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d'autres symptômes alarmans , un morceau d'iléon de dix-neuf pouces, et qui fut ensuite parfaitement rétabli. MM. Thuillier et Cruveilhier 1 ont observé et décrit un iléus terminé par l'expulsion naturelle dune anse d'intestin grêle de dix-huit pouces de longueur avec le mésentère correspondant. Un volvulus avec hernie, et qui s'est terminé d'une manière semblable, est rapporté par M. Mullot de Ptouen 2. Une femme âgée de cinquante- six ans, portant un exomphale qui s'étrangla, rendit, après vingt-un jours de maladie et par les selles, une portion d'intestin de quinze à seize pouces de longueur avec son mésentère. La liberté du ventre se rétablit : la malade vécut encore quarante-quatre jours, et mourut d'une toux convulsive et de vomissemens glaireux. À l'ouverture du cadavre, faite par M. Laumoisier, on trouva les extrémités de l'intestin réunies ; elles paraissaient avoir été coupées en bec de flûte. Le point de réunion avait contracté de fortes adhérences avec le péritoine au côté gauche de l'ombilic; la portion d'intestin expulsée appartenait au jéjunum et à l'iléon. Ayant eu occasion d'observer moi-même un cas non moins curieux que tous ceux que je viens de citer, je crois devoir l'exposer ici avec quelque détail.
§. 171. Une paysanne d'une trentaine d'années,
i Bulletin de la Faculté de médecine de Paris,, n.° 9. 1818.
2 Bulletin des sciences ; t. 1 , n.° 46. — Cayol , Mémoire sur une terminaison particulière de la gangrène dans les hernies, ajouté à la traduction du Traité pratique des hernies, de Scarpa J p. 435. Paris, 1812.
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du village de Kehl ( grand-duché de Bade), éprouva sans cause connue tous les symptômes de l'iléus. Le médecin très -éclairé qui la dirigeait, employa sans succès tous les moyens que l'art indique, soit pour combattre cette terrible maladie, ou du moins pour calmer les accidens. Après quinze jours de souffrances, la malade eut une forte évacuation alvine : en examinant les matières rendues, on y trouva, non sans une grande surprise, une longue portion d'intestin. L'étonnement du médecin et des parens de la malade devint extrême, en voyant celle-ci se rétablir en peu de temps au point de reprendre ses occupations habituelles et de se livrer aux travaux des champs. Ge fut au mois de Février 1820 qu'on m'envoya la portion d'intestin expulsée , et voici ce qu'un examen scrupuleux me fit découvrir :
Cette portion était longue de trois pieds; elle était garnie de son mésentère, et formée de toutes les tuniques qui entrent dans sa composition, et qu'on pouvait encore facilement séparer les unes des autres. Quoique cette pièce offrit une couleur noire, elle n'était pourtant ni sphacelée , ni réduite en un tissu mollasse et pulpeux. Ses parois avaient encore assez de solidité 3 seulement la tunique veloutée, la plus noire de toutes, paraissait corrodée dans plusieurs endroits, et laissait à nu le tissu cellulaire qui l'unit à la musculeuse. Les deux extrémités de cette portion d'intestin étaient déchirées très - obliquement, ce qui me donna la facilité d'examiner la surface interne de l'intestin sans être obligé de le fendre. Celui-ci était dans toute son intégrité dans le reste
de sa longueur, et susceptible d'être soufflé et distendu par l'air, à l'exception pourtant d'un point où l'on remarquait une fente longue de six lignes.
La blancheur du mésentère, qui contrastait avec la couleur noire et livide de l'intestin, renfermait de la graisse entre ses deux feuillets. En séparant ces derniers l'un de l'autre, je ne rencontrai point de vaisseaux sanguins, mais seulement des filamens floconneux très-nombreux, se dirigeant tous vers les intestins. Ces filamens me parurent être les artères et les veines mésentériques atrophiées et oblitérées ; je cherchai en vain des glandes lymphatiques entre les feuillets de ce mésentère.
Quatre mois après l'examen de cette pièce on m'avertit que la femme qui l'avait fournie était morte d'une indigestion, après avoir éprouvé, quelques heures avant sa mort, tous les symptômes de sa première maladie. Je me rendis sur les lieux, et j'obtins l'exhumation du cadavre enseveli depuis trois jours. Après avoir ouvert le bas-ventre , singulièrement météorisé, j'examinai, de concert avec M. le docteur Ehrmann, alors chef des travaux anatomiques de notre Faculté, tout le canal alimentaire, depuis l'estomac jusqu'au rectum. Nous trouvâmes, en faisant glisser les intestins successivement entre nos doigts, qu'il s'était fait une rupture à l'intestin grêle vers le côté gauche de la région ombilicale; cette ouverture avait livré passage à des matières fécales et à des noyaux de cerises. Nous reconnûmes que c'était l'iléon qui s'était rompu : au-dessus delà rupture cet intestin, distendu, avait trois pouces deux lignes de
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diamètre; ses parois avaient trois quarts de ligne d'épaisseur. En recherchant avec attention le point où s'était opérée la séparation, nous aperçûmes, 1 .° des adhérences contre nature du mésentère avec l'intestin; 2° une espèce de bourrelet avec rétrécissement , qui nous parut l'endroit précis d'où s'était détachée la portion d'intestin rendue par les selles; 5.° des lambeaux de tuniques résultant de la nouvelle et dernière rupture, qui avait occasionéla mort.
La portion inférieure de l'intestin avait moins de capacité que la supérieure; ses tuniques étaient minces et flasques , sans bourrelet ni rétrécissement ; des lambeaux membraneux flottans provenaient la plupart d'une déchirure récente; un seul , caché dans l'intestin et de la longueur du petit doigt, nous parut avoir appartenu à la portion d'intestin qui, trois mois auparavant , avait été expulsée par les selles.
§. 172. On explique d'une manière plausible la séparation d'une si grande portion d'intestin par l'invagination de la partie supérieure de ce canal dans sa partie inférieure, et par l'étranglement de la portion invaginée. Celle-ci tombe en gangrène, se sépare des portions saines , lesquelles s'unissent par inflammation adhésive : ainsi se rétablit la continuité du tube digestif.
§. 173. Les cas curieux que nous venons de rapporter, semblent constituer une sorte de hernie interne ; la portion d'intestin invaginée représente l'intestin déplacé; celle dans laquelle elle s'invagine forme une sorte de sac herniaire; l'anneau est figuré
par le point où s'opère l'étranglement; la cause ele ce dernier réside, ou dans la portion d'intestin invaginante, ou dans le mésentère qui s'introduit avec la portion invaginée et est susceptible de se replier autour d'elle et d'exercer sur elle une constriction plus ou moins forte.