‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 2)Chapitre 56 sur 219 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MoaTements da liasslii eonsldérë* dans lears rapp«rUi

avec la coxali^le.

Les articulations du bassin sont tellement serrées que les pièces osseuses qui les composent ne possèdent à l'état normal aucun mouvement partiel ; les symphyses pubienne et sacro-iliaque se commandent de telle façon que Tune ne peut éprouver le plus léger mouvement, si l'autre n'est préalablement disjointe ou au moins très-relâchée. Par la même raison, un effort exercé sur l'une d'elles dans un sens quelconque réagit sur l'autre : ainsi observe-t-on presque toujours, en même temps qu'une disjonction de la symphyse pubienne ou qu'une fracture du pubis, un diastasis de la symphyse sacro-iliaque.

Si le bassin n'exécute pas de mouvements partiels, il présente des mouvements de totalité. Ces mouvements se produisent soit sur la colonne vertébrale, soit sur les membres inférieurs.

Je ne m'occuperais pas dans un livre comme celui-ci des mouvements du bassin, s'il ne m'avait paru utile de les rapprocher des déformations si complexes que l'on observe dans la coxalgie : aussi est-ce surtout à ce point do vue que je me propose de les envisager.

Le bassin exécute des mouvements autour d'un axe transversal, d'un axe antéro-postérieur et d'un axe vertical.

Les mouvements de flexion et d'extension, qui sont les plus importants et les plus étendus, se font autour d'un axe transversal passant par l^s deux cavités cotyloïdes. Lorsque les membres inférieurs sont fixés, c'est le bassin qui se meut sur cet axe; lorsque le tronc est immobile, ce sont les fémurs qui se meuvent sur l'os iliaque. On voit ainsi Tétroite solidarité qui unit les mouvements du bassin et ceux du fémur, et pourquoi dans la coxalgie les mouvements du bassin sont si profondément modifiés.

■Les agents du mouvement de flexion sont les muscles qui s'attachent d'une

HODVEHBNTS BU BASSIH. 733

pari au fémur, et d'aulre part au spgment antérieur du bassin, et en paiticulier le muscle droit antérieur de la cuisse et le psoas iliaque. Ils sont peu puissants, mais il n'en est pas de même des agents de l'eictension représentés par la masse des muscles fessiers et par les muscles de la région postérieure de la cuisse. L'une des principales limites à ce mouvement d'extension est la capsule coxofémorale, qui présente à cet effet une énorme épaisseur en avant.

Le bassin exécute autour d'un axe anléro-postérieur des mouvements d'inctinaiaon latérale, en vertu desquels une des épines iliaques s'abaisse au-dessous de l'autre.

Autour de l'axe vertical le bassin exécute des mouvements en vertu desquels l'une des épines iliaques se porte en avant de l'autre, c'est un mouvement de rotation, de torsion. Le bassin peut prendre toutes les attitudes où ces mouvements sont combinés.

Flexion et extension, inclinaison latérale et rotation, tels sont donc les mouvements qu'exécute le bassin, Dana la coxalgie, le bassin reste fixé dans l'attitude que prennent instinctivement les malades, soit pour éviter la douleur, soit pour prendre dans le lit la meilleure position.

Peu de temps après l'apparition des premiers symptômes de la coxalgie (douleur, claudication, effacement du pli de l'aine, etc.), il survient généralement, sous une influence que je n'ai pas i!k étudier ici, un certain degré de Qexiondela cuisse sur le bassin. Nous avons vu que : flexion delà cuisse sur le bassin, flexion du bassin sur lu cuisse, ce sont deux niouveiuents qui se passent autour du même axe transversal. Or, h cette période de la coxalgie existe un symptôme constant et d'une grande valeur, c'est l'immobilisation absolue de l'articulation . coxo-fémorale. Le fémur et l'os iliaque paraissent soudés l'un à l'autre, ils se meuvent tout d'une pièce ; il y a iransmission des mouvements du membre inférieur au bassin. Je suppose donc le fémur flécbi sur le bassin, et ces deux parties immobilisées dans cette position : si l'on veut alors redresser la cuisse du cùté malade, la mettre dans le parallélisme avec l'autre, l'os iliaque suivra ce mouvement, mais à condition qu'il se produise en même temps un mouvement d'extension entre le bassin et la colonne lombaire. Il en résulte une attitude à laquelle on donne le nom de cambi-ure, d'ensellivf, lombaires. Plus la flexion de la cuisse sera prononcée, plus profonde sera la cambrure. On mesure le degré de flexion de la cuisse au degré de cambrure, et réciproquement : mais il faut savoir que la cambrure lombaire n'est que l'effet de la flexion de la cuisse sur le bassin ; elle disparait quand on rend au membre inférieur son degré de flexion pathologique, tandis que la flexion ne disparait pas par la production de la cambrure lombaire; elle est seulement masquée.

Ainsi donc, dans la coxalgie, le bassin ne peut plus se mouvoir autour de son axe transversal, il est immobilisé sur la cuisse, il no forme plus qu'un seul levier avec le fémur, et il n'y a de mobile que son articulation supérieure ou vertébrale : par conséquent, tous les mouvements imprimés nu membre inférieur ne se produiront plus entre celui-ci et le bassin, mais entre le bassin et la colonne vertébrale.

La cambrure lombaire dissimule donc complètement la flexion de la cuisse sur le bassin au début de la coxalgie, et, si celte cambrure est légère, on peut ne pas l'apercevoir. C'est ainsi que se produisent et s'aggravent des déviations qu'il eût été facile de faire disparaître au début de la maladie.

734 ANATOMIB TOPOGRAPHIQUE.

Dans les premiers temps de la coxalgie, le bassin ne se dévie en général que suivant Taxe transversal, il est simplement fléchi ou incliné en avant; à cette période, on ramène aisément, à Taide du chloroforme, la cuisse dans Textension sur le bassin. Mais celui-ci ne tarde pas à se dévier suivant les deux autres axes antéro-postérieur et vertical.

Le bassin, ai-je dit, se meut normalement autour de son axe antéro-postérieur, de telle façon que Tune des épines iliaques, tout en restant dans le même plan vertical que celle du côté opposé, s'abaisse plus ou moins; c'est le mouvement d'inclinaison latérale. Dans la coxalgie, le bassin s'incline latéralement; il s*incline ordinairement du côté malade. Cette déviation se produit en général après la flexion, mais elle apparaît néanmoins dans les premiers temps de la coxalgie. Supposons pour un instant que le bassin n'éprouve que ce seul mouvement d'inclinaison latérale, sans flexion ni rotation (ce qui n'existe pas dans la coxalgie), on conçoit qu'il en doive résulter un allongement apparent du membre. On a fait la comparaison suivante : le bassin représente la tige transversale d'une balance à laquelle sont attachés deux plateaux, qui sont les membres inférieurs. Inclinez la tige d'un côté, le plateau correspondant s'abaissera au-dessous de Tautre, et si vous ne considérez que les plateaux, l'un paraîtra plus long que l'autre, sans qu'il y ait en réalité de différence dans la longueur. Ainsi, dans la coxalgie, le bassin s'inclinant latéralement du côté malade, le membre correspondant paraît plus long que l'autre ; il y a allongement apparent^ tandis que la mensuration donne un raccourcissement.

Voici la raison de cette contradiction. L'inclinaison latérale du bassin équivaut à un mouvement d'abduction du membre inférieur du côté abaissé. Or, faites l'expérience suivante : mettez un sujet sur un plan horizontal, portez une jambe, la droite, je suppose, dans l'abduction, rapprochez ensuite la jambe gauche de la droite, et vous verrez que la jambe droite paraît notablement plus longue que la gauche. Mesurez les deux membres, et vous trouverez que celui qui paraît le plus long, c'est-à-dire le droit, est alors le plus court. En effet, le mouvement d'abduction de la cuisse tend à fermer l'angle que forment l'épine iliaque antéro-supérieure, la cavité cotyloïde et le pied, c'estrà-dire à rapprocher l'un de l'autre les deux points extrêmes qui servent à la mensuration. Ainsi donc, c'est au mouvement d'abduction exclusivement qu'est due la différence dans la longueur des deux membres à la mensuration. Ainsi s'explique ce phénomène étrange et bien imprévu d'un membre qui paraît plus long que l'autre à l'œil et qui se trouve plus court à la mensuration, alors qu'en réalité les deux membres ont la môme longueur. Je reviendrai plus tard sur ce sujet, et nous verrons l'inexactitude d'une théorie admise jusqu'à notre époque, théorie basée sur cet allongement que l'on croyait réel.

Le bassin exécute un troisième mouvement autour d'un axe vertical, c'est-àdire que les épines, tout en restant dans le môme plan horizontal, se portent l'une en avant de l'autre; c'est le mouvement de rotation, de torsion. On l'exécute en regardant, par exemple, par-dessus son épaule, les pieds restant immobiles. Ce même mouvement se produit lorsqu'on porte le membre inférieur dans l'adduction avec un certain degré de rotation en dedans. Or, c'est ordinairement cette altitude que prennent les coxalgiques à la dernière période de la maladie. Lorsque cette affection est mal soignée, c'est-à-dire abandonnée à elle-même, et que les malades guérissent néanmoins, ils sont en général ankylosés dans la

Page 1