Le sperme est tiré du sang; une humeur aussi
vivifiante ne peut avoir été fournie par un fluide qu'on considérerait comme inerte et comme jouant un rôle entièrement passif.
5.° Les expériences de toxicologie enseignent que les poisons qui tuent la vitalité des solides, quelque petite que soit la quantité qu'on emploie, font naître des changemens prompts et instantanés dans la composition du sang, soit en le coagulant, soit en le dissolvant , soit en le dénaturant d'une autre manière. C'est ainsi que Fontana a vu noircir et se coaguler, par une seule goutte du venin de la vipère, tout le sang d'un moineau. C'est ainsi, suivant les expériences de MM. 'Tiedemann, Gmelin et Orfila1, que le sang reste fluide dans l'empoisonnement avec le mercure ; que suivant d'autres observations, il noircit et devient* très-liquide par l'arsenic a, que par l'acide prussique il se change en une matière noire visqueuse et gluante, de la consistance de l'huile 3, et que le fluide électrique , en même temps qu'il anéantit l'irritabilité des muscles, liquéfie le sang et en rend impossible la coagulation. 4
6.° Le caillot de sang qui s'interpose entre les lèvres d'une plaie, au lieu d'être un corps étranger, entre en rapport avec les parties solides; sa vie développe en lui des vaisseaux loin du centre de la circulation.
i Orfila, Toxicologie 5 t. 1, p. 140.
a JjEger, Disseriatio inauguralis de effectu arsenici in var. organism. Tubing. , 1808.
3 Ittner, Beitrdge zur Geschichte der Blaiisàure.
4 Davy. Meckel, Deutsches Arahiv fur die Physiologie $ ister Band, S. 12 5.
n.° Les observations microscopiques instituées sur le sang par Éverard Home, Bran de, Prévost et Dumas, et qui démontrent non-seulement la forme particulière de ses globules , mais aussi le mouvement intrinsèque qui leur appartient et qui se manifeste dans leur coagulation, font aussi soupçonner la vitalité dans ce fluide. En effet , lorsqu'on examine le sang récemment sorti de ïa veine avec des microscopes qui grossissent cent cinquante fois les objets, on y observe tantôt un tourbillon qui fait place à un jet de globules, tantôt un mouvement gyratoire dans toute la masse1. Ce phénomène dure quelques secondes, après quoi le sang se coagule, et alors on remarque une autre sorte de mouvement, déjà décrit par Heidmann 2. On y voit un tissu réticulaire qui se meut pendant environ dix minutes, et dont le mouvement a de l'analogie avec de faibles contractions des fibres musculaires. De l'acide muriatique oxigéné très-affaibli augmente ce mouvement intrinsèque , tandis que des acides plus forts et plus concentrés le font cesser à l'instant et produisent un précipité floconneux.
8.° Enfin, les expériences physiques faites sur le sang, nous induisent à mettre ces globules sur la même ligne que les animaux infusoires. Que l'on fasse passer, dit Edwards ù, une étincelle électrique
1 Trevirawus, Biologie, ^ter Band, S. 655.
2 Gilberfs Annalen der Phjsiky i'jter Band J S. i.
3 De l'influence des agens physiques sur la vie 5 p. 53g et 54i. Paris, 1824.
au travers d'une goutte de sang, et l'on verra les molécules que celui-ci renferme , prendre à l'instant un aspect framboise , qui indique la séparation partielle des globules élémentaires dont elles étaient formées. Si l'on fait la même tentative sur un liquide qui contient des animalcules spermatiques ou infusoires, on observera le même effet, et ces divers êtres perdront à l'instant le mouvement spontané dont ils se trouvaient doués.
§. 809. En réunissant tous ces faits et en se livrant aux considérations qu'ils font naître dans l'esprit, on est étonné du rôle insignifiant qu'on a fait jouer jusqu'ici au sang, et on est presque tenté de lui attribuer un degré de vitalité plus prononcé qu'à certains solides du corps. Et si telle est la nature du sang dans l'ordre physiologique, combien ses qualités vitales ne doivent-elles pas être plus marquées dans l'ordre pathologique, et lorsque dans les maladies toutes les forces organiques sont portées à un plus haut point d'exaltation ? Que n'en doit-il pas résulter lorsque le principe nerveux et la puissance formatrice s'emparent d'une humeur déjà si bien disposée à l'organisation? Aussi verrons-nous à chaque pas que nous ferons dans l'étude de l'anatomie pathologique, les preuves du grand rôle que jouent ces agens dans la production des maladies, et avec l'intervention du sang et des élémens qui le constituent.
§. 310. Mais si d'un côté les preuves se présentent en foule pour admettre dans le sang une vitalité exaltée sous l'influence d'un travail inflamma-
toire,il y en a d'autres qui démontrent l'altération de ce fluide dans des circonstances opposées et lors-que la force vitale est autrement modifiée.
C'est déjà un fait reconnu des anciens, que dans les fièvres malignes le caillot du sang est absolument sans consistance. Le docteur Stocker a constaté de nouveau, dans un typhus épidémique qui a régné à Dublin, et dans lequel il avait fallu saigner les malades à cause de l'inflammation de quelques organes importans, que le sang présentait un caillot diffluent, divisé en plusieurs fragmens, d'une couleur livide et nageant dans un sérum trouble, vert ou jaune, semblable à de la sanie. M. Gendrin *, qui a observé le même phénomène, a de plus constaté par des expériences les qualités évidemment septiques du sang dans les fièvres putrides, parce qu'injecté dans les veines ou dans le tissu cellulaire des animaux , il leur donnait la mort après leur avoir occasioné des vomissemens , de la fièvre, des mouvemens convulsifs , et avoir fait naître un état gangreneux dans le tissu cellulaire et dans plusieurs parties du corps2. Le même auteur s'est assuré que le sang tiré des varioles avait non-seulement un caractère inflammatoire , mais aussi des qualités délétères telles qu'injecté dans les veines des animaux, on détermina sur eux des inflammations dont ils périrent. 3
1 Gendrin, Hist. anat. des inflamm.; t. 2, §. 14*26.
2 Recherches sur la nature et les causes prochaines des fièvres; t. 2, p. i5o.
3 Hist. anat. des iaflamm. ; t. 2, §. 1 4^ 1 à 1 4^7-
A.NAT0MIE PATHOLOGIQUE GÉxNÉRALE, 277
§. 511. Si nous résumons ce qui vient d'être dit sur l'inflammation , nous voyons qu'elle consiste dans une activité contre nature du système capillaire sanguin , excitée par un stimulus tendant à produire des changemens organiques et ayant pour caractères anatomiques les signes physiques de la congestion, et pour phénomènes physiologiques un trouble dans les fonctions.
Si , sous quelques rapports , l'inflammation se rapproche de la fluxion , elle en diffère totalement si l'on a égard aux altérations qu'elle fait naître dans les organes. Il y a en effet, dans l'un et l'autre de ces actes vitaux, irritation exercée sur le réseau capillaire et réaction de celui-ci ; mais dans la fluxion cette réaction n'a pour but que d'éloigner le stimulus au moyen d'une sécrétion augmentée ; ici point de suppuration, point d'érosion, point d'ulcération, point d'induration rouge, en un mot, aucune altération organique perceptible : tout s'accomplit au moyen des fonctions naturelles de l'organe , et quand la maladie est terminée , l'œil le plus exercé n'en peut découvrir aucune trace. Je conviens que dans beaucoup de cas on en peut dire autant de l'inflammation; mais c'est qu'alors elle s'éloigne peu de l'état fluxionnaire.
D'un autre côté , c'est par le trouble dans la fonction d'un organe et par son état d'injection que l'inflammation diffère d'un autre travail de physiologie pathologique, et qui a pour effet la formation de substances nouvelles , soit analogues aux tissus naturels , soit étrangères à l'économie animale.
3j8 LIVRE I.
§. 312. Nous voyons également que le procédé vital de l'inflammation est lui-même une opération complexe qui embrasse trois temps, i.° celui de l'irritation, c'est-à-dire de la stimulation exercée sur l'élément nerveux de la partie, de la perception du stimulus et de la névrosthénie qui en résulte ; r?.° celui de la fluxion ou de l'abord des humeurs vers la partie stimulée, en d'autres termes, de l'appel fait au sang par l'élément nerveux irrité; 3.° celui de la réaction du réseau capillaire, qui comprend et l'exaltation de ses propriétés physiologiques , et les changemens que le sang lui-même éprouve.
Il suit de là qu'on tombe dans une grande erreur, en confondant l'irritation avec l'inflammation, dont elle n'est réellement qu'une condition. La méprise est d'autant plus grave que l'irritation peut être séparée soit en réalité soit par la pensée, des suites qu'elle entraîne. Ainsi, i.° elle n'est quelquefois pas suivie de congestion de sang , et le réseau capillaire n'est pas le moins du monde affecté , de telle sorte qu'il n'en résulte jamais une inflammation , c'est ce qui constitue les névralgies pures ou essentielles. Il est , en effet, bien avéré que les propriétés vitales de certains organes sensibles, irritables et contractiles, peuvent être exaltées ou diminuées , qu'il peut y avoir dans leur intérieur une hausse et une baisse permanente de vitalité, sans qu'il y ait la moindre trace d'un état phlogistique : les expériences galvaniques, instituées sur les muscles, prouvent tous les jours la vérité de cette assertion ; 2.° l'irritation joue un rôle à part dans la durée de l'inflammation, ou du moins on
AISATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 279
peut la séparer par l'analyse du travail physiologique auquel elle préside. Si , en effet , elle est énergique, elle détermine une inflammation aiguë; si, au contraire, elle est faible ou qu'elle abandonne même l'organe, la congestion reste, et l'inflammation devient chronique, comme nous l'avons déjà fait remarquer plus haut ■(§. 229). D'où il suit que dans les parties qui ne nous offrent que des capillaires richement injectés sans aucune autre trace d'un travail organique, telle qu'exsudation, suppuration , etc. , on n'a qu'une mesure bien faible et bien équivoque pour estimer le degré d'énergie et de force qui y existait pendant la vie. Ceci me conduit à m'élever contre l'importance qu'on semble attacher dans la nouvelle doctrine médicale à l'aspect, à l'arrangement et à la manière d'être des capillaires rouges ou blancs. L'examen minutieux de ces vaisseaux nous mène à des considérations et à une analyse anatomkjue , là où il ne faudrait employer qu'une analyse véritablement physiologique.
§. SI 3. L'histoire de la raréfaction de tissu par inflammation serait incomplète, si nous voulions passer sous silence celle de ses suites et de ses terminaisons, qui déterminent elles-mêmes de nouveaux produits pathologiques. Nous allons donc parler de Y exsudation et de la suppuration.
§. 314. L'exsudation est ce travail confié à l'épiphlogose et par lequel il est déposé une lymphe coagulable sur la surface ou dans le parenchyme des organes enflammés, ou dans l'un et l'autre de ces endroits en même temps.
28o LIVRE I.
Cette lymphe , qui est absolument liquide en sortant des vaisseaux, est probablement très-analogue au suc nourricier des organes, dont elle ne diffère peut-être que par la quantité plus grande et la propriété qu'elle possède de se coaguler d'une manière plus forte. L'exsudation pourrait donc être considérée comme une nutrition très-exaltée par un travail inflammatoire, qui lui-même n'est que l'exaltation des propriétés vitales.
Quel que soit le lieu où cette lymphe se dépose , que ce soit à la surface des organes ou à leur intérieur et dans leur parenchyme, le produit et l'effet sont les mêmes. Dans l'un et dans l'autre cas cette lymphe se coagule, s'épaissit, change de nature, et finit par être organisée et à se mettre en rapport vital avec les tissus avec lesquels elle est en contact : telle est la source de la plupart des transformations organiques. Je dirai , par anticipation , que les transformations se distinguent de la dégénérescence des organes, en ce que la matière exsudée est susceptible d'être organisée et vivifiée, tandis que dans les dégénérations la substance qui les forme ne peut jamais entrer en rapport organique avec les anciens tissus, et ne peut pas non plus devenir le germe de tissus nouveaux et semblables aux anciens.
§. 3i5. Passons maintenant à un examen plus approfondi de la lymphe exsudée.
D'abord pour ce qui regarde sa consistance, elle est dans le principe molle, filante, visqueuse et pulpeuse, et quant à sa composition chimique, en grande partie formée de fibrine. C'est à tort que
Moore1 soutient qu'elle n'a jamais été dans un état de fluidité , par la raison qu'on la rencontre sur la surface interne des veines enflammées. Mais comment est-il possible qu'elle sorte des vaisseaux toute formée en membranes ? Si on la trouve sous cette dernière forme, collée sur la face interne de ces conduits, c'est que le mouvement peu rapide du sang a permis que la lymphe se coagulât, que le frottement n'est pas grand entre les veines et le sang qui y circule , et que la vitalité exaltée des parois veineuses a accéléré cette coagulation.
La couleur de la lymphe exsudée est blanche, jaune ou grisâtre; son épaisseur, considérée sur la surface des organes enflammés , varie depuis un dixième de ligne jusqu'à un pouce.
La lymphe coagulée se dépose quelquefois en plusieurs couches , entre lesquelles il y a souvent un épanchement de sérosité. Dans d'autres circonstances il y a, indépendamment de la lymphe coagulée, une quantité d'eau plus ou moins grande, comme dans les hydropisies, ce qui dépend de la présence simultanée de la phlogose et de l'épiphlogose dans des endroits difFérens de l'organe enflammmé ou de la, succession de ces deux espèces d'inflammation. Toutefois cette succession est prouvée par l'analyse chimique , qui nous montre la sérosité devenant plus riche en matière plastique et organisable à mesure que l'inflammation fait des progrès, et recevant par
1 On the process of natur in the healing of wounds ; p. i/±, London, 1789,
conséquent du sang une plus grande partie d'albumine et de fibrine.
Relativement à son aspect, la lymphe coagulée est au commencement brute , amorphe , et telle qu'elle paraît sur le sang tiré de la veine et, qui est connue sous le nom de croûte phlogistique. Cependant elle ne reste pas long -temps dans ce premier état ; mais elle prend bientôt un aspect floconneux , filamenteux ou réticulaire et poreux, semblable à celui qu'offre la membrane caduque de la matrice. Un peu plus tard, elle fait voir dans son épaisseur des taches sanguines, puis des stries qui ont l'apparence de ramifications vasculeuses, et enfin ces stries se transforment en véritables canaux, contenant du sang et s'abouchant avec les anciens vaisseaux sanguins de l'organe sur lequel l'exsudation de la lymphe s'est opérée.
Ici on trouve une analogie entre les phénomènes successifs de la lymphe plastique et ceux qu'offre l'œuf pendant l'incubation.
La lymphe coagulée unit entre elles différentes parties qui avaient été enflammées. C'est ainsi que les poumons sont collés à la plèvre, les intestins au péritoine et entre eux, les trompes de Fallope aux ovaires et à la matrice, etc.
Les membranes séreuses sont le plus fréquemment le siège de l'épiphlogose, et de l'exsudation qui est son ouvrage ; ce n'est qu'au moyen de celleci que l'adhérence peut avoir lieu. Il ne suffit pas que des surfaces sèches se touchent pour produire une adhérence j mais il faut pour cela qu'il y ait
une couche de lymphe exsudée , quelque mince qu'elle soit.
Après les membranes séreuses, ce sont les muqueuses qui sont le siège des exsudations de lymphe coagulable , et enfin les tuniques internes des vais-
seaux sanguins.
Dans les muqueuses, la lymphe forme des concrétions cylindriques qui ont la même ligure que les tuyaux dans lesquels elles sont emboîtées.
§. 316. Toutes ces couches de lymphe plastique constituent ce qu'on appelle des fausses membranes, dont il importe de signaler ici la nature, le caractère et les phases qu'elles parcourent dans leur développement.
On peut, d'après M. Dupuytren ir9 admettre quatre états ou périodes sous le rapport des changemens que subissent ces membranes : 1 ,° la période de formation ; 2.0 celle d'accroissement; 5.° celle d'organisation: 4-° celle de mutation en tissu cellullaire.
§.317. Dans la première période on trouve, vingtquatre heures après qu'on a enflammé les membranes Séreuses (par exemple la plèvre d'un chien), que cette membrane est injectée par un très- grand nombre de vaisseaux , et qu'il s'est formé sur la surface une couche extrêmement mince et tendre de villosités pulpeuses , d'un blanc mat , très - courtes , et constituant comme une espèce de gaze que le moindre frottement enlève. Cette pellicule si mince a
i Propositions sur quelques points d'anatornie , de physiologie et d'anatornie pathologique. Paris, an XII.
donc deux faces, l'une appliquée à la membrane séreu,-e, l'autre libre et regardant la cavité, veloutée et quelquefois mamelonnée.
§. 318. La seconde période commence dès que l'exsudaûon a l'apparence membraniforme , et est caractérisée par l'augmentation d'épaisseur et de densité de la fausse membrane. Cette épaisseur égale quelquefois celle d'une pièce de vingt sous, et d'autres fois celle d'une pièce de cinq francs.
On rencontre quelquefois des organes enflammés et qui montrent la lymphe coagulée dans différens degrés de consistance, d'aspect et même d'organisation. J'ai vu sur le même poumon, et à la suite d'une inflammation de la plèvre, la couche lymphatique dans un endroit très-peu adhérente à la surface du viscère, dans un autre endroit fortement collé sur elle, et dans un troisième, avec une configuration réticulaire très-agréable à voir. La plèvre , examinée à l'aide de la loupe , offrait , i .° à la face par laquelle elle adhère à la substance pulmonaire, un grand nombre de vaisseaux tortueux, dont quelquesuns étaient remplis de sang et paraissaient être des veines, tandis que d'autres étaient vides et semblaient d'après cela être des artères; i? à la face lisse elle offrait d'autres vaisseaux, plus fins, plus repliés et plus tortueux que ceux de la face celluleuse.
Souvent il arrive que des portions de fausses membranes , encore presque pulpeuses , se décollent de la séreuse sans se détacher tout-à-fait, et flottent suspendus dans la cavité. Si ces portions se déchirent entièrement , elles nagent libres dans la sérosité
que renferme la cavité : ceci se remarque souvent dans les inflammations du péritoine , et notamment dans la péritonite puerpérale.
§. 319. La troisième période est caractérisée par la densité, qui est celle de la couenne ou de la substance lardacée, et par la présence des vaisseaux; sanguins. D'après Stoll, les fausses membranes peuvent s'organiser douze jours, même huit à neuf jours après l'invasion de la maladie. Cependant , suivant Home, les vaisseaux peuvent paraître dans l'espace de vingt-quatre heures. La concrétion de l'albumine dans la formation de la fausse membrane y n'est pas due à une cuisson ordinaire, car il faudrait une chaleur de 56° c; mais c'est un effet vital, qu'il est plus aisé d'observer que de comprendre. Les fausses membranes ne sont point fibreuses ; l'apparence linéaire qu'elles offrent lorsqu'on les coupe ou qu'on les déchire, a lieu également dans tous les sens et quelque direction qu'on donne à.. la division.
§. 320. Dans la quatrième période , la fausse membrane perd peu à peu cette apparence comme lardacée, s'amincit, se rapproche chaque jour du tissu cellulaire, et ne tarde pas beaucoup à offrir des lamelles diaphanes, extrêmement minces, molles, disposées comme du tissu cellulaire. Il y a non-seulement identité d'apparence avec le tissu cellulaire et les fausses membranes altérées , mais aussi identité d'usages et même de maladies , comme le prouvent les infiltrations. Mais il sera question de cette quatrième période ou de mutation plus tard, lorsque
nous traiterons du tissu cellulaire accidentellement développé. J'ajouterai seulement comme une particularité digne de remarque , que ce tissu ne renferme jamais de graisse.
§. 321. On rencontre quelquefois dans les cadavres , et notamment sur la surface exhalante du péritoine, des appendices appelées par M. Dupuytren franges cellulaires, parce que, vues au foyer d'une forte loupe , elles paraissent entièrement formées de vaisseaux. Ce sont des prolongemens ordinairement rosés , qui ont la configuration des appendices épiploïques, qui ont depuis deux, jusqu'à huit à dix lignes de longueur, qui sont plus étroits à leur base qu'à leur sommet, lequel est quelquefois arrondi, mais le plus souvent comme lacinié plus ou moins profondément. On les voit en nombre très-varié et sur des péritoines qui offraient des traces d'une inflammation chronique , une grande épaisseur et des tubercules granuleux. Ils paraissent entièrement formés par le réseau capillaire développé et pénétré de sang ; ils sont enveloppés par une continuation très-mince du péritoine, qui à leur soumet offre presque l'apparence d'une membrane muqueuse phlogosée. x
§. 322. Si l'épiphlogose produit la lymphe coagulable et les fausses membranes, l'hyperphlogose détermine la suppuration; phénomène pathologique qui à son tour en décide de bien remarquables.
i Villermé, Essai sur les fausses membranes. Paris, î 8 i 4- — Napplk, Dissertation de physiologie pathologique sur les fausses membranes. Paris, 1812.
La suppuration est une opération de physiologie pathologique , en vertu de laquelle une humeur sui generis est sécrétée par un tissu nouvellement formé.
§. 323. Que le pus soit sécrété par une plaie \ par les parois d'un abcès ou par une surface soit séreuse, soit muqueuse, on aperçoit par un scrupuleux examen que la surface n'est plus ce qu'elle était auparavant. Non-seulement de nombreux vaisseaux dénotent l'état inflammatoire, mais la surface est devenue comme veloutée, des granulations extrêmement nombreuses, mais très- fines, la recouvrent et la rendent, sous le rapport de la texture, fort analogue au tissu muqueux; aussi d'habiles anatomistes avaient -ils déjà signalé la présence d'un semblable tissu dans les trajets fistuleux.
Si, sur la surface des organes suppurans , la membrane externe ou interne est transformée , il s'établit, pour les plaies une nouvelle membrane, qui a également une structure veloutée, mais sur laquelle les granulations sont plus grandes et plus visibles, et ressemblent en petit à des choux-fleurs. Cette membrane est susceptible d'être enlevée par le moyen du scalpel de dessus la plaie, et si après cela on l' étend , les petites élévations , grains ou bourgeons charnus disparaissent} on observe aussi qu'elle se ressemble dans tous les cas et sur tous les organes, au point que celle qui couvre une plaie des parties molles est identique avec celle qui tapisse une plaie de l'os.
Je m'arrête ici, et à dessein, dans ce que j'ai h
dire sur le travail de la suppuration, sur la nature et les qualités du pus , etc. , attendu qu'il me faudrait anticiper sur deux questions qui doivent être traitées dans le chapitre suivant, et qui ont pour objet la formation du tissu pyogénique, et le développement des nouveaux vaisseaux qui s'y ramifient.
§. 324. Si l'exsudation et la suppuration sont deux actes vitaux qui ont leur marche , leur mécanisme et leur tendance particulière , il n'en est pas de même de la gangrène, dans laquelle, au lieu d'un surcroît ou du moins d'une manifestation particulière de la vie, on remarque, au contraire, l'extinction de toute action vitale.
Les parties affectées de gangrène peuvent se présenter dans deux états différens. Quelquefois elles sont gonflées, ramollies, faciles à écraser avec les doigts 5 d'autres fois elles sont sèches , dures et coriaces. Cette différence tient à la présence ou à l'absence des humeurs ; dans le premier cas , la putréfaction succède beaucoup plus promptement à la mortification. La couleur dans la gangrène dépend de la nature des tissus affectés ; tantôt elle est noire , grisâtre ou livide ; tantôt blanche et jaunâtre , avant de prendre une couleur plus foncée. C'est à ces signes , ainsi qu'à la perte absolue de toutes les propriétés vitales , qu'on reconnaît la gangrène dans la plupart des cas, quoique le plus certain de ces signes soit la décomposition putride. Si les organes intérieurs sont frappés de gangrène , il y a d'autres symptômes qui en font présumer l'existence, et qui dénotent un désordre extrême dans les fonctions , caractérisé
par les accidens les plus graves et les plus alarmans.
Lorsque la gangrène est arrêtée, il s'établit un travail auquel on a donné le nom à' inflammation éliminatoire , lequel a pour but de séparer ce qui est mortifié de ce qui est resté sain. Un cercle rouge ? peu douloureux, peu tendu, mais qui devient bientôt le siège d'une suppuration , en d'autres termes, l'iivperplilogose, annonce l'existence et les progrès de ce travail.
Je ne m'étendrai pas davantage sur l'histoire de la gangrène, parce que la mort d'une partie et la putréfaction dont elle est suivie, ne peuvent être considérées comme une maladie organique. Je dirai seulement deux mots des conditions par lesquelles elle a lieu; il en résultera une nouvelle preuve de l'influence nerveuse sur l'acte nutritif
§. 325. Les sources de la vie pour chaque organe sont incontestablement Y influx nerveux et le sang ; aussi , quelles que soient les causes éloignées de la gangrène, peut-on toujours remonter à l'anéantissement de l'une ou de l'autre de ces sources , ou de toutes les deux en même temps. Est- elle le résultat de l'hyperphlogose? On conçoit comment les forces vitales sont complètement étouffées , précisément parce quelles avaient été portées au maximum de leur énergie ; comment la névrosthénie s'est détruite elle-même et pour ainsi dire par ses propres excès. Souvent même ce n'est point par le travail gradué de l'inflammation que la cessation de la vie est amenée, mais d'une manière plus subite et plus directe, de telle sorte que la mort et la 1. 19
putréfaction se manifestent avant que l'inflammation n'ait eu le temps de s'établir. C'est ainsi qu'après des accoucliemens longs et laborieux, on a trouvé à l'ouverture du cadavre l'utérus ramolli et dans un état de putrescence bien décidé. J'ai vu sur une femme qui, pour accoucher, faisait valoir toutes ses forces musculaires , une douleur névralgique se déclarer subitement à la partie antérieure et interne de chaque bras. Cette femme étant morte le quatrième jour de ses couches, je fus surpris de trouver deux plaques vertes aux endroits où avait existé la douleur; c'étaient les muscles biceps qui avaient changé de couleur et qui se laissaient écraser entre les doigts avec la plus grande facilité.
§. 326. Que dirai -je de la gangrène par congélation, de la gangrène sénile ? N'est -il pas évident que dans ces cas la mort a lieu parce que le principe qui doit animer les parties est ou subitement ou graduellement détruit? Or, à quel système organique rapporter ce principe, sinon au système nerveux ?
§. 327. La gangrène, par l'effet des passions de l'ame, et surtout de celles qui exercent une action sédative sur l'économie animale, établit encore mieux l'influence du système nerveux. On a vu des plaies changer subitement d'aspect par suite d'une frayeur ou d'un violent chagrin. M. Langenbegr1 raconte qu'un homme sur lequel il avait fait une opération peu importante, et dont la plaie d'un bel aspect
1 Nosologie und Thérapie der chirurg. Krankheilen ; iS". 92.
promettait une guérison prochaine, fut tout à coup frappé de gangrène et mourut. Le malade, qui était encore 1res - bien le matin , eut le soir une fièvre violente , la face était décomposée et la plaie blafarde. On avait cherché vainement la cause d'un changement si prompt : après la mort du malade, on trouva sous son oreiller une lettre de son père, dans laquelle celui-ci le conjurait de se refuser, s'il en était temps encore, à l'opération qu'on lui proposait, attendu que tous ceux sur lesquels on l'avait pratiquée, en étaient morts. Les annales de l'art renferment beaucoup d'exemples analogues. §. S 2 8. Dans la gangrène produite par la morsure d'animaux venimeux, ou par le miasme des épizooties, je crois que c'est le sang qui éprouvé le premier la fâcheuse impression qui le dénature; que c'est par lui que la mort commence, pour se communiquer ensuite aux solides avec lesquels ce fluide est en contact. La même chose me paraît avoir lieu dans les inflammations atones, dans les gangrènes scorbutiques. Voilà pourquoi ces sortes de gangrène ont lieu spécialement dans les parties douées d'un tissu lâche et spongieux; pourquoi aussi elles se déclarent dans l'espèce d'inflammation que j'ai appelée métaphlogose (§. 287 , n.° 3) caractérisée par la présence d'un sang stagnant, soit dans les vaisseaux capillaires, soit dans le tissu cellulaire de la partie malade ; voilà enfin pourquoi certains organes ne sont frappés de gangrène qu'après que leur texture a été préalablement raréfiée , et pénétrée de sang et d'humeurs, comme cela a lieu
ÙQ3 LIVRE I.
dans l'utérus après l'accouchement: jamais, en effet, je n'ai vu une matrice en état de vacuité attaquée de gangrène.
La dissolution du sang, les hémorrhagies mortelles qui en résultent dans certaines fièvres malignes, un sang artériel noir et incapable de coagulation, remarqué chez tous les malades dans la lièvre jaune de Barcelonne, prouvent que le principe morbifique qui attaque les propriétés vitales des solides, exerce aussi sur les humeurs son influence délétère. Si, en effet, la concrescibilité du sang dépend de la vie, sa liquéfaction doit reconnaître une cause opposée. Et voyez comme l'observation s'accorde avec cette opinion! Est -il une maladie marquée au coin de l'asthénie, ou de la langueur des forces vitales , dans laquelle le sang ne soit pas appauvri , décomposé , ou frappé d'une dyscrasie évidente ? Sans doute, dans ces cas le sang est affecté consécutivement; mais dans les fièvres que je viens de nommer, ainsi que dans toutes les maladies qui s'attaquent immédiatement au principe même de la vie , il est probable que son altération , si elle n'est pas primitive, a du moins lieu simultanément avec celle des solides.