‹ Traité d'anatomie pathologiqueChapitre 14 sur 38 · Certaines fractures ne se guérissent que par · texte numérisé non relu

Certaines fractures ne se guérissent que par

le moyen d'une substance fibreuse interposée entre les fragmens : telles sont les fractures transversales de la rotule.

4-° C'est par une substance fibreuse , cartilagineuse et osseuse que se remplissent les perforations du crâne. Cette substance commence par des végétations qui, s'élevant de la dure-mère, forment peu à peu une espèce de bouchon solide qui protège le jcerveau.

§. 371. Les masses fibreuses arrondies que l'on désigne en anatomie pathologique sous le nom de corps fibreux , sont formées d'une substance dense , épaisse , sèche , non susceptible d'être écrasée sous le doigt, ayant, sous le rapport du tissu, quelque analogie tantôt avec la glande prostate, tantôt avec la glande mammaire ; et sous le rapport de l'aspect, quelquefois lobulaire , avec la glande thyroïde. Ces corps n'ont point de kyste , à moins qu'on ne veuille appeler de ce nom une espèce de chaton formé par le tissu de la partie dans laquelle ils se sont développés : leur volume, qui varie depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'une tête d'homme, égale communément celui d'une noisette , d'une noix ou d'un œuf.

Quant à leur composition intime , elle n'est qu'un feutre de tissu cellulaire extrêmement dense , serré , tenace, qui offre une disposition filamenteuse ou linéaire peu prononcée : sous ce rapport le nom de fibreuse ne convient donc pas parfaitement à la substance que nous décrivons. Quoi qu'il en soit, ce tissu feutré reçoit des capillaires, dont le nombre ,

plus ou moins grand , influe non-seulement sur la couleur, mais aussi sur la texture de la masse. Ordinairement cette couleur est celle des glandes salivaires; quelquefois elle est d'un blanc sale, d'autres fois d'un gris jaunâtre. Lorsque la substance de ces corps est plus molle, d'une couleur plus rouge, on dirait qu'ils sont formés d'un mélange de tissu fibreux et de tissu éreclile. Enfin , il est des cas où les corps fibreux m'ont présenté, lorsque je les pétrissais avec les doigts, quelque chose de gras et de stéatomateux.

§. 372. Les corps fibreux ne restent pas toujours les mêmes, mais changent successivement de texture , ce qui a fait admettre pour eux un état charnu, un état fibro- cartilagineux et un état osseux.

Dans l'état charnu ou sarcomateux , le corps fibreux a une couleur de chair et une densité variée. Lorsqu'on l'a dégagé de ses adhérences, on voit à sa surface des bosselures, et dans son intérieur des lobes divisés par des scissures plus ou moins profondes. On y distingue de plus , suivant Bayle, des fibres, les unes disposées en faisceaux, les autres contournées et en quelque sorte concentriques, mais la plupart mêlées d'une manière inextricable. Au reste, le tissu de ces corps n'est jamais parfaitement homogène, car on distingue en lui des points plus denses, formés de fibres convergentes, à côté d'endroits plus mous et un peu plus spongieux, et on observe que ces diverses masses sont unies par du tissu cellulaire lamineux, plus ou moins garni de vaisseaux.

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§. 373. Lorsque les corps fibreux passent à l'état fibro - cartilagineux , les endroits les plus denses subissent les premiers cette transformation : insensiblement toute la masse y participe , et on ne distingue plus de tissu cellulaire. On n'aperçoit aussi que très -difficilement des vaisseaux sanguins d'une extrême ténuité.

§. 374. Enfin, dans le troisième degré ou dans l'état osseux , ce changement organique commence parles points les plus cartilagineux : des ossifications partielles se forment, et peu à peu la masse s'ossifie.

Cette description, que Bayle a donnée des corps fibreux de la matrice 1 , s'applique bien à ceux qui se développent dans d'autres organes ; on en a rencontré dans les ovaires , dans la glande thyroïde et à la surface de l'encéphale.

§. 375. L'analyse chimique du corps fibreux manque à la science. Je sais seulement qu'une substance rencontrée dans le crâne, et qui, d'après la description qu'en a donnée M. Meckel2, me paraît être un corps fibreux qui adhérait au cerveau, examiné chimiquement, a donné, sur trente parties, vingt-sept parties d'eau, une et trois quarts d'une matière tenant le milieu entre la gélatine et l'albumine , et une et un quart de fibrine.

§. 376. Les corps fibreux ne sont pas susceptibles de dégénérescences fâcheuses ; mais ils peuvent devenir nuisibles par leur position, par exemple,

i Dict. des se. méd. ; t. n, p. 70.

2 Deutsch. Arch.fùr die Phys,: 3ter Band , S, iq5^

s'ils se développent au milieu d'organes imporlans ou essentiels à l'entretien de la vie. Ils ne jouissent d'aucune propriété vitale prononcée , mais seulement d'une action de nutrition , par laquelle ils augmentent de volume et se changent en substance fibro-cartilagineuse et osseuse.

§. 377. Au reste, le tissu fibreux accidentel, tel que nous venons de le décrire, avait été observé par les anatomistes à différentes époques. Autrefois on le désignait sous les noms de squirre et de polype : plus tard sous celui de sarcome. Abernethy l'appelle tissu pancréatiforme. Ces diverses dénominations se rapportent à l'aspect différent sous lequel ce tissu s'est offert à l'examen des observateurs. J'ai fait représenter x trois corps fibreux rencontrés à la surface du cerveau, et qui même à l'extérieur diffèrent notablement les uns des autres.

Tissu fibro - cartilagineux accidentellement développé.

§. 378. Le tissu fibreux est particulièrement sujet à devenir cartilagineux, et les membranes séreuses à se transformer en lames fibro - cartilagineuses plus ou moins épaisses.

Celles de ces membranes qui subissent cette der-

i Planche 8, fig. î, 2 et 3

nière transformation sont : la tunique externe de ia rate , celle du foie , la tunique vaginale du testicule , le péricarde, la plèvre, l'arachnoïde, surtout celle qui revêt la moelle de l'épine. Les ovaires, le placenta, ont aussi quelquefois offert ce changement organique.

§. 379. On doit rapporter aussi au développement accidentel de ce tissu, ces concrétions cartilagineuses que l'on rencontre parfois libres et flottantes dans les articulations , surtout dans celles du genou. Les plus grandes que l'on ait trouvées avaient un pouce de diamètre ; elles ressemblaient, quant à leur couleur et à leur consistance, au blanc de baleine. L'origine de ces corps flottans est encore inconnue. On avait pensé qu'elles s'étaient détachées des cartilages qui revêtent les extrémités articulaires des os ; mais le plus souvent on ne trouve à ces derniers aucune perte de substance. Il est probable, et c'est là l'opinion de Bichat, qu'elles sont le produit d'une végétation particulière de la membrane synoviale , qui , d'abord celluleuse , se détruit , se détache et devient libre dans la cavité articulaire. Ce qui prête à cette opinion un certain appui, c'est l'observation qu'on a faite assez souvent , que les corps libres et flottans adhèrent quelquefois par un pédicule long et mince à la surface des cartilages diarthrodiaux.

D'après Hunter , ces corps sont dus à la présence d'un peu de sang caillé , lequel se transforme et s'organise. Voilà, dit cet auteur, pourquoi on observe ces cartilages flottans à la suite de lésions des T. 22

articulations. Suivant James Russel 1 elles paraissent résulter de la condensation d'une certaine portion de synovie. Ce chirurgien anglais décrit une autre concrétion propre à l'articulation du genou, qui est constamment adhérente ; mais qui est plutôt une couche épaisse de lymphe plastique tapissant les extrémités articulaires des os, qu'un véritable cartilage.

Tissu osseux accidentellement développé.

§. 380. L'ossification accidentelle a lieu tantôt sous forme de lames , et tantôt sous celle de tubercules semblables à de petites stalactites.

Tous les tissus de l'économie peuvent passer à l'état osseux; quelques-uns y sont très -disposés.

Avec l'âge , le phosphate calcaire prédomine de plus en plus dans l'économie, et lorsque cette substance saline a saturé les os, elle se porte sur d'autres parties , dans l'ordre de leur disposition à l'ossification.

§. 381. Voici rémunération des tissus sujets à l'ossification, suivant leur degré d'affinité avec la matière osseuse.

i.° Le tissu cartilagineux. L'analogie est trèsgrande entre le tissu cartilagineux et le tissu osseux : l'état cartilagineux est même un intermédiaire nécessaire pour arriver à l'état osseux. Les os sont des cartilages, plus du phosphate calcaire: toute partie

i Ueber die Krankheiten des Kniegelenks , aus dem Engl. ; S. 62. Halle, 1807.

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dure qui n'a pas été d'abord cartilagineuse, doit être regardée comme une sorte de pétrification.

Dans la vieillesse tous les cartilages s'ossifient • c'est ce qu'on observe sur ceux des côtes , du larynx , etc. ; les sutures du crâne s'effacent par l'ossification des cartilages placés entre les os de la tête; les cartilages diartlirodiaux eux-mêmes finissent quelquefois par disparaître.

On a cependant trouvé les cartilages des côtes exempts d'ossification chez des personnes d'un âge extrêmement avancé. Harvey, qui disséqua le cadavre de Thomas Parre, mort à lâge de cent cinquante-deux ans, ne trouva pas ces cartilages ossifiés.

L'ossification des cartilages commence ordinairement par leur centre, et s'annonce par un point jaunâtre, et par de petits espaces qui se remplissent bientôt de sucs médullaires. Cette ossification s'étend peu à peu, et envahit toute l'épaisseur du cartilage.

Les fractures des cartilages se réunissent au moyen d'un cal osseux. On attribue à M. Magendie la découverte de ce fait curieux, qui avait déjà été annoncé dans un ouvrage publié en i8o5 i. J'avais trouvé, sur un homme assez âgé, une fracture au cartilage de la septième côte du côté droit. Les deux fragmens n'avaient pas été exactement affrontés ? attendu que le fragment vertébral dépassait en avant le fragment sternal. La consolidation de cette frac-

i Rapport sur les travaux exécutés à l'amphithéâtre d'anatomie de Strasbourg, p. 11.

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ture s'était faite par le moyen d'un anneau osseux plus large à la face postérieure et aux deux bords du cartilage qu'à la face antérieure. Cet anneau entourait exactement les extrémités fracturées et leur était très - adhérent. Il était formé d'une substance peu compacte , et sa texture paraissait être la même que celle des côtes.

Au reste, des expériences directes 1, instituées sur les cartilages , pour déterminer de quelle manière les plaies de ces parties se cicatrisent, ont appris, i.° que ces plaies ne se cicatrisent jamais comme celles des os et des parties molles ; 2.0 que les deux fragmens d'un cartilage divisé se réunissent par le moyen d'une substance très -dense, comme ligamenteuse , et qui ne semble être autre chose que le périchondre épaissi; 3.° que cette réunion est beaucoup plus lente à se faire que la consolidation d'une fracture.

2.0 Les fibro- cartilages, distingués en ceux qui sont articulaires , et en ceux qui concourent à former des cavités.

Parmi ces derniers on n'a jamais trouvé d'ossification aux cartilages du pavillon de l'oreille, à ceux des paupières et à ceux du nez ; mais ceux de la trachée -artère s'ossifient souvent. Je les ai trouvés complètement ossifiés sur un homme de cinquantequatre ans.

Quant aux fibro- cartilages articulaires, ceux qui

1 Auteniueth et Doerker , Diss. de gravior. quibusd. cartil. mutât. Tubing., 1798.

unissent entre eux les corps des vertèbres sont très- sujets à l'ossification. Plusieurs maladies de la colonne vertébrale se terminent ordinairement par la soudure des vertèbres.

3.° Le système fibreux. Lorsqu'il est disposé en faisceau , comme les tendons et les ligamens des articulations, il offre quelquefois des points ossifiés. Au contraire , celui qui est étendu en membrane, comme les aponévroses, ne s'ossifie jamais, excepté cependant le centre tendineux du diaphragme, sur lequel j'ai trouvé une large plaque ossifiée. Les membranes fibreuses proprement dites , telles que la dure -mère, le péricarde, la tunique propre de la rate, la sclérotique, le périoste, la membrane médullaire des os, , sont sujettes à s'ossifier.

On peut encore ranger parmi les parties fibreuses sujettes à l'ossification, différens endroits du cœur, ainsi que tout l'arbre artériel.

Les veines ne sont pas exemptes d'ossification, comme Bichat l'avait pensé.

4-° Le tissu musculaire. On a vu les muscles s'ossifier à l'endroit d'une fracture, avec grand déplacement des fragmens. On cite des exemples d'ossification du diaphragme même dans sa partie charnue.

Plusieurs observateurs ont vu le cœur ossifié en partie. On s'est assuré que parmi les ossifications du cœur, celles du ventricule gauche sont les plus communes ; viennent ensuite celles du ventricule droit, et enfin celles des oreillettes.

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