STRUCTURE DU COL DE LA VESSIE
Le col de la vessie se compose d'une muqueuse, d'un sphincter, de vaisseaux vi de nerfs.
Muqueiite. — Anatomiquement, elle diffère peu da la muqueuse du corps, mais elle en diffère profondément au point de vue pathologique. Très mince el d'un blanc rosé, elle se distingue de la muqueuse du corps par l'existence d'un certain nombre de plis radiés {fig. 215) qui partent du verumontanuin et sont désignés, par cette raison, sous le nom de freins du verumontanum. Ces plis sont comparables à ceux qui existent au pourtour de l'anus. De ce rapprochement analomique entre les deux régions est résulté naturellement un rapprochement pathologique. Entre les plis radiés de l'anus on observe fréquemment des fissures, dont quelques-unes donnent naissance à une contraction très- douloureuse du sphincter; on s'est demandé depuis longtemps si certaines contraclures douloureuses du col vésical ne reconnaUraient pas la mOme cause. Malheureusement, il est très-difficile de le démontrer, mais cette opinion me parait très-vraisemblable, el dans tous les cas rend bien compte des phénomènes cliniques.
Du reste, que ce soit une fissure de la muqueuse ou bien une simple inflammation, on observe dans les cas de cystite du col de la vessie un ensemble de symptômes nettement tranchés, et qui dilTbrent de ceux provoqués par la cystite du corps. 11 en existe trois principaux : envies fréquentes d'uriner, douleur plus ou moins vive à la fin de la miction, besoin d'uriner impérieux dés qu'il se fait sentir. Les emies d'uriner se succèdent parfois si rapidement, que les malades paraissent atteints d'une incontinence , mais c'est une incontinence par excès et non par défaut. J'ai vu une femme, atteinte de cystite du col, obligée de se tenir constamment sur une chaise percée, avec un bassin placé sous elle, comme une gâteuse, tant les mictions étaient rapprochées. Les malades rendent parfois, à la Un de la miction, quelques gouttes de sang, ce qui serait favorable à l'hypothèse d'une fissure occupant l'un des plis radiés.
La cystite du col de la vessie reconnaît souvent pour cause une ancienne hlennorrhagie, mais elle peut se développer sous l'influence du froid, surtout du froid humide ; Civialc la considérait comme une simple névralgie. Quelle que soit la cause, il faut savoir qu'elle constitue une affection rebelle, parfois désespérante, et pour le malade et pour le chirurgien. Après avoir épuisé en vain toutes les ressources du traitement médical, j'ai souvent obtenu des résultais remarquables et rapides par le passage de bougies Béniqué, de plus en plus volumineuses, de façon à pratiquer une sorte de massage du col. La cautérisation avec le nitrate d'argent réussit également dans certains cas.
Pour pratiquer cette dernière opération, je me sers du porte-caustique de Lallemand, auquel on est arrivé à donner une courbure semblable à celle des sondes ordinaires, ce qui en facilite l'introduction. Voici en quelques mots comment je procède : j'introduis l'instrument jusque dans la vessie, el lui imprime ensuite des mouvements de rotation : tant que le bec de l'instrumenl est dans la cavité vésicale, les mouvements s'exécutent librement; aussitôt qu'il arrive dans le col, les mouvements sont limités, et on acquiert ainsi la notion indispensable que le bec de l'instrument répond alors au col. On retire ensuite
Tlluui. —Anal, lopograp/iigat. W
l'instrument d'une longueur égale à celle de la cuvette et on pousse celle-ci, qui se trouve alors correspondre exactement au col; puis on lui imprime plusieurs mouvements de rotation, de façon à toucher tous les points de la muqueuse.
Le parallèle entre la cystite du col de la vessie et la fissure à l'anus a fait songer à employer pour ces deux affections un traitement identique, la dilatation forcée, qui réussit si admirablement dans la seconde. M. Mercier a fait construire un instrument dans ce but. J'en ai également imaginé deux qui ont été figurés par mes élèves MM. les D" Sockeel et Legarrec dans leurs thèses inaugurales. J'ai employé plusieurs fois dans le môme but chez la femme la pince à pansement, après avoir préalablement limité les deux anneaux au degré où l'on veut porter l'écartement. Mais les résultats obtenus jusqu'ici ne sont pas suffisants pour qu'on puisse se prononcer sur la valeur de ce traitement.
Dolbeau, qui pratiquait la dilatation du col pour son opération de la lithotritie périnéale, nous a appris qu'elle peut s'opérer circulairement chez l'homme, sans craindre de déchirures, jusqu'à 2 centimètres de diamètre.
Lorsqu'on a épuisé en vain les ressources du traitement médical (frictions, bains de siège, régime, eaux spéciales, etc.), lorsque l'emploi méthodique des bougies Béniqué, la cautérisation, la dilatation forcée, ont échoué, si la cystite du col persiste assez intense pour enlever tout repos au malade, et que celui-ci réclame du soulagement, on pourrait songer à faire une section profonde du col. On a pratiqué dans ce but des incisions par le rectum (Schuh), et la science renferme un certain nombre d'observations de tailles pratiquées sans que la vessie contînt des calculs, à la suite desquelles les douleurs avaient disparu (Guthrie), phénomène dû sans doute à la section complète du col et de son sphincter.
Sphincter de la vessie, — Le sphincter de la vessie est constitué par un anneau musculaire épais, situé immédiatement au-dessous de la muqueuse. D'après M. Sappey, le sphincter embrasse le tiers postérieur de la portion prostatique de l'urèthre; il est large de 10 à 12 millimètres, et son épaisseur en mesure 6 à 7 dans sa moitié postérieure. Il diminue d'épaisseur à mesure qu'on approche du verumontanum ; par sa couleur et sa consistance, il ressemble à la prostate, avec laquelle il paraît se confondre, ce qui a pu en faire méconnaître l'existence.
Le sphincter de la vessie a pour fonction de s'opposer à la sortie incessante de l'urine en fermant complètement l'orifice interne de l'urèthre ; il s'entr'ouvre, d'après M. Sappey, non-seulement sous l'infiuence de la pression exercée par le liquide, mais encore grâce à l'action de la couche profonde des fibres musculaires du corps de la vessie. Quoi qu'il en soit, il existe entre l'action du corps et celle du col un équilibre d'où résulte la miction normale; tant que le muscle vésical ne se contracte pas, le sphincter suffit à s'opposer à la sortie de l'urine, mais, la contraction des fibres de la vessie l'emportant sur la résistance du sphincter, celui-ci s'entr'ouvre pour laisser sortir l'urine et se referme aussitôt que le phénomène est accompli.
Or, deux états morbides du sphincter vésical entravent le jeu régulier de la miction : le sphincter peut être contracture, il peut être relâché.
La contracture du sphincter est d'ordre réflexe et reconnaît pour cause, soit une fissure, soit une inflammation simple, comme on l'observe, par exemple, dans le cours de la blennorrhagie, ou bien une irritation de nature indétermi-