Des articulations, hydrarthrose
8.° L'hydrocéphale interne, épanchement entre le cerveau et le crâne ;
g.° L hydropisie de la matrice;
io.° Enfin, celle de la vésicule du fiel. . §. 217. Le fluide aqueux ne se trouve pas toujours accumulé dans des cavités naturelles. Lorsqu'il s'épanche dans des poches contre nature, il en
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résulte les hydropisies enkystées. On doit rapporter à cette dernière classe les hydropisies des ovaires, de la trompe de Fallope, de l'épiploon, du pancréas, du foie, des reins, et les tumeurs ou poches séreuses qui se développent accidentellement dans le tissu cellulaire de différentes parties.
§. 218. L'eau des hydropiques , analysée par Rouelle le cadet, et Fourcroy t, a offert tous les caractères du sérum du sang. C'est donc une espèce de mucilage animal composé d'albumine et de gélatine, en proportions diverses, dissous dans une quantité d'eau variable, constamment associé à de la soude pure, qui, unie à l'albumine, forme avec elle une combinaison savonneuse. On y trouve de plus du soufre, du phosphate de soude, du phosphate ammoniacal, et du phosphate de chaux. Une analvse chimique plus récente, due à Alexandre Marcet 2 , montre que tous les fluide-s épanchés se composent d'une' matière animale mucoso-extractive, d'eau et de substances salines. Celles-ci paraissent être du muriate de soude, du muriate de potasse, du sulfate de potasse, du sulfate de soude, des phosphates de chaux, de fer et de magnésie. Une masse de 100 grains de ces sels paraît contenir environ 72 grains de muriate de soude mêlé avec un peu de muriate de potasse, 18 k 20 grains de soude à l'état de sous -carbonate, et un mélange de 8 à
1 Syst. des connaiss. chini.; t. 9, p. 21 3.
2 Analyse de Teau des hydropisies, traduite par Vaidy ; Recueil périodique de médecine ; t. 56, p. 73.
10 grains de sulfate de potasse, de phosphate de chaux, de phosphate de fer et de phosphate de magnésie. Ainsi la potasse , comme le docteur Pearson l'a observé le premier, existe dans ces fluides animaux, mais à l'état de muriate ou de sulfate. La soude est le seul alcali non combiné qu'on puisse y découvrir. Le chimiste que je viens de citer a également vu, comme Rouelle et Fourcroy, que les fluides épanchés avaient la plus grande analogie , ou plutôt quils étaient identiques avec le sérum du sang, bien que celui-ci en diffère par la richesse de ses élémens : en effet, il a plus de 23esanteur spécifique , renferme plus de matière animale et plus de sels. Enfin, le même chimiste s'est assuré que les divers épanchemens séreux, tels que l'ascite, l'hydrothorax , l'hydrocèle, etc., ne différaient les uns des autres que sous le rapport des proportions de leurs élémens, particulièrement de la matière animale mucoso-extractive , tandis que les substances salines ne sont point sujettes aux mêmes variations.
§. 249. Mais ce qui importe le plus au médecin physiologiste, c'est de déterminer la source de la sérosité des hydropisies.
Les physiologistes expliquent la formation de l'eau dans les hydropiques par l'accumulation et la condensation de l'humeur qui, dans l'état naturel, lubréfie toutes les cavités, ainsi que les interstices du tissu cellulaire. Cette accumulation ellemême , ils l'attribuent à l'action languissante des vaisseaux absorbans, dont l'énergie ne suffit pas
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pour reprendre par la succion la quantité de liquide fournie par les extrémités artérielles. Ce sont en effet les extrémités exhalantes des artères qui déposent sur les surfaces lisses des cavités internes cette humeur qu'on rencontre dans les cadavres, mais qu'on voit s'évaporer dans les animaux récemment tués.
On peut imiter en quelque sorte cette exhalation par l'injection d'eau tiède dans les artères d'un cadavre. Kaau-Boerhaave avait déjà fait cette expérience. Hales, Hewson, Monro et Schultz, l'ont même tentée sur des animaux vivans , et ont produit par ce moyen des hydropisies artificielles. La présence de la sérosité s'expliquerait donc de deux manières : i .° .inhalation diminuée ou nulle, l'exhalation artérielle étant la même ; 2.0 exhalation augmentée , l'absorption étant la même.
Cette explication me paraît applicable à ces hydropisies qu'on pourrait nommer transitoires , et qui, dépendant d'un mouvement brusque dans l'organisme, font naître un trouble passager, dont la suite est l'accumulation de l'humeur séreuse. C'est ce qu'on voit dans ces hydropisies désignées sous les noms $ hydropisies aiguës, & hydropisies actives. 1
§. 220. Mais ces amas d'eau, si durables, si opiniâtres , qui reparaissent pi omptement après une première disparition , reconnaissent à mon avis une
1 Breschet, Dissertation sur les hydropisies activée Paris 3
autre cause, celle même qui préside à toutes les autres sécrétions.
Dans ces cas ce n'est plus la rupture de l'équilibre entre l'exhalation et l'inhalation quil faut accuser; une nouvelle fonction a lieu, ou du moins l'exaltation d'une fonction primitive, qui ne s'exerçait que dune manière obscure et à un degré peu sensible.
§. 221. Les vaisseaux exhalans, qui se ramifient sur les parois dune grande cavité séreuse, ou sur celle d'une petite cellule (car, sous le rapport de l'action physiologique, il y a identité), semblent ici avoir en quelque sorte changé de nature; ils se sont transformés en vaisseaux sécréteurs : ce n'est plus une vapeur susceptible d'être condensée que versent ces vaisseaux; ils fournissent un fluide séreux déjà tout formé , et qui , sous le rapport chimique , est probablement différent de la vapeur qu'ils exhalaient. Ces vaisseaux et les membranes sur lesquelles ils se distribuent , sont dans une autre température vitale, qui ne se trahit par aucun phénomène apparent ; mais qui quelquefois pourtant, comme je le dirai plus bas, dépend de changemens vraiment organiques.
§. 222- Ainsi, dans cette première espèce d'hydranose, le sac du péritoine , de la plèvre, du péricarde, de la tunique vaginale, et les petites cavités du tissu cellulaire , sont à mes yeux un nouvel organe sécréteur. Le produit de la sécrétion reste dans la cavité dans laquelle il a été formé, faute de canal excréteur pour le conduire au dehors. Sans doute
le fluide, ainsi épanché, est partiellement repris par les lymphatiques , comme le prouve la dilatation de ces vaisseaux autour du siège de l'hydropisie: mais il reste vrai que le travail sécréteur l'emporte prodigieusement sur cette faible résorption; ce qui le prouve, c'est la promptitude avec laquelle lépanchement se renouvelle après l'évacuation. Trente livres de sérosité se sont quelquefois reproduites eh moins de huit jours; ce qui n'a pu s'opérer que par une sécrétion extraordinairement active.
§. 223. J'ai dit que souvent on n'apercevait aucun changement dans l'organe qui sécrète l'eau des hydropiques; dans d'autres circonstances des changemens réels ne sauraient être méconnus. Dans des ascites, des hydrothorax, des hydrocèles , etc., qui ont duré long -temps , les membranes séreuses sont plus épaisses , plus denses, leur surface interne est inégale, quelquefois injectée, d'autres fois noirâtre , et leur aspect ne ressemble pas mal à la face interne de ces vessies urinaires malades qu'on a désignées sous le nom de vessies à colonnes (ceci s'applique surtout au péritoine). D'autres fois ces membranes sont chargées d'un nombre infini de bulles cristallines, en forme d'hvdatides, qui augmentent encore la surface sécrétante. Dans les œdèmes anciens, le tissu cellulaire contracte quelquefois une épaisseur très-grande ; il semble, dit Béclard *, qu'il se fasse une exsudation d'un fluide concrescible qui
Additions h l'anat. générale de Bichat; p. 23 =
l86 LIVRE I.
augmente la densité de ce tissu en s'ajoutant aux lames qui le composent.
§. 224. Tout ce qui vient d'être dit s'applique aux hydropisies idiopathiques ou essentielles, indépendantes de toute altération organique. A mon avis c'est une question obscure , de savoir pourquoi, dans les hydropisies ascites symptomatiques, il existe une corrélation nécessaire entre l'état pathologique du péritoine et l'engorgement du foie, de la rate ou des glandes mésentériques, et pourquoi la sécrétion de l'humeur aqueuse est l'effet de l'affection de ces viscères. Nous n'entrevoyons , par exemple, aucun rapport entre le raccornissement du foie et le travail sécrétoire de la membrane péritonéale qui le recouvre, et comment celui-ci est la suite nécessaire du premier.
§. 225. Les lames du tissu cellulaire, les membranes séreuses tapissant les grandes cavités et les viscères qui y sont renfermés, au lieu de jouer un rôle obscur et de n'être que des surfaces évaporantes , sont devenus , par un travail de physiologie pathologique , de véritables organes sécréteurs , de la même manière que les membranes de l'œuf et les kvstes qui se forment accidentellement au milieu des parties. On doit donc , selon moi , rejeter ces étiologies des hydropisies, qui les attribuent soit à la dilatation des vaisseaux lymphatiques , soit à leur rupture, soit même à des inflammations des membranes séreuses l. Cette dernière me semble d'autant
i Broussais, Examen des doctrines méd.} t. 2 , p. 611 et6i4-
ÀNATOMÏE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 187
plus erronnée que l'inflammation est plutôt un moyen curatif de l'hydropisie , qu'une cause productrice de cette maladie. L'inflammation et le travail sécrétoire auquel est due la présence des eaux , me semblent deux actions morbides entièrement différentes , et pour ainsi dire incompatibles. Une inflammation, au lieu de favoriser ce travail sécrétoire, change au contraire le mode de vitalité, la température de l'organe sécréteur. Produire dans celui-ci une phlogose (toutefois après l'évacuation des eaux), est le plus sûr moyen de prévenir le retour de la maladie. N'est-ce pas en irritant la tunique vaginale après la ponction, qu'on guérit radicalement l'hydrocèle? Exceptons toutefois cette sorte d'hydropisie qui est une des terminaisons de l'inflammation , et dont il sera question plus tard. Nous verrons que ni sous le rapport de la pathogénie , ni sous celui des altérations organiques , ni sous celui du traitement , elle n'a rien de commun avec la plupart des hydropisies qui font le sujet de cet article.
§. 226. Je ne saurais non plus adopter l'idée de M. Broussais !, par laquelle il admet une inflammation des vaisseaux blancs , distincte de l'inflammation ordinaire, et qui consisterait dans une action particulière indépendante des vaisseaux sanguins. C'est à cette action exaltée par l'influence des stimulus, qu'il donne le nom de suhinflammation. Mais changer ainsi arbitrairement le sens précis dans lequel le mot inflammation a été de tout temps
1 Examen des doctr. raéd. 5 t. 2 , p. 629, 63o.
l88 LIVRE I. •
employé , et donner à ce mot une acception vague et illimitée, n'est-ce pas, sous prétexte de simplifier la science, rendre son étude plus embarrassante et jeter de la confusion dans les esprits? L'action d'un organe ne peut -elle donc être exaltée sans l'intervention dune inflammation? Dans l'état de santé ne voyons -nous pas la sécrétion de la salive, celle des larmes , etc. , être augmentées sans qu'assurément il survienne dans les organes destinés à cette sécrétion aucun travail inflammatoire ? Une sécrétion aqueuse permanente n'a-t-elle pas lieu dans les chambres de Tceil? durant les neuf mois de la grossesse une sécrétion analogue ne se fait-elle pas dans la membrane amnios? Faudra-t-il aussi, pour expliquer ces actions physiologiques, recourir à une subinflammation ?
§. 227. Dans les hydropisies qui se forment brusquement et affectent une marche rapide, on ne peut méconnaître l'influence du système nerveux. Lorsque Faction de ce système est fixée sur une membrane séreuse, elle en raréfie le tissu, en change le ton et l'énergie; et ce changement dans sa vitalité en -entraine bientôt un autre dans les fonctions. Voilà pourquoi certaines hydropisies , telles que l'hydrocéph le , l'aseite , etc., sont précédées de douleurs, et pourquoi les jambes deviennent souvent douloureuses avant de s'infiltrer. Ces douleurs, je le sais, sont attribuées par quelques auteurs à une inflammation aiguë. Mais, outre quon n'en rencontre aucune trace dans les ouvertures de cadavres , outre que l'humeur épanchée ou infiltrée
n'est réellement que de la sérosité , et qu'elle ne contient ni matière puriforme , ni lymphe floconneuse et coagulable , la douleur seule ne suffit point pour caractériser un état inflammatoire ; elle annonce seulement une innervation exaltée ( névrosthénie).
§. 228. Dans les hydropisies , au contraire, qui arrivent peu à peu, la force nerveuse semble dédaigner le travail qui les fait naître et l'abandonner aux forces subalternes de la vie végétative ; aussi observe-t-on quil y a presque toujours prostration des forces nerveuses dans ces hydropisies. L'infiltration s'empare facilement d'un membre paralysé; il survient des phlyclènes aux membres des personnes frappées d'hémiplégie; il se forme, même pendant l'agonie , des amas d'eau dans les cavités du corps, comme j'ai pu m'en assurer dans des expériences tentées sur des animaux; c'est par la même raison que l'infiltration se joint dans la phthisie pulmonaire au dernier degré d'épuisement.
§. 229. C'est encore à cette sorte d'hydropisie qu'appartiennent les infiltrations séreuses consécutives aux maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux , ainsi que les œdèmes chroniques par obstruction des principaux troncs veineux des membres. Je ne vois dans ces cas que le résultat d'une atonie ou d'un certain degré de paralysie qui a frappé l'arbre veineux , et s'est étendu aux plus petits rameaux de cet arbre, qui paraissent partager avec les lymphatiques la fonction d absorber. Ainsi dans les anévrismes du cœur , dans ceux même qui
sont actifs, quand voit-on arriver La diathèse séreuse? C'est dans le troisième degré de la maladie; lorsque, suivant Corvisart *, la disparition presque complète des battemens du cœur, le bruissement étendu, un tumulte obscur, profond, impossible à décrire, mais senti par la main appliquée au thorax, la petitesse, la fréquence, l'irrégularité et le mouvement vermiculaire du pouls, annoncent suffisamment la chute des forces vitales dans le principal organe de la circulation, et dans tout le système sanguin.
§. 230. L'oblitération des veines sanguines par du sang coagulé, oblitération que M. Bouillaud a considérée comme la cause constante des oedèmes, est elle-même un effet de la paralysie que je viens de signaler, et qui, rendant extrêmement languissante la circulation du sang, favorise la coagulation de ce dernier. Je crois que dans ce cas-ci , comme dans plusieurs autres , on s'est trop arrêté aux causes secondaires de la maladie , au lieu de remonter à ses causes premières, qui me paraissent être essentiellement vitales.
Ce qui me confirme dans les idées que je viens d'avancer, ce sont les paralysies que l'on produit dans les expériences sur les animaux vivans.
Qu'on coupe les nerfs de la paire vague, outre la congestion sanguine qui a lieu dans le poumon, une infiltration aqueuse se forme dans les cellules
i Essai sur les maladies du cœur; a.e édit. 7 p. 137 et i38.
pulmonaires ; une sérosité écumeuse s'accumule dans les bronches.
§. 231. Cette classe d'hydropisie se rapporte donc au second mode d'origine que j'ai signalé plus haut : ce n'est plus ici une action vitale augmentée ; je n'y vois qu'une transsudation passive, suite d'une altération profonde du sang, et dune extrême atonie des organes : dès - lors ce phénomène mérite à peine de devenir l'objet de recherches physiologiques.
Si en effet on peut signaler dans les hydropisies actives une action de la part du réseau capillaire, il est impossible d'en reconnaître les traces dans celles que l'on désigne sous le nom de passives. Lorsqu'après des maladies de longue durée les jambes s'infiltrent, et que cette infiltration, plus forte le soir, se trouve en partie dissipée le matin par la position horizontale que le malade a gardée; lorsqu'à la suite de ces maladies organiques lentes de la poitrine ou du bas -ventre il survient vers la fin une anasarque, j'avoue que dans ces cas, comme dans tous ceux qui leur sont analogues , je n'aperçois rien qui dénote une activité augmentée dans les vaisseaux du tissu cellulaire , une surexcitation du système exhalant : je remarque, au contraire, que ces infiltrations commencent ordinairement aux endroits où le tissu cellulaire est plus lâche et moins soutenu. Ainsi, par exemple , les exsudations séreuses sont plus fréquentes au dos de la main et au dos du pied que dans la paume et dans la plante ; les paupières s'infiltrent plus facilement que le reste
de la face; le scrotum se tuméfie avant les tégumens de l'abdomen, etc. Ces exemples semblent établir, pour les vaisseaux et les pores exhalans , l'existence de ces baillemens passifs ou paralytiques , comme les appelle M. Broussais1. Je crois pouvoir aussi en déduire que dans les dernières ramifications des vaisseaux sanguins, et dans des parties ainsi affaiblies, le sang, placé pour ainsi dire hors du domaine de la vie, et en quelque sorte soumis aux seules lois de la physique générale , se décompose et laisse échapper avec facilité sa partie séreuse ; à peu près comme dans les cadavres, où, suivant la remarque de M. Portal2, on trouve d'autant plus d'eau dans les cavités, qu'il s'est écoulé plus de temps depuis la mort. Pourquoi n'observe-t-on, en effet, ces hydropisies que dans le dernier degré d'épuisement et d'atonie? Pourquoi les grandes hémorrhagies entraînent - elles si souvent des infiltrations séreuses ?
Quoi qu'il en soit de l'importance de ces considérations, il est hors de doute que les hydropisies se présentent à nous avec deux caractères bien distincts, et dont chacun répond à une modification principale de la force de la vie. Aucune maladie, peut-être, ne prouve dune manière aussi évidente que les mêmes phénomènes et le même produit pa-^ thologique peuvent dépendre de deux causes, ou,
si je puis dire ainsi, de deux températures vitales opposées.
§. 232. Les effets des hydropisies sur l'organisme sont ou généraux ou partiels; ceux-ci dépendent du siège de la maladie, Cest ainsi que l'anasarque du poumon et l'hydrothorax agissent directement sur les fonctions de l'organe respiratoire ; l'hydropisie du péricarde sur le cœur et la circulationl'ascite sur les fonctions des organes de la digestion et les mouvemens du diaphragme , etc. Mais l'effet général est, i.° après le ramollissement et la macération des organes avec lesquels la sérosité est en contact, la consommation d'une grande portion de sang, qui aurait été utile à la nutrition et à l'entretien des organes j 2.0 la soustraction des forces vitales et leur emploi en faveur d'une fonction nouvelle et irrégulière. Quand l'organe sécréteur est doué d'une grande étendue, il absorbe tout ce qui reste de forces disponibles dans le corps , et prive même les organes de celles dont ils ont besoin pour l'exercice de leurs fonctions. On voit pourquoi les hydropisies entraînent une maigreur, une émaciation et un dépérissement général , qui amène infailliblement la mort.
§. 233. Un des effets de la présence de l'eau dans le tissu cellulaire intermusculaire est, outre la mollesse et la laxité de la fibre charnue , de diminuer ou d'éteindre l'irritabilité de cette même fibre. C'est ce qui est prouvé non -seulement par les phénomènes pathologiques, mais aussi par les expériences de William Glift et de Nasse. Le pre- 1. i5
mier1 a vu que la force du cœur diminuait plus promptement dans les poissons dont on avait fendu le péricarde et mis le cœur en contact avec l'eau dans laquelle ces animaux nageaient, que dans ceux où l'on laissait cet organe exposé à l'air. Le second2, ayant expérimenté sur des grenouilles, observa que les muscles de la cuisse étaient beaucoup moins excitables par l'agent galvanique après leur immersion dans de l'eau, du 5n.e — 6/+.e degré de Fahrenheit.
§. 234. Puisque nous savons en quoi consiste le caractère physiologique et pathologique des hydropisies , il nous sera facile d'apprécier les indications que l'on se propose de remplir dans le traitement de ces maladies.
Elles sont en général difficiles à guérir, même lorsqu'elles sont idiopathiques : la raison de cette difficulté est qu'il s'agit ici de faire cesser une nouvelle fonction établie par la maladie. La chirurgie le sait depuis long-temps ; elle ne connaît point de meilleure manière de s'opposer à la récidive d'une hydrocèle, que de dénaturer l'organe sécréteur de l'humeur épanchée. Aussi à défaut d'excision de la tunique vaginale cherche-t-elle par différens moyens à enflammer, à désorganiser cette membrane : si l'on pouvait agir de même sur le péritoine, la plèvre, le péricarde, nul doute qu'on ne parvînt
! Philos, transact. ,- 181 5. — MeckcVs deulsches Arcldv ;lier Band, S. 1 4 f se(J(J'
2 Meckel, l. c.f S. 78 seqq.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. ig5
à la cure radicale des hydropisies dont ces parties sont le siège. Dans l'impossibilité de faire ce qu'on exécute sur les membranes séreuses accessibles aux moyens chirurgicaux, il faut choisir une médication également fondée sur les idées que nous venons d'exposer. Depuis vingt -deux siècles on sait que, pour la cure des hydropiques, il faut opérer sur les émonctoires naturels , c'est-à-dire, sur les voies urinaires, les voies digestives et celle de la sueur. Que fait-on alors? On réveille l'action de ces émonctoires, on y appelle les forces vitales que le nouvel organe pathologique s'était en quelque sorte appropriées, et l'on ramène ce dernier à ses fonctions primitives.
§. 235. De toutes les hydropisies, les plus difficiles à guérir sont les hydropisies enky tées , parce qu'il s'est formé pour elles un nouvel organe, qu'il faudrait pouvoir détruire. Dans 1 hydropisie d'un ovaire cet organe n'est plus ce qu'il était auparavant; il en est de même du pancréas, des reins, de la glande thyroïde changée en kyste hydatoïde.
Les hydropisies qui se forment dans les cavités naturelles, pour peu qu'elles aient duré long-temps, deviennent aussi incurables que celles qui sont enkystées : la raison en est simple. L'organe sécréteur est entièrement changé dans sa texture, il est devenu semblable aux kystes. Les membranes séreuses, si minces, si fines, si transparentes , se sont épaissies , elles sont dures et calleuses; leurs vaisseaux exhalans ? perméables à une seule vapeur ,
igô livre i.
ont été convertis en vaisseaux sécréteurs d'un nouveau liquide ; le cours des humeurs une fois dirigé vers ce nouvel organe, il n'est plus au pouvoir de l'art de le détourner. C'est comme si l'on tentait de dériver le cours du sang qui se porte aux reins pour la sécrétion de l'urine.
§. 236. On ne saurait donc refuser d'admettre dans les bydranoses tantôt une transsudation passive de la partie aqueuse du sang, tantôt une fluxion vers les membranes séreuses, avec changement de propriétés, et quelquefois même d'organisation dans celles-ci. Quel que soit le mode d'après lequel la formation des eaux s'opère, une erreur grossière serait de voir dans la quantité plus ou moins grande de sérosité la maladie toute entière; ce serait accorder au produit du travail pathologique ce que réclame exclusivement ce travail lui-même. Ainsi, par exemple , dans l'hydrocéphale aigu , ce n'est pas la présence de l'eau dans les ventricules du cerveau qui constitue, à proprement parler, la maladie, quoiqu'elle détermine à son tour des symptômes de compression sur certaines parties de l'encéphale, et qu'elle aggrave singulièrement les accidens; c'est bien plutôt Faction contre nature dont sont chargés les exhalans; c'est le changement qui s'est opéré plus ou moins brusquement dans la température vitale et la fonction du feuillet séreux qui tapisse les parois de ces ventricules. Ce cri hydrocéphalique qui précède tous les autres symptômes , signale ce premier degré de la maladie.
ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE GENERALE. 197
De la raréfaction de tissu par infiltration et par épanchement Ae sang 3 ou raréfaction par hématonose. 1
§. 237. La présence du sang dans le tissu cellulaire des organes, dans les cavités internes du corps, soit séreuses , soit muqueuses , et même sa sortie par les pores de la peau, doit à son tour être considérée d'une manière générale : comme l'hydranose, elle dépend de deux états opposés, de dynamie et d'adynamie.
Ce phénomène ne peut en effet consister que dans une transsudation, soit active, soit passive. On pourrait donc la définir, la sortie du sang de ses vaisseaux et son intromission dans les exhalans, qui le déposent ensuite sur une partie quelconque.
Il faut encore ici commencer par rapporter des exemples d'infiltrations sanguines et d'épanchemens de même nature 3 nous remonterons ensuite aux causes qui les produisent.
§. 238. La peau s'offre d'abord à notre examen : son tissu est fréquemment le siège d'infiltrations sanguines, qui prennent tantôt la forme de points et tantôt celle de plaques.
Dans la première de ces formes il faut ranger les pétéchies, petites taches de couleur rouge ou violette, qui quelquefois ne sont pas plus grandes que
1 De ctifjtit, sang, et vèffOÇ) maladie»
igS LIVRE I.
des piqûres de puce ; mais qui d'autres fois égalent en étendue les taches de la rougeole. Ces exanthèmes se remarquent particulièrement dans les endroits où la peau est fine; mais on doit noter comme une singularité, qu'on ne les observe jamais à la face.1 Stoll, qui les a examinés au moyen du scalpel, les a trouvés formés d'un sang extravasé, absolument de la même couleur que la pétéchie avant la dissection. 2
§. 239. J'ai fait de mon côté plusieurs recherches sur les pétéchies; je les ai trouvées de grandeur et de forme variables : il y en avait d'une ligne et demie de diamètre ; d'autres n'avaient qu'un tiers de ligne ; quelques - unes , surtout les petites , étaient assez exactement arrondies; les plus grandes, au contraire , étaient plus ou moins anguleuses et irrégulières. La plupart avaient une belle couleur de pourpre; plusieurs étaient noires. Ordinairement on trouve mêlées ces deux sortes de pétéchies; d'autres fois, au contraire, elles sont séparées : c'est ainsi que sur le bas -ventre dune femme, qui en était parsemé, les noires étaient toutes d'un côté et les purpurines de l'autre côté de la ligne blanche , sans que j'eusse pu découvrir, dans l'état de la peau ou dans d'autres circonstances, la raison de cette disposition. L'immersion de la peau dans l'eau bouillante ne faisait pas disparaître les pété-
i Franck, Epit. de curand. homin. morh., lib. 3 , p. 117, Ma n nheim, 1792.
2 Ratio medendi -} t. 1, p. 184.
chies, mais changeait leur couleur pourpre en une couleur brun sale. Il en était de même lorsque j'avais détaché l'épidémie : après vingt-quatre heures de macération dans l'eau , la couleur brunâtre subsistait toujours.
Enfin , l'examen anatomique et l'immersion de la peau dans l'eau bouillante m'apprirent : 1 .° que les pétéchies n'appartiennent point à l'épidémie; 2.0 qu'elles ne résident pas non plus dans le réseau de Malpighi ; 5.° mais qu'elles sont inhérentes à la partie la plus dense et la plus superficielle du derme, dans le tissu duquel le sang semble s'être infiltré.
§. 240. La peau n'est pas le seul endroit qui offre des pétéchies ; on les rencontre aussi sur les parties internes: je les ai vues en assez grand nombre sur la membrane muqueuse de l'estomac d'un enfant, qui n'était pas mort de fièvre putride- je les ai trouvées sur la membrane interne de la vessie urinaire d'une femme de vingt-sept ans, morte, le second jour de ses couches, de convulsions épileptiques, et sur laquelle j'avais opéré l'accouchement forcé au commencement du huitième mois de ia grossesse.
Des recherches faites sur des pétéchies internes, rencontrées sur la membrane muqueuse d'un estomac , m'ont fourni les particularités suivantes :
Elles étaient plus petites que celles qu'on remarque à la peau, d'une couleur purpurine prononcée, et placées sur un fond non enflammé. Considérées à l'aide de la loupe, quelques-unes étaient formées de stries ayant une direction étoilée et sem-
blables à celles de certaines racines ; d'autres paraissaient formées d'une agrégation de beaucoup de points rouges extrêmement petits , comme s'ils avaient été faits avec la pointe de l'aiguille la plus fine. L'aspect régulier de ces taches semblait prouver que le sang n'était point extravasé, mais qu'il était renfermé dans des vaisseaux extraordinairement déliés. Elles résidaient dans le tissu de la membrane muqueuse ; la tunique celluleuse, improprement appelée nerveuse, était très-blanche et nullement injectée; il en était de même de la péritonéale. Ayant plongé un instant un morceau de cet estomac dans l'eau bouillante, les taches ne disparurent pas; mais leur couleur devint d'un brun sale.
§. 241. Stoll, que j'ai déjà cité, a rencontré des pétéchies sur la plupart des viscères d'une fille de vingt ans, morte de fièvre pétéchiale. La peau de cette fille, surtout celle de la face et des lèvres, était blanche pendant la vie et comme privée de tout son sang. Sur la poitrine, aux mamelles et aux bras il y avait des pétéchies de couleur violette et bleue. Les mêmes taches se rencontraient en grand nombre sur la plèvre, sur les deux faces du péricarde, sur le diaphragme , le coeur et les membranes du cerveau, à la surface et dans la substance même du cervelet, sur le péritoine et les intestins. Quelquesunes étaient larges comme des sugillations ou des ecchymoses , et donnaient un sang fluide lorsqu'on les incisait. Le sang des gros vaisseaux était noirâtre -et liquide comme de l'eau. La tunique externe de
ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 201
l'intestin rectum était noire comme de l'encre et dans un état de putréfaction {intestini recii extima membrana nigerrima , putridissima , atramentum referens) , et Tépiploon paraissait être saupoudré d'une poudre charbonneuse (omentum quasi nigerrimo carboninn puïvere conspersum ). 1
§. 242. Les infiltrations sanguines dans le tissu de la peau, lorsqu'elles prennent la forme de plaques, constituent les ecchymoses ou ecchymomes (suivant l'expression de Franck) qu'on rencontre, soit dans des maladies aiguës, soit dans des maladies chroniques. Elles doivent être distinguées des ecchymoses traumatiques ; elles doivent l'être aussi de celles qu'on observe sur les cadavres, effet de la transsudation qui a lieu après la mort.
§. 243. Le tissu cellulaire sous -séreux et celui des interstices des muscles sont très - souvent le siège d'infiltrations sanguines. C'est dans les parois abdominales qu'on les observe le plus fréquemment, et ordinairement sur le péritoine. Ces infiltrations, qui surviennent sans cause connue, sont d'une figure alongée, et forment quelquefois un épanchement de plusieurs onces. Le cadavre de Desault offrit quelques ecchymoses abdominales très-marquées.
§. 244. Il n'est pas bien rare de trouver des infiltrations sanguines dans le tissu cellulaire qui lie entre eux les différens grains et lobes qui composent les glandes conglomérées. C'est surtout dans
i Ratio medendi ; t. 2j p. 354 et 35y,
le pancréas qu'on a vu ces infiltrations • et ce phénomène a été considéré comme l'effet d'une apoplexie abdominale.
§. 245. L'apoplexie proprement dite ou l'apoplexie céphalique a élé attribuée par quelques auteurs à une exhalation sanguine dans la pulpe même du cerveau. Cette exhalation, qui détermine tantôt une infiltration, tantôt un épanchement dans la masse encéphalique, existe bien réellement; mais c'est toujours dans des endroits dont l'organisation avait été préalablement altérée, comme je le dirai à l'occasion des maladies organiques du cerveau.
Les infiltrations en dehors de l'encéphale rentrent dans celles qui se font dans le tissu cellulaire interstitiel. Telle fut celle que l'on aperçut sur la selle turcique dans le cadavre de Fourcroy.
§. 246. Le poumon, viscère spongieux et celluleux, est, par sa disposition organique, très-exposé aux infiltrations sanguines, comme il l'est à l'anasarque : aussi l'observation a-t-elle constaté l'existence de cette infiltration , soit dans l'état inflammatoire, soit sans inflammation de cet organe. Cest seulement de ce dernier cas que je dois m'occuper
Lorsqu'il a lieu, on trouve le poumon, tantôt dans sa presque-totalité, tantôt dans des portions plus ou moins étendues, gorgé d'un sang noir et fluide, qui ruisselle abondamment dès qu'on pratique des incisions dans ce viscère. Gomme on a souvent remarqué ce phénomène après des morts subites, on l'a considéré comme l'effet d'une véritable apoplexie
pulmonaire : MM. Leroux et Léveillé en ont rapporté des exemples.
§. 247. Les infiltrations sanguines dans le parenchyme du foie, de la rate, des reins et de la matrice, citées par M. Mérat *, me paraissent des exemples de pléthore dans lesquels le sang n'avait point abandonné ses vaisseaux.
§. 248. Je commence l'histoire des exhalations de sang sur les surfaces libres des organes par celle des sueurs sanguines.
Elles peuvent se rencontrer même dans l'état de santé : par exemple , dans de violens exercices du corps. Homère connaissait ce phénomène , puisqu'il dit, à l'occasion du combat de la lutte entre Ajax et Ulysse : Les vertèbres des combattans craquent sous leurs doigts ; des ruisseaux de sueur découlent de leurs vastes échines ; des gouttes de sang s'exhalent de tout leur corps et teignent de pourpre et leurs muscles et leurs larges épaules 2. Mais c'est particulièrement dans des cas de maladie que les sueurs sanguines ont été observées. Huxham rapporte qu'il a vu plus d'une fois des malades, pris de fièvre maligne, rendre par les aisselles une sueur sanguinolente 3. On lit dans les Éphémérides des curieux de la nature l'histoire d'une jeune fille qui avait des sueurs de sang 4. Pibrac ô rapporte l'observation
i Mémoires de la société méd. d'émulat. 5 t. 7 , p. 80.
2 Iliade, chant XXIII.
3 Essai sur les fièvres, p. 5a.
4 Centuries 1 et 2 ; Observ. 20, p. 71.
5 Mercure, Février 1^^ p. 170,.
2o4 LIVRE I.
d'un homme qui rendit abondamment et à diverses reprises, par la peau de la jambe et par plusieurs autres parties, du sang, sortant, comme par transpiration, des pores de la peau; une seule fois il s'en écoula une demi-palette. Bichat 1 parle d'une femme qui, à certaines époques, avait des sueurs qui ensanglantaient ses draps. M. Alibert2 fait mention d'une femme qui avait des sueurs de sang. Il est inutile de citer les nombreuses observations de transsudations sanguines dans les scorbutiques et dans les individus attaqués de la maladie tachetée hémorrhagique de Werlhof.
§. 249. Rien de plus fréquent que les exhalations sanguines sur les surfaces muqueuses; elles y forment les hémorrhagies par transsudation.
i.°Pour les voies de la respiration, nous avons à remarquer les hémorrhagies nasales et les hémorrhagies pulmonaires ou l'épistaxis, et l'hémoptysie ou pneumonorrhagie. Dans ces cas , le sang est d'un rouge vermeil, parce qu'il est en contact avec l'air atmosphérique.
2.0 Si l'exhalation sanguine a lieu sur la membrane muqueuse qui tapisse les voies de la digestion, il en résulte l'hémorrhagie de la bouche ou la stomatorrhagie, le vomissement de sang ou l'hématémèse , la maladie noire ou le mélaena et la dysenterie. On avait cru pendant long -temps que
i Anat. générale; t. 2 , p. 563.
2 Nouv. élém. de mat. méd. et de thérap.; 2.e édit. , t. p. 3o9.
ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 2o5
dans ces diverses espèces d'hémorrhagies le sang était fourni par une rupture des vaisseaux • que , dans l'hématémèse , par exemple, il provenait des vaisseaux courts lésés , et dans le mélaena de la rupture de quelques veines intestinales devenues variqueuses. Mais des recherches cadavériques ont montré l'estomac et les intestins remplis d'un sang noir et dissous, sans qu'on pût apercevoir aucune trace de lésion organique à la muqueuse de ces viscères.
5.° Quant à la dysenterie, c'est toujours à la suite d'un travail inflammatoire que le sang transsude par les exhalans. Dans cette maladie, le sang est ordinairement rouge , tandis qu'il est constamment noir dans l'hématémèse et le mélaena ; ce qui provient de sa stagnation , ainsi que de son mélange avec l'humeur intestinale , et peut - être aussi avec des gaz.
4.0 Il est des hémorrhagies intestinales où du sang, ne provenant ni d'un mélaena ni d'une dysenterie, est rendu avec les selles. On soupçonne ordinairement l'existence dhémorrhoïdes internes, tandis que l'inspection attentive des parties malades ne fait découvrir aucune trace de changement organique. J'ai ouvert le cadavre d'un homme de soixante ans , qui mourut d'une hémorrhagie intestinale, à la suite d'une fièvre intermittente, et sur les viscères duquel je n'aperçus aucune trace d'altération physique. A l'ouverture du corps du professeur Leclerc, on trouva plusieurs onces de sang exhalé dans les intestins.
5.° La membrane muqueuse qui tapisse les voies urinaires est aussi le siège d'exhalations sanguines. L'analyse chimique que M. Thénard a faite de l'urine de certaines personnes attaquées de maladies inflammatoires, y a fait connaître les élémens du sang. Dans l'hématurie le sang sort pur ou presque pur par le canal de l'urètre. Je dirai , en passant , que l'hématurie est une maladie heureusement fort rare : sur quatre mille malades que P. Franck a observés à l'hôpital de Pavie, dans un espace de dix ans , il n'a vu que six individus qui en furent attaqués; et surmille neuf cent treize malades traités par lui à la clinique de Vienne, un seul en fut atteint; enfin, sur treize mille six cent quarante malades reçus à l'hôpital général de la même ville , un seul est mort d'hématurie. 1
6.° Dans la femme, la membrane muqueuse des organes de la génération laisse fréquemment transpirer du sang pur. Il existe des ménorrhagies où l'on n'observe aucune érosion des vaisseaux et où le sang sort immédiatement des exhalans dilatés. Les règles elles-mêmes sont, d'après Bichat, une exhalation sanguine parla membrane muqueuse de la matrice, et non le résultat d'une rupture des sinus veineux , attribués à ce viscère. Quant aux lochies, elles ont lieu par les orifices béans des artères et veines utéroplacentales , déchirées par l'effet de la séparation de l'arrière-faix; ce n'est donc plus une transsudation,
i P. Franck, Epilome de curand. hom. morb.; lib. 5, part. 2, p. a5o.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 20q
mais une véritable hémorrhagie par rupture des vaisseaux.
§. 250. Les exhalations sanguines qui ont lieu à la surface des membranes séreuses , moins fréquentes que les précédentes , ont néanmoins été observées un grand nombre de fois.
i.° La plèvre est de toutes les séreuses celle qui offre le plus souvent des épanchemens sanguins ^ la sérosité sanguinolente qui se rencontre assez souvent dans l'une ou l'autre cavité de la plèvre, est un premier degré de cette exsudation. Dans d'autres circonstances on y rencontre du sang pur ou presque pur : il en résulte une maladie que l'on pourrait appeler hémolhorax , et dont P. Franck cite plusieurs exemples : il a vu entre autres un jeune homme sur lequel une tumeur inflammatoire du testicule s'était terminée par délitescence , et qui succomba à un épanchement sanguin dans la poitrine1. Le professeur Mahon est mort d'un hémothorax des deux plèvres; le cœur et les gros vaisseaux sanguins n'étaient nullement altérés. 2
2.0 Après la plèvre le péricarde se présente dans l'ordre de la fréquence des épanchemens sanguins. Des observateurs ont consigné et j'ai vu moi-même des cas où toute la cavité de cette poche membraneuse était si remplie de sang que le cœur nageait dans ce fluide. J'ai remarqué que ce sang n'était nullement coagulé, et qu'il n'existait aucune trace
i P. Franck, /. c. , p. 186.
2 Journal de médecine} t. 9, p. i32.
de rupture ou d'érosion à la surface des organes avec lesquels il était en contact.
5.° Quant au péritoine, j'ai souvent observé une collection plus ou moins grande de sérosité sanguinolente dans sa cavité, et j'ai aussi vu, quoique plus rarement , des épanchemens de sang pur dans la cavité des épiploons sans altération de texture quelconque.
4-° Bichat rapporte deux exemples d'exhalation sanguine dans la tunique vaginale du testicule. l
5,° L'exhalation sanguine dans l'intérieur de l'arachnoide est la plus rare de toutes. On rencontre bien parfois de la sérosité sanguinolente dans les ventricules du cerveau; mais il y a peu d'exemples de collections de sang pur dans ces mêmes ventricules, autres que celles qui résultent de quelque rupture ou de quelque érosion.
6,° Les exhalations sanguines dans les cavités articulaires sont également peu communes. J. L. Petit a vu du sang exhalé dans la capsule synoviale du genou.
§. 251. Si on examine avec attention et à l'aide d'un verre grossissant les membranes , tant séreuses que muqueuses , qui ont fourni ces exhalations , on trouve constamment que leur tissu est plus raréfié, plus abreuvé, et que leur surface offre une sorte de velouté qu'on dirait formé par un prolongement des extrémités des vaisseaux exhalans ,
Anat. générale 5 t. 2, p. 571.
ÀNAT0M1E PATHOLOGIQUE GENERALE. 209
présentant l'aspect de filamens rouges extrêmement déliés.
§. 252. Quelle que soit la variété des diverses hématonoses dont nous venons de faire rénumération, il est certain que, relativement à leur caractère physiologique, on peut les diviser en sthéniques ou actives , et en asthéniques ou passives.
L'hématonose active n'est , suivant Franck 1 » qu'une sécrétion pathologique , dans laquelle un stimulus appelle les humeurs dans le réseau capillaire , et les force à pénétrer dans les exhalans.
Dans l'hématonose passive, au contraire, le sang s'écoule de ses canaux par suite de la débilité du système vasculaire. De là vient que dans les hémorrhagies de la première sorte, le sang se porte ordinairement dans un endroit déterminé du corps , tandis que dans les hémorrhagies passives c'est le plus souvent dans tout le système qu'elles se manifestent, comme on le voit dans le scorbut, la maladie tachetée de Werlhof, les fièvres de mauvais caractère, la maladie bleue, etc.
§. 253. On ne saurait trop> suivant Franck, se défier des signes de la sthénie dans certaines hémorrhagies qui, avec tous les symptômes d'exaltation dans le système, n'ont néanmoins été guéries que par la méthode excitante. Il rapporte deux histoires d'épistaxis chez deux individus qui , traités d'abord par de copieuses saignées et par tous les moyens antiphlogistiques, ne cédèrent qu'à l'em-
ploi du vin généreux et du quinquina. Dans un de ces cas, où on avait fait une saignée d'une livre, l'hémorrhagie nasale devint si forte que le malade perdit encore six livres de sang. *
§. 254. L'hématémèse est, comme les autres hémorrhagies, tantôt dynamique et tantôt adynamique. On trouve encore dans l'ouvrage de Franck2 un exemple frappant de la première espèce , qui démontre en même temps que l'action pathologique peut se déplacer et quitter les organes d'abord affectés. Une femme de vingt -sept ans, bien réglée, eut un vomissement de sang des plus graves , dans lequel elle perdit environ quatre livres de sang ; elle conserva après cet accident une douleur d'estomac, des nausées, et un pouls dur et fréquent, jusqu'au seizième jour de la maladie, où il survint un gonflement de la parotide et des pustules au cuir chevelu.
Le scorbut et la maladie hémorrhagique de Werlhof offrent des exemples d'hématémèse adynamique. La terminaison de ces maladies en hydropisie , est due à cette même faiblesse du système vasculaire.
§. 255. On rencontre des personnes qui, par l'effet d'une diathèse particulière , ont une grande tendance aux hémorrhagies y et chez lesquelles on remarque une laxité de tissu et un défaut de ton, tel que les astringens les plus énergiques sont à
i P. Franck, /. c, p. i36 et 137.
a lbid. , p. a 10.
peine capables d'arrêter l'écoulement sanguin; la moindre violence externe, le coup le plus léger déterminent des ecchymoses ; les blessures les plus insignifiantes , une égratignure , une piqûre , occasionnent des pertes de sang vraiment alarmantes. Peut -on ne voir dans ces exemples qu'une exaltation du système vasculaire et lui appliquer la théorie de l'irritation? Cette théorie s'accorde-t-elle avec des faits qui attestent une disposition originelle, congénitale et héréditaire aux hémorrhagies? Ces faits étant très - curieux , il n'est pas hors de propos de citer ceux que j'ai recueillis dans les auteurs.
Une femme, nommée Smith , qui s'établit, il y a quatre-vingts ans , aux États-Unis d'Amérique, transmit à ses descendans mâles une telle aptitude aux hémorrhagies, que la moindre égratignure devenait mortelle. Dans quelques cas les parties divisées avaient paru vouloir se réunir et montraient quelque disposition à se cicatriser -? quelquefois même la cicatrisation était parfaite : huit jours après se déclarait une nouvelle hémorrhagie, qui, résistant à tous les moyens chirurgicaux , amenait bientôt la mort. Les saignées, étant suivies des mêmes accidens, avaient été proscrites dans cette famille. Depuis quelques années on a découvert que le sulfate de soude était le véritable antidote de ces hémorrhagies. En prenant ce sel pendant quelques matinées, l'effusion de sang s'arrête et le malade est guéri. Ce qu'il y a de particulier, c'est que les femmes de cette famille sont exemptes de cette maladie, bien
qu'elles transmettent la même disposition à leurs enfans mâles. l
Un cas semblable fut observé, il y a cent ans, sur un nommé Appleton , qui , pendant sa jeunesse, avait des effusions sanguines à la moindre occasion , et qui mourut d'une double hémorrhagie, l'une par le canal de l'urètre, l'autre par une écorchure de la peau de la hanche, à la suite du décubitus prolongé sur cette partie. Le docteur J. Swain épousa une des filles de cet individu ; il en eut deux fils et cinq filles : les premiers moururent d'hémorrhagie, à la suite d'une lésion trèsinsignifiante. Un des descendans de ce même docteur Swain ayant été blessé à la cuisse par un coup de pied de cheval, eut également des hémorrhagies > qui , quoique arrêtées momentanément , amenèrent néanmoins la mort au bout de dix-neuf jours. Ce même individu avait un frère qui, pour s'être blessé avec son canif, eut une violente hémorrhagie, qu'on eut la plus grande peine à arrêter : il mourut peu après d'hémoptisie , à l'âge de trente ans. Le général Brown épousa une fille de J. Swain : deux de ses fils avaient de fréquentes hémorrhagies ; l'un en mourut à l'âge de cinq ans , l'autre, qui atteignit cinquante -quatre ans, fut sujet à de fréquentes effusions sanguines. De ses trois filles deux eurent des enfans, au nombre de cinq, qui furent affectés de la même disposition. Une
i Dictionnaire des sciences médicales j t. 4> p- 190, article Cas rares.
AJXATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 21 5
autre fille de J. Swain , qui épousa un nommé Bachilor, eut trois enfans également sujets à cette singulière maladie. 1
Krimer 2 dit connaître une famille dans laquelle tous les descendans mâles, pendant quatre générations , ont succombé à des hémorrhagies qu'aucun moyen ne lut capable d'arrêter. Le dernier de la famille, qui vit encore , et qui est également sujet à cette maladie , ne s'en garantit que par l'usage du sel de Glauber, et en évitant de s'exposer à la moindre lésion traumatique.
§. 256. Pour terminer ce qui est relatif aux hématonoses , il nous reste à examiner leur rapport avec la force nerveuse : ici se reproduit la distinction des hémorrhagies en deux espèces. A l'article Pneumatose j'ai émis l'idée que l'action nerveuse s'étendait jusqu'au sang et aux humeurs (§. 194? 196, 204). Cette opinion, qui sera fortifiée à mesure que nous avancerons dans l'étude de l'anatomie pathologique, reçoit, dès ce moment, un appui de l'examen des phénomènes que nous offrent les diverses sortes d'hémorrhagies elles-mêmes.
§. 257. C'est ainsi que les fièvres synoques paraissent produire dans le sang un mouvement intrinsèque plus rapide. Ce n'est point à l'action lente de la nutrition, ni à la composition ou à la décom-
1 London médical Repository $ vol. 3, p. 60. — MeckeVs deuLsch. Archiv f. d. Physiol.; iter Band, S. 1 83.
2 Versuche einer Physiologie des Bluls ?- Seite 3» 8. Leipz, , .8-23.
3l4 LIVRE I.
position chimique, que sont dus ces résultats; mais à une influence plus prompte , plus instantanée et plus vitale. On dirait que dans ces cas le principe nerveux se mêle avec le sang et entraîne avec lui la vie de l'individu. Certaines hémorrhagies sont devenues mortelles sans avoir été abondantes : de trèspetiies bémoptysies sans altérations du poumon ont été pernicieuses, tandis que dans d'autres circonstances , par exemple , dans des plaies , dans l'accouchement, etc., les malades peuvent supporter des pertes énormes. Et ne croyons pas que dans certaines fièvres aiguës le sang se décompose et devienne plus fluide, comme dans le scorbut et dans des fièvres par infection ; on observe au contraire qu'il conserve sa crase et sa consistance primitive. M. Lordat * cite l'exemple d'un jeune homme de vingt-deux ans, mort d'une fièvre continue, dont le sang conserva après la mort sa consistance première. Dès qu'il eut expiré, le sang sortit de la bouche avec tant d'abondance qu'on fut obligé de changer deux fois de suaire. Quand on transporta le cadavre à l'église, la marche du convoi était marquée par le sang qui tombait de la bière. Ce sang se figeait peu de temps après. M. Lordat attribue ce phénomène à la vitalité persistante du système capillaire. J'admets cette explication ; mais je crois qu'il .y avait encore quelque chose de plus, savoir, une véritable innervation du sang, c'est-à-dire, une vitalité exaltée par l'addition du principe nerveux.
i Traité des hémorrhagies, p. 1 55 et i5G.
§. 258. Lorsque ce principe ne s'échappe que partiellement avec le sang, il en résulte dans l'économie animale un bien-être marqué ; parce qu'alors le ton du système nerveux est ramené à son type normal, et que les mouvemens vitaux qui étaient en désharmonie , se mettent en équilibre; voilà ce que j'appelle une crise par hémorrhagie. Ce n'est pas par la quantité de sang perdu que la santé se rétablit, car elle est quelquefois insignifiante; c'est parce qu'il y a eu évacuation d'une certaine portion du princine nerveux qui tenait le système dans un état d'excitation contre nature.
§. 259. Une autre preuve de l'influence des nerfs sur les vaisseaux et le sang se tire des hémorrhagies intermittentes, dont M. Lordat cite également des exemples. Or j'ai avancé dans un autre ouvrage1 l'idée (qui d'ailleurs sera développée dans celui-ci) que tous les phénomènes de la vie, portant le caractère de l'intermittence , découlent des fonctions du système nerveux , qui seul subit la loi de la périodicité. Vainement aura-t-on recours à des opinions plus ou moins hypothétiques pour expliquer les hémorrhagies intermittentes; celle que je crois devoir admettre, peut seule rendre compte de ce singulier phénomène.
§. 260. Toutefois ce principe, nerveux n'est pas toujours susceptible d'être évacué : soit qu'il se renouvelle sans cesse , soit qu'il adhère intimement au sang, il exerce quelquefois sur celui-ci une action
i De nervi sympalhetici humani fabrica, usu et morbis p. 1 1 5 et 1 16.
2l6 LIVRE I.
soutenue , et finit même par anéantir les fonctions du cerveau. Un des malades dont il est question dans les observations de M. Chrestien , perdit beaucoup de sang par le poumon, fut saigné treize fois, conserva toujours le pouls plein, et mourut d'apoplexie sanguine. 1
§. 261. Mais c'est surtout dans les fièvres de mauvais caractère, et dans ces maladies aiguës où la force nerveuse est languissante, que se remarquent des ehangemens notables dans la composition du sang. Plus liquide , plus dis^us , dans ces maladies, le sang se prête mieux, si l'on peut ainsi dire, à ces hémorrhagies passives, fréquentes dans les fièvres pétéchiales, la fièvre jaune, le scorbut , la maladie de Werlhof, etc. Le principe morbide semble dans ces affections agir sur le sang à la manière du fluide électrique ou de certains poisons qui le dissolvent et le privent entièrement de la faculté de se coaguler. Remarquons encore ici l'intime connexion qui existe entre le sang et le système nerveux : ces agens , qui détruisent la sensibilité et l'irritabilité , dénaturent le sang au même instant et en altèrent les propriétés physiques. Aucune autre humeur du corps n'est susceptible d'une altération aussi rapide. Le lait, la salive, la bile, sont, il est vrai , modifiés dans les maladies , par les impressions nerveuses , par les influences morales ; mais leur altération, moins appréciable par nos sens, ne se manifeste que par ses effets.
x Lob dat, 1. c, p. 21 3,
§. 262. Enfin, la force nerveuse est manifestement en jeu dans tous les cas où le sang s'arrête dans le réseau capillaire , et y subit des décolorations particulières , sans qu'il existe précisément d'hémorrhagie, soit active, soit passive. Je pourrais citer beaucoup de faits qui prouvent la coloration subite de la peau, seul organe soumis à la vue, à la suite d'affections morales ; mais je me bornerai à quelques-uns. Lecat1 rapporte l'histoire d'une demoiselle de seize ans , dont la peau se colora en noir pour avoir été insultée par un homme : le même auteur cite l'exemple d'une femme qui , apprenant la fin tragique de sa fille et de ses petits-enfans qui s'étaient précipités par une croisée, devint noire par tout le corps dans l'espace de vingt -quatre heures. M. Rostan 2 parle d'une femme , morte en 181g, à l'âge de soixante- quinze ans, dont le réseau de Malpighi était coloré comme dans le nègre. Cette coloration , qui s'était formée dans l'espace d'une nuit , provenait d'une grande frayeur que cette femme, condamnée à mort pendant la révolution , avait éprouvée à la vue des apprêts de son supplice ; elle fut sauvée par l'intervention d'un homme puissant. M. Fardeau 3 a publié l'observation d'un homme qui, à la suite de violens chagrins, devint bleu dans tout son corps. Quoique le pouls
1 Traité de la couleur de la peau humaine, p. 160 et 173.
2 Bulletin de la Faculté de médecine de Paris, année 1817, p. 524-
3 Recueil de Mémoires de médecine militaire j t. 8, p. 237.
2lS LIVRE I.
fût petit et qu'il y eût des symptômes d'asthme, on pratiqua avec succès plusieurs fortes saignées. Ce médecin considéra cette maladie comme une apoplexie ou stase sanguine dans tout le système capillaire : il est porté à croire que les parties internes étaient colorées comme la peau.
Le rédacteur du journal qui renferme cette observation se demande si cet état était dû à une hématose imparfaite , ou à un ictère avec dégénérescence particulière de la bile , ou au défaut d'oxigénation du sang. Je ne pense pas qu'aucune de ces opinions soit admissible. L'hématose se fait trop lentement; l'ictère à la suite des passions de l'ame ne dépend pas toujours de la bile , mais , comme dans la fièvre jaune , dans la morsure par des animaux venimeux , etc. , d'un changement subit qui a lieu dans la masse du sang; enfin, le défaut d'oxigénation ne pourrait être adopté qu'autant qu'on ferait remonter ce phénomène au système nerveux dont l'influence nécessaire aux fonctions du poumon était probablement suspendue dans le cas rapporté par M. Fardeau.
Ces considérations me portent donc à penser que les altérations des humeurs, et notamment celles du sang, ont une étroite connexion avec les maladies dynamiques ; et que le moment est venu d'étudier ces rapports avec plus de soins qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour.
ANAT0MIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 2ig
De la raréfaction de tissu par fluxion.
§. 263. La fluxion est un mouvement vital, par lequel le sang se porte avec plus de vitesse et plus abondamment que dans l'état naturel vers un point irrité.
Considérons la fluxion dans son principe et dans ses effets , étudions- la dans l'état de santé et dans l'état de maladie, tâchons surtout de bien établir les caractères qui distinguent la fluxion de l'inflammation.
§. 264. Le principe de toute fluxion est une irritation fixée sur un point, laquelle détermine une congestion de sang vers ce même point. La fluxion commence donc par une congestion , ou plutôt elle n'est qu'une congestion prolongée. En ceci elle diffère de la turgescence, dans laquelle la congestion, n'étant que passagère , ne détermine pas de phénomènes permanens.
§. 265. C'est le propre des fluxions, de déterminer dans les glandes et les autres organes sécréteurs des sécrétions plus abondantes que dans l'état ordinaire , ou même d'établir des sécrétions toutes nouvelles pour les parties qui en sont le siège.
Lorsqu'une sécrétion augmentée se continue quelque temps, on observe que les organes poursuivent ce travail sans faire un nouvel appel au sang; de manière que, bien qu'ils soient le centre et le laboratoire d'une fluxion, ils n'offrent pas à
l'œil de l'anatomiste des signes d'une congestion sanguine proportionnée à la sécrétion qui s'y opère.
Éclaircissons ceci par des exemples , et pour procéder avec ordre , examinons les fluxions dans les systèmes généraux, et ensuite dans les organes en particulier.
§. 266. Le tissu cellulaire, qui est le conducteur de toutes les fluxions , en est aussi très-souvent le siège. Faisons toujours une distinction entre des mouvemens qui traversent un tissu, et ceux dont il est comme l'aboutissant. Nous venons de voir dans les articles précédens, des infiltrations séreuses et sanguines dans le tissu cellulaire sans congestion prononcée; mais je soupçonne que ces anasarques aiguës , ces leucophlegmasies qui dépendent de la rétrocession d'une maladie éruptive, d'une scarlatine , par exemple , sont dues à un mouvement fluxionnaire plus ou moins actif! L'œdème du tissu cellulaire qui entoure les abcès profondément situés, me parait dépendre du même travail.
§. 267. Les différentes espèces de membranes se présentent en second lieu comme l'aboutissant et le foyer des fluxions. Nous avons déjà vu l'hydranose et l'hématonose s'emparer des membranes séreuses -, mais un travail plus prononcé de la force vitale les élève au rang d'organes fluxionnaires. C'est ce qui a lieu surtout dans les hydropisies très-aiguës des différentes cavités du corps.
§. 268. Les membranes muqueuses sont le siège le plus fréquent des fluxions. Comme ces membranes sont sécrétantes par leur nature, il suffit d'une légère
augmentation du travail physiologique habituel pour y établir xmflux. Aussi celui-ci survient -il ordinairement sans accidens graves. Les diarrhées ne sont autre chose que des fluxions sur la membrane muqueuse des intestins ; souvent elles ont lieu sans fièvre , sans douleurs et sans aucun symptôme inflammatoire. Combien de flux de ventre qui ne sont accompagnés d'aucunes coliques , et que pour cette raison on désigne sous le nom de diarrhée avec relâchement ou par atonie ! Les matières rendues par les selles ne sont pas uniquement le résidu des alimens, surtout chez les malades qui sont assujettis à un régime sévère ; elles sont donc le produit d'une sécrétion opérée par la tunique veloutée du canal intestinal. Lorsqu'on ouvre les cadavres de personnes mortes de diarrhées longues et colliquatives, on trouve les membranes muqueuses dans une sorte de macération, de gonflement et de boursouflement, mais sans trace d'inflammation.
§.269. Lors même qu'on rencontre sur ces membranes des endroits rouges, il faut se garder de les confondre avec une véritable phlogose. Toutes les fois, en effet, qu'il est possible de distinguer dans une membrane les arborisations des artères d'avec celles des veines ; qu'on reconnaît dans celles-ci l'aspect qui les caractérise , par exemple , l'apparence de plexus ; qu'on ne rencontre pas dans ces membranes une certaine rénitence; qu'on n'aperçoit pas sur leur surface une légère exsudation de lymphe, ou dans leur tissu une stase de sang; toutes les fois, enfin, que leur coloration en rouge et cette même stase
disparaissent après quelques heures d'infusion dans de l'eau pure, on peut assurer qu'il n'y avait pas inflammation véritable , mais simple congestion ou fluxion sanguine. Sans doute, les inflammations ne sont jamais sans congestion; mais une congestion peut exister sans inflammation. Aujourd'hui quelques physiologistes voient partout des inflammations ; chaque phénomène et chaque produit pathologique est à leurs yeux l'effet de cette cause universelle. C'est, comme je l'ai déjà dit, étendre abusivement le nom d'inflammation à des opérations vitales qui sont évidemment le résultat d'un tout autre travail; c'est partager l'erreur de Smith l et de Jean Hunter, qui voyaient aussi dans chaque sécrétion augmentée le résultat d'une inflammation. Quoi, lorsque dans l'espace d'une seconde une émotion de l'ame est suivie d'une abondante sécrétion de larmes, il faudra recourir à l'inflammation pour expliquer ce phénomène? Dira-t-on aussi qu'il y a inflammation, lorsque dans le py rosis l'estomac rejette de grandes quantités de suc gastrique? De jeunes filles, des femmes sexagénaires, ont eu une sécrétion abondante de lait pour avoir présenté le sein à de jeunes nourrissons : pense-t-on qu'il y avait dans ces cas une inflammation? Dans le diabètes vous trouvez rarement des changemens organiques aux reins; et quand vous y apercevez quelque altération , ce n'est ni une inflammation , ni un de ses effets immédiats ;
t Carmichael Smith, on injlanuîialion, in Médical Com~ mentaries ; voL 2.
AjNATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 225
cependant il s'opère là une très-grande fluxion , et une sécrétion extraordinaire.
§. 270. Une inflammation a ses symptômes et ses caractères constans : ce sont la rougeur, la tumeur, la douleur et la chaleur avec une fièvre sui generis. Peut-on admettre un état inflammatoire, lorsque ces symptômes réunis manquent? Je sais qu'on parle d'inflammations froides ou atoniques , et qu'on croit par ce subterfuge se tirer d'embarras. Mais à moins de s'obstiner à tout confondre, il n'est plus permis d'appliquer le nom $ inflammation à ces cas où l'on voit, à la vérité, rougeur et gonflement, mais où l'on n'observe ni fièvre, ni douleur, ni même sensibilité. Or, cet état se rencontre assez souvent dans cette maladie chronique des vieillards, dans laquelle les paupières sont rouges et enflées, la conjonctive injectée, la sécrétion des larmes abondante, etc. On se garde bien de traiter ces prétendues inflammations par des saignées locales , des émolliens et des adoucissans : un relâchement et un gonflement plus marqués ; la raréfaction du tissu des parties, le staphylôme de la cornée et la perte de la vue seraient lés fatales conséquences d'un tel traitement : ce sont les astringens et les irritans qu'on emploie alors avec succès. Ces yeux ne sont donc point véritablement enflammés ; ils peuvent l'avoir été, mais ils sont actuellement dans un état fluxionnaire , l'aboutissant dune congestion sanguine, laquelle produit elle-même d'autres sécrétions. Or, ce que nous apercevons à l'œil, a lieu sur les organes dérobés à nos regards.
§. 271. Des fluxions et congestions de sang vers le tube alimentaire peuvent activer et activent en effet la sécrétion qui a lieu sur la membrane muqueuse de ces parties; et l'on ne trouve que rarement des altérations organiques dans le choléramorbus , la lienterie , le flux cœliaque , le flux hépatique, le catarrhe de la vessie, les fleurs blanches, etc. J'ai déjà dit qu'il en était de même du diabètes.
§. 272. Si nous portons nos regards sur les viscères de la poitrine, nous y trouverons de nouveaux exemples de fluxion. Tout ce que les anciens ont écrit sur les congestions séreuses du poumon (colluvies serosa) se rapporte à la fluxion telle que nous la signalons en ce moment. La membrane interne des voies aériennes sécrète d'abondantes matières muqueuses , qui peuvent prendre différens degrés de consistance. Les catarrhes chroniques , la phthisie pituiteuse , etc. , ne sont encore que des fluxions muqueuses. Sans doute plus de sang a été entraîné vers ces organes , du moins dans le principe; car sans le sang toute sécrétion est impossible : mais il est de fait que plus tard l'organe malade n'offre pas à l'anatomiste ces engorgemens, ces infiltrations , ces stases sanguines propres à l'inflammation.
§. 273. Ce que je viens de dire des membranes sécrétantes, s'applique aux glandes conglomérées. Toutes sont susceptibles de devenir le centre d'une fluxion ; toutes alors sécrètent avec plus d'abondance l'humeur dont la fabrication leur est confiée. L'ana-
logie entre les membranes sécrétantes et les glandes est d'autant plus exacte que l'ensemble de toutes les ramifications des conduits excréteurs d'une glande conglomérée peut être considéré comme une membrane sécrétante très - étendue , mais resserrée dans un petit espace ; membrane qui, dans chaque glande , a sa texture propre, son mode d'action et conséquemment son produit particulier. C'est pour cela , sans doute, que ces conduits excréteurs sont pourvus de filets nerveux , tandis que les veines sanguines , qui, comme eux, sont des vaisseaux efférens, en manquent absolument. Voilà pourquoi une glande est d'autant plus sensible, que la proportion du conduit excréteur l'emporte sur les autres parties élémentaires de l'organe.
§. 274. Toutes les ramifications du canal excréteur constituent donc, si on les réunit par la pensée, une large membrane, laquelle opère la sécrétion, probablement par exsudation, comme les membranes séreuses et muqueuses.
Dans les animaux moins parfaits, et qui ont besoin d'une moindre quantité d'humeurs, les organes sécréteurs sont peu compliqués. Dans les poissons, par exemple, les insectes, et les mollusques, ces organes ne sont formés que d'un assemblage de vésicules ou de petits conduits ; dans la classe des vers marins (genre aphrodite), on observe le long du canal alimentaire, au lieu de foie, de petites poches remplies d'une humeur verte etamère. Tout, dans les sécrétions, dépend donc de la bonne constitution et de la vitalité normale de la membrane i. 1 5
sécrétante des organes glanduleux; si la structure et les propriétés en sont altérées, le résultat de la sécrétion sera vicié.
D'après l'ancienne manière de considérer les glandes, on ne savait où trouver les vaisseaux sécréteurs , et où commençaient les excréteurs. En adoptant celle que nous présentons ici , on voit que la membrane du conduit excréteur de chaque glande est en même temps le véritable organe de la sécrétion et Y excipient de l'humeur sécrétée ; et que c'est dans ses parois et à sa surface que cette opération a lieu.
§. 275. Quelle que soit la justesse de notre opinion sur la structure des glandes , les signes physiques de la fluxion sur les organes sont l'augmentation de leur volume , leur coloration , le gonflement et la distention de leurs vaisseaux, la dilatation de leurs conduits excréteurs, et l'état humide du tissu cellulaire qui sépare les grains dont ils se composent. On ne saurait donc méconnaître ici les caractères de la raréfaction de tissu. A ces caractères se joignent un ramollissement et une sorte de macération dans les cas où la fluxion a une très-longue durée. Dans les premiers temps , au contraire , de l'orgasme fluxionnaire , on observe dans les glandes une rénitence plus ou moins marquée; mais c'est là un caractère qui appartient à la vie et qui dépend visiblement de l'influx nerveux.
§. 276. Telle est donc l'idée physiologique qu'on doit se former de la fluxion. Elle dépend dans son principe d'un stimulus, soit mécanique, soit chi-
mique , soit vital , qui exerce son action sur le système nerveux propre à l'organe stimulé. Les nerfs reçoivent l'impression ; ils donnent l'impulsion et mettent la machine en jeu, ou accélèrent son mouvement, si déjà il existait.
J'ai cité des exemples qui démontrent l'empire des nerfs sur les organes sécréteurs (§§. 208, 209). Une preuve plus directe encore de cette vérité résulte des expériences de Brodie ', qui, après avoir lié les deux nerfs vagues, ne pouvait plus produire , sur des chiens auxquels il faisait , après cette section , avaler une solution arsenicale, l'abondante sécrétion de suc gastrique que cette solution détermine constamment. Or, si la fluxion a manqué dans l'organe dont les nerfs ont été liés, malgré la présence du stimulus, ce sont donc manifestement les nerfs qui décident et organisent, pour ainsi dire, la fluxion.
§. 277. Mais une fois la première impulsion donnée par les nerfs, l'organe prend l'habitude de la sécrétion augmentée , et la continue sans leur influence et pour ainsi dire malgré eux. De là la longue durée de certaines fluxions, qu'on ne peut ralentir ou supprimer qu'en excitant de nouveau l'action vitale des organes.
§.' 278. Si les fluxions sont souvent une véritable maladie, on doit aussi les considérer comme un moven de guérison que la nature met fréquemment en usage. L'afflux des larmes, lors de l'iniroduction
1 Bibliothèque de médecine britannique, rédigée par MM Millinger, Màtiiews et Alexandre Brodie. Paris . ïSi4-
d'un corps étranger entre les paupières, en est une première preuve.
La nature emploie surtout les fluxions pour rétablir l'équilibre des forces vitales , rompu dans des maladies. La plupart des crises se font par fluxion , et toutes les évacuations critiques ramènent le calme dans l'organisme. Les guérisons ne peuvent même être considérées comme solides et durables , si les crises ont été incomplètes; et elles sont toujours d'autant plus faciles que la nature de la maladie et celle des organes affectés se prêtent mieux aux évacuations critiques.
§. 279. Loin donc de nier l'existence des crises, nous les regardons comme réelles, et comme très -favorables au rétablissement de la santé; elles doivent être respectées lorsqu'elles se manifestent dans les maladies purement dynamiques , et avec les caractères d'une fluxion : toute congestion active , dirigée vers les émonctoires du corps, est surtout bienfaisante ; parce qu'en rétablissant l'harmonie dans les fonctions, elle ne détruit rien, ne transforme rien, et laisse l'organe dans son état naturel, bien différente en ce point de l'inflammation, qui tend à altérer tous les tissus qu'elle affecte.
Il est donc essentiel , en pratique comme en théorie, de distinguer ces deux mouvemens vitaux; l'un devant être abandonné à son propre cours, tandis que l'autre doit être combattu et étouffé , s'il est possible, dès sa naissance.
§. 280. L'art, ayant découvert le secret de la nature, cherche à imiter ces mouvemens qui opèrent
ANATOMIE PATHOLOGIQUE GENERALE. 22g
des crises salutaires. C'est ainsi qu'on détermine des fluxions vers la peau, vers les reins, vers le tube intestinal. Administrer un purgatif, c'est déterminer une fluxion et une sécrétion sur une surface muqueuse étendue. Cette opération , faite à propos y change la direction des mouvemens morbides , les détourne vers un autre système, dérive vers un émonctoii e et les forces vitales et les humeurs prêtes à s'accumuler sur un autre appareil, rétablit enfin le calme après l'orage qu'avaient excité les mouvemens désordonnés du principe de la vie.
§. 281. Des phénomènes pathologiques simples sont donc susceptibles d'être ramenés aux principes physiologiques ; mais l'application de ces principes doit s'étendre à des phénomènes plus compliqués. Plus j'y réfléchis, et plus il me semble important d'analyser ainsi toutes les maladies : c'est la seule manière de porter de nouvelles lumières dans l'étude de la médecine.
De la raréfaction de tissu par inflammation.
§. 282. La rougeur, la chaleur, la tuméfaction et la douleur, sont les phénomènes caractéristiques de l'inflammation. Ces phénomènes dépendent dune congestion active, déterminée elle-même par une exaltation des propriétés vitales.
L'inflammation n'est donc autre chose qu'une fluxion parvenue à un plus haut degré d'intensité,
La nutrition s'opère d'une manière plus active, la chaleur est plus intense , la sensibilité plus vive ; des parties insensibles dans l'état naturel, donnent des marques de douleur pendant l'état d'inflammation; les sécrétions et les absorptions sont ou favorisées, ou supprimées par une sorte d'oppression exercée sur les organes sécréteurs ; d'autres fois il s'établit des sécrétions tout-à-fait nouvelles.
Présentons avant tout un tableau succinct de l'inflammation considérée dans les difFérens systèmes généraux.
§. 283. Dans toute inflammation le sang envahit les petits vaisseaux que dans l'état naturel il n'est pas appelé à parcourir ; le véritable siège de la maladie est donc le réseau des vaisseaux capillaires, quel que soit l'organe auquel ces vaisseaux appartiennent. Ainsi, en nommant les tissus susceptibles de s'enflammer, c'est constamment des capillaires propres à ces mêmes tissus que nous entendons parler.
1 .° Le tissu cellulaire , par lequel nous commencerons cet examen, a long- temps été considéré comme siège unique de l'inflammation ; idée évidemment exagérée. En effet, une glande axillaire peut être enflammée sans que le tissu cellulaire lâche qui l'environne participe à l'inflammation ; lorsque la membrane muqueuse de l'estomac est phlogosée , le tissu qui la lie à la membrane musculeuse est rouge et engorgé , sans qu'on puisse dire qu'il est le siège de l'inflammation , etc.
Cependant il est des cas où le tissu cellulaire est
ANAT0MIE PAÏUOLOG1QUE GÉNÉRALE. 23l
phlogosé par lui-même, et où tout le travail inflammatoire commence et finit en lui. Cest ce que nous verrons particulièrement en traitant des maladies propres à ce tissu.
2.0 Les membranes séreuses sont fréquemment le siège de l'inflammation, nous en décrirons plus tard les caractères anatomiques. Souvent cette inflammation est sèche , quelquefois elle s'accompagne d'une sécrétion de matière séro-puriforme , par exemple, dans la fièvre puerpérale ; d'autres fois , d'une exsudation de lymphe coagulable , dont la force formatrice s'empare pour lui faire subir des changemens particuliers.
L'arachnoïde, rangée parmi les membranes séreuses, est susceptible de s'enflammer, comme le prouve la couche de lymphe plastique que l'on rencontre à la base du cerveau sur des personnes mortes de fièvre nerveuse, si pourtant cette exsudation n'est pas due à l'inflammation de la pie -mère.
La présence des eaux dans les ventricules du cerveau me paraît dépendre d'une fluxion plutôt que d'une inflammation véritable; du moins ne trouve-t-on point de traces de cette inflammation dans le pourtour de ces ventricules. J'en dis autant de l'épanchement d'eau dans le canal membraneux qui renferme la moelle de l'épine.
3 ° Rien de plus fréquent que l'inflammation des membranes muqueuses. Pour les intestins, elle est bien évidente dans la dysenterie, maladie dans laquelle la tunique veloutée est fortement engorgée. Dans tous les cas où cette membrane est intacte,
et où la celluleuse est seule injectée, il n'y a pas véritable inflammation , mais une simple congestion sanguine , une pléthore du système vasculaire de l'abdomen.
La membrane muqueuse de la vessie urinaire est susceptible de s'enflammer, et produit alors des douleurs intolérables.
La tunique interne de l'utérus est susceptible, même dans l'état physiologique, d'une sorte d'inflammation. C'est à elle qu'est due la formation de la membrane caduque de limiter. Ce qui démontre que la membrane interne de la matrice peut s'enflammer indépendamment du tissu fibreux de cet organe, c'est la présence de cette fausse membrane dans les cas de conception extra-utérine. Le développement lui-même de la substance delà matrice pendant la grossesse me paraît devoir être attribué à une fluxion ou congestion active.
L'inflammation de la membrane muqueuse du poumon n'est l'objet d'aucun doute. Quelquefois elle se borne au larynx, à la trachée-artère et aux bronches ; d'autres fois elle s'étend jusque dans les cellules bronchiques.
4-° Les os s'enflamment dans la carie, et probablement aussi dans le travail qui préside à la formation du cal.
5,° Plusieurs auteurs, et notamment Reïl, ont trouvé les muscles enflammés. Leur inflammation a surtout été bien signalée par M. Gendrin. *
1 Histoire anatomique des inflammations. §. 1094 et suiv.
6.° Les ligamens sont fréquemment le siège de l'inflammation, comme le prouvent les tumeurs blanches des articulations.
7.0 Les recherches des anatomistes ont constate l'inflammation des vaisseaux sanguins; Morgagni et Schmlcker en citent des exemples. J'ai observé des inflammations à la tunique interne de l'artère aorte , leurs traces n'ont pas disparu jusqu'à ce jour, quoique ces vaisseaux soient conservés depuis plu» sieurs années dans l'esprit de vin. Cette maladie , déjà connue d'ARÉTÉE de Cappadoce, était restée dans l'oubli pendant dix-huit siècles.
L'inflammation des veines a été le sujet de recherches nombreuses et d'observations exactes dont les résultats sont consignés dans un mémoire publié par M. Breschet.
8.° L'inflammation des vaisseaux lymphatiques a particulièrement été signalée par Assalini, Cruiks-
HAJNCK, SOEMMERING, MM. ANDRAL fils 2 et GEN- DRIN. 2
Tous les médecins savent que les glandes lymphatiques s'enflamment fréquemment.
9.0 L'inflammation des nerfs a été admise par les médecins suivant qu'ils en avaient besoin pour établir ou pour étayer des idées théoriques. Cependant des faits authentiques ont prouvé que les cordons nerveux étaient susceptibles de s'enflammer. Les expériences d'ARNEMANN sont venues confirmer ces
i Arch. gén. de méd. ; t. 6, p. 5o3. 2 Hist. anat. des inflamra. , §. 1001.
observations- de nouvelles recherches ont d'ailleurs constaté l'état inflammatoire des ganglions et de certaines parties du nerf grand sympathique. l
Je bornerai à rénumération des systèmes généraux ce que j avais à dire sur le siège des inflammations. Quant aux organes en particulier , on sait que tous sont susceptibles de s'enflammer, du moins tous ceux pourvus de vaisseaux sanguins.
io.° Les parties qui n'ont jamais été trouvées enflammées, sont l'épiderme, les poils et les ongles. L'inflammation primitive ou idiopathique des cartilages n'a pas encore été suffisamment constatée.
§. 284. Après l'énumération des parties susceptibles de s'enflammer, rien ne me paraît plus important que d'analyser cette opération de physiologie pathologique, et d'en présenter une classification fondée sur ses caractères anatomiques et ses degrés d'intensité. On se tromperait en effet beaucoup, si on ne voulait admettre qu'un seul mode d inflammation. Faute d'en avoir distingué plusieurs , on est tombé dans une certaine confusion, et l'on n'a pas porté dans les recherches anatomiques, et surtout dans les considérations pathologiques qui en découlent, toute la clarté désirable.
Comme c'est sur les membranes séreuses et muqueuses qu'on peut le mieux étudier les phénomènes cadavériques de l'inflammation, je les prendrai pour type dans ma description.
1 J. F. Lobstein. De nervi sjmpathetici humani fabrica, usu et morbis , §. i4<> et sqq.
§. 285. Dans l'état naturel ces membranes sont ou blanches et transparentes (les séreuses), ou d'un rouge pâle (les muqueuses). Ces couleurs pourtant ne s'observent que dans l'état cadavérique ; car dans le vivant ces membranes sont rouges et ont la couleur du sang, surtout les muqueuses. Voyez, par exemple , la surface interne d'un intestin grêle sorti par un anus contre nature, vous la trouverez rouge comme un morceau de chair; voyez la surface interne de l'intestin rectum dans les individus affectés d'une chute de cette partie du tube digestif, elle est d'un rouge pourpre. L'intérieur et le bord libre des lèvres est rouge dans le vivant et pâle après la mort. La face interne des paupières est rouge dans le vivant et pâle dans le cadavre. Si nous trouvons dans les ouvertures des cadavres les membranes muqueuses uniformément pâles, c'est qu'à l'approche de la mort les vaisseaux capillaires se vident, et que, par un dernier effort de contractilité , ils chassent le sang dans les veines , qu'on en trouve effectivement remplies.
D'un autre côté, la couleur rouge des membranes muqueuses , particulièrement de celle de l'estomac , peut persister sans qu'on en puisse conclure qu'il existait pendant la vie un état inflammatoire. Le docteur Yelloly ^sur vingt cadavres d'individus non affectés de maladies de l'estomac, parmi lesquels étaient quelques suppliciés , a trouvé la mem-
i Meâico - chirurgical traits:, published by the medic. and cHirûrgic. societ. ofLondon, 18195 vol.(\,j>. 3^4-
brane muqueuse de ce viscère dans un état d'injection quil désigne sous le nom de vascularitè ou apparence vasculaire , et qui ne peut être confondu avec la phlogosei
§. 286. Des stases sanguines se remarquent dans les altérations produites par les maladies du cœur : le foie, le poumon, les capillaires sous-séreux , sousmuqueux et sous-cutanés , sont gorgés de sang. Les membranes muqueuses , et notamment celles de l'estomac et des intestins , présentent une teinte rouge ou violette, en sorte que, si s'en tenant à cette seule apparence, on n'examinait point l'état du cœur, on pourrait être tenté de croire que le malade a succombé à une violente inflammation. Au reste, cette rougeur , occasionée par la seule stase du sang , est ordinairement plus intense que celle»qui résulte d'une véritable inflammation.
Je suis donc porté à croire qu'il a dû se glisser quelques erreurs dans les jugemens émis sur l'existence de l'inflammation d après l'ouverture des cadavres, lorsqu'on n'avait pas procédé dans ces recherches avec tout le soin qu'elles exigent.
§. 287. J'ai dit plus haut (§. 269) à quels signes on pourrait reconnaître les stases et les simples congestions de sang. Quant à l'inflammation proprement dite, un examen attentif m'a appris qu'on pouvait y reconnaître quatre degrés, qui me semblent même constituer, du moins sous le rapport anatomique , autant de modes distincts , savoir : 1 .° la phlogose, 2.0 Vépiphlogose, 3.° la métaphlogose , et 4-° Ykyperphlogose.
AJNATOMiE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 23j
i.° Dans la phlogose , les membranes sont injectées de telle sorte, qu'on peut toujours suivre sur un fond blanc les branches , les rameaux et les petites subdivisions des vaisseaux. On voit que les plus fines ramifications ne parviennent pas jusqu'à la surface de ces membranes. Ces dernières ont conservé leur épaisseur ordinaire et les autres qualités physiques qui les distinguent dans l'état naturel : leur surface libre n'offre rien de particulier , sinon qu'elle est ou trop humide ou trop sèche , ce qui établit deux subdivisions ou deux sous -degrés de la phlogose. Quoique ce premier mode d'inflammation ne paraisse pas être très -intense, à en juger d'après l'état apparent des parties, les propriétés physiologiques sont néanmoins déjà exaltées. On peut s'en former une idée par l'inspection de cette sorte d'ophthalmie que les anciens appelaient taraxis. Dans cette inflammation la conjonctive n'est pas uniformément rouge; on n'y aperçoit que quelques faisceaux de vaisseaux provenant de l'un ou l'autre angle de l'œil; mais la douleur, la sensation de brûlure et la sensibilité à la lumière sont déjà très - fortes : il est même de ces ophthalmies qui sont beaucoup plus douloureuses que d'autres, où les caractères physiques de l'inflammation sont plus évidens.
2.0 J'appelle épiphlogose1, cet état où les mêmes membranes sont plus injectées que dans le premier cas ; les globules du sang sont parvenus jusque
i De la préposition fV/ ; sur, et de ®Xoyùô<nç , inflammation
2ùS IA\RE I.
dans les vaisseaux exhalans, ce qui fait que leur surface libre, lorsqu'on l'examine à l'aide de la loupe, semble hérissée de filamens, et qu'elle paraît comme floconneuse. On observe de plus que cette inflammation excite la sécrétion d'une lymphe susceptible de se coaguler. Je donne à cette inflammation le nom â'épiphlogose , parce qu'il me paraît qu'un nouveau degré de force , une activité plus grande, sont ajoutés à la phlogose, et qu'une impulsion plus énergique pousse le sang dans les dernières terminaisons des vaisseaux. Tant que le courant des humeurs se dirige vers la surface libre de ces membranes, devenues le théâtre d'une nouvelle sécrétion , aucun changement ne s'observe encore dans leur tissu même, qui n'est devenu ni plus dense, ni plus épais. On conçoit que dans ce mode d'inflammation les accidens et les symptômes sont plus apparens , et les propriétés physiologiques plus exaltées que dans le précédent.
3.° La métaphlogose 1 est caractérisée par un engorgement sanguin de la membrane enflammée , et par une raréfaction de son tissu , sans rénitence , sans dureté appréciable. Le sang paraît non - seulement avoir distendu les vaisseaux; mais même s'être extravasé dans les aréoles celluleuses; aussi n'est - il plus possible de distinguer les ra-
i J'emploie la préposition jULêjcij qui signifie ici après, plus loin, au-âelà, pour exprimer un degré d'inflammation plus prononcé.
AISATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 1 5g
mifications vasculaires , ni leur direction ; tout est uniforme , et la partie enflammée ressemble à une masse rouge et charnue. L'espèce d'ophthalmie appellée chemosis par les anciens, donne une idée parfaite de ce degré de la maladie. Dans cette inflammation la conjonctive, boursouflée, rouge, dépasse le niveau des paupières, et s'oppose parfois à leur rapprochement ; elle est molle au toucher , et comme fongueuse ; quand on en excise une portion, le voisinage de la plaie s'affaisse peu. Les symptômes d'irritation sont très - prononcés dans cette espèce d'inflammation. D'un autre côté, des changemens organiques ont lieu dans le propre tissu de la membrane, et l'impulsion ne s'étend pas, à ce qu'il paraît, jusque dans les vaisseaux exhalans, excepté dans les cas où il se fait une transsudation sanguine à la surface des parties enflammées; car c'est là encore un des phénomènes qui appartient à ce genre d'inflammation.
4-° Uhyperphlogose , enfin , est cet état où le tissu de la membrane est fortement engorgé, où la tuméfaction qui en résulte est dure et rénitente, où il se manifeste une exaltation extraordinaire des mouvemens vitaux, où la partie souffrante devient le centre d'un travail physiologique très -marqué. Lorsque c'est la membrane muqueuse qui est le siège de cette inflammation , la surface libre est inégale et mamelonnée ; elle se gerce , elle s'excorie , elle suppure ; et voilà comment il s'établit des ulcères à ces organes.
Quand cette même inflammation occupe le tissu
cellulaire ou le parenchyme des viscères , elle constitue le phlegmon proprement dit, qui se termine soit par abcès , soit par gangrène.
§. 288* Telle est l'indication sommaire des quatre degrés d'inflammation que je crois pouvoir admettre. Quoique cette division se rapporte seulement à la forme de la maladie , elle est néanmoins justifiée par des considérations d'un ordre plus élevé, et qui la rendent plus importante. On peut démontrer en effet que chacun de ces degrés a son caractère propre, sa terminaison particulière, et que quelques-uns paraissent avoir une prédilection pour certains tissus. Des exemples vont éclaircir ces diverses propositions.
i.° La phlogose attaque de préférence les lames du tissu cellulaire et les membranes tant séreuses que muqueuses. Elle peut être très-intense, déterminer des symptômes extrêmement graves, suivant la nature des organes qu'elle affecte, et amener même la mort en très-peu de temps. Sèche ou humide , elle présente à l'ouverture des cadavres , dans le premier cas, des arborisations injectées de sang, ou seulement des ramuscules vasculaires extrêmement fins , isolés et semblables à des stries plusieurs fois interrompues : dans le second cas elle donne lieu à un produit matériel, qui consiste en une humeur tantôt séreuse, légèrement jaune, diaphane et un peu visqueuse, tantôt trouble et semblable, quant à la couleur , à une eau savonneuse ou au petit -lait non clarifié, laissant déposer, par le repos, quelques flocons qui s'écrasent aisément sous les doigts.
Cette sorte d'hydropisie , que j'appelle hydrophlogose 1 , ne doit pas être confondue avec celle que j'ai décrite à l'article de l'Hydranose ; elle en diffère par son mode d'origine , par les phénomènes aigus qui l'accompagnent , et par la méthode de traitement qu'on lui oppose.
2.0 L'épiphlogose affecte les mêmes parties que la phlogose : son produit est constamment une lymphe plastique , servant à unir entre elles les parties entre lesquelles elle est interposée, ce qui avait fait donner à cette sorte d'inflammation le nom d'adhéswe. Jamais elle ne passe à l'ulcération ni à la gangrène ; ou si cette dernière terminaison a lieu, ce qui est extrêmement rare2, on peut démontrer que la maladie avait commencé dans les parties adjacentes.
Dans plusieurs cas l'épiphlogose succède à la phlogose. C'est ce qui a lieu dans les pleurésies, les péritonites, qui se terminent par épanchement moitié séreux , et moitié floconneux et membraneux. C'est ce qui arrive aussi à la peau après l'application d'un vésicatoire : le travail qui a pour résultat la formation de l'ampoule, est la phlogose, et celui par lequel la peau se couvre d'une couche lardacée, est l'épiphlogose. Lorsqu'à la suite d'une phlogose il se forme une hydrocèle par épanchement, on ne réussit à prévenir la récidive de la maladie , qu'en détermiminant une épiphlogose dans la tunique vaginale.
i De vShP , eau, Çhoycotriç , inflammation. 2 Gendrin, Hist. anat. des inflamm., §§. 355 et 373. I- l6
5.° C'est dans le tissu cellulaire, dans le parenchyme des organes, et dans la peau, que s'établit préférablement la métaphlogose. Elle se termine facilement par délitescence, jamais par induration; mais elle a une grande tendance à la gangrène, ce qui provient vraisemblablement de la dépravation des humeurs stagnantes. La rougeole, la scarlatine, Férysipèle, sont des métaphlogoses qui ont ceci de particulier , que lorsque l'inflammation du derme se dissipe, Yépiderme se détache, frappé d'une sorte de mortification.
4-° L'hyperphlogose attaque, tour à tour, ou simultanément, le tissu cellulaire commun, celui du parenchyme des viscères, les membranes muqueuses , la peau , le périoste , les os ; elle seule passe à la suppuration : cependant , lorsqu'elle s'accompagne dune stase des humeurs , ou lorsque les forces vitales sont en excès ou en défaut, il s'associe à la suppuration un état gangreneux; la gangrène est surtout à craindre, lorsque la métaphlogose s'unit à l'hyperphlogose, c'est-à-dire, lorsque le phlegmon est trop pénétré de sang, et que celui-ci subit luimême un changement dans sa composition et dans sa vitalité.
§. 289. Souvent le même organe est susceptible d'être affecté de plusieurs modes d'inflammation, qui n'ont rien de commun que le siège. Ainsi, par exemple, le croup, l'angine laryngée de Boerhaave, la phthisie laryngée, attaquent la même partie; mais chacune de ces maladies est différente quant à sa marche, ses symptômes et sa terminaison.
Sur la peau nous rencontrons la rougeole , la scarlatine, la variole. Pourquoi ces exanthèmes sont- ils si dissemblables? N'est-ce pas en partie parce qu'ils appartiennent à des modes d'inflammations distincts?
D'un autre côté, lorsqu'un organe est composé de plusieurs sortes de tissus , et que chacun d'eux est enflammé à sa manière, il en résulte un état de complication souvent très -rebelle aux moyens de l'art. C'est ce qui a lieu dans certaines tumeurs blanches des articulations : indépendamment de la phlogose , qui produit des infiltrations séreuses , on voit à côté d'elle l'épiphlogose , qui épaissit les ligamens , crée des fausses membranes , des adhérences, des soudures; la métaphlogose, qui engorge l'appareil synovial; l'hyperphlogose, qui attaque et corrode les surfaces diarthrodiales; il faut y ajouter le travail d'expansion, qui raréfie la texture des os, de sorte qu'on rencontre, sur la même partie et dans la même articulation, des opérations vitales qui créent des tissus nouveaux, et d'autres qui détruisent les anciens.
§. 290. Ce n'est pas seulement à l'état aigu, mais aussi à l'état chronique, que les quatre modes d'inflammation diffèrent les uns des autres.
i.° Dans la phlogose les caractères anatomiques restent les mêmes ; mais les phénomènes physiologiques changent, et l'inflammation se convertit en simple fluxion. Ceci a lieu , par exemple , dans les ophthalmies scrophuleuses ? dans le catarrhe de la Vessie, etc.
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2.0 Dans l'épiphlogose il y a produit de matières nouvelles, organisation de lymphe coagulable, formation de nouveaux tissus. Si l'inflammation occupe la surface libre et exhalante des viscères, des làusses membranes se développent* si c'est le tissu même des membranes , ou le parenchyme des organes , des granulations , des tubercules , des indurations ont lieu : il en sera question plus tard.
5.° Lorsque la métaphlogose ne s'est terminée ni par résolution, ni par gangrène, le sang reste stagnant et se décolore, et quand l'inflammation occupe les membranes séreuses ou muqueuses, elle leur donne une couleur grise , ardoisée , brune ou noirâtre. Le péritoine offre fréquemment l'une ou l'autre de ces colorations.
4-° L'hyperphlogose , en devenant chronique , produit les ulcères, l'érosion, la carie. Souvent il s'y joint un autre élément, comme nous le verrons plus tard.
§. 291. A ces divers caractères on pourra donc reconnaître les différentes espèces d'inflammation que nous avons établies. Néanmoins (et c'est une remarque importante dans l'étude de l'anatomie pathologique et de la médecine légale), les signes cadavériques de l'inflammation sont plus difficiles à saisir qu'on ne le pense. En effet, la rougeur des membranes et celle des organes d'une texture plus compliquée , Tépanchement ou l'infiltration de certaines matières , la gangrène elle - même , ne sont pas toujours l'effet d'un travail inflammatoire. Ainsi , par exemple , la lymphe extra vasée prend
ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 2/^S
quelquefois l'aspect trouble et purulent ; les organes offrent une couleur rouge, parce que les artérioles du système capillaire ont exprimé par un dernier effort leur contenu dans les veines de ce système; le sang lui-même se répand avec plus de facilité dans toute l'étendue du réseau capillaire en vertu de la dissolution qu'il éprouve dans quelques maladies, etc.
La raréfaction de tissu , l'augmentation de pesanteur spécifique des organes spongieux, du poumon par exemple , l'intumescence des parties x l'infiltration du tissu cellulaire par une matière gélatiniforme, fibrineuse, etc.; les concrétions polvpeuses dans les vaisseaux d'un plus grand calibre , la présence de fausses membranes encore molles , pulpeuses , ou ayant acquis différens degrés de consistance; l'injection des vaisseaux nourriciers du névrilème, ou des tuniques des artères et des veines appartenant à l'organe malade; tels sont les caractères physiques qu'on peut considérer comme signes d'une véritable inflammation.
§. 292. Si maintenant nous essayons de pénétrer plus avant dans la nature de l'inflammation, nous aurons à examiner, i.° l'irritation qui dirige vers l'organe le cours du sang (en d'autres termes, le principe de l'inflammation); 2.0 les phénomènes qui se passent dans l'organe enflammé; 3.° les altérations que subit le sang lui-même.
§. 293. Quant au premier point, nous remarquons que l'irritation est produite de diverses manières ;
i.° Par un stimulus immédiatement appliqué à V organe , par exemple, par un corps étranger introduit sous les paupières , les mouches cantharides appliquées sur la peau, l'épine enfoncée dans les chairs , etc. Mais outre ces stimulus, que je pourrais appeler grossiers , il en est d'autres , éminemment subtils , qui agissent par leur propre puissance et d'une manière dynamique sur les tissus vivans; tels sont les virus syphilitique , varioleux , etc.
Ces stimulus donnent à l'inflammation un aspect propre, une manière d'être particulière, et influent puissamment sur ses symptômes, sa marche, sa durée et sa terminaison. Ainsi, par exemple, un individu s'est-il exposé à un refroidissement, la matière perspirable, qui aurait dû être éliminée par l'organe cutané, est-elle subitement arrêtée; cette matière, rentrée dans la masse sanguine, en est-elle séparée de nouveau par voie de sécrétion et déposée sur des parties irritables et sensibles? il en naît une inflammation autre que celle qui résulte d'une cause traumatique. Si un virus spécifique, tel que le variolique , celui de la rougeole , de la scarlatine, etc. , agit sur la peau, l'effet sera différent dans chacun de ces cas. J'admets que, sous le rapport matériel, les mêmes changemens ont lieu quant à la congestion du sang, l'altération du réseau capillaire, etc.; mais sous le rapport vital, je ne puis méconnaître une différence relative à la qualité des élémens que la nature emploie pour cette opération. L'influence de ces causes irritantes n'est pas même passagère; on dirait qu'elles entretiennent l'inflammation , et
ANATOM1E PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 2^1
continuent à agir pendant un temps plus ou moins long, comme le semble prouver la qualité contagieuse de la variole, de la rougeole, etc., même après la période de la dessiccation.
Cependant ce ne sont pas seulement les agens irritans venus du dehors qui, appliqués à nos organes , les excitent à l'inflammation ; l'organisme lui-même , dès qu'il est placé dans certaines conditions , peut altérer et dépraver ses propres humeurs et en élaborer d'une nature toute particulière, qui deviennent à leur tour des causes soit prédisposantes , soit déterminantes d'inflammation. Ainsi le suc gastrique, la bile, etc., peuvent contracter des qualités irritantes très-prononcées. J'admets des vices spécifiques, tels que le scrophuieux, le cancéreux, non que l'on puisse les isoler et les démontrer, mais parce que leur existence me paraît établie sur une foule de phénomènes dont il est impossible de rendre raison dans toute autre théorie.
2.0 Par continuité d'organes. C'est ainsi que l'inflammation et l'ulcération du poumon se portent sur la membrane muqueuse du larynx, qu'une inflammation du foie se communique au diaphragme et de là à la plèvre, que le calcul de la vessie fait naître une irritation au bout du gland,
3.° Par sympathies. Celles-ci reposent tantôt sur les communications nerveuses , tantôt sur la similitude d'organisation et de propriétés vitales, tantôt sur le parallélisme de position et de fonctions , tantôt enfin sur des causes et des dispositions cachées et entièrement inconnues.
Les sympathies de la première espèce sont connues et admises depuis long - temps. Les autres , quoique non moins réelles, n'ont pas encore été complètement signalées.
Les sympathies qui dépendent de la similitude d'organisation , sont celles qui se manifestent lorsqu'une irritation exercée sur une partie se répète dans une autre partie, dont la structure est identique. Ainsi l'arsenic , porté sur la membrane interne du vagin , l'enflamme , et produit sur la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins une semblable inflammation , exactement de la même manière que si le poison eût été avalé.
Les sympathies par parallélisme de position et de fonctions ont lieu lorsque l'inflammation d'un œil se transporte sur celui du côté opposé ; lorsque le panaris d'un doigt attaque le doigt correspondant de l'autre main , ou encore lorsqu'une dent étant cariée, celle du côté opposé vient à être affectée de la même maladie.
Enfin , c'est par une sympathie entièrement cachée que le testicule est attaqué de phlegmasie, après une inflammation des parotides.
§. 294. Mais quel que soit le mode de transmission de l'irritation, celle-ci est véritablement le premier phénomène qu'on doit signaler dans l'acte de l'inflammation , et si elle n'est autre chose que le changement vital qui résulte de la perception dun stimulus, il s'ensuit que le système nerveux est le siège de ce premier phénomène ; car le système nerveux est seul susceptible d'être
impressionné, de recevoir l'action d'un stimulus.
D'après Bichat , c'est en changeant sa sensibilité organique que l'irritation locale amène l'inflammation d'une partie vivante. Cette sensibilité est étrangère aux nerfs, suivant le même auteur, qui prétend que l'influence nerveuse est presque entièrement nulle dans l'inflammation, comme elle l'est selon lui dans les sécrétions , l'exhalation et la nutrition.
L'argument le plus fort qu'on puisse apporter en faveur de cette opinion, c'est l'insensibilité absolue dans l'état de santé de certaines parties , qui deviennent néanmoins le siège d'inflammations trèsintenses. Il y a plus; on remarque que les organes très-riches en nerfs, la langue, par exemple, sont rarement enflammés, que les nerfs eux-mêmes sont plus rarement encore le siège de l'inflammation , tandis que des parties dans lesquelles on n'a encore rencontré aucun filet nerveux, sont très-fréquemment enflammées. Aussi Bichat croit - il que les nerfs n'influent en aucune manière sur la circulation capillaire, ce que prouvent, suivant lui, les cas où la circulation du sang continue, quoique les nerfs aient été coupés ou paralysés. 1
§. 295. Nous répondrons au raisonnement du célèbre physiologiste, i,° que, si des organes n'ont point de nerfs , les artères qui s'y ramifient en sont pourvues, et qu'il y a des capillaires nerveux comme il y a des capillaires sanguins; 2° que ces mêmes capillaires nerveux entretiennent pendant quelque
1 Anatomie générale, t, 1 , p. j 78.
temps la circulation et la vie de nutrition dans un membre paralysé, mais qu'à la longue celui-ci dépérit, comme le prouve son atrophie, son infiltration, etc.; 3.° que, si en général certaines parties ne donnent point de signes de sensibilité, il ne s'ensuit pas qu'elles soient placées en dehors du système nerveux et tout - à - fait soustraites à son influence. Celle-ci, en effet, ne se borne pas à départir aux organes le principe du sentiment et du mouvement ; mais elle consiste aussi à leur donner le ton, la force et l'énergie dont ils ont besoin pour l'exercice de leurs fonctions, et même pour leur vie de nutrition ; en un mot , à les soumettre à l'innervation, Or, tout ce qui compose le corps animal est assujetti à cette dernière; telle est du moins l'opinion générale des physiologistes actuels1. Mais comment et par quel canal parvient l'innervation aux parties
i « L'innervation, dit Bécla.rd, beaucoup trop restreinte « par ceux qui la bornent a la sensation et à la volition , « tient sous sa dépendance, d'une manière plus ou moins di- <( recte , tous les phénomènes de la vie. a Cette proposition est développée et prouvée dans les §§. 754, 755 et 706 des Llémens d'anatomie générale de cet auteur.
<t On peut donner au système nerveux le nom de système « animal ou de système excitant ,• car c'est lui qui augmente « l'activité des sécrétions, d'où résulte la vie, sans cependant « qu'il la produise. M De Blainville, Considérations générales sur le système nerveux. Journ. de phys. , de chim., d'hist. nat. 5 t. 93, p. 200.
« On doit déclarer plus probable l'opinion de ceux qui font « de l'innervation une condition primordiale et commune à a tous les êtres vivans , comme à toutes les fonctions. " Adelok , Dict. de m'ëa.f article Innervation.
insensibles? De deux manières. En premier lieu, comme je viens de le dire, par les vaisseaux sanguins, et peut-être avec le sang lui-même; en second lieu, parce que je crois pouvoir appeler innervation latérale. Ceci exige quelques développemens ; je demande donc au lecteur la permission de m'étendre un peu sur une question physiologique étroitement liée à mon sujet.
§. 296. Je pars de l'idée, et je me sers des propres expressions de Béclard 1 : « que la pulpe nerveuse (( est l'organe formateur et conducteur d'un agent fC impondérable analogue à l'agent électrique ou gal- « vanique; que cet agent d'innervation, dont l' existe tence a été prévue par Reil, reconnue par M. de « Humboldt et par Aldini , admise et soutenue avec « tant de talent par M. Cuvier2, permet cî'expli- « quer facilement tous les phénomènes de l'inner- « vation , et notamment le rapport qui existe entre « l'action nerveuse engourdissante des poissons élec- <c triques et les phénomènes galvaniques d'une part, « et de l'action nerveuse de l'autre; la possibilité « de déterminer des phénomènes galvaniques avec (( des nerfs et des muscles seuls; la possibilité de
i Élémens d'anatomie générale, p. 643.
2 « Le cerveau, la moelle épinière et les nerfs qui se distribuent dans tout le corps, sont arrosés de toutes parts par un sang artériel abondant, qui y produit très-probablement un fluide particulier dont ces organes sont les dépositaires, et qui fait véritablement l'essence de l'animal; tout le reste des parties ne semble destiné qu'à servir le système nerveux. w Cuvier, Dict. des se. méd., t. 2 , p. i 48 , art.' Animal
« déterminer des contractions musculaires , l'action « chimifîante de l'estomac , l'action respiratoire du « poumon, etc., en remplaçant l'influence ner- « veuse par l'action galvanique; l'existence d'une
# atmosphère nerveuse agissant à distance autour
* des nerfs et des muscles et à travers la solution « de continuité des nerfs divisés, etc. a Or, je le demande, une matière aussi incoercible, et qui agit à distance, est-elle hermétiquement renfermée dans les cordons qui la conduisent ? ne tend-elle pas, au contraire, à s'échapper et à former une atmosphère qui enveloppe tout ce qui les approche ? Est-il nécessaire dès-lors, que des filamens pénètrent dans le tissu des organes pour leur départir l'innervation? conçoit-on, par exemple, la patience des anatomistes qui se sont obstinés à en trouver dans le névrilème? est-il besoin d'en chercher dans la pie -mère, dans l'arachnoïde, dans la dure-mère, membranes incessamment exposées à la vapeur la plus chargée de vitalité? dans l'épidémie qui couvre les houppes nerveuses? dans les ongles dont la surface interne est sillonnée par ces mêmes houppes ? dans les cheveux qui sont, si l'on peut ainsi dire, implantés dans un terrain nerveux?
Qu'importe qu'on n'ait pas trouvé de nerfs aux membranes séreuses; y en a- 1- il une seule qui ne soit collée soit à la pulpe cérébrale, soit aux cordons nerveux? Voyez l'arachnoïde des ventricules du cerveau; voyez les troncs des nerfs grands sympathiques, les nerfs costaux, lombaires, sacrés, qui sont à découvert et préparés pour la démonstration
ANAÎOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. ^55
anatomique dès que vous avez enlevé la plèvre et le péritoine. Aucun de ces nerfs n'atteint, il est vrai, le péricarde et le médiastin; mais voilà que deux cordons nerveux sont placés tout exprès entre eux; ces cordons feraient-ils inutilement un si long trajet pour arriver jusqu'au diaphragme? Vous recherchez la cause pour laquelle la corde du tambour traverse la caisse du tympan ; ne serait-ce pas pour opérer l'innervation dont la membrane du tambour et tout ce qui est enfermé dans cette cavité ont sans doute besoin? Depuis des siècles on se demande pourquoi les violens mouvemens de la poitrine donnent la pleurésie ; pourquoi le travail de l'accouchement est quelquefois suivi de péritonite : quant à moi, je ne serais nullement surpris que les nerfs costaux, diaphragmatiques , lombaires et sacrés, si violemment ébranlés, n'influassent sur les membranes séreuses qui les recouvrent, n'augmentassent leur température vitale , et n'y fixassent la cause première de l'inflammation. Et pourquoi ces membranes ne seraient-elles pas perméables par un principe subtil qui les pénétrerait du dehors en dedans (de leur surface celluleuse à leur surface lisse), puisqu'elles le sont dans le sens contraire? C'est ainsi que Emmert 1 a vu que le poison de Yangustura virosa exerçait son action délétère sur le sang renfermé dans les gros troncs veineux, non - seulement à travers les tuniques de ces vaisseaux , mais même à travers le péritoine. C'est encore ainsi que le même auteur
i Meckel, Deutsch. Arch. f. d. Phjrsiol. ; ister Band,S.irj']>
s'est assuré avec Hoering l , que certaines substances irritantes, telles que la bile, le raifort, le muriate de fer , etc. , excitaient des douleurs dans le péritoine par leur influence sur les nerfs tapissés par cette membrane séreuse.
En résumé, je pense que les parties qui jouissent seulement de la vie végétative , n'ont pas besoin de rameaux nerveux mêlés à leur texture ; il suffit quelles les touchent et qu'elles reçoivent l'agent nerveux par émanation latérale. Il n'en est pas de même pour la volition et la sensation, pour lesquelles l'innervation par impulsion et par influx direct est rigoureusement nécessaire.
§.297. Mais si certaines parties du corps n'ayant qu'une vie purement végétante , ont besoin de l'innervation , il faudrait donc aussi la reconnaître dans les plantes? telle est la dernière objection que font les adversaires de l'opinion que j'établis. Or, elle vient d'être réfutée par les travaux de M. Dutrochet. Cet ingénieux physiologiste trouve une analogie trèsremarquable de structure entre le tissu cellulaire médullaire des végétaux et la substance du cerveau des mollusques , et l'anatomie lui a appris que la sensitive possède un appareil nerveux très -développé, spécialement dans les feuilles et dans les bourrelets qui sont situés dans leurs articulations, appareil qui est le siège de la névrimotilité dans les plantes. 2
1 Meck.ee, Deutsch. strchiv f. d. Phjsiol. ; \ter Band , S. 497, 534.
1 Dutrochet, Recherches anat. et physiol. sur la struture intime des animaux et des végétaux j p. 1 5 et 53. Paris, 1824
ANATÔMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. ^55
Mais en supposant même quelles découvertes de M. Dutrochet ne fussent point admises par tous les botanistes, peut -on, en dernière analyse, refuser aux plantes la sensibilité? Et si elles sont douées de cette propriété, est -il nécessaire qu'elle soit attachée au même appareil que dans les animaux ? Les plantes ont bien la propriété d'exécuter des mouvemens , et se meuvent bien évidemment dans certaines de leurs parties , lorsqu'elles sont irritées à la même manière des animaux, et pourtant elles ne possèdent dans leur structure aucuns fibres musculaires. Or, si la faculté de se mouvoir peut avoir lieu dans elles sans muscles , l'analogie nous invite à croire qu'elles peuvent également sentir sans nerfs,
Ainsi, au lieu de n'attribuer la force nerveuse qu'à ces cordons et filets médullaires que nous connaissons dans l'homme et dans les animaux, je vois dans cette force une puissance universellement répandue dans le règne organique, et que j'appellerais volontiers puissance impulsive , parce qu'elle paraît rehausser les autres propriétés départies à la matière , et les mettre en évidence et en mouvement. Cela n'empêche point que cette force ne soit plus directement attachée à un certain système d'organes, appelé nerveux 5 semblable sous ce rapport aux forces électrique ou magnétique, qui, quoique répandues dans tout l'univers, ont néanmoins pour certains corps et pour certaines matières une prédilection marquée.
§. 298. Après cette digression, qui, au premier aspect, pourra paraître déplacée, mais dont Futilité
256 LIVRE ï.
se fera sentir à mesure que nous avancerons dans l'étude des maladies organiques, revenons à l'influence des nerfs sur les vaisseaux sanguins. Cette influence est prouvée par les expériences d'EvERARD Home l et de Krimer. Le premier est parvenu à accélérer la circulation en irritant avec de l'alkali pur le faisceau commun du nerf intercostal et du pneumo-gastrique, tandis que des irritations exercées immédiatement sur le tronc des vaisseaux (la carotide) n'étaient suivies d'aucun résultat. Le second 2 , après avoir fait naître une inflammation dans la membrane natatoire des grenouilles, en vit diminuer tous les symptômes , et la circulation du sang entièrement s'arrêter du moment quil eut coupé les nerfs cruraux de ces animaux. Enfin , la douleur qui précède le plus souvent toute inflammation, prouve évidemment l'influence nerveuse sur le réseau capillaire ; c'est ce que reconnaît M. Broussais3 lui-même, car il dit : « Un faisceau de capillaires ne rougit pas et ne « se gonfle pas parce qu'il résiste moins qu'à force dinaire à l'impulsion que le cœur a communiquée « au sang , mais parce que ce faisceau reçoit un « afflux nerveux extraordinaire , qui précipite les « actes de la vie dont il est chargé 4. » Et dans l'ouvrage de M. Bégin5 on lit le passage suivant :
i MeckeVs deutsches Archiv fur die Pltysiol.; 3terB.,S. 189.
2 Langenbeck., Nosologie und Thérapie der chirursischen Krankheiten; S. §3 und g4.
3 Phlegmasies chroniques 5 i.re édit. , t. 1 , p. 4^ et 46-
4 Examen des doctrines méd. 5 t. 1 , p. io5.
5 Principes généraux de physiologie pathologique , p. i65.
« Les agens des irritations débutent dans tous les cas ce par ébranler le système nerveux, qui semble spé- « cialement destiné à recueillir toutes les impr este sions. Ce n'est que secondairement que la stimu- « lation se communique aux vaisseaux capillaires, « et que les liquides sont dirigés vers la partie. Cette « théorie est celle que professe M. Broussais. s
L'inflammation commence donc bien évidemment par une innervation , qu'on pourrait appeler plastique , et dont l'effet immédiat me paraît consister à produire le mouvement d'expansion que j'ai signalé plus haut (§. 178), et qui est aussitôt suivi de l'entraînement des humeurs vers le siège de l'irritation. Cependant ces humeurs ne sont pas seulement attirées et pour ainsi dire précipitées dans les vaisseaux capillaires de l'organe irrité ; mais elles y sont aussi fixées et retenues. Or , ce qui les retient n'est pas un obstacle mécanique qui s'opposerait à leur retour, c'est au contraire une disposition vitale, à laquelle on donne le nom de spasme; mais qu'il serait peut-être plus rationnel de considérer comme l'effet du mouvement expansif prolongé, puisque l'idée de spasme emporte celle de constriction et même d'oblitération momentanée des vaisseaux.
§.299. Mais si l'innervation exaltée (lanévrosthénie) est nécessaire à la production de toute inflammation un peu intense, son rôle est différent après que celle-ci a été constituée : tantôt elle l'entretient, la nourrit et la maintient au même degré ? ce qui constitue Y inflammation aiguë; tantôt elle la porte à I. 17
un degré extrême, et l'inflammation violente, mais de courte durée, qui en résulte, pourrait être désignée sous le nom de suraiguë ou Roxyphlogose l -y tantôt elle est moins prononcée mais plus continue, c'est ce qu'on pourrait appeler inflammation subaiguë ; tantôt, enfin, elle diminue d'intensité, s'affaiblit même, et s'éteint tout- à -fait, pendant que la congestion reste et se change en simple fluxion : c'est ce qui fait Y inflammation chronique , d'où il suit que les différens degrés de l'inflammation dépendent uniquement de la présence ou de l'absence, de la force ou de la faiblesse de la névrosthénie.
C'est elle aussi qui apporte le danger ou l'innocuité de l'inflammation , et cela est si vrai , que le premier n'est presque jamais en rapport avec les signes physiques et matériels de la dernière. En effet , dans les morts violentes , par suite d'inflammation, on est très-surpris de ne rencontrer à l'ouverture des cadavres que des traces extrêmement insignifiantes de lésions organiques. Voyez, par exemple, la péricardite aiguë : que trouve- 1- on à l'autopsie? quelques arborisations vasculaires injectées 7 une couleur rouge un peu marbrée de la membrane séreuse, etc. • tandis que des tissus profondément enflammés , raréfiés , engorgés , abreuvés de sang et d'humeurs , n'ont occasioné , pendant la vie du sujet, que peu ou point d'accidens.
Reconnaissons donc que c'est uniquement de la névrosthénie que dépend la mort dans les inflam-
i D'oçoç, aigu? précipité; (pXoycoffiç^ inflammation.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 2 5g
mations aiguës des organes, même de ceux qui ne sont pas liés d'une manière intime à l'entretien de la vie. Jouent- elles un rôle important dans l'économie animale, les membranes séreuses qui tapissent quelques viscères ? Leur lésion traumatique est- elle immédiatement mortelle, comme l'est par exemple celle de quelques parties de l'encéphale? Certainement non : et pourtant voyez les suites qu'entraîne leur inflammation, lorsqu'elles portent le caractère de la phlogose ou de l'épiphlogose. Serait - ce l'injection de leurs capillaires qui aurait donné la mort? Serait-ce la couche de lymphe coagulable qui tapisse la surface lisse de ces membranes ? Qui le croira ? Il y a donc encore autre chose dans ces cas , que ce qui tombe sous les yeux. Il y a, indépendamment des élémens matériels , un agent vital à signaler et à étudier. Et néanmoins que trouve-t-on dans les ouvrages d'anatomie pathologique, d'ailleurs si justement estimés ? Les recherches les plus précieuses sur l'état des tissus , l'examen le plus scrupuleux de leurs propriétés physiques et chimiques , le rapprochement le plus exact des phénomènes de la maladie avec les altérations organiques 5 mais peu de considérations physiologiques sur la pathogénie de ces dernières. Or, il est trèsessentiel de s'occuper de ces considérations, afin de donner à tous ces travaux le complément qui leur manque.
§. 300. Les changemens qui s'opèrent dans le réseau capillaire de l'organe enflammé , méritent en second lieu un examen spécial.
Ce réseau , sur lequel le stimulus s'est fixé , est destiné à réagir contre lui : il devient le siège d'une plus grande activité vitale , comme le prouvent les pulsations que l'on y sent, la chaleur qui s'y développe , l'exaltation de la sensibilité , de la nutrition , des sécrétions , etc. C'est donc le système capillaire , et surtout la partie artérielle de ce système, qui est, comme nous l'avons déjà dit, le siège réel de l'inflammation , et non le tissu cellulaire ou le parenchyme des parties, comme l'ont cru quelques physiologistes, tels que Platner, Haller et Brandis. La congestion de sang que l'irritation détermine vers ces parties, dilate manifestement les vaisseaux du réseau capillaire; c'est ce qu'a prouvé Hunter *, après avoir produit une inflammation dans le pavillon de l'oreille d'un lapin , par le moyen de la congélation : il tua l'animal, et l'ayant injecté, il trouva les vaisseaux de l'oreille malade évidemment plus dilatés que ceux de l'oreille saine.
Il importe surtout de bien déterminer si les vaisseaux capillaires sont ou non doués d'une vraie contractilité , et en conséquence susceptibles de faire naître les phénomènes qu'on attribue à leur activité augmentée. Si, selon l'opinion soutenue par plusieurs savans, et reproduite par M. Magendie2, les artères n'ont qu'une action de resserrement , au
i Versuche iiber das Blut, die Entziindung , etc.; iter Theil , xster Abschn. , S. 126.
2 Mémoire sur Tact, des artères dans la circulât., Mémoires de la société médic. dYraulation , au VIII, p. 770. — . Précis de physiologie 5 t. 2,
moyen de laquelle le sang est chassé à travers le tissu capillaire dans les veines , le réseau capillaire lui-même n'est doué d aucune action; or, les expériences de Thompson1, sur la membrane natatoire des grenouilles , dans laquelle il est aisé de suivre le cours du sang dans les plus petits vaisseaux, démontrent cette contractilité. Le stimulus appliqué sur cette membrane (une solution de muriate de soude) fait voir manifestement, i.° que cette partie rougit sur-le-champ ; i.° que ses petits vaisseaux se dilatent parce que la circulation y est accélérée; 3.° que cette accélération a surtout lieu au commencement; mais quelle se ralentit ensuite sans que les petits vaisseaux se désemplissent. Par ses expériences, Thompson a fait naître sous ses yeux les deux modes de l'inflammation , savoir , Y actif et le passif. De semblables résultats ont été obtenus par Charles HastinG2, qui, ayant employé différens stimulus, a observé sous le microscope la dilatation des vaisseaux , et leur état passif après des contractions fortes et répétées. Il a même constaté la contractilité des veines , tant des branches que des petits rameaux qui se distribuent au pavillon de l'oreille des lapins.
§. 301. La dilatation des vaisseaux capillaires avait au surplus déjà été vérifiée par les recherches microscopiques de Gruithuisen 5. Suivant cet au-
1 Lecturs on injlammat. , p. 7 5 jusqu'à 89. Edimb., 181 3. — MeckeVs deutsch. Arch. fur die Physiolog. $ ister Band , S. 4^7-
2 Dissert, de vi contractili vasorum. Edimb. , 1 8 1 8. — MeckeCs deutsch. Arch lu fur die Physiologie ,• 6ter Band , S. 11 1\.
3 Sahburger medic.-chirurg. Zeitung , 181 1 j iter B. , $.298.
teur, elle constitue pour ainsi dire les prodromes de l'inflammation. Ceux-ci sont bientôt suivis d'un procédé vital particulier, dont le but est la formation de globules sanguins. Ces globules apparaissent sous l'aspect de plusieurs points rouges qui, grandissant peu à peu , prennent une forme étoilée , et dont les rayons se rencontrent avec ceux qui partent d'un point voisin. Il résulte de la réunion d'un certain nombre de ces petites étoiles une sorte de chaîne ou d'aréole. Bientôt se montrent des vaisseaux capillaires plus gros dans d'autres points, et dans des directions différentes de celles des vaisseaux qui s'étaient montrés les premiers. En un mot, il se forme dans ces inflammations un nouveau réseau capillaire qui efface l'ancien , quoiqu'il se mette en rapport avec des vaisseaux déjà existans. Ces expériences, qui se rattachent si bien aux observations de Wolff et de Haller, répétées par des physiologistes modernes , sur la formation des vaisseaux dans le poulet, sont du plus haut intérêt pour la physiologie pathologique : elles font voir que des réseaux capillaires naissent loin du centre de la circulation ; elles expliquent comment on peut rencontrer au milieu des masses encéphaloïdes des paquets de vaisseaux qui sont pour ainsi dire isolés, ou qui n'ont que de faibles rapports avec le système vasculaire primitif.
§. 302. Toutes ces recherches délicates ayant pour but de constater les changemens qu'éprouvent les tissus , siège de l'inflammation , ont été complétées par les expériences récentes de M. Kaltein-
brunner1, sur le mésentère des lapins, des rats et des grenouilles, sur la membrane natatoire de ces dernières , et sur la queue des loches : d'après ces expériences on a pu signaler une succession de phénomènes principaux. La circulation du sang est d'abord accélérée ; des stases de sang se forment, et donnent à la partie la rougeur qu'on lui aperçoit : la coagulabilité du sang est augmentée suivant les circonstances et suivant la nature des causes irritantes , sa couleur est altérée ; l'absorption se Fait d'une manière plus rapide, puisqu'on voit disparaître la graisse et d'autres humeurs ; enfin , il se forme bien évidemment des vaisseaux sanguins nouveaux. On voit en effet des globules de sang sortir tout d'un coup de quelque canal capillaire , tomber dans le parenchyme environnant , s'y frayer un chemin, et arriver à quelque autre canal capillaire ; le sang y circule, et sa formation est l'ouvrage de peu de momens. Comme la même formation se répète sur différens points , un riche réseau de nouveaux canaux capillaires se joint aux anciens, lesquels se dilatent en prenant l'apparence de petites artères ou de petites veines.
§. 303. Au reste, la dilatation du réseau capillaire et la raréfaction du tissu qu'elle entraîne , en un mot, tout le travail vital qui s'établit dans l'organe enflammé , détermine à son tour des phéno-
i Recherches expérimentales sur l'inflammation. Répertoire génér. cPanat. et de physiol. pathol. j t. 4> trim. 4? P* 385-3g3. Paris, 1827.
mènes physiologiques prononcés. Ce travail paraît d'abord être le moyen dont la nature se sert pour rompre la barrière existant entre l'organe affecté et les nerfs , considérés comme conducteurs du principe du sentiment. Les organes, jusque-là insensibles , transmettent l'irritation qu'ils ont reçue , et entrent en communication avec l'encéphale. Le sang, plus irritant et plus vivifié, me parait destiné à opérer ces changemens dans la température vitale des organes.
Ne dirait-on pas aussi que, par la raréfaction et le gonflement des tissus, les nerfs, qui dans certains organes , par exemple dans les membranes séreuses , leur étaient seulement juxtaposés, entrent avec eux en relation plus directe ? Toutefois est -il nécessaire qu'il y ait un changement préparatoire dans le tissu, pour que l'irritation soit transmise au centre commun des sensations , à peu près comme les dents, qui ne transmettent l'impression qu'elles ont reçue, qu'après que leur tissu a été, jusqu'à un certain point , modifié et peut-être même raréfié , comme il arrive par l'action d'un acide même le plus faible.
§. 304. En second lieu, la calorificaiion doit aussi être attribuée à ce mouvement intérieur qui s'établit dans l'organe enflammé. La chaleur plus grande que l'on y éprouve n'est point illusoire ; elle est constatée par des expériences thermométriques. C'est ainsi que Hunter a observé que l'opération de l'hydrocèle, en produisant l'inflammation, portait la température du scrotum de 92 à 98 degrés F. Les expériences de Scudamore , sur la température des articulations frappées de goutte , ont donné
des résultats absolument analogues 1. Le thermomètre, appliqué par M. Goupil, chirurgien à Nemours, sur des phlegmons, lit connaître que la chaleur de l'endroit enflammé était de 1 à 5 degrés plus élevée que dans l'endroit correspondant non enflammé. Lorsque la tumeur était près des'abcéder, la chaleur baissa de nouveau2. Il est au reste bien prouvé aujourd'hui que ni la respiration, ni la digestion, ne sont les sources uniques de la chaleur animale ; mais que celle-ci est un phénomène vital immédiat, résultant de l'activité du système capillaire général, provoquée, aidée et fortifiée par l'action des nerfs.
§. 305. Il y a donc, non-seulement dans un organe enflammé, une congestion de sang très -prononcée à la suite d'un influx nerveux ; il y a non - seulement des changemens physiques et apparens opérés dans le tissu envahi ) mais celui - ci devient aussi le siège d'une activité exaltée, qui retentit plus ou moins dans l'organisme ; c'est ce qui constitue la réaction. Lorsque cette dernière est assez forte pour se communiquer au système nervoso - sanguin général, il en résulte la fièvre. Il' n'y a par conséquent pas d'inflammation tant soit peu intense qui n'entraîne une fièvre consécutive , et qui n'en soit accompagnée ; et c'est ici le cas de dire , avec P. Frank : que la fièvre est à la maladie principale ce
1 Broussais, Examen des doctrines médicales 5 t. 1 , p. 3oi.
2 Recueil périodique de la société de médecine} tom. 6,
que Vomhre est au corps1. Mais l'inverse ne peut-il pas avoir lieu ? Peut-il exister des fièvres primitives qui déterminent à leur tour des inflammations locales ? Oui, certainement; déjà le raisonnement le prouve, et l'observation le confirme. Que vous forciez un animal à la course, tel qu'un cheval, un cerf, etc. , cet animal sera dans la plus violente agitation; son système artériel sera extrêmement exalté; le sang sera poussé avec force dans le réseau des vaisseaux capillaires, et vous trouverez à l'ouverture des cadavres (ce qu'on rencontre en effet) des traces non équivoques d inflammation dans plusieurs organes, et jusque sur le cœur et sur les parois des artères. Est-ce que dans ce cas l'inflammation locale a précédé l'action démesurée du système artériel, ou l'a-t-elle suivie ? Lorsque , comme l'a fait Weinhold2, vous soumettez un animal (une souris, par exemple) à l'action de l'électricité, lorsque vous répétez cette expérience tous les jours pendant quinze à vingt minutes, vous lui donnerez de la chaleur et une fièvre ; il mourra à peu près le septième jour, et on rencontrera à la dissection les membranes séreuses enflammées , ta*pissées d'une lymphe coagulée et attaquée de divers points de suppuration. Est-ce encore l'inflammation des séreuses qui avait occasioné la fièvre sur cet animal, ou est-ce le fluide
i « Febris certorum malorum potius umbra c/uam ipse « morbus est. w Epit. de cur. hom. morb. , l. i , §. 3.
2 Etwas ùber JServenentzùndun^^ Med>-chir. Zeit. , i8i5, S. 285.
ANÂTOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 267
électrique? Substituez maintenant à ces causes physiques et patentes des agens subtils, des principes morbifiques , des influences morales, etc. , qui ont la funeste propriété d'exciter les systèmes nerveux et vasculaire , et de les porter à des mouvemens tumultueux et irréguliers , et vous aurez la clef d'un grand nombre de fièvres et de maladies aiguës, accompagnées d'affections locales. Et ne pourrezvous pas déjà présumer a priori quels seront les parties qui offriront le plus de changemens à l'ouverture des cadavres par suite de cette innervation exaltée , de cette circulation accélérée , etc. ? Ce seront probablement celles qui sont très-vasculaires et qui jouissent d'une texture lâche, telles que la rate , le poumon , les membranes muqueuses. Cessons donc de prendre toujours pour des altérations primitives ce qui n'a été que l'effet d'un trouble général. Au surplus , n'y a-t-il donc pas des cas où la fièvre a précédé bien manifestement l'affection locale ? Est - ce que le charbon ou l'anthrax se manifeste comme premier phénomène sur les individus attaqués de la peste ? Le mal de gorge gangreneux précède-t-il certaines fièvres putrides ? Les efflorescences des lèvres existent-elles avant certaines fièvres éphémères ? Les boutons de variole , les taches de la rougeole, les plaques de la scarlatine, sont- ils antérieurs à la fièvre? Je n'ignore pas que cette fièvre, qui précède de trois à quatre jours l'apparition de l'exanthème, est attribuée, par les sectateurs de la doctrine physiologique , à une gastro-entérite. Mais cette opinion est -elle prouvée?
Est-elle jusqu'ici autre chose qu'une assertion trèsgratuite et une pure hypothèse ?
§. 306. Enfin, le sang lui-même éprouve, par l'acte de l'inflammation, des changemens, dont les uns sont appréciables au moyen de nos sens, et dont les autres, quoique non - visibles , peuvent néanmoins être démontrés à la raison.
Rien de plus commun d'abord que l'altération désignée sous le nom de couenne, et qui se montre à la surface du caillot du sang tiré de la veine, sous l'aspect d'une couche de suif qui s'y serait figée. Visqueuse, molle et filante dans le principe, elle ne devient dense et fort adhérente au cruor que lorsque la concrétion du caillot est achevée. Sous le rapport chimique , la couenne se dissout complètement dans l'eau tiède , quand elle est encore molle et muqueuse; incomplètement, au contraire, quand elle s'est déjà condensée. La solution donne par la décoction de noix de galles une matière jaunâtre caillebottée , tandis que la partie de la couenne qui est restée insoluble dans l'eau tiède, est friable, blanche, mate et comme pulvérulente, mais très -gonflée et ramollie, et ne forme pas plus du ^5.e de la masse. L'eau saturée de nitrate ou de carbonate de potasse , l'acide acétique étendu , dissolvent la couenne , qui augmente de densité et de consistance par l'action des oxides minéraux trèsconcentrés. Le résultat de toutes ces expériences est donc , que la couenne est composée de fibrine et d'albumine, ou de fibrine et de sérum très-albumineux.
§. S 07. Il est quelques circonstances qui favorisent la formation de la couenne sur le sang des individus pléthoriques ou attaqués d'inflammation. Ce sont, i.° l'ouverture suffisamment grande de la veine; 1? le jet saillant du sang ; 3.° la forme du récipient, qui doit être peu grand, mais assez profond; 4° ki température du vase dans lequel on reçoit le sang , et qui ne doit pas être froide ; 5.° le repos dans lequel on laisse le sang à mesure qu'il tombe dans le récipient. M. Gendrin , qui a fait beaucoup d'expériences fort intéressantes sur le sang des sujets affectés d'inflammation, a vu en outre que la couenne ne se faisait point lorsqu'on projetait dans le vase qui le recevait , un solutum de potasse caustique 1 , et lorsque le sang tombait dans le récipient goutte à goutte et d'un peu haut 2, parce que dans ce dernier cas il se refroidissait en traversant une couche d'air épaisse ou agitait trop fortement le sang déjà reçu dans le vase. lia observé de plus, i.° que le sang tiré en même temps des deux bras, est identique, quoique l'inflammation pour laquelle on avait saigné, n'affecte qu'un côté, comme, par exemple, une main 3; 2° que, lorsqu'on pratique deux saignées après un intervalle de dix à quinze minutes, le sang de la première offre une couenne, mais non celui de la seconde ; mais que, lorsqu'on pratique une troisième saignée, quelques heures
1 Histoire anatomique des inflammations j t. a ? §. 1^,
2 Ibid., §. 1408.
3 Ibid., §. i4n.
2*]0 x LIVRE I.
plus tard , le sang est de nouveau couenneux * ; 3.° que, lorsqu'une saignée couenneuse est interrompue par une syncope, le sang extrait après cette syncope n'est plus couenneux ; que dans quelques cas même le caillot qu'il forme est mou, volumineux , et occupe le milieu du sérum , qui laisse précipiter une assez grande quantité de matière colorante2. M. Gendrin établit de plus, comme résultat de ses nombreuses expériences, i.° que la couenne n'est pas la seule altération d'un sang inflammatoire, mais que le caillot y est d'une plus grande densité et d'un plus petit volume, ce qui indique évidemment une plus grande contractilité ou rétractibilité dans ses élémens ; rétractibilité qui , en donnant au caillot une forme ovoïde, et en le tronquant à ses deux extrémités , rend ses deux surfaces extrêmement concaves 3 • 2.0 que le caillot non couenneux, mais surnageant et offrant à sa surface une teinte rouge qui pénètre à une ligne environ de profondeur, est également un sang inflammatoire 4; 5.° que le sérum dans l'état inflammatoire est plus visqueux et moins coloré que dans l'état ordinaire , et qu'il contient une proportion presque double d'albumine 5 • 4-° que la densité , la concrescibilité et l'état couenneux du sang sont en rapport avec les différentes périodes de l'inflammation, et qu'on peut
1 Hist. anatom. des inflamraat. j t. 2 , §. 1412.
2 Ibid., §. 1 4 1 3.
3 Ibid., §. 1 /j 16.
4 Ib id.} §. 1417*
5 Ibid.,1 1418.
admettre à cet égard trois sortes de sang, savoir : un sang inflammatoire, un très - inflammatoire et un sub - inflammatoire l ; 5.° que la présence ou l'absence de la couenne est constamment en rapport avec la chaleur et la réaction qui se remarquent dans la fièvre. 2
§. 308. Quelle que soit la cause qui augmente les quantités de fibrine et d'albumine dans le sang inflammatoire, et quel que soit le mécanisme par lequel l'augmentation de plasticité de la fibrine opère le départ de la matière colorante dans une partie du caillot, il n'est pas moins vrai que ces changemens ont lieu sous la puissante influence de la force vitale. Ceci me conduit à dire deux mots de la vitalité qu'on attribue au sang lui-même, et à emprunter à la physiologie pure les argumens par lesquels on a tâché de la démontrer : on verra par la suite combien il était nécessaire que j'entrasse dans ces détails,
i.° Les humeurs possèdent, comme les solides, la propriété de résister aux causes qui tendent à les détruire. Ceci est prouvé par les expériences qu'a faites Hunter sur l'œuf et sur le sang; expériences dans lesquelles ces fluides non altérés ont résisté plus long-temps à la congélation que ceux dont les propriétés physiologiques avaient déjà été anéanties par une congélation antérieure.
1? Il est d'ailleurs bien démontré que la coagu-
1 Hist. anatom. des inflammat. 5 t. 2, §. 1421.
2 Ibid.y §. i4s5.
lation du sang ne dépend pas du contact de l'air , puisqu'il se coagule plus facilement dans le vide; ni du repos seul , puisqu'il se fige quelquefois dans le torrent même de la circulation. Il faut donc chercher une autre cause à ce phénomène : d'après ce que nous venons de dire , elle me paraît émaner de la vie elle-même.
3.° Le sang produit des changemens étonnans dans la matrice à l'état de grossesse ; il développe les propriétés et les forces dont elle donne des preuves si évidentes pendant l'accouchement. Cette surabondance de vie dans cet organe ne lui peut venir que du sang , attendu que les nerfs ne se continuent pas bien loin dans son tissu, et qile la force nerveuse ne lui vient que par le moyen du premier. Ce même sang, sortant des vaisseaux utérins, se coagule dans l'instant sur la main de l'accoucheur. J'ai plusieurs fois observé ce singulier phénomène, lorsque je fus obligé de porter la main dans la matrice pour arrêter des hémorrhagies foudroyantes : à la sensation qu'on éprouve alors, ont dirait que les doigts sont engagés et embarrassés dans une épaisse toile d'araignée. Cette prompte coagulation dépend , à mon avis, en partie de la qualité vitale du sang sortant tout chaud des vaisseaux béans de l'utérus, et en partie de la circonstance qu'il rencontre de suite un organe vivant doué lui-même d'un effluve ou dune émanation de vitalité; c'est comme si ces deux choses , la main et le sang, avaient l'une pour l'autre une attraction chimico-vitale.