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CHAPITRE III

De la raréfaction de tissus.

§. 174. Je considère sous un point de vue général un phénomène d'anatomie pathologique, auquel je donne le nom de raréfaction de tissus, et qui me paraît être le premier degré de toute altération organique. La raréfaction consiste dans une diminution de cohésion entre les molécules qui composent les parties, d'où résultent entre ces molécules des espaces que remplissent bientôt des fluides de différent genre , ce qui produit nécessairement une augmentation du volume, avec diminution de la masse de ces parties.

Les organes les plus durs comme les plus mous offrent des exemples de cette altération.

§. 175. Lorsque la substance compacte des os est changée en un tissu spongieux, je dis qu'elle est raréfiée; lorsque la table interne des os du crâne m'offre, au lieu d'une substance éburnée, un tissu poreux et réticulaire, j'y reconnais encore la raréfaction. Je la reconnais de même dans le boursouflement de la cornée qui précède le staphylome ;

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dans la laxité du tissu cellulaire chez les individus d'une constitution lymphatique; dans l'état spongieux des gencives et des membranes muqueuses en général ; dans le relâchement de ces mêmes membranes avant qu'il ne s'y forme des polypes muqueux ; dans le ramollissement de tissu de certains organes, comme, par exemple , des reins lors du diabètes, etc. L'état spongieux de la matrice pendant la grossesse, est une raréfaction de tissu dans l'ordre physiologique.

§. 176. Toutefois la raréfaction des organes ne doit pas être confondue avec leur ramollissement; elle en est la condition , mais ne le constitue pas. Les autres conditions du ramollissement sont : i ,° ou imbibition du tissu raréfié par des fluides capables de l'altérer : c'est ce qui arrive à la rate par l'action du sang retenu dans son parenchyme; au poumon, par celle des matières puriformes ; à la membrane muqueuse gastro-intestinale, par celle des sucs gastriques et entériques altérés; 2.° ou altération de nutrition et véritable changement dans la composition chimique de la partie malade, comme on le voit dans le ramollissement des os et dans l'ostéosarcose; 3.° ou fonte putride des parties par suite de leur mortification.

Or, qui ne voit que, ces causes principales du ramollissement étant si différentes les unes des autres , et produisant même des effets si variés, il n'est guère possible de le considérer sous un point de vue général? C'est ce qui m'empêche de lui consacrer dans ce Traité un chapitre à part; quoique je sente par-

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faitement que, si les diverses sortes de ramollissement sont très-dissemblables sous le rapport anatomique , elles ont toutes néanmoins quelque chose de commun sous le rapport physiologique; savoir, la diminution ou même l'anéantissement de la force vitale dans la partie malade.

§. 177. Il en est de l'induration comme du ramollissement, qui lui est opposé. Dans celle-là, le tissu de l'organe devient compacte, il acquiert une densité plus ou moins considérable; mais les organes indurés ne se ressemblent que par un seul côté; car, qu'y a-t-il de commun entre le durcissement du cerveau et une artère ossifiée? Quel rapport existe entre un cœur hypertrophié et une glande lymphatique farcie de matière tuberculeuse?

§. 178. Pour revenir à la raréfation, elle est due, dans la plupart des cas, à l'action mécanique des fluides qui occupent les mailles du tissu raréfié; elle est donc un phénomène consécutif. Néanmoins je ne suis pas éloigné d'admettre dans quelques circonstances une raréfaction de tissu primitive , dépendante d'une force cP expansion dans les molécules composant la texture des parties. Lorsque cette raréfaction se fait d'une manière subite , il en naît des douleurs extrêmes ; parce que cet écartement interrnoléculaire est en petit ce que la dilatation démesurée des viscères creux, tels que la vessie urinaire, les intestins, la distension forcée des ligamens, sont en grand. On sait par les expériences de Bichat sur les animaux, que cette dernière cause d'atroces souffrances ; peut-être est-ce la raison pour

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laquelle les exostoses laminées sont constamment accompagnées de douleurs, tandis que les exostoses eburnées sont toujours indolentes. Pour expliquer cette différence, on a eu recours de tout temps à des principes morbides spécifiques, mis en jeu dans le premier cas , et non dans le dernier. J'admets aussi cette cause • mais c'est par l'élément nerveux qu'elle commence à agir d'abord; celui-ci, à son tour, exerce une force d'impulsion (impetum faciens) dont tous les efforts tendent (comme je le ferai voir plus tard) à l'expansion et à la raréfaction des parties. Plus un tissu est dense et serré , moins un tissu peut se prêter à la. distension que détermine en lui cette impulsion vitale, plus les symptômes du mal sont graves. C'est pour cette raison que les lésions de la dure-mère, celle de l'aponévrose du muscle temporal , etc. , sont accompagnées d'accidens si fâcheux. Je me réserve d'examiner ailleurs si c'est à l'inflammation des parties fibreuses que sont dus ces accidens , ou s'ils ne dépendent pas d'un état qui la précède et qui n'aurait pas encore été suffisamment étudié.

§. 179. Quoi qu'il en soit de mon opinion sur le rapport entre la raréfaction de tissus et la présence des fluides dans leurs mailles, puisqu'il est constant que ceux-ci décident la première dans la plupart des cas, je la décrirai successivement sous les titres de raréfaction de tissus par pneumatose , par hydranose , par hématonose , par fluxion et par inflammation.

lia réfaction de tissus par dégagement de gaz \ ou par pneumatose. l

§. 180. La présence des gaz dans les intestins, des fluides aériformes dans le tissu cellulaire commun et dans celui des organes, de l'air contenu dans les grandes cavités séreuses , dans l'intérieur des viscères creux, etc., veut être envisagée d'une manière générale, par la raison qu'elle paraît dépendre d'une action vitale déterminée, et non être l'effet de la déglutition de l'air atmosphérique et de son mélange avec les alimens, ni le résultat des lois chimiques de composition et de décomposition, comme on l'avait autrefois pensé.

§. 181. Établissons d'abord l'existence des gaz dans les endroits que nous venons de désigner.

L'air contenu dans le canal alimentaire, même pendant l'état de la plus parfaite santé , son développement augmenté dans les digestions difficiles, la distension énorme des intestins dans les cas de météorisme, etc., n'ont pas besoin d'être prouvés. J'en dis autant de la tympanite abdominale, ou de l'accumulation de gaz dans la cavité du péritoine , de celle qui a lieu dans la cavité de la matrice , de l'emphysème du mésentère , de l'épiploon , et des tuniques des intestins. 2

De TrvëVfJLct, air, vent.

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L'air renfermé dans la vésicule du fiel , celui des cavités thorachiques, l'emphysème du poumon, les gaz infiltrés dans quelques parties du cerveau, se rapportent à des cas moins fréquens; mais ce qui est plus rare encore, c'est la présence de l'air dans les vaisseaux, et son mélange avec le sang et les humeurs.

§. 182. Si l'existence des gaz dans les endroits que je viens de nommer, n'est le sujet d'aucun doute, il n'en est pas de même de la source dont ils éma^ nent et de la manière dont ils se développent.

A l'égard de la formation des gaz dans les in-? testins pendant l'état de santé, l'opinion la plus générale est qu'ils se dégagent des alimens : il est incontestable que certains mets en produisent beaucoup , et sont par cette raison reconnus pour trèsflatulens. Mais on peut se demander si ces gaz des intestins étaient primitivement contenus dans les alimens, et sont devenus libres par la décomposa tion de ceux-ci ? ou bien si ces alimens , ordinairement difficiles à digérer, ont coûté plus de travail aux forces digestives pour être réduits en chyme, et s'ils ont produit par là une évaporation gazeuse plus abondante de la part des intestins ? Dans cette dernière supposition, les gaz seraient le produit de l'action des organes , et non le résultat de la décomposition de la substance alimentaire.

§. 183. Quelle que soit la variété de ces subs-

matosis, §. 710, 711, 714 et 71 5, — Voigtel , JRath. anat.$

tances, on remarque que les gaz intestinaux sont toujours de la même nature. Ils sont constamment composés d'acide carbonique, d'hydrogène et d'azote, de telle sorte que c'est l'acide carbonique qui prédomine par la quantité, ensuite l'hydrogène, et enfin l'azote. Dans les gros intestins, l'hydrogène se sature de soufre ; de là l'odeur hépatique très -prononcée des gaz excrétés. l

Cette composition serait-elle aussi constante dans ses élémens et dans leur proportion, si elle dépendait de la grande variété des alimens dont on se nourrit? Les fruits, les légumes frais ou secs, les viandes , les épices , etc. , si différens dans leur nature , donneraient-ils, par cette décomposition, toujours le même résultat chimique ? N'est-il pas plus naturel de croire que la production de ces gaz est l'effet d'une action directe des organes?

§. 184. D'autres considérations viennent fortifier ces idées.

1 .° La même quantité et la même espèce d'alimens sont prises par deux individus, dont l'un a les forces digestives en bon état , tandis qu'elles languissent dans l'autre : la digestion du premier sera accompagnée du dégagement de peu de vents , tandis que le dernier en sera tourmenté. D'où vient cette différence? De ce que les organes de ce dernier doivent faire plus d'efforts et déployer une plus grande action.

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