuvres chirurgicales cPAstley Cooper et Bekjamin Travers, traduites en français par Bertrand. Paris, t. i.er, pi. 9, fig. 1.", 5 et 6.

a Le, p. 283 et suiv.

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périostose, qui consiste dans une tumeur charnue, développée dans l'épaisseur même du périoste : celle-ci, d'un volume variable , d'une consistance de la glande prostate, d'un aspect homogène, reste peu de temps dans un état d indolence. On remarque au contraire qu'il s'établit en elle un travail inflammatoire, auquel participe bientôt d'une part la peau, si la tumeur est superficielle, et d'autre part l'os avec lequel elle est en contact : celui-ci, quand on l'examine après l'ablation de la tumeur, offre un grand nombre de sillons longitudinaux et parallèles, constituant un état maladif que je décrirai plus tard sous le nom de raréfaction jibrillaire corticale. Quant à la peau, elle contracte des adhérences intimes avec la tumeur, s'enflamme avec elle, et bientôt il se forme un abcès qui s'ouvre spontanément dans un ou plusieurs points , et qui laisse échapper une quantité médiocre de pus, mais dont l'issue ne produit presque pas d'affaissement dans la tumeur.

§. 667. Enfin, il existe une dernière espèce de périostose , dans laquelle le tissu du périoste et le tissu cellulaire qui correspond à sa surface externe sont transformés en une substance homogène, blanchâtre ou grisâtre, pâteuse, assez compacte, dont la coupe ressemble assez bien au tissu dune glande lymphatique engorgée. Cette substance est susceptible de se ramollir, et de recevoir des vaisseaux sanguins que l'on peut injecter; elle dégénère même en matière cérébriforme , que Béclard x considère comme

i Ëlémeas cfanatomie générale? p. 449

une production cancéreuse. Ayant observé moimême cette dégénérescence sur un sujet chez qui elle avait été prise pour un abcès profond , je n'ai pu y reconnaître une nature maligne, car la plaie qu'on avait pratiquée pour l'ouvrir, s'est promptement cicatrisée.

C'est au reste cette sorte de périostose qu'AsTLEY Gooper J désigne sous le nom à'exostose périostale fongueuse , et qu'il décrit comme une tumeur lobuleuse, composée d'une substance blanche, en quelque sorte élastique, mais alternant avec une autre plus molle et plus vasculeuse. Quant à sa nature, il lui attribue un certain caractère de malignité , puisqu'on la remarque sur des sujets dont la constitution a été altérée, que son accroissement est assez, rapide, et qu'elle est accompagnée de douleurs qui coïncident avec les progrès de la maladie.

Une disposition particulière qui appartient à la périostose dont il est question, doit encore être signalée; ce sont des végétations osseuses de forme différente, mais le plus souvent fibrillaire, et qui pénètrent plus ou moins dans la substance dont la périostose est composée. Ordinairement ces végétations, dont il sera parlé ailleurs, sont noires, et portent toutes les traces de la nécrose.

§.668. Il suffit du plus léger examen pour reconnaître une notable différence entre ces quatre espèces de périostose. La première consiste en une simple collection d'un fluide visqueux sans altération des

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parties avec lesquelles il est en contact; la seconde* en une tumeur fibro- cartilagineuse, dégénérant en tumeur osseuse et s'identifiant peu à peu avec l'os lui-même; la troisième, en une masse susceptible de s'ulcérer; la quatrième, en une substance d'abord dense, mais dégénérant en matière cérébriforme. Or, en réfléchissant sur la formation de ces quatre espèces de périostose, on peut assigner à chacune une cause efficiente particulière, et qui consiste, du moins pour trois d'entre elles, en ces modes d'inflammations que nous avons si souvent signalés. C'est ainsi que :

i.° La périostose gommeuse est due probablement à la phlogose du périoste , dont le produit est constamment un fluide plus ou moins séreux;

2.0 Que la périostose fibro - cartilagineuse est le résultat de Yépiphlogose, dont la tendance naturelle est de former une substance organisable;

3.° Que la périostose ulcérée est toujours l'ouvrage de Ykjperphlogose, qui seule détermine la suppuration ; et qu'enfin

4-° La périostose fongueuse est évidemment une matière héléroplastique , mais qui ne paraît pas d'une nature aussi fâcheuse que la substance cérébriforme ordinaire. Peut-être découvrira -t-on un jour que chacune de ces causes prochaines dépend d'une cause éloignée spéciale et sui generis,

ARTICLE TROISIÈME

De Vostite.

§. 669. Malgré d'assez nombreuses observations relatives à l'inflammation des os, recueillies dans ces derniers temps, on peut dire que nous manquons encore de faits qui en constatent bien l'existence, et qui nous la présentent avec tous les caractères des inflammations des autres organes, savoir : la rougeur, la chaleur, la tumeur et la douleur.

Ce n'est pas qu'on ne rencontre souvent sur le vivant une partie de ces symptômes : des malades ressentent une douleur très-vive dans l'intérieur d'un os; celui-ci se gonfle, et la main qui y est appliquée éprouve une chaleur considérable; mais y avait-il dans ces cas une fluxion sanguine bien prononcée dans l'os lui-même? son réseau capillaire était-il richement injecté? s'y montrait-il de la même manière que dans d'autres parties blanches enflammées, comme par exemple dans les membranes séreuses ? C'est ce que les recherches des anatomistes n'ont pas encore vérifié. J'avoue que quelquefois la substance osseuse m'a paru plus rouge qu'à l'ordinaire, comme si elle avait été faiblement rougie par la garance; mais le périoste n'était point injecté, de sorte que je doute encore si, dans ces cas, j'avais sous les yeux une véritable inflammation osseuse. Je suis persuadé que je l'ai rencontrée sur le vivant, et sur de jeunes sujets dont le tibia, le fémur, ou l'humérus, ou les os de l'avant-bras étaient attaqués d'un gonflement considérable : en embrassant ces os

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avec la main, je ressentais une chaleur brûlante, et j'occasionnais de la douleur en les comprimant. Or5 ces os étaient si durs que je ne pouvais pas attribuer leur gonflement à une tuméfaction du périoste seul; je jugeais en conséquence que la substance osseuse elle-même était tuméfiée par suite de l'injection des vaisseaux innombrables qui la pénètrent, et qui, distendus par le sang, écartent les fibres osseuses entre lesquelles ils sont placés. De plus , ces os revenaient à leur état primitif par l'effet d'un traitement antiphlogistique , et après quelques mois de maladie. Dans l'un de ces cas, où le chirurgien et moi crûmes reconnaître une fluctuation sourde sous le fascialata, une incision longitudinale fut pratiquée jusqu'à l'os , mais il ne se présenta à la plaie que la substance encéphaloïde dont j'ai parlé à l'article précédent; l'os conserva tout son volume; la plaie des parties molles se referma, et ce ne fut que deux mois après que le premier revint à son état naturel. Le malade était un garçon de treize ans, attaqué depuis quel* ques semaines d'une fièvre lente.

§. 670. Lorsqu'après une fracture il s'établit un travail organique, ayant pour but la sécrétion du cal, on a constaté, par des expériences multipliées sur les animaux vivans, qu'outre le gonflement et l'infiltration du périoste et des parties molles environnant la fracture, il existait un certain ramollissement des fragmens osseux, la disparition de leurs angles et de leurs aspérités, conséquemment un travail organique dans le tissu osseux lui-même, et qui, caractérisé par l'exaltation de la vitalité, mérite à

juste titre d'être qualifié d'inflammation, quoiqu'on ne puisse y apercevoir les phénomènes physiques propres à l'inflammation des parties molles.

§. 671. Dans la production d'une certaine espèce de carie, l'os est réellement affecté d'inflammation, et même dans son degré le plus élevé, que nous avons appelé hyperphlogose , comme le prouvent la rougeur de cet ulcère et l'état d'injection de la toile fine et délicate qui en tapisse toutes les cellules.

Enfin, dans le cas de régénération des os, ce n'est pas seulement le périoste externe ou interne qui est chargé du travail réparateur , mais aussi les lames de l'os restées saines. Or, comment s'acquitteraient-elles de ce travail, si elles n'étaient point affectées d'une véritable épiphlogose ?

§. 672. On ne saurait donc se dispenser d'admettre une véritable inflammation des os , non qu'elle se manifeste par les signes ordinaires de l'inflammation des parties molles , tels qu'une vive rougeur et une vascularité évidente (comment pourrait-on le prétendre?); mais i.° par un développement sensible des vaisseaux du périoste externe et interne, et de ceux qui rampent entre les lames et les fibres de la substance osseuse ; 2.0 vraisemblablement par une injection des membranes qui, suivant Hoyvship, tapissent les canaux osseux; 3.° par une activité exaltée de tout cet appareil vasculaire, dont l'effet est tantôt de sécréter une lymphe plastique , destinée à réparer ce qui a été détruit, et tantôt à éroder ce qui est devenu le siège d'une irritation spécifique, Nous retrouvons donc ici deux modes

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d'inflammation bien distincts , et par leur caractère et par leur effet. Toutefois l'un succède fréquemment à l'autre : c'est ainsi que la cicatrisation , dans les cas de carie, ne peut s'établir qu'autant que l'hyperphlogose est ramenée à l'épiphlogose; c'est ainsi que le travail du cal et celui de la régénération des os est troublé, lorsque c'est l'hyperphlogose qui succède à l'épiphlogose. La métaphlogose n'est point possible dans la substance osseuse, parce qu'elle exige la présence d'un tissu lâche et abondamment pourvu de vaisseaux sanguins , susceptibles d'être dilatés outre mesure , et de laisser transsuder par les exhalans le sang dont ils sont chargés.

§. 673. Tout ce que je viens de dire ne s'applique à proprement parler qu'à l'inflammation de la substance compacte des os, qui, difficile à constater, a été le sujet de fortes contestations ; car pour ce qui concerne l'inflammation de la substance spongieuse, les avis sont beaucoup moins partagés, parce que l'existence de la maladie est plus facile à constater. Ainsi, j'ai pu reconnaître cette espèce d'ostite dans des cas de tumeurs blanches de l'articulation du genou. Non-seulement j'ai vu le périoste externe des extrémités articulaires plus injecté ,, et ces extrémités plus gonflées, mais leur tissu spongieux plus rouge et le suc médullaire, comme je le dirai plus bas, altéré dans la composition, et approchant pour la consistance de la partie fîbrineuse du sang. Il y a plus; il m'a paru que l'inflammation de la toile médullaire, tapissant les cellules du tissu spongieux des os, était susceptible de se terminer par suppu-

ration ,, sans l'intervention d'aucune érosion , et qu'à Finsiar des membranes muqueuses elle pouvait sécréter une humeur puriforme; du moins ai- je trouvé cette humeur dans des parties de Fos assez éloignées de l'endroit carié.

Au reste, les expériences faites sur les animaux vivans confirment les observations des pathologistes concernant lostite de la substance spongieuse. Un petit morceau de pierre infernale, introduit dans le tissu réticulaire du condyle interne du fémur d'un chat, y a produit une violente inflammation, a attaqué dans une grande étendue le périoste interne, et a donné au suc médullaire une couleur de sang trés-foncée \ D'autres expériences, faites dans la vue de déterminer une inflammation dans les cartilages des côtes, n'ont eu aucun succès quant à ces cartilages, mais ont enflammé les noyaux osseux qu'ils contenaient, 2

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