CHAPITRE IV
Du développement accidentel de tissus nouveaux, analogues aux tissus primitifs.
§. 329. Il se développe dans les maladies, et par un travail vital particulier, auquel je donne le nom
à'homoeoplasie1, des tissus nouveaux, analogues et même identiques aux tissus naturels.
Le plus souvent ces tissus de nouvelle formation changent totalement la structure primitive des organes quils ont envahi. Ainsi, des membranes se transforment en tissu cellulaire ; il se forme des membranes séreuses, fibreuses et muqueuses dans des endroits où il n'en existe jamais dans l'ordre naturel. Des tissus mous et flexibles se changent en tissus Ours, coriaces, cartilagineux et osseux; et par contre, des parties d'une texture dure, fibreuse, se convertissent en substance molle et pulpeuse. Des vaisseaux sanguins paraissent dans des lieux où l'on n'en remarquait point. Enfin, des tissus et même des organes tout-à-fait naturels se rencontrent accidentellement dans des parties et des viscères où l'on est étonné de les découvrir.
On peut réduire à dix espèces les tissus naturels qui se développent accidentellement; savoir : i.° le lis su cellulaire ; 2.° le tissu vasculaire ; 3.° le tissu membraneux , sous - divisé , en tissu séreux, et en tissu pyogénique, analogue au tissu muqueux ; 4-° le tissu spongieux ou éreclile ; 5.° le tissu fibreux ; 6.° le tissu fibro- cartilagineux ; 7.0 le tissu osseux , dont le tissu dentaire est une sous-division ; 8.° le tissu graisseux ; 9.0 le tissu pileux ; et 1 o.° le tissu corné. Nous allons les examiner chacun en particulier.
i DVjUtojw&ç , semblable, et 7rX'ei<rfç* formation.
Tissu cellulaire accidentellement développé.
§.330. En traitant de l'inflammation , nous avons dit que l'épiphlogosè déterminait une exsudation de lymphe coagulable, laquelle en se concrétant constituait une membrane susceptible elle-même de dégénérer eh tissu cellulaire. Telle est, en effet, l'origine de ce tissu accidentellement développé ; nous n'avons rien à ajouter à ce qui a été dit plus haut sur ce sujet, nous indiquerons seulement les parties qui sont susceptibles de dégénérer en ce même tissu.
i.° Ce sont avant tout les membranes séreuses. La plèvre disparaît quelquefois entièrement par l'effet de ce changement; il se forme une continuité de tissu entre elle et la plèvre pulmonaire , qui change également d'aspect et de texture; de là les adhérences organiques. Celles-ci sont quelquefois filamenteuses, d'autres fois lamineuses; alors elles constituent des membranes lisses, avec ou sans vaisseaux , et qu'on avait prises autrefois pour des ligamens naturels du poumon. Jamais il ne se dépose de graisse dans le tissu cellulaire résultant de la transformation de la plèvre; mais à une certaine époque les vaisseaux sanguins s'y développent. Quant aux vaisseaux lymphatiques, mes recherches n'ont pas encore constaté leur existence; s'il se fait une résorption dans le tissu cellulaire accidentellement développé, peut-être les veines sanguines en sontelles chargées.
La transformation du péricarde en tissu cellulaire produit des adhérences entre cette membrane et le cœur , et en a souvent imposé pour l'absence totale de cette poche membraneuse. Ces adhérences sont quelquefois très-intimes et très-serrées , d'autres fois lâches et d'un tissu filamenteux , ou même lamineux.
La conversion du péritoine en tissu cellulaire est très - fréquente ; elle constitue les adhérences des viscères entre eux et avec le péritoine qui tapisse la paroi abdominale antérieure. Rien de plus fréquent que l'adhérence du foie au diaphragme.
Les adhérences des circonvolutions des intestins entre elles et avec un sac herniaire , font quelquefois le désespoir des chirurgiens ; il est arrivé qu'on a été obligé de faire rentrer un paquet d'intestins ainsi pelotonnés , sans avoir pu les démêler.
La disparition de la tunique vaginale du cordon spermatique est une transformation naturelle en tissu cellulaire.
Le testicule adhère assez souvent à la tunique vaginale ; on provoque même cette adhérence par des moyens artificiels, pour obtenir la cure radicale de l'hydrocèle.
Les membranes synoviales, rangées par Bichat parmi les séreuses, sont toutes susceptibles de se transformer en tissu cellulaire ; cette transformation a lieu dans les fausses ankyloses.
i? Les adhérences des membranes muqueuses sont dues à leur transformation en tissu cellulaire \ l'adhérence du globe de l'œil à la paupière ; l'oblité-
2g6 LIVRE I.
ration du canal nasal ; l'occlusion persistante de la trompe d'Eustache; celle du canal cystique ou cholédoque ; celle du vagin, de la matrice et des trompes de Fallope, en sont autant d'exemples.
§. 831. Dans tous les cas que je viens de citer, le développement du tissu cellulaire se fait, pour ainsi dire, à la surface des membranes primitives. C'est sur cette surface qu'est déposée la lymphe coagulable , dont les métamorphoses successives sont maintenant connues ; c'est par elle que commence le changement d'organisation qui convertit tout le tissu membraneux en tissu cellulaire , de manière qu'en prenant la plèvre pour exemple, sa surface libre disparaît , et qu'il s'établit une continuité non interrompue depuis le tissu cellulaire sous - séreux de la plèvre costale , jusqu'au tissu cellulaire interlobulaire du poumon. Il n'en est pas de même d'une autre conversion des membranes séreuses en tissu cellulaire. Dans celle-ci, le travail se passe dans l'épaisseur et dans la trame même de la membrane, derrière sa surface libre, c'est-à-dire dans sa partie adhérente et celluleuse. Alors le changement organique se fait de dehors en dedans. Le mécanisme de ce changement dépend de diverses sortes de raréfaction de tissus que nous avons établies plus haut; mais l'inflammation en fait naître un tout particulier que nous avons déjà indiqué (§. 290 , n.° 2) , et sur lequel nous aurons plusieurs fois occasion de revenir : c'est le développement des granulations. Nulle part on ne les rencontre plus fréquemment que dans la trame des membranes se-
reuses : leur nombre est ordinairement prodigieux; leur volume v< rié depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un bouton de variole; rarement isolées et discrètes , le plus souvent confluentes , elles donnent à la membrane une densité et une épaisseur remarquables. Ce n'est pas ici le lieu de tracer l'histoire complète des granulations et des changemens qu'elles éprouvent ; je dois me borner à les signaler comme cause d'un épaississement des membranes et de leur conversion en tissu cellulaire dense et serré. C'est par suite de cette conversion que la plèvre , le péritoine et les feuillets de l'épiploon acquièrent parfois plusieurs lignes d'épaisseur.
Vaisseauoc sanguins accidentellement développés.
§. 332. Des vaisseaux capillaires sanguins peuvent se former accidentellement. Si de grosses branches artérielles ont paru être le produit d'une formation nouvelle, il est probable qu'elles avaient existé sous la forme de vaisseaux plus lins, qui n'ont fait que se dilater.
Les vaisseaux nouvellement développés se rencontrent dans les fausses membranes, dans le tissu cellulaire accidentellement formé et dans les cicatrices. Leur apparition dans des endroits où on n'en rencontre pas ordinairement, étant un des phénomènes les plus curieux de la physiologie pathologique, mérite un examen approfondi.
§. 333. Ces vaisseaux sont quelquefois très-nonîbreux et susceptibles d'être injectés avec de la matière colorée ; d'autres fois ils sont remplis de sang, et par cela même très-visibles. Leurs parois sont minces, délicates et semblables à celles des vaisseaux de la pie -mère- leurs formes et leur direction sont extrêmement simples : ils ont une marche régulière , très-peu flexueuse, et procèdent ordinairement par faisceaux, à peu près comme les lymphatiques des membres. Je ne crains pas d'avancer qu'à ces caractères on peut reconnaître ces vaisseaux , et distinguer un morceau de tissu cellulaire nouvellement organisé. Dans une membrane de nouvelle formation , d'une assez grande étendue, placée entre le corps de la matrice et l'intestin rectum, j'ai vu les vaisseaux dont il s'agit injectés de sang et ayant la direction et la marche que je viens d'indiquer; je les ai fait dessiner grossis au microscope. 1
§. 334. Ce n'est pas seulement dans la lymphe coagulée, formant une couche large et mince, que se développent des vaisseaux sanguins ; mais aussi dans l'épaisseur même d'un caillot cylindrique. C'est ce dont j'ai pu m'assurer avec la plus grande évidence sur l'artère fémorale d'un individu qui avait été liée deux ans auparavant à la partie moyenne de la cuisse , d'après la méthode de Hunter , dans l'opération de l'anévrisme poplité. Cet individu, étant mort d'un anévrisme du cœur, fut examiné à l'amphithéâtre d'anatomie de la Faculté de médecine,
1 Voy. la pi. 6, fig. 2.
dans le mois de Décembre 1821 : on trouva le sac anévrismal réduit au volume dune prune; les artères articulaires du genou étaient aussi grosses que l'artère radiale ; une artère cachée dans l'épaisseur du nerf sciatique, avait à peu près le même volume; des branches des artères circonflexes externes et internes formaient des anastomoses nombreuses avec les rameaux des articulaires. Le tronc de la fémorale n'était pas oblitéré et changé en ligament; mais il renfermait un long caillot, qui lui-même contenait une artère du calibre de la stylo-mastoïdienne. Cette artère, qui était injectée, comme toutes les autres, de matière résineuse rouge, descendait dans le caillot, dans la longueur de deux pouces , sans fournir aucun rameau collatéral.
§. 335. On a pu se convaincre que la formation de ces nouveaux vaisseaux est quelquefois trèsprompte. Un morceau d'intestin étranglé , et qui n'offrait, après l'incision du sac herniaire, que peu de vaisseaux sanguins , fut examiné de nouveau par Everard Home, après la mort de l'individu, arrivée vingt -neuf heures après l'opération. On trouva à cette seconde inspection la partie de l'intestin qui avait été étranglée , profondément enflammée , tapissée dans plusieurs endroits d'une couche de lymphe coagulée ; lorsqu'on eut injecté cette même portion avec une matière très-fine, on découvrit deux petits vaisseaux sanguins, dans lesquels cette matière avait pénétré.
Cette observation prouve que ces vaisseaux nouvellement formés étaient continus avec les vais-
5ûO LIVRE I.
seaux primitifs, et s'accorde avec celles de MonRO et Soemmering, que j'ai vérifiées moi-même plusieurs fois.
§. 336. Toutefois ces vaisseaux se développent aussi indépendamment de l'action des vaisseaux préexistans , et par la seule force de la vie , dans la masse coagulée; les taches sanguines observées au centre de la lymphe plastique , phénomène qui rappelle celui qui a lieu dans l'œuf incubé ; l'impossibilité de faire pénétrer le mercure dans les vaisseaux de nouvelle formation, en l'injectant dans les vaisseaux primitifs * ; ces faits, dis-je, ne démontrent-ils pas que les premiers sont le produit d'une génération spontanée , d'une véritable épigénèse ?
§. 337. Suivant LaEi\nec 2, on observe les phases suivantes dans l'organisation des vaisseaux sanguins dans les fausses membranes. Les rudimens de ces vaisseaux se présentent d'abord sous la forme d'une traînée de sang plus volumineuse que les vaisseaux qui doivent lui succéder. Le sang semble avoir pénétré dans le tissu de la fausse membrane, comme s'il y eût été poussé par une forte injection : cependant, en examinant les points de la membrane sur laquelle la couche de lymphe coagulable s'est déposée , on ne découvre aucune déchirure , ni aucun orifice de vaisseau , mais seulement des taches de sang. « Bientôt, continue M. Laennec, les traî-
i Gendrin , Histoire anatomique des inflammations} t. a; §. i335, p. 3gi.
2 Auscultation médiate-, t. i,p. 337-
ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 3oi
« nées de sang prennent une forme cylindrique, K et se ramifient à la manière des vaisseaux san- « guins -y mais en conservant toujours un diamètre (< considérable. Si on les examine à cette époque, « on trouve que ces vaisseaux, très -rouges, préce sentent une couche extérieure molle , et formée « de sang à peine concrète , à laquelle ils doivent « leur couleur. Après avoir incisé cette couche, « on en retire une sorte de moule ou de faisceau « arrondi, blanchâtre, fibrineux, formé évidem- « ment par de la fibrine concrète, et dont le centre « paraît perforé et perméable au sang. Quelque « petit que soit le canal, c'est ce faisceau fibrineux (( qui doit, en s'amincissant , former les tuniques « des vaisseaux sanguins. )}
Je n'ai pu, jusqu'ici , vérifier les observations délicates de Laennec; il me semble même qu'il esfc bien difficile d'y parvenir, tant les objets sont déliés et peu perceptibles. Les auteurs qui les premiers ont parlé de vaisseaux nouvellement développés, Hupster, MorsRO et Soemmering, ne parlent point de ce mode d'origine. Voici au reste comme Hunter et Éverard Home l'expliquent. Il y a, disent-ils, i.° formation de petites ampoules, ne contenant que des fluides incolores , ou même gazeux dans le principe ; i? réunion de ces ampoules et production d'un réseau vasculaire encore dépourvu de sang; 5.° abouchement entre les vaisseaux développés et ceux de la membrane enflammée, et conséquemment abord du sang dans les premiers.
§. 338. Béclarb est de l'opinion des physiolo-
ÙOI LIVRE I.
gistes anglais. (( On peut , suivant lui , en piquant au « hasard dans une adhérence récente, avec un tube « rempli de mercure, injecter des canaux rameux, « dont la partie la plus large répond au centre de « l'adhérence, et dont les rameaux, dirigés en deux (t sens opposés, comme ceux de la veine porte, « s'avancent vers les surfaces séreuses , sans arriver « toujours jusqu'à ces surfaces, et sans que celles-ci « fournissent des villosités bien marquées. 1 ? Dans un autre endroit2, le même anatomiste répète que les vaisseaux nouveaux se forment comme dans l'embryon • que la masse dans laquelle ils apparaissent, consistant le plus souvent en un liquide coagulé, présente primitivement des vésicules isolées, qui, par leur réunion, forment des trajets ou canaux creusés dans cette substance , et sans parois distinctes et propres- que ces vaisseaux communiquent ensuite avec ceux des organes environnans ; qu'ils restent quelquefois plus ou moins long-temps ou même toujours différens des vaisseaux naturels et primitifs; mais que dans beaucoup de cas ils acquièrent avec le temps une texture tout-à-fait semblable. §. 839. M. Gendrin 3 pense que les vaisseaux nouveaux se développent par l'action des vaisseaux primitifs. « Le sang , dit-il, est excrété par des capillaires f{ voisins, ouverts dans le tissu mou et fibrineux, « déposé dans la partie malade; ce sang se concrète,
i Béclard, Anatomie générale; p. 193.
2 Même ouvrage; p. 33 1.
3 Hist. anat. des inflamm. ; t. 2, §. i3o3 et 1871.
ATNATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 5o5
<; etlïmpulsion vaseulaire continuant à tergo, de (< nouveau sang est poussé dans son milieu et le « creuse. Ainsi se prolonge le petit rudiment vas- K culaire en strie irrégulière , flexueuse et inégale ; tc cette strie, si elle en rencontre une autre semcc blable, s'y unit; sinon, elle continue à se pro- « longer dans la partie la moins résistante de la « matière fibrineuse. Cette impulsion à tergo ne « vient pourtant pas uniquement du cœur et des « artères; mais il est probable quelle est aussi pro- « duite dans les radicules veineuses par l'action « péristaltique des capillaires absorbans. J>
Au reste, M. Gendrin croit, comme LaEiNkec^ que la formation du vaisseau nouveau consiste en ce que le petit caillot est perforé et que du sang liquide y pénètre.
J'ai déjà rapporté plus haut (§§. 5oi et 3o2), les idées et les observations de MM. Grctthuisen et Kalte>brunner sur la formation de nouveaux vaisseaux par l'acte même de l'inflammation.
§. 340. Enfin, d'après les expériences de Brande *, on sait que l'air renfermé dans le sang a la plus grande part à la formation des vaisseaux sanguins. Déjà nous avons constaté dans un des précédens chapitres la présence de l'air dans le sang. On sait que c'est du gaz acide carbonique , que sa quantité est égale dans les deux espèces de sang, artériel et veineux, qu'elle est évaluée a un pouce cube par
i Philos, transact., année 18185 p. 172 et i85. — MeckePs éhutsches Archiv fur die Physiologie ; oter Band, S. 36g.
5o4 LIVRE I.
once de sang, qu'on peut séparer ce gaz à l'aide de la machine pneumatique , qu'il sort avec une espèce de bouillonnement et fait monter le mercure dans le baromètre adapté à la machine. Or, on a remarqué que , lors de la coagulation du sang , il s'en échappe une grande quantité de gaz acide earbonique : cette coagulation , observée sous le microscope, a fait voir que le gaz, en s'échappant dans toutes les directions, formait un réseau dont les branches s'anastomosaient de différentes manières entre elles, et que le réseau conservait même sa forme après la dessiccation. Il a été en outre constaté que c'est le gaz qui forme ces conduits dans le sang coagulé; car, si on en prive le sang au moyen de la machine pneumatique , le phénomène n'a plus lieu. Éverard Home est même parvenu a injecter avec une matière extraordinairement fine les vaisseaux qui s'étaient développés dans le coagulum immédiatement après l'extraction du sang de la veine.
Si la formation de nouveaux vaisseaux a lieu même dans le coagulum du sang extrait du corps, mais conservant encore de la chaleur et quelque chose de sa vitalité, à plus forte raison doit -elle avoir lieu pendant la vie; or, c'est ce que démontrent encore les expériences instituées sur un lapin, sur lequel on avait déterminé une hémorrhagie d'un petit rameau de l'artère mésentérique ; après vingtquatre heures, le coagulum qui s'était formé sur l'ouverture du vaisseau a pu être injecté avec de la matière fine. Ces deux caillots de sang injectés l'un dans le corps et l'autre hors du corps , se trou-
ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 3o5
tent dans les cabinets de Hunter et du Collège of Surgeons at Lincoln's-Junfields. Au reste, la formation de vaisseaux dans le sang coagulé au moyen des bulles de gaz acide carbonique qui le traversent dans toutes les directions, s'accorde parfaitement avec les observations sur la formation des plantes au moyen de petites bulles d'air. Celles-ci se manifestent au-dessous d'un bouton de substance mucilagineuse; elles le poussent, le prolongent et en font au même instant un filament. Ces observations ont été faites en Angleterre par Bauer, sur des blés germes, et au moyen du microscope.
Tissu membraneux accidentellement développé.
§. 341. Les fausses membranes, dont nous avons étudié l'origine, se développent accidentellement dans plusieurs endroits du corps. Le plus souvent elles prennent tous les caractères des membranes séreuses, et on les trouve tendues en manière de ponts entre différens viscères des cavités splanchniques. Organisées et pourvues de vaisseaux sanguins, elles finissent par faire partie intégrante du corps animal, acquièrent des propriétés vitales et deviennent sujettes aux maladies propres aux tissus auxquels elles appartiennent. C'est du moins l'avis de plusieurs anatomistes , notamment de Lae^nec1
i Auscultation médiate 3 t. i , p. 333.
5o6 LIVRE i.
et de M. Gendrin *, qui pensent qu'elles sont susceptibles de devenir le siège de l'inflammation et de ses terminaisons, telles qu'exsudation de sérosité , de lymphe coagulable, ainsi que de différentes espèces de transformations. On pense, enfin, qu'elles peuvent disparaître. 2
§. 342. Indépendamment des membranes qui se développent entre les différens viscères et qui les lient les uns aux autres, il faut rapporter au tissu membraneux accidentel les productions des kystes séreux, synoviaux, mélicériques , athêromateux , stéatomaleux, et la formation du tissu pyogénlque.
Les kystes sont des sacs sans ouverture, qui naissent au milieu des organes : ils ont deux surfaces ; l'une externe , celluleuse , par laquelle ils adhèrent aux parties voisines ; l'autre, interne et lisse, est en contact avec la matière que le kyste renferme.
§. 343. Les kystes séreux ou hydatiques, absolument différens des taenias hydatoïdes , sont formés d'une poche très-analogue aux membranes séreuses , et se développent fréquemment dans toutes les parties du corps. On les a trouvés dans le cerveau et ses membranes , par exemple , dans le plexus choroïde, aux paupières, dans les cavités orbitaires , dans les alvéoles , au cou, dans les mamelles, dans la cavité pectorale , dans l'épaisseur du péricarde et du médiastin , dans le cœur lui-même , entre le péritoine et les muscles abdominaux , dans les ovaires,
i Hist. anat. des inflamm.; t. i , §. 129 5 t. 2, §. i553. 2 Même ouvrage-, §. j 5^3 et 1 57 4-
ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 3oy
où ils sont très-fréquens , dans les trompes de Fallope , dans la matrice , le foie, le pancréas, les reins , les testicules, le tissu cellulaire du cordon spermatique. Le poumon de l'homme est l'organe où ils se développent le plus rarement; mais on les rencontre dans celui de certains animaux, et particulièrement dans celui du bœuf et du mouton.
§. 344. Les ganglions ou kystes synoviaux, contiennent un liquide filant , limpide comme la synovie ; ils se forment autour des articulations de la main, du pied, quelquefois du genou et le long de la gaine des tendons. Ils ne sont pas le résultat de l'extension et du déplacement de la membrane synoviale articulaire qui aurait cédé dans un point; ce sont des poches à. parois denses et fibreuses à l'extérieur, séreuses à l'intérieur, développées dans le tissu cellulaire qui enveloppe les membranes synoviales des tendons.
D'autres fois pourtant ils résultent de l'accumulation de la synovie dans les gaines membraneuses elles-mêmes, et méritent alors le nom d'hydropisies; des membranes synoviales non - articulaires. Leur volume varie depuis celui d'une noisette jusqu'à celui d'un œuf de poule. Leur développement est ordinairement très -lent; ils peuvent rester stationmires pendant un grand nombre d'années.
Des membranes synoviales articulaires peuvent se développer accidentellement. Dans les fausses articulations, le tissu cellulaire forme autour d'elles une sorte de capsule membraneuse dans laquelle est contenu un fluide séreux plus ou moins abon-
5o8 LIVRE I.
dant. Des expériences faites par Chausster sur des chiens , ont établi d'une manière évidente ce point d'anatomie pathologique. Ayant réséqué la tête du fémur, il observa, quelque temps après cette opération , que l'extrémité de l'os s'était arrondie en forme de tête, qu'elle s'était encroûtée d'une substance cartiiaginiforme 1:. Ces observations sont d'acord avec celles de Bichat, de Laennec, de MM. Cruveilhter et Breschet.
§. 345. Les kystes méliceriques , atheromateux et stèatomateux , ne diffèrent les uns des autres que par la consistance de la matière qu'ils contiennent. Dans le mélicéris, cette matière ressemble à du miel ; dans Tathérome, à de la bouillie; et dans le stéatome, à du suif. Cette dernière, analysée par M. Thénard, a donné les résultats suivans : cent parties soumises à la dessiccation, se sont réduites à quarante; dans ces quarante, il y avait seize parties d'albumine et vingt -quatre d'adipocire, mais qui ne cristallisait point comme celui des calculs biliaires de l'homme.
Ces trois espèces de tumeurs enkystées peuvent naître sur toutes les parties et dans leur tissu même , excepté dans celui des cartilages.
§. 346. Outre ces tumeurs , on a décrit des kystes renfermant des matières huileuses , muqueuses , et parfois une substance noirâtre , ressemblant à du chocolat; d'autres fois, du sang pur, ou de petits corps blancs qu'on a cru organisés , mais qui ne sont que de la matière albumineuse concrète, ou
1 Bulletin de la société médicale d'émulation j Avril, i8ai-
de la graisse en paillettes, et formés de cholestérine.
§. 347. Quant à la structure de ces kystes, on a trouvé qu'ils ont tous la plus grande analogie avec les membranes séreuses ; mais on n'est pas d'accord sur le mode de leur formation. Haller et Louis pensaient qu'ils étaient le résultat de l'adhérence des lames du tissu cellulaire, écartées et appliquées les unes contre les autres par la. pression du liquide contenu. Ils se fondaient sur l'analogie de ces kystes avec les poches qui se forment autour des corps étrangers, par exemple, autour des balles,
A la vérité, il est des cas où le fluide préexiste à la formation du kyste qui le renferme. C'est ainsi que le sang épanché dans la pulpe du cerveau se* creuse une cavité, laquelle est bientôt tapissée par une membrane fine , qui devient un véritable kyste. Mais dans ce cas même il répugne d'admettre que ce kyste soit dû à la seule pression qu'aurait exercée le sang épanché; car cette membrane est d'une texture toute particulière, et chargée de quelques fonctions, comme nous le verrons par la suite. Les causes mécaniques peuvent tout au plus être invoquées pour expliquer les kystes qui se forment à l'extérieur et autour des articulations. M. Villermé, qui a fait des recherches sur le développement accidentel des capsules ou membranes synoviales 1, s'est assuré que les mouvemens et les glissemens fréquens entre deux parties suffisent dans beaucoup de cas pour déter-
i Bulletin de la société médicale d'émulation, Avril,. 1821,
3lO LIVRE I.
miner la formation d'une poche synoviale. Une observation qui vient à l'appui de cette opinion, c'est que les capsules synoviales vésiculaires des tendons ne sont pas aussi nombreuses chez l'enfant qui vient au monde, quelles le sont à dix ans; à ce dernier âge elles le sont moins qu'à trente : de plus , il n'est pas rare de rencontrer sur les cadavres des portefaix, des capsules synoviales entre la peau et l'acromion; on en trouve sur les individus affectés de torsion congénitale des pieds , à la partie du membre sur laquelle porte le poids du corps *, sur la courbure angulaire de l'épine, entre l'apophyse épineuse et la peau(BRODiE). J'ai rencontré moi - même plusieurs fois, sur le moignon des membres amputés, des capsules synoviales placées entre la peau et l'os , et qui étaient en tout semblables à celles qu'on remarque à l'olécrâne et à la rotule.
§. 348. Toutefois il est impossible d'admettre pour les autres kystes placés aux parties externes, et encore moins pour ceux situés à l'intérieur, ce mode d'origine; aussi Bichat a-t-il renversé cette doctrine, en se fondant, i.° sur l'analogie qu'ont les kystes avec les membranes séreuses naturelles ; 2.° sur l'activité qui domine dans ces poches , et par laquelle elles deviennent les organes sécréteurs de la matière qu'elles renferment. Les kystes se développent donc , comme tous les organes nouveaux, par l'activité
i Colles, Dublin hospital reports $ vol. 1 , p. 1 84- — MeckeVs deutsches Archiv fur die Physiologie; 6ter Bandr, 3tes Heftx S. 3 2 6.
ANAT0MIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 31 ï
augmentée de la force formatrice; aussi les voiton se former préférablement dans les parties qui abondent en tissu cellulaire vasculeux, où la force plastique est plus énergique, et dans celles où l'organisation primitive a déjà quelque chose de la nature hydatoïde , par exemple , dans les ovaires.
§. 349. Le docteur Adams a soutenu , sur l'origine des tumeurs enkystées, une opinion que nous le verrons reproduire sur le cancer. Il pense que ces tumeurs sont des hydatides animées , et fonde cette opinion sur ce que ces tumeurs n'ont point de vaisseaux, qu'elles ne sont pas susceptibles de suppurer, et qu'il faut les extirper entièrement pour en obtenir la guérison.
Cependant il est prouvé que la membrane qui forme le kyste, organisée comme les membranes séreuses, reçoit comme elles des vaisseaux , et qu'elle est susceptible de s'enflammer et de se couvrir de granulations. La théorie d' Adams est d'ailleurs réfutée par la diathèse générale qui produit les tumeurs enkystées , et par les maladies que leur extirpation traîne quelquefois à sa suite.
§. 350. Béclard professe sur l'origine des loupes sous - cutanées une autre opinion. Selon lui , le mélicéris, l'athérome et le stéatome, qui se développent dans le tissu cellulaire sous -cutané, et qui ne diffèrent que par la consistance de la matière qu'ils renferment , situés d'abord dans l'épaisseur de la peau, n'étaient dans le principe que des follicules cutanés contenant une matière sébacée. Lorsque cette matière est peu abondante, elle produit des tumeurs parti-
culières, auxquelles on donne le nom de tannes. Si, au contraire, il s'en accumule en quantité plus grande, les tumeurs qui en résultent s'éloignent de plus en plus des tégumens, auxquels elles tiennent pourtant encore, dans le plus grand nombre des cas, par un filament creux, qui est le goulot du follicule alongé par la distention. 1
§. 351. Les tumeurs enkystées sont sujettes à divers changemens : i.° elles augmentent de volume; 2.0 elles donnent naissance à des fongosités lorsqu'elles s'ouvrent spontanément; 3.° la matière qu'elles renferment se renouvelle quand on lui a donné issue par une petite ouverture. Ces changemens ne doivent pas étonner , si l'on fait attention que les lames séreuses accidentelles jouissent de toutes les propriétés du tissu séreux naturel ; qu'elles sont, comme lui, susceptibles d'exhalation et d'absorption, et que chez les hydropiques on trouve souvent une assez grande quantité de sérosité épanchée entre elles. Laennec2 croit même qu'elles s'enflamment quelquefois , et que leur surface se recouvre alors de fausses membranes, toutà-fait semblables à celles qui leur ont donné naissance.
§. 352. J'ai établi, dans la classification des tissus accidentellement développés , un tissu pyogénique. Ce tissu, découvert par Hunter, admis par MM. Du-
i Béclard, Additions à l'Anatomie gén. de Bichàt; p. 287 et 288. — Anatomie générale; p. 200.
2 Auscultation médiate-, t. 1, p. 33g.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 3l3
puytren et Béclard J et par d'autres anatomistes , se présente sous la forme d'une membrane molle, fongueuse ettrès-vasculeuse. On voit cette membrane dans l'intérieur des abcès, sur la surface des plaies suppurantes et dans le trajet des ulcères fistuleux. De ses deux surfaces, l'une, libre, est continuellement humide et comme veloutée, excepté aux endroits où elle devient calleuse. Suivant M. Yillermé2, elle est fréquemment bosselée ou mamelonnée; sa couleur est rosée et plus ou moins vermeille quand la fistule est récente. Elle acquiert, avec le temps, une surface égale, et prend peu à peu une couleur pâle, qu'on peut comparer à celle de la surface interne des conduits excréteurs.
La surface externe adhère aux parties sous-jacentes. Quelquefois cette adhérence est si intime, qu'il n'est pas possible de détacher le tissu nouvellement organisé, et de le présenter sous forme de membrane. D autres fois , au contraire , il y a nonseulement une membrane nouvelle, mais celle-ci est parfaitement distincte des parties voisines , auxquelles elle est unie d'une manière lâche , par l'intermède d'un tissu lamineux, formant autour d'elle une espèce de gaine.
Quant à son organisation , le tissu pyogénique est mou , fongueux , sans fibres apparentes , trèsvasculeux, comme le prouvent l'injection et les hé-
1 Anat. génér. , §. 26g.
2 Journ. de méd., chir., pharm., par Lebofx ; Juillet t Si 5 J
vol. 33 , p. 247.
3l4 LIVRE I.
morrhagies que détermine le plus léger attouchement. On ne trouve dans sa composition ni nerfs ni glandes muqueuses : sous ce dernier rapport on pourrait trouver une dissemblance entre ce tissu et les membranes muqueuses , auxquelles je l'ai comparé ; mais je ferai remarquer que parmi ces dernières il en est qui ne contiennent jamais de follicules , par exemple la membrane interne de la vessie urinaire, celle qui tapisse les sinus frontaux, sphénoïdaux , maxillaires , etc.
§. 353. Il paraît que le tissu pyogénique est du à l'ensemble des bourgeons charnus qui résultent du développement de la trame cellulo-vasculaire des parties , par suite d'un travail inflammatoire. Une fois formé, ce tissu, très-analogue au tissu muqueux, en partage les propriétés vitales et les fonctions. Il sécrète une matière appelée pus, sur l'origine, la nature et la composition chimique de laquelle il a régné beaucoup d'incertitude.
Quesnay, De Haen et Sauvages croyaient que le pus préexistait dans le sang. Hippocrate et Galien avaient eu des idées plus saines sur la formation de cette humeur : ils la fusaient dépendre d'un travail de coction dans l'endroit malade. On voit que de cette opinion à celle qui est aujourd'hui généralement admise, il n'y avait qu'un pas a faire. Substituez le mot sécrétion à celui de coction, vous aurez l'opinion actuelle. La partie qui fournit le pus, n'est-elle pas en effet un organe sécréteur? N'élabore-t-elle pas une humeur sui generis ? Ne se comporte-t-elle pas physiologiquement comme les organes sécréteurs
aKatomie pathologique générale. 5i5
naturels? L'action de certains médicamens énergiques , un changement subit de température , l'inflammation , les passions de l'ame , en un mot , tous les agens mécaniques, chimiques, vitaux, etc., n'influent -ils pas sur la suppuration, comme ils influent sur les autres sécrétions ? Un spasme ne fait -il pas rentrer dans le sang la matière purulente comme il y fait rentrer la bile ? Enfin , le tissu membraneux qui sécrète le pus, n'a -t- il pas sa structure propre ?
J'ai répété plusieurs fois que, sous le rapport de son aspect , de sa composition et de sa texture, il y avait de l'analogie entre le tissu pyogénique et les membranes muqueuses : la facilité avec laquelle ces dernières se chargent de la sécrétion du pus, confirme cette analogie. Une bougie introduite dans le canal de l'urètre , détermine cette sécrétion dans l'espace de quelques heures.
§. 354. Ainsi, suivant mon opinion, le pus est sécrété d un coté, par un tissu accidentellement développé , et d'un autre côté par les tissus naturels tels que les membranes muqueuses, séreuses, fibreuses , les lames du tissu cellulaire , etc. Toutefois , pour que ces dernières puissent opérer la sécrétion du pus, il faut que leur organisation et leurs propriétés vitales aient été préalablement modifiées. Les membranes muqueuses seules n'ont pas de changement à subir , parce que leur structure est presque la même que celle du tissu pyogénique ; mais les séreuses , les fibreuses , etc. , sont nécessairement modifiées • aussi les trouve-t-on constamment rare-
fiées, molles, veloutées, fongueuses et plus vasculeuses; leur tissu cellulaire sous-séreux plus abreuvé, comme on peut s'en convaincre lorsqu'une collection de pus est en contact avec ces membranes et dans les cas d'infiltration de pus dans les aréoles du tissu cellulaire. Or le travail vital qui opère ces changemens, n'est autre que cette modification de l'inilammation que j'ai désignée sous le nom d'Ajperphlogose.
§ 355. Je n'ignore pas que les physiologistes qui ont expérimenté sur les animaux vivans, pour observer le commencement de la suppuration , ont vu au milieu du tissu enflammé les élémens du pus , sous forme de petits corpuscules , se creuser de petits canaux , et y osciller assez librement ; qu'ils ont constaté le développement de plusieurs canaux, les uns près des autres, leur entrelacement en un réseau commun, où ces corpuscules se meuvent dans toutes les directions % et se changent en véritables grains de pus ; qu'ils se sont assurés qu'une partie du parenchyme se consumait en entretenant la sécrétion du pus, et qu'ils ont par conséquent découvert l'origine de cette matière à une époque antérieure à celle qui aurait préparé un tissu spécialement consacré à sa formation1. Je n'ignore pas non plus qu'on a conclu d'autres expériences physiologiques, que le sang, et notamment sa substance coagulable, avait une grande part à la formation du pus y que celui - ci était une simple conversion ou
i Kaltekbrukïver, 1. c. , page 399 à 4°3-
ANAT0MIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. Slf
une altération en quelque sorte chimique du premier 1 , et qu'il n'y avait qu'un degré du fluide purulent au fluide coagulable et susceptible de s'organiser2. Mais peut- on assimiler au pus véritable ces faibles rudimens, ces corpuscules blancs, qu'a peine on découvre à la loupe dans les tissus enflammés? D'un autre côté, na-t-on pas, de l'aveu même des expérimentateurs, appliqué aux parties déjà attaquées dune phlogose modérée, des irritans mécaniques, tels qu'un séton, des grains de plomb, du mercure, pour en obtenir du véritable pus3? Ne s'est- on pas assuré qu'une artère déjà un peu enflammée , et sécrétant de la lymphe plastique , ne fournissait de la matière purulente qu'après avoir été plus violemment irritée 4 ? Or c'est précisément ce que j'établis, en admettant le dernier degré d'inflammation, ou lhyperphlogose et la modification particulière du tissu enflammé qui en résulte, comme conditions nécessaires de la formation du pus. Si j'osais anticiper sur les chapitres suivans, je citerais en faveur de mon opinion des cas de vaisseaux sanguins en état de suppuration : je montrerais la tunique interne des artères devenue spongieuse , épaisse , érodée^, celle des veines offrant un aspect tomenteux ou villeux 6. Je conçois , au reste , que le pus ,
i Gendrin, 1. c. , §§. 1460 et Hf6i.
2 Idem, §§. 14 4? ; i4^3.
3 Ibidem.
4 Idem , §. 1448.
5 Idem j §. 938, p. 21.
6 Idem, §. 940, p. 23.
une fois formé, se mêle aux humeurs stagnantes, telles que le sang ou la lymphe coagulable, aux débris même des tissus , et qu'il les convertisse à ia longue en une matière assez homogène, comme on le voit dans les abcès suites de phlegmons.
§. 356. Disons un mot de la nature et de la composition du pus , bien que ce sujet appartienne plus particulièrement à la chimie animale.
Humeur onctueuse , homogène , plus pesante que l'eau ; d'un blanc jaunâtre , de la consistance de miel liquide, d'une saveur douce, sans odeur quand elle est refroidie ; formée, quand on l'examine au microscope , d'une immense quantité de globules égaux du volume d'un trois-centième de millimètre 1 ; le pus a, suivant Brugmans, une grande analogie avec la gélatine. Jordan2 l'a trouvé composé d'eau, de matière fibreuse, de mucus, d'albumine, de muriate de soude, de soude, et de phosphate de chaux. Cruikshank.5 lui attribue du fer, ce qu'avait déjà reconnu G H. Salmuth 4. Schwilgué, qui a analysé le pus dans les abcès du parenchyme des divers organes, celui qui est sécrété par les membranes muqueuses enflammées, l'a trouvé partout identique, et ayant la plus grande analogie avec le sérum
i Note de M. Dumas, insérée dans les Recherches microscopiques sur la structure intime des tissus organiques des animaux, par M. Milne Edwards , Répert. génér. d'anat. et de physiol. patholog.} t. 3, i ."trimestre , p. 29.
2 Disq. chini. regn. an. et veg. elem. Gœlting., 1799, p. ^o.
3 Chimie de Thomson, vol. 9, p. 345.
4 Diss. de diagn. puris. Gœtting., i;83.
ANATOMiE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 3ig
du sang; il a constaté que la seule différence entre ces deux humeurs paraissait résider dans l'état de concrétion de l'albumine et dans une modification de la matière extractive. Suivant Pearson l , le pus offre quatre modifications , qui sont : i.° le pus homogène et semblable à de la crème ; i? le pus hétérogène et coagulé ; 3.° le pus ténu et séreux; 4-° le pus épais et muqueux. Ces quatre espèces de pus sont susceptibles de se coaguler à une chaleur de i65° de F.; elles contiennent, dans des proportions variées , 1 .° du muriate de soude ; 2.0 des phosphates de chaux et de potasse; 3.° des traces évidentes de carbonate et de sulfate de chaux.
§. 357. M. Gendrin2 affirme également que le pus varie suivant le tissu qui le sécrète et suivant les conditions sous lesquelles il est élaboré. D'abord le pus louable est composé d'albumine soluble en petite quantité, et d'albumine unie à la fibrine : le mélange de ces deux substances se précipite de l'eau sous forme d'une matière pulvérulente ; mais il se dissout de nouveau par les alkalis, et fournit, soit par l'évaporation, soit par les réactifs, un précipité gélatiniforme, qui est une combinaison d'albumine dissoute, d'eau et de fibrine pure. Le pus des inflammations chroniques est plus liquide, d'une homogénéité moins parfaite, et se sépare quelquefois en deux parties; l'une tout -à -fait séreuse, l'autre
1 Phil. transact., 1810, vol. 2, p. 294 à 317. — MeckeVs deutsch. Arch. fur die Phys.j it&r B. , .£. 5o2.
§20 LIVRE t.
crémeuse1. Celui des caries contient une plus grande quantité de phosphate et de muriate de chaux • celui des ulcères scrophuleux, beaucoup plus de soude et de muriate de soude ; celui des goutteux , un excès de carbonate, de phosphate, peut-être même durate de chaux 2. Le pus sanieux des ulcères renferme plus de sel et d'albumine en dissolution : il se décompose spontanément en une partie liquide et diaphane , et en une partie opaque et coagulable : la première devient trouble par l'addition d'un acide 3. Le pus des ulcères atteints de la pourriture d'hôpital, quoique trouble, épais et fétide, ne renferme pas , suivant Cruirshank, d'autres élémens que le pus des plaies ; mais son odeur fétide , augmentée par l'alkool , est détruite par des réactifs chimiques, tels que l'acide nitrique, le chlore, etc. 4
Le microscope fait voir aussi quelques différences dans le pus , suivant qu'il est dans un état parfait ou imparfait. Le premier offre, comme je l'ai dit, une multitude de globules arrondis , vésiculeux , un peu déprimés comme ceux du sang , mais évidemment plus volumineux et dun jaune opaque. Lorsqu'ils ne sont que peu opaques et d'un jaune grisâtre , ils appartiennent à une matière en quelque sorte demi- purulente5. Mais on ne saurait découvrir aucune qualité physique particulière dans le pus vi-
i Hist. anat. des inflamm. j §. 1 4^5. a Ibid. , §. 1 47 * •
3 ibid.,i .474.
4 ibid., §. i475.
5 Idid. , §. i 47 a.
AÎSATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 521
rulent : celui des ulcères syphilitiques ressemble parfaitement au pus louable ; la matière de la variole et celle de la vaccine se ressemblent dans leurs différentes périodes l -, ce qui prouve que les qualités délétères de ces liquides échappent à tous nos moyens d'investigation, et résident dans une puissance dynamique plutôt que dans une certaine combinaison des particules élémentaires qui les composent.
§. 358. Au reste, le pus louable, loin d'être une humeur nuisible, doit être considéré comme une espèce de baume naturel qui favorise le développement des bourgeons charnus et celui des nouveaux vaisseaux. Personne n'a fait à ce sujet des recherches plus intéressantes que E. Home 2. Ce célèbre physiologiste a soigneusement observé les changemens qui se passaient dans un ulcère de la jambe : il se servait d'une loupe qui grossissait huit fois les objets. Il vit que les bourgeons charnus étaient formés i.° d'une masse de vaisseaux capillaires diversement contournés ; 2.° de petites sinuosités renfermant du pus. L'ulcère, observé pendant dix minutes , offrait en premier lieu une pellicule extrêmement mince et transparente, sous laquelle se dégageaient des bulles de gaz, puis des canaux ayant une direction horizontale et renfermant du sang. Les tuniques de ceux-ci étaient si tendres et si déli-
i Hist. anat. des inflamm.; §. 1 47^.
2 Phil. transact., 1819, p. 1 à 11. — MeckeVs deut. Arch, fur die Phys.-} 5ter Band, S. 38o.
cates, qu'elles se rompirent par le seul mouvement imprimé au pied. Ces canaux s'anastomosaient entre eux et affectaient diverses directions : ceux qui s'étaient développés les premiers, étaient changés le jour suivant en véritables vaisseaux. Bientôt ces nouveaux vaisseaux ont tant de solidité qu'en passant sous eux une aiguille on peut les soulever sans rompre leurs parois. La formation de toutes ces parties est due , suivant Home , à la coagulation du pus et au développement du gaz acide carbonique; car, dès qu'il essuyait la matière puriforme, ces phénomènes n'étaient plus produits. Lorsqu'au contraire il employait des substances propres à faire coaguler promptement le pus , telles que de l'eau froide, une solution saturée d'ammoniaque, la formation des canaux dans l'humeur purulente était accélérée. Le physiologiste anglais conclut de ces expériences, i.° que les vaisseaux sanguins se développent , pour ainsi dire , sous les yeux de l'expérimentateur j 2.° qu'ils ne sont pas un prolongement des vaisseaux préexistans ; mais qu'ils se forment indépendamment de l'action des parties solides sousjacentes.
§. 359. Lorsque la surface granuleuse a sécrété pendant quelque temps du pus , elle tend à la cicatrisation. Cette tendance est signalée par la diminution d'activité dans les granulations ; la membrane cesse de sécréter du pus, les bourgeons se rapetissent et s'affaissent. Un abcès, une plaie, une membrane suppurante, ne peuvent donc guérir qu'autant que la surface sécrétante change de nature,
c'est-à-dire, qu'autant que l'organe sécréteur est détruit Dans les plaies, les abcès et les ulcères, cette destruction s'opère par la cicatrisation; dans les membranes suppurantes, qu'elles soient séreuses, muqueuses ou fibreuses, la source de la suppuration tarit, parce que ces membranes reviennent à leur première température vitale, ou parce qu'elles se désorganisent et changent de nature.
Tissu spongieux ou érectile accidentellement développé.
§. 360. Ce tissu, formant les fongus hêmatodes , se rapproche de celui de la verge, du clitoris et des grandes lèvres. Il constitue ordinairement une tumeur molle, bleuâtre, plus ou moins saillante et tendue, mais se réduisant à un très -petit volume par la pression. Ces tumeurs sont quelquefois circonscrites; d'autres fois elles envoient au loin des prolongemens dont on ne peut d'avance déterminer l'étendue; rarement elles présentent au centre une fluctuation; et lorsquelle existe, elle dépend d'une accumulation de sang , ou d'une dilatation plus considérable des veines. Elles adhérent intimement à la peau, qui le plus souvent participe à cette transformation.
Quant à sa composition intime, on trouve ce tissu entièrement formé de vaisseaux sanguins, entrelacés de mille manières, comme la substance du placenta;
si on injecte les artères avec précaution, on aperçoit un lacis vasculaire inextricable , sans aucune espèce d'épanchement, et l'on voit la matière revenir par les veines; tandis que l'injection, poussée par celleci, ne parvient pas jusqu'à la tumeur.1
§. 361. Ce genre de tumeur comprend les nœyi materni, les tumeurs sanguines désignées par les noms ftanévrisme par anastomose , Ranévrisme spongieux, télangiectasie. Elles sont congénitales ou accidentelles. Leur siège primitif est la peau ou le tissu cellulaire , le plus souvent le tissu souscutané. J'ai rencontré une seule fois cette maladie dans le parenchyme du foie, et une autre fois j'ai cru la reconnaître dans le développement fongueux du réseau capillaire de la membrane du bassinet du rein. 2
Toutes les constitutions , tous les âges sont sujets à cette transformation; mais elle attaque de préférence les sujets jeunes dont la fibre est un peu lâche. Si l'origine du fongus hématode congénital est couverte d'une profonde obscurité, celle du fongus accidentel n'est guères mieux connue ; les contusions sont loin d'expliquer la naissance d'un organe nouveau.
On sait que lorsque les enfans viennent au monde avec un tissu érectile, souvent les mères prétendent avoir été frappées pendant la grossesse par la vue d'un objet désagréable qui avait fortement ébranlé
i Cruveilhier, 1. c. j t. 2, p. i3a. a Yoy. pL î , fig. 3.
leur imagination. M. Klein 1 de Stutgard rapporte , à ce sujet, l'exemple remarquable d'une femme qui, étant au huitième mois de la gestation, vit son mari extrêmement maltraité , ayant tout le côté gauche du visage bleu par suite de contusions reçues sur cette
iov
partie. Cette femme , très - effrayée , mit au monde un enfant qui avait la même partie de la face couverte d'une excroissance bleue , laquelle n'était autre chose qu'un tissu érectile très-développé , qui s'étendait jusqu'aux paupières et empêchait d'ouvrir l'œil. Je rapporte cet exemple, auquel j'en pourrais ajouter beaucoup d'autres , sans en vouloir tirer aucune conséquence.
§. 362. Le fongus hématode cutané n'est quelquefois, au moment de la naissance, qu'un point, une tache violette; ordinairement ce point se développe , grandit , et acquiert un volume hors de toute proportion avec de si faibles commencemens.
§. 363. Le fongus hématode sous-cutané a quelquefois de profondes racines entre les muscles , sa surface est inégale et bosselée : à une certaine époque on y remarque un sentiment trompeur de fluctuation. Le fongus hématode congénital ou accidentel, cutané ou sous -cutané , se montre plus particulièrement à la face et au cuir chevelu. Quand il a acquis un certain volume , il a l'apparence d'une tumeur molle , circonscrite , à base large , indo-
1 Elias de Siebold, Journ.fiir die Geburlshùlfe ; xsler Th. , 2fe5 St. — Meckel's deut. Jrch.fiir die Ph.-, iter B. , S« 353.
lente , élastique , susceptible d'être comprimée , offrant quelquefois des pulsations distinctes ou un frémissement artériel, pouvant augmenter de volume et entrer en une sorte d'érection ; les veines voisines deviennent variqueuses; la peau, amincie, altérée, finit par s'ulcérer, et une hémorrhagie plus ou moins inquiétante s'établit. Quelquefois cet ulcère se ferme au moyen d'une cicatrice blanche; d'autres fois l'ouverture refermée est remplacée par une espèce de poche, dont l'intérieur, rempli de cellules plus larges que celles de la tumeur principale, se remplit de sang, pour se vider à des époques plus ou moins rapprochées. Enfin, de ces ulcères s'élèvent des fongosités saignantes, sans organisation bien décidée, et qui semblent n'être que du sang solidifié.
§. 864. Le fongus hématode paraît être une maladie purement locale. L'extirpation de la totalité de la tumeur est en effet le seul moyen de guérison ; mais la plus petite portion suffit pour la reproduction de la maladie.
Le fongus hématode où le tissu érectile est entièrement différent au fongus médullaire, avec lequel plusieurs auteurs, surtout les médecins anglais, l'ont confondu. Quoique je ne doive traiter du fongus médullaire que dans le chapitre suivant, je crois néanmoins devoir indiquer ici quelques-uns des traits distinctifs de ces deux affections.
§. 365. Le fongus hématode est le plus souvent congénital ; on ne connaît pas d'exemple de fongus médullaire à cette époque de la vie. La com-
pression, qui est sans effet sur celui-ci, diminue notablement le volume du premier. On aperçoit fréquemment dans le fongus hématode des pulsations ou un frémissement artériel ; il se gonfle chez les femmes à l'approche des règles : rien de semblable n'a lieu dans le fongus médullaire. Le fongus hématode a son siège dans la peau ou le tissu cellulaire sous -cutané; le fongus médullaire attaque tous les tissus et tous les viscères. Le fongus médullaire consiste dans une matière pulpeuse, cérébriforme; le fongus hématode, composé de vaisseaux sanguins, de cellules et de sang, constitue une maladie absolument locale, dont l'ablation totale opère la guérison radicale; le fongus médullaire, au contraire, est une maladie constitutionnelle qui, combattue à l'extérieur, se réfugie presque constamment dans les organes internes, et déjoue tous les efforts de la thérapeutique. x
§. 366. La partie du corps la plus sujette au fongus hématode est la lèvre supérieure, sans doute à cause de la nature spongieuse, vasculaire et jusqu'à un certain point érectile de son tissu. On connaît depuis long - temps ces tumeurs des lèvres décrites par M4RC-Aurèle Sévérin, sous le nom de Airurn et cruentum labii tuberculum ; tumeurs qu'il conseillait d'enlever avec un scalpel rougi au feu. J'ai suivi le développement de cette maladie sur un enfant nouveau né : elle commença
i Maonoiis, sur le fongus hématode et médullaire, p. 12a et 1^4-
par de petites taches rouges à la peau de la lèvre supérieure. Peu à peu ces taches se réunirent en s'étendant ; la lèvre se gonfla et acquit la forme d'une trompe molle et bleuâtre. Cet enfant, après avoir porté cette tumeur pendant quelque temps, fut attaqué d'une diarrhée chronique et colliquative. A mesure que ses forces vitales déclinaient, on voyait la tumeur diminuer de volume, et lorsqu'il succomba, à l'âge de neuf mois, la tumeur labiale avait disparu , parce que la turgescence vitale avait été anéantie. Néanmoins l'endroit malade était remarquable par le tissu spongieux qui s'était développé; mais il ne contenait plus de sang.
M. Boyer rapporte l'exemple très -curieux d'un tissu spongieux qui s'était formé autour de l'artère radiale gauche, et qui, ayant occasioné une tumeur, fut traité d'abord par la potasse caustique, ensuite par l'incision , puis par l'excision , et enfin par l'amputation du bras, la maladie s'étant reproduite après les premières opérations.
§. 367. Quelquefois ce tissu, nouvellement organisé , montre de larges cellules , dans lesquelles le sang s'épanche. Frank ' décrit un kyste particulier, auquel il a donné le nom d'hématome , mais qui n'était autre chose que la maladie dont nous parlons. C'était une tumeur du volume d'un œuf d'oie, froide, indolente, mobile sous la peau, en tout semblable aux tumeurs enkystées, et qu'une jeune fille de neuf
i J. P. Frank, Discursus academicus observ. de hematomate exhibens, Opusc. med, arg.; p. 110. Lips., 1780.
ans portait , depuis trois ans , sous le menton. Cette tumeur ayant été extirpée, on la trouva remplie d'un sang fluide, pur et nullement corrompu. La face interne du kyste était de nature spongieuse; elle offrait des cellules larges qui contenaient le sang dont cette tumeur était remplie. La malade guérit en très-peu de temps. J'ai vu une tumeur semblable sur le dos de la main d'une jeune fille ; mais qui, au lieu de constituer un kyste susceptible d'être extirpé, communiquait avec le plexus veineux dont cette partie du corps est garnie. L'incision et l'excision d'une portion de ces cellules sous -cutanées ayant été pratiquée sans succès , la maladie a été guérie par le moyen d'une compression long-temps continuée.
§. 368. Les recherches de M. Récamier ont constaté l'existence d'un tissu spongieux dans les boutons hémoi rhoïdaux. Ceux-ci ne sont donc pas, comme on l'avait pensé jusqu'alors, des veines hémorrhoïdales dilatées, et le flux hémorrhoïdal ne provient pas de la rupture de veines variqueuses; ce flux n'est que le résultat d'une action vitale et d'une transsudation qui se fait à la surface d'une petite tumeur érectile. Lorsque ces tumeurs, trèsdistendues, viennent à se rompre, on aperçoit le tissu spongieux dont elles sont formées, et non une seule et même cavité dépendante d'une dilatation veineuse.
Puisque ces boutons hémorrhoïdaux sont des tumeur* sui generis, il s'ensuit qu'ils ne sont point en rapport direct avec les rameaux de la veine
porte, ni avec ceux de la veine cave inférieure; mais bien plutôt avec le système artériel. En effet , dans le tissu érectile en général une matière injectée par les artères pénètre, comme nous l'avons dit plus haut, dans ce tissu : aussi a-t-on observé des hémorrhagies mortelles par la rupture d'une hémorrhoide.
Au reste, les hémorrhoïdes formées par un tissu spongieux sont les seules tumeurs de ce genre susceptibles de dégénérer ; continuellement irritées par le passage des matières fécales, elles deviennent quelquefois cancéreuses. 1
ly issu fibreux accidentellement développé.
§. 369. Le tissu fibreux nouvellement organisé se distingue par sa densité, sa blancheur, sa résistance et son peu d'extensibilité.
i.° Les artères sont, de toutes les parties du corps, celles qui. sont le plus sujettes à la transformation fibreuse ; elle s'observe dans tous les cas de guérison des plaies artérielles et des anévrismes. L'oblitération d'une artère n'est autre chose que sa transformation en tissu fibreux.
L'expérience a démontré que les plaies des artères ne guérissent jamais par une adhésion solide ; l'hémorrhagie peut bien être arrêtée par un caillot,
i Crtjveilhier ; t. 2, p. 148.
jamais par une réunion immédiate des lèvres de la plaie. C'est ainsi qu'on a trouvé, au bout de seize ans , ces lèvres écartées. La nature abandonnée à elle-même ayant opéré souvent des guérisons de plaies artérielles et d'anévrismes , et toujours en déterminant l'oblitération des artères , les moyens employés par l'art dans le traitement de ces maladies, la compression et la ligature , n'ont d'autre but que de favoriser cette oblitération.
J. L. Petit et Foubert avaient pensé que les plaies des artères se guérissaient par la formation d'un caillot : l'observation n'a point sanctionné cette doctrine; elle a prouvé que le caillot était tout au plus un moyen provisoire de guérison : après la ligature d'une artère, il occupe ordinairement l'espace compris entre cette ligature et la -première branche collatérale un peu volumineuse.
Une fois formé, le caillot augmente peu à peu de consistance, devient adhérent aux parois artérielles, et bientôt paraît faire corps avec elles : si on l'en détache à cette époque , on trouve l'intérieur du vaisseau d'un rouge plus ou moins intense, Enfin, le caillot s'organise, se convertit en même temps que les tuniques de l'artère en tissu fibreux. L'époque à laquelle cette transmutation s'achève , est extrêmement variable.
Les petits rameaux collatéraux qui naissent dans le trajet oblitéré sont eux-mêmes convertis en petits ligamens.
Il résulte de tous ces faits, que le travail organique, qui a pour but la conversion d'un tube arté-
riel en un cordon fibreux, se fait au moyen de l'épi- ^phlogose chronique. (§. 290, n.° 2.)
2.0 On rencontre aussi la transformation fibreuse dans les veines. Nous en trouvons dans l'ordre physiologique un exemple sur les veines ombilicales et le canal veineux.
Quelquefois les veines sur lesquelles on a pratiqué la saignée , s'oblitèrent.
5.° Les cartilages et les membranes synoviales se convertissent en tissus fibreux dans toutes les fausses ankyloses, suite d'une inflammation.
§. 370. Le tissu fibreux se développe encore accidentellement, soit sous forme de faisceaux ou de membranes plus ou moins denses, soit sous forme de corps ou de masses arrondies. La première de ces deux formes se trouve surtout dans les luxations et les fractures non consolidées. Il s'établit alors une nouvelle articulation , qui a sa membrane capsulaire plus ou moins dense et épaisse : les muscles eux-mêmes participent à ce changement , en s'amincissant et en se transformant en un tissu véritablement fibreux.
2.* Les muscles divisés se réunissent au moyen d'un tissu dense peu extensible, analogue aux intersections tendineuses des muscles droits. Les extrémités des muscles sont converties dans les moignons d'un membre amputé en un tissu fibreux très -serré ; quelquefois les muscles se terminent à une certaine distance du moignon , en se confondant avec le tissu cellulaire.