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Sur la membrane muqueuse

Ceux de la caroncule lacrymale sont bien connus. Amatus Lusitajnus dit avoir vu , sur la langue, des poils qui repoussaient après qu'on les avait arrachés. Bichat a trouvé des poils longs d'un pouce à la face interne de la vésicule du fiel1. On prétend que des poils ont été rendus par les selles et les urines. William Henry cite le cas d'un homme qui rendait avec les urines , particulièrement avec celles chargées d'urate de chaux, des poils de la longueur d'un dixième de pouce , jusqu'à un pouce , et qui paraissaient semblables aux poils ordinaires. Le malade ayant été obligé de faire usage de bougie , on ne trouva aucun obstacle à l'introduction de l'instrument, et on remarqua que sa présence n'augmentait pas l'excrétion des poils. 2

3.° Bichat a fait la découverte extrêmement remarquable d'un calcul hérissé de poils. Si ces poils n'avaient pas pris naissance dans la membrane muqueuse de la vessie urinaire , on ne peut se rendre raison de leur développement, qu'en admettant l'organisation du mucus visqueux qui entoure les calculs, et qui pénètre dans leur intérieur.

4-° Le testicule d'un homme et celui d'un étalon ont offert une mèche de poils dans leur intérieur. 3

1 Meckel , Mém. sur les poils et les dents qui se développenî accidentellement dans le corps. Journ. compl. du dict. des se. raéd. 5 t. 4 , n.° 2.

2 Med. chir. Transact. ,• 1 o , p. 125. — Meckel ; Deutsck, Archiv. fur die Phys.} 6ter Band , S. 363>.

3 Meckel, Pathol. anat. $ t, q, part. a, p. 27$.

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5.° Le plus souvent les poils accidentellement développés sont renfermés dans des kystes que, pour cette raison on a nommés kystes pileux , et qu'on a rencontrés dans l'ovaire , dans la matrice , et une fois dans l'estomac d'un homme. Ce dernier cas a été observé par Ruysch ; j'en ai parlé à l'occasion des dents accidentellement développées. Le même auteur cite l'exemple d'un kyste rempli de poils , et situé dans l'épiploon d'une femme qui mourut d'une longue hydropisie. On lit dans les Mémoires de la Société médicale de Londres l la description d'un kyste de six pieds de circonférence , qui était rempli de matière pultacée , de poils et de productions cartilagineuses.

6.° J'ai une fois trouvé des poils dans la matière noire d'une mélanose qui avait son siège sous le cuir chevelu.

§. 390. On peut déduire de l'examen des faits observés sur le développement accidentel de poils, les corollaires suivans :

i.° Les poils renfermés dans les kystes, sont toujours accompagnés d'une substance stéatomateuse ou cérumineuse , tantôt liquide , et tantôt plus solide.

2.° Ces poils sont munis de leurs bulbes et de leurs racines. Les observations contraires de Sojntis et d'ANDERSON ne peuvent l'emporter sur les faits extrêmement multipliés , attestés par un grand nombre d'anatomistes.

i Mem. ofthe Lond. med. societ.; vol. 2, p. 368.

5.° Les poils accidentels paraissent avoir plus d'analogie avec les cheveux qu'avec les poils proprement dits. Autenrieth en a rencontré de semblables à ceux qui se trouvent aux parties génitales.

4-° La longueur des poils varie considérablement. Dans le plus grand nombre des cas ils sont trèscourts. Baillie en a vu de trois pouces de long; Thiébault, de vingt pouces ; Tyson, de deux pieds trois pouces.

5.° Ces poils accidentels n'ont pas toujours la même couleur et ne présentent pas non plus constamment celle des cheveux de la femme, lorsque c'est dans un ovaire qu'ils se sont développés. Tyson les a trouvés argentés chez une jeune femme ; Wepfer en a rencontré dans un même kyste de rouges, de noirs et de bruns.

6.° Les poils se développent plus souvent dans l'ovaire droit que dans le gauche. Il résulte de tous les faits recueillis jusqu'à ce jour, que le nombre des cas où l'ovaire droit est le siège de la maladie, est triple de ceux où l'ovaire gauche est affecté.

7.0 Lorsque des kystes pileux se développent chez les animaux, leur contenu est toujours analogue aux poils de l'espèce d'animal chez lequel on les rencontre : ainsi ils renferment de la laine chez les brebis, de la bourre chez le bœuf, et des plumes chez les oiseaux. *

§. 391. J'ai eu occasion de voir un exemple très-

1 Mém. cité de Meckel. Journ. compl. duDict. des se. méd. j t. 4 ; p- 1 2 a .

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curieux de ce dernier cas ; quoiqu'il ne se rapporte pas à l'anatomie de l'homme, je demande au lecteur la permission de le rapporter ici ; j'y joindrai un dessin colorié1. Une masse penni- graisseuse accidentellement développée dans le bas -ventre d'une oie , avait un poids de quatre onces , et trois pouces sept lignes de longueur ; elle était composée de deux parties distinctes : la première, lisse, arrondie, de couleur jaune, et revêtue d'une pellicule celluleuse très-fine, qui lui servait de tunique externe, n'était qu'une espèce de bulbe graisseux de dix-neuf lignes de hauteur , sur vingt-deux de largeur et dixsept d'épaisseur. Ce bulbe donnait naissance à la seconde portion , de couleur noire , également tapissée d'une membrane fine, et qui était la continuation de celle qui enveloppait la graisse. Par sa forme cette masse ne ressemblait pas mal à une tête et un cou d'oiseau : sa hauteur était de deux pouces, sa largeur de dix- huit lignes, et son épaisseur d'un pouce : la partie qui représentait le bec de l'oiseau avait dix lignes de longueur.

La ténuité de la membrane permettait de voir des plumes dans son intérieur $ mais lorsqu'on eut fendu toute la masse, suivant son long diamètre, on la trouva entièrement composée de petites plumes juxtaposées les unes aux autres; mais divisées en trois rangées, et pour ainsi dire en trois étages. La rangée inférieure était implantée dans la graisse, à la profondeur d'une demi -ligne, et les petites

i Planche 9, fig. 2, 3 et 4

plumes en sortaient comme la tige d'un végétal s'élève du terrain où il a pris naissance. Après un trajet de treize lignes, cette première rangée finissait, et il en commençait une autre, qui se terminait à son tour à l'endroit où la partie que j'ai comparée au cou d'un oiseau se recourbait pour se continuer avec la tête. Celle-ci était formée d'une troisième rangée dans laquelle les petites plumes étaient toutes couchées les unes sur les autres , en forme de gerbe de blé.

Au commencement de chaque rangée se remarquait une ligne jaune, produite par de petites parcelles de graisse. Non-seulement cette graisse enveloppait les tiges des plumes; elle s'étendait même, mais en moindre quantité, sur les barbes , pour leur servir d'enduit.

La longueur des plumes variait : les plus longues avaient dix -neuf lignes, et les plus petites six. Elles étaient la plupart blanches, quelques-unes légèrement tachetées de noir.

Cette concrétion était absolument libre et sans aucune connexion organique : elle a été trouvée dans le ventre d'une oie engraissée pour l'usage de la table; il y a apparence que dans l'origine elle était unie à l'ovaire , dont elle se sera détachée par l'effet de l'augmentation de son volume. Il est probable du reste qu'il s'y est opéré une triple mue, comme semblent l'annoncer les trois rangées de plumes placées les unes sur les autres. Chacune avait vraisemblablement pris naissance dans la graisse qui terminait inférieurement la tumeur ; la supérieure

avait été chassée par la moyenne , et celle - ci par l'inférieure. Sans cette supposition on ne pourrait se rendre raison de l'arrangement symétrique de cette production.

Quoi qu'il en soit, il est difficile de s'expliquer la formation des plumes sans les organes propres à leur développement ; il n'y avait ici ni capsules productrices des plumes , ni leurs enveloppes membraneuses, ni leur ombilic inférieur, pour le passage des vaisseaux nourriciers et des nerfs : or tout cela existe dans l'état naturel , suivant la remarque de M. F. Cuvier 1 j seulement on observait à la loupe, et encore mieux avec un verre qui grossissait trentedeux fois les objets, que le tube, la tige et la barbe de la plume étaient tapissées dune membrane fine , mais terne et susceptible d'être enlevée en raclant. On remarquait aussi que l'extrémité du tube était reçue dans une petite fossette ou chaton creusé dans la graisse ; que ses parois étaient lisses et un peu plus jaunes que le reste de la substance adipeuse : mais on ne put découvrir aucun filament ni aucune racine qui, parlant de cette substance, se rendît dans la plume , et qu'on eût pu prendre pour les vaisseaux nourriciers de cette dernière.

i Observations sur la structure et le développement des plumes Mémoires du Muséum d'histoire naturelle; t. i3,p. 3^o et suivantes.

Tissu corné accidentellement développé.

§. 392. Les productions cornées accidentelles commencent à se montrer dans les ongles, qui s'alongent quelquefois prodigieusement , ce qui constitue l'hypertrophie de ces organes. Mais il s'agit ici spécialement de celles de ces productions qui naissent dans des endroits où on ne les rencontre jamais dans l'état naturel.

i.° Une femme de quarante -huit ans portait à la partie postérieure du crâne une excroissance cornée, qui avait quatre pouces et demi de hauteur, sur trois de diamètre.

2.° Une autre femme, de quatre-vingt-dix-sept ans, d'une constitution forte pour son âge, ayant la tête surmontée de plusieurs loupes, s'aperçut, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, d'une éminence extraordinaire sur la partie inférieure du temporal gauche. Cette éminence devint sensible ; elle prit la nature des ongles et croissait rapidement : on l'enleva avec la scie ; mais elle repoussa plusieurs fois dans l'espace de quatorze ans, et fut enlevée chaque fois de la même manière. Aux premières rescisions, les fragmens cornés étaient très -durs, contournés et régulièrement arrondis. Aux suivantes ils offraient une substance moins compacte -, différence qui provenait sans doute du dépérissement et de l'âge avancé de cette femme. 1

i Hist. de la Société royale de méd>3 année 1776^ p, 3 13,

3.° Une troisième femme , de trente-six ans , se fit à la tête une contusion , qui détermina cinq à six tumeurs, dont la plus grande était située dans la direction de la branche gauche de la suture lambdoide. Dix ans après , cette dernière tumeur acquit le volume d'un œuf de pigeon ; elle se ramollit : un coup quelle y reçut accidentellement, fit crever la tumeur, qui fournit, pendant une année, une abondante quantité de sérosité, de sang et de pus. Peu à peu il se forma une excroissance molle, longue d'un demi -pouce, dégénérant en une corne crochue de trois pouces de longueur. On fit l'ablation de cette excroissance : un mois après il se forma une substance fongueuse, dure, de la hauteur de quelques lignes , qui se développa en forme d'éventail. Cette excroissance, couverte d'une escarre noirâtre, était sensible au moindre attouchement : elle se métamorphosa en une nouvelle corne, placée sur un pédicule mince; celle-ci tomba par accident, après avoir acquis la longueur dune ligne. Il résulte de ce fait qu'il a fallu un concours de circonstances particulières , pour qu'il se développât une production de cette espèce. *

/|.° Un des exemples les plus curieux d'excroissances cornées est celui qu'offrait le gland de la verge chez un homme de soixante -dix ans, dont Caldani nous a transmis l'histoire. Ce malade avait éprouvé d'abord une démangeaison extrêmement

i MeckeVs deutsches Archiv fur die Physiologie j ister Band , $eite 3oi.

forte à la face externe de la jambe droite, affectée de varices. Cette démangeaison fut suivie d'érysipèle , d'infiltration œdémateuse, et d'ulcères, qui parurent et disparurent alternativement, mais qui ne furent guéris qu'au bout de deux ans. Peu après il y eut un prurit très -fort entre le gland et le prépuce : il s'y forma, au bout de quelques mois, une tumeur molle, assez semblable au gland, et très -sensible au toucher. Après avoir fendu le prépuce, on découvrit une excroissance carcinomateuse fixée à la face interne du prépuce, et qui avait envahi une partie du gland. Tout le prépuce fut amputé, et la plaie se cicatrisa dans l'espace d'un mois. Cependant le troisième jour de l'opération on remarqua, sur la partie du gland qui avait été atteinte par la tumeur cancéreuse, vne petite élévation dure , qui fut détruite par le cautère actuel. Le dix-huitième jour deux autres élévations se manifestèrent à la même place ; une troisième survint un peu plus tard : ces trois excroissances furent de même cautérisées. Mais cinq jours après il s'éleva, du milieu de la cicatrice résultant de la brûlure, un corps blanc , dur et insensible, qui, dans l'espace de dix mois, se changea en un ongle épais, crochu et extrêmement fort, "courbé suivant la convexité du gland , et répondant par la pointe à l'ouverture du canal de l'urètre, dont il était très-voisin. On ne fit aucune tentative pour extirper cette nouvelle excroissance. Cette maladie imitait en quelque sorte ces pointes cornées dont est garni le gland de certaines espèces de rongeurs et de carnassiers.

Ce cas présente également le développement d'une excroissance précédée d'une autre maladie. Il paraît donc que des conditions particulières président au développement accidentel du tissu corné.

§. 393. On a aussi remarqué des productions cornées sur différentes parties des membres.

1 .° C'est ainsi qu'on a vu sortir une corne d'un ulcère qu'un jeune homme portait au creux du jarret.

2.° Une dame de Tournay avait Une espèce de corne à la partie postérieure de la cuisse gauche. Cette végétation étant tombée en partie, le pédicule faisait éprouver des douleurs très -vives. On se décida à l'enlever , et la femme fut radicalement guérie. Les Arabes, pour le dire en passant, avaient déjà opéré cette excision ; Avenzoar l'avait pratiquée. 1

§. 394. On peut rapporter au développement du tissu corné, la maladie appelée par M. Alibert ichthyose cornée, et celle dans laquelle la peau est hérissée de fibres cornées. On a donné le nom d'hommes porcs-épics , aux individus affectés de cette dernière.

En 1802 , nous avons vu, a. Strasbourg, les deux frères Lambert, dont toute la peau était recouverte d'innombrables excroissances cornées , à l'exception de celle de la face, de la paume des mains, de la plante des pieds et des parties génitales. Chaque excroissance formait un petit cylindre irrégulier d'environ deux lignes d'épaisseur, et de plusieurs

i Histoire de la Société royale de méd. , ann. 1776, p. 3 1 3.

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lignes jusqu'à un pouce de longueur, implanté sur une peau blanche. A mesure que les excroissances tombaient dans une partie , il s'en formait bientôt de nouvelles.

Le père, le grand-père et l'aïeul de ces deux hommes avaient eu la même maladie. L'un d'eux, marié depuis quelques années, eut, en 1802, un enfant mâle de deux ans , qui naquit avec une peau blanche , mais dont la couleur se ternit à l'âge de dix semaines , et se couvrit peu à peu des mêmes excroissances qu'offre la peau du père. Ainsi cette maladie a déjà parcouru cinq générations. Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'elle ne s'est communiquée qu'aux enfans mâles 5 et les filles en ont été complètement exemptes.

Les deux frères Lambert, ainsi que leur père, ont eu la petite vérole : l'éruption fut très-abondante. Pendant cette maladie les petits cylindres cornés tombèrent, mais furent remplacées au bout de quelque temps. On a remarqué que ces individus n'étaient sujets à la sueur que dans les endroits où la peau n'était pas couverte d'excroissances.

Il paraît que cette maladie singulière n'est qu'une dégénérescence particulière de l'épiderme. 1

§. 395. L'ichthyose cornée peut être partielle. Le docteur Mapssfeldt 2 rapporte l'exemple d'un en-

1. Lauth , Mém. sur les frères Lambert. Mém. de la Société d'agriculture, scieuces et arts de Strasbourg; t. 1 , p. 827.

2 Horn's Archiv fur die Medicin , Juli und August. S. 1. Erfurt, i823.

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fant maie, chez lequel cette maladie s'est développée après le second mois de sa naissance. L'exanthème occupait le côté droit et la partie inférieure de la poitrine, dans la région des fausses côtes. La maladie avait commencé par une tache rouge, en forme de bande : cette tache, devenue de plus en plus brune , finit par dégénérer en ichthyose cornée. Le petit malade éprouvait souvent de la démangeaison à l'endroit de l'éruption 5 mais, à ce symptôme près, il jouissait d'une bonne santé. Il ne paraissait ni scrofuleux ni atteint d'aucune autre dyscrasie.

Considérations générales sur l'homoéoplasie.

§. 396. En reportant nos regards sur la formation des tissus homoéoplastiques , deux choses nous semblent mériter d'être remarquées : 1 .° une matière animale susceptible de s'organiser et de se prêter avec facilité, j'ai presque dit avec complaisance, au développement des tissus nouveaux dont l'examen nous a occupé ; 2° la force vitale sous l'influence de laquelle tous ces merveilleux changemens s'opèrent.

§. 397. Quant au premier point, nous voyons cette matière, dans son plus grand état de simplicité , exsudée sous forme de lymphe sur la surface exhalante des organes , se coaguler et se transformer en pulpe molle, passer par différens degrés de densité, prendre un aspect réticulaire ou poreux,

premier rudiment d'organisation; offrir, comme second degré, des taches rouges, puis des stries, et enfin des vaisseaux sanguins; constituer plus tard des fausses membranes , qui lient entre eux des organes contigus , et finissent par dégénérer ellesmêmes en tissu cellulaire lamineux , parfaitement identique au tissu cellulaire primitif.

§. 398. Nous voyons le même procédé vital se reproduire dans les solutions de continuité récentes des parties. Même exsudation de lymphe coagulable, même fluide visqueux se solidifiant, recevant des vaisseaux capillaires et se changeant à son tour en un tissu qu'on appelle cicatrice ; tissu qui n'est autre chose qu'une fausse membrane interposée entre les lèvres d'une plaie. Plus tard nous étudierons les cicatrices dans chacune des parties qui composent l'économie animale.

§. 399. Dans d'autres circonstances nous voyons la même matière imprégner la trame de certaines membranes , et s'y manifester sous forme d'innombrables granulations, qui tendent à la fois à les épaissir et à en changer l'aspect et le tissu. Ailleurs elle se transforme en véritables membranes lisses et exhalantes, ou fongueuses et sécrétantes. D'autres fois elle constitue des poches sans ouverture , qui renferment des fluides de diverses espèces qu'elles ont elles-mêmes élaborés.

§. 400. Probablement la même lymphe coagulable concourt au développement du tissu érectile, quoique nous ne puissions pas ici, comme dans les cas précédens , suivre en quelque sorte pas à pas la

marche de la nature dans ses opérations. Mais quel liquide autre que la lymphe coagulable et le sang, pourrait se prêter à la formation de nouveaux vaisseaux et de nouvelles cellules?

§. 401. Si nous jetons un coup d'œil sur les parties transformées en tissus fibreux , nous rencontrons encore cette matière animale, soit arrêtée dans l'intérieur des artères et des veines , soit épanchée autour de ces vaisseaux dans leur tissu cellulaire extérieur , soit infiltrée entre leurs tuniques , se confondant avec elles, s'organisant et se changeant en un tissu homogène à celui des parois de ces mêmes vaisseaux.

Nous la retrouverons également dans ces corps fibreux qui parcourent différens degrés d'organisation , et dont elle a formé les premiers rudimens.

§. 402. S'il était nécessaire de prouver l'existence d'une matière organisable, il suffirait d'examiner les fibro-cartilages et les concrétions osseuses. N'y trouve-t-on pas, en effet, les mêmes phases que dans les ossifications physiologiques ? Ne découvre-t-on pas une substance gélatineuse qui prend successivement tous les degrés de consistance et d'organisation? Que dire de l'apparition des dents dans des endroits du corps où elles ne se trouvent jamais dans l'état ordinaire? Ces organes, avant de s'offrir à nos regards tels que la dissection nous les fait découvrir, ont dû nécessairement subir plusieurs métamorphoses, après avoir été gélatineux dans leur origine.

§. 403. Pour que le tissu graisseux se développe

accidentellement, par exemple dans les lipomes, il faut invoquer la formation préalable des petites cellules ou vésicules qui renferment cette humeur et en sont l'organe sécréteur. Dans les kystes remplis de graisse , la membrane accidentelle formant le sac , préexiste également à la substance qu'il contient. Or, avec quelle matière cette membrane accidentelle estelle formée, si ce n'est avec une lymphe organisable?

Les bulbes des cheveux sont formés d'une membrane molle , renfermant elle - même un follicule muqueux , qui est bien évidemment le rudiment et l'organe nourricier du poil; or, qui pourrait méconnaître dans ce follicule la lymphe plastique et organisable ? ne la retrouve-t-on pas avec évidence à l'extrémité adhérente et très-molle des ongles ?

§. 404/ Quoique cette lymphe constitue le germe de productions très -disparates, je suppose qu'elle est la mênie pour tous les tissus qu'elle développe , et que, sous le rapport chimique, elle offre partout la même composition. Il est impossible, je le sais , de la recueillir , surtout lorsqu'elle ne fait que filtrer dans les tissus. On n'a pu l'obtenir pure que dans l'intérieur d'une artère dans laquelle elle s'était exhalée entre deux ligatures. Elle se présentait alors sous la forme d'une matière blanche d'une consistance molle et fibrineuse, particulièrement reconnaissante lorsqu'elle eut été soumise à l'action de l'eau bouillante ; se dissolvant en grande partie dans une solution tiède de potasse caustique , quoique cette dissolution s'opérât moins promptement que

celle de l'albumine épaissie, mais plus rapidement que celle de la fibrine ; fournissant en outre quelques globules de substance grasse. Une autre portion de cette matière animale, projetée sur un fer chaud , se comporta comme la fibrine. Il suit de là que la lymphe coagulable est composée en plus grande partie d'albumine et de fibrine *. C'est ainsi qu'elle se présente morte à l'analyse de la chimie ; mais comment reconnaître et apprécier ses propriétés vitales ?

§. 405. Nous trouvons donc à chaque instant des preuves multipliées de l'existence d'une matière animale essentiellement organisable, employée par la nature, tantôt à réunir ce qui a été divisé, tantôt à régénérer ce qui a été détruit, tantôt se montrant exubérante ou disséminée par erreur de lieu dans des endroits insolites et sous des formes variées. Cette matière qui , probablement , est la même que celle qui nourrit et entretient toutes nos parties , n'a donc aucun caractère de dépravation et de malignité ; rien , en un mot , qui soit contraire à l'économie animale. Une fois élaborée et sur le point d'être employée à l'usage auquel la nature la destine , elle ne rétrograde plus , ne redevient plus fluide; elle marche avec rapidité vers l'organisation. Cette matière , par sa nature amie de l'organisme , ne lui devient nuisible que dans les cas où, déviée et jetée pour ainsi dire au hasard, elle apporte quelque trouble dans l'exercice de certaines fonctions. Je la

i Gekdrin, 1. c, §. i 44^' Analyse faite par M. Barruel.

désignerai, dans le cours de cet ouvrage, sous le nom ôieuplastique 1J par opposition à une autre matière, que nous connaîtrons bientôt, et qui a précisément des propriétés contraires.

§. 406. Le second point qu'il s'agit d'étudier, c'est la propriété vitale qui transforme en tissus nouveaux la matière organisable.

Assurément, ni la sensibilité, ni l'irritabilité, ni la contractilité dont jouissent nos parties, ne nous rendent raison des phénomènes variés dont nous cherchons la solution. Il faut donc recourir à une autre propriété , qui ait sur la sensibilité et la contractilité une antériorité incontestable ; en un mot , il faut recourir à la force plastique. Exerçant son action durant tout le cours de la vie, cette force conserve aux parties leur forme originelle ; la rétablit lorsqu'elle a été détruite par les maladies : sa puissance se manifeste également et dans le développement du germe, et dans la nutrition, et dans toutes les régénérations.

§. 407. Me sera- 1- il permis de la considérer un instant dans les êtres imparfaits? Les polypes, les actinies, reproduisent les tentacules qu'on leur retranche ; les astéries réparent les rayons qui leur sont enlevés : les crustacés ont la faculté de régénérer leurs pieds, lorsqu'ils les ont perdus ; les salamandres aquatiques reproduisent plusieurs fois un membre coupé, et quelquefois avec un doigt de plus. La queue des sauriens repousse également, quoiqu'un

I De l'adverbe, lu , bon, et de ;rÂ*fl7ç, formation,

peu différente de celle qui existe naturellement. Dans les animaux placés à un degré plus élevé dans l'échelle des êtres, la régénération se borne aux tissus que nous venons d'examiner. Cette régénération est parfaite pour le plus grand nombre de ces tissus, mais incomplète pour quelques-uns. C'est ainsi que les os régénérés ne sont pas entièrement semblables à ceux qu'ils ont remplacés ; leurs formes sont plus arrondies, leurs saillies et leurs angles sont moins prononcés ; il leur manque aussi quelque chose sous le rapport de la structure fibreuse. On dirait que ce qu'il y a de plus difficile à reproduire, ce sont les parties qui ont cette structure fibreuse : aussi ne trouve -t- on point de régénération des muscles, des tendons et des nerfs. Au reste, s'il ne se fait point de reproduction de la fibre nerveuse dans le sens anatomique , nous verrons plus tard que dans le sens physiologique il s'opère des changemens qui en sont comme l'équivalent.

§. 408. La force plastique jouit d'une certaine indépendance qui la soustrait en quelque sorte à l'influence nerveuse. Nous la voyons produire en effet des changemens d'organisation sans que la névrosthénie agisse ostensiblement. Voilà pourquoi les tissus homoéoplastiques sont engendrés, pour ainsi dire, dans le silence, et sans l'appareil de phénomènes vitaux appréciables. Voyez les ossifications des artères , ne semble-t-il pas que ce travail devrait occasioner des symptômes fâcheux ? et pourtant il a lieu sans que l'économie en soit troublée. Ne se développe -t -il pas des corps fibreux même dans

les organes essentiellement liés à l'entretien des fonctions , sans que celles-ci en soient dérangées ?

§. 409. Le développement accidentel et homoéoplastique des tissus, soit qu'il change les parties, soit qu'il forme des organes nouveaux, s'opère donc lentement et pour ainsi dire à l'insçu de l'organisme : on dirait que la force formatrice agit ainsi en vertu de son droit d'aînesse incontestable. Il n'en est pas moins vrai que la force nerveuse vient quelquefois lui prêter secours ; alors tout le travail se fait avec plus de rapidité , et s'accompagne de symptômes qui retentissent dans toute l'économie. C'est surtout quand la névrosthénie détermine une inflammation, que tout marche avec rapidité , et que ce qui se faisait d'une manière inaperçue , s'accomplit au milieu de mouvemens tumultueux. Ainsi il y a trouble dans l'économie animale lors de l'exsudation de la lymphe coagulable sur la surface libre des organes, tandis qu'il n'y en a point lors du développement des tissus membraneux, fibreux, fibro- cartilagineux, osseux , érectile, graisseux , etc. La force plastique, dans ces derniers cas , agit avec calme et lenteur , aucun mouvement fluxionnaire ne se fait apercevoir, et tout se passe comme dans l'acte nutritif normal. Je n'ai jamais vu survenir d'accidens lorsque des tumeurs enkystées se sont développées dans le tissu cellulaire sous -cutané, dans la glande thyroïde, ou lorsque des corps fibreux se sont formés dans la matrice. J'ai vu ces derniers naître dans l'épaisseur du col de l'utérus et s'ossifier; j'ai pu suivre leurs progrès par le toucher : jamais leur augmen-

tation n'a été accompagnée d'aucuns symptômes. La nature dépose au milieu du tissu utérin une molécule de matière euplastique; cette molécule augmente , s'accroît , végète sans le secours d'une inflammation : aussi ne trouve - 1 - on nulle part moins de traces d'un état phlogistique , qu'autour d'un corps fibreux. Celui-ci subit ses métamorphoses, se change en fibro-cartilage , et en os, sans phlogose, sans inflammation.

§. 410. Mais dans aucun de ces produits accidentels le travail de la nature n'est aussi parfaitement semblable à l'état normal que dans le développement des vaisseaux capillaires. Dans l'œuf soumis à l'incubation on commence à apercevoir, à la trentième heure , les rudimens des vaisseaux d'abord sous forme d'îles jaunes, puis rougeâtres ; on voit ces îles se changer en réseaux , les réseaux en séries de globules rouges, et ces séries en rameaux et en troncs. Ces petits vaisseaux n'ont point de parois ; le sang circule dans la membrane du germe à peu près comme de petits ruisseaux circulent dans le sable *■. Trente heures seulement après la formation des réseaux on découvre quelque rudiment d'artère aorte 2. Or , il en est absolument de même pour les petits vaisseaux qui se forment dans la matière euplastique. On aperçoit d'abord des taches rouges analogues aux îles de l'œuf; puis des stries sanguines;

i Pander, Bejtrilge zur Entwicklungsgeschichte des Huhnchens im Eye-, §. 10. ffurzburg, 1817.

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bientôt d'innombrables rameaux qui ne se laissent pas encore injecter par les vaisseaux anciens : un petit système vasculaire à part est comme intercalé dans le système vasculaire général • ce n'est que plus tard qu'a lieu l'anastomose de tous ces vaisseaux nouvellement créés avec ceux de première formation. J'ai pensé que le développement successif des petits vaisseaux dans les fausses membranes méritait d'être représenté tel qu'on l'observe à la simple vue, et tel qu'on le trouve sur la plèvre enflammée et chargée de lymphe coagulable exsudée par suite de son épiphlogose. l

Telles sont les considérations générales que suggère l'examen des tissus homoéoplastiques. Je les ai réunies dans un seul tableau , qu'il convient d'opposer à celui que nous allons tracer dans le chapitre suivant:

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