‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 2)Chapitre 88 sur 219 · B. — TESTICULE · texte numérisé non relu

B. — TESTICULE

Le testicule est l'organe destiné à la sécrétion du sperme. Au nombre de deux, l'un droit, l'autre gauche, les testicules n'ont qu'une seule enveloppe qui leur soit commune, la peau ; les autres tuniques du scrotum sont spéciales à chacun d'eux. Le testicule gauche descend généralement plus bas que le droit, ce qui, joint à la grande mobilité dont jouissent ces organes, permet d'éviter leur compression réciproque dansla marche et dans le croisement des membres inférieurs.

Leur uo/ume est variable suivant l'âge et les individus. Ils présentent, en général, les dimensions suivantes : longueur, 4à5centimëtres, épaisseur, 2 centimètres et demi ; hauteur (c'est-à-dire distance d'un bord à l'autre), 3 centimètres. Leur volume est loin d'ailleurs d'être en rapport constant avec la faculté génésique.

La fovme des testicules est celle d'un ovoïde aplati transversalement. Us sont suspendus à l'extrémité du cordon, et leur grand axe (pg. 220) est oblique de haut en bas et d'avant en arrière. H en résulte qu'on leur considère deux faces latérales : l'une externe, l'autre interne ; deux bords : l'un antérieur et inférieur, l'autre postérieur et supérieur ; deux extrémités : l'une antérieure et supérieure, l'autre inférieure et postérieure.

Suivant Curling, le ^oids d'un testicule sain est de 18 à 30 grammes. Dans le cas de testicule unique, le poids augmente ; l'auteur anglais en a rencontré un qui pesait 70 grammes.

La comislance du testicule est ferme, un peu élastique ; elle est d'autant plus ferme que les testicules sont plus gorgés de sperme; elle diminue notablement chez les vieillards. La consistance augmente dans certaines maladies de l'organe, principalement dans la tuberculose et dans le testicule syphilitique. Ce qu'il importe surtout de noter, c'est que la glande est complètement lisse et offre partout vne contittance égale : aussi, lorsque l'on constate au toucher l'exis-

ANATOMIE TOPOGRAPIUOUE.

c'-ùlak (grandeur naturelle) I QE, queut de rtpididimc.

k, paini it'fdUrence de »

TBSTICULB. 700

tenco de noyaux d'induration, est-ce toujours l'indice d'un état morbide. Los deux maladies que je viens de désigner donnent surtout naissance à ces noyaux ; on les rencontre encore dans l'enchondrotne, dans certaines variétés de

La pression exercée sur le testicule développe une douleur spéciale, suigetiem, cjue les malades apprécient très-bien : celle sensation vienl souvenl en aide au (.■hirnrgien pour déterminer le point précis qu'occupe l'organe. Elle est importante Si noter surtout dans les cas où il n'y a pas de transparence, dans l'hydro-hématocÈle, par exemple, où la ponction et l'injection iodée peuvent encore amener la guérison. Si le malade surtout accuse la douleur caractéristique en bas et en arrière, lieu où se trouve ordinairement le testicule, on pourra sans crainte de blesser la glande ponctionner en avant. Si l'on n'avait aucun indice sur le lieu qu'occupe le testicule, c'est encore sur ce point qu'il faudrait ponctionner pour avoir le plus de chances de ne pas le rencontrer.

La contusion du testicule détermine une douleur extrêmement forte, d'une nature spéciale et qui donne souvent lieu à la syncope. Les piqûres de cet organe ne produisent pas le même résultat.

La sensibilité peut disparaître, dans le testicule syphilitique, par exemple ; le phénomène est d'autant plus facile ix constater que la maladie ne siège ordinairement que d'un seul cûlé.

airuclur'e du teiticule. — Le testicule est composé d'une enveloppe Dbreuse spéciale, la tunique alduginée, d'un lissu propre, de vaisseaux et de nerfs.

La tunique albuginée a été comparée justement à la sclérotique, quant à sa couleur, sa structure et ses propriétés. Elle est d'un blanc bleuiVtrc et sillonnée de haut en bas par des vaisseaux qui en occupent l'épaisseur, comme les sinus veineux du crAne occupent celle de la dure-mère. Son épaisseur atteint 1 millimètre ; dans un point que je signalerai bientôt, au niveau du corps (Thiglunor, l'épaisseur est de 3 millimètres environ.

Comme toutes les enveloppes fibreuses, l'albuginée est susceptible de se distendre fi la longue, sous rinlluence d'une pression continue, mais elle résiste absolument à une pression brusque : de là les douleurs intolérables que provoque l'inHammation des parties qu'elle contient et le conseil de la débrider donné par Vidal, de Cassis. Les symptômes provoqués par l'orchite (je parle ici de l'orchite proprement dite et non pas de l'épididymite), c'est-à-dire par l'étranglemenl que produit la tunique albuginée sur la substance séminifèrc, peuvent même s'accompagner d'irradiations douloureuses dans le ventre et de vomissements qui en imposent à première vue pour une hernie étranglée, ainsi que je l'ai observé sur un malade qui me fut adressé à Lariboisière comme atteint de celte dernière affection. Les accidents généraux disparaissent en même temps que cède la tunique albuginée, et nul doute qu'il ne faille dans ce cas opérer un débrideraent le plus tôt possible.

Les phénomènes d'étranglement surviennent de préférence lorsque l'inflammation s'empare d'un testicule resté dans l'intérieur du canal inguinal, et l'on conçoit que le diagnostic puisse présenter alors de sérieuses difficultés. 11 ne faut tout'.'fois pas hésiter à débrider la paroi antérieure du canal inguinal.

C'est surtout dans les cas de sarcome ou d'encépbaloïde du testicule que l'on observe la dislension graduelle de la tunique albuginée. La tumeur reste longtemps lisse et présente une consistance élastique: d'où la difficutlé d'établir.

d'après les signes physiques, le diagnostic différentiel avec Thématocèle, par exemple. Cependant à la longue la tunique albuginée s'amincit, cède en un point : la substance morbide ne tarde pas à s'engager par cet orifice et à former des bosselures auxquelles Nélaton attachait avec juste raison une grande valeur diagnostique.

La tunique albuginée et les travées celluleuses qui partent de sa face interne sont souvent le siège de la syphilis tertiaire. On trouve alors des noyaux, des plaques indurées qui apparaissent, en général, longtemps après l'accident primitif, mais se développent parfois d'une manière précoce pendant la période des accidents secondaires. M. Ricord a désigné cette affection sous le nom d'albuginite ; c'est le testicule syphilitique. Il se développe d'ailleurs des produits analogues dans l'épididyme, et M. A. Fournier a décrit de plus une lésion tertiaire de ces deux organes caractérisée par la présence de tissu gommeux dans leur épaisseur : il l'appelle sarcocèle gommeux.

Si l'on divise la tunique albuginée le long du bord inférieur du testicule et qu'on cherche à l'isoler doucement de la substance propre, on voit que de la face interne de la membrane se détachent un grand nombre de vaisseaux et de cloisons celluleuses qui s'enfoncent entre les lobes de la glande séminale de façon à la diviser en autant de compartiments distincts. Il existe donc dans le contenu de la tunique albuginée deux éléments distincts : l'élément celluleux et l'élément glandulaire. Or, je pense que l'inflammation de l'élément celluleux donne naissance à une variété de l'affection décrite sous le nom vague de fongus bénin du testicule.

Voici en quelques mots comment se succèdent les diverses phases de la maladie dans cette variété : orchite avec développement de phénomènes locaux et généraux souvent fort intenses. Après quelques jours, la peau rougit et proémine sur un point limité du scrotum ; il survient de la fluctuation. Ou bien on pratique une ponction, on bien la peau s'ulcère d'elle-même, et il sort une petite quantité de pus ; l'orifice cutané s'agrandit et les jours suivants apparaissent des lambeaux de tissu cellulaire sphacélé et en même temps une substance qui n'est autre que la substance séminale elle-même poussée du dedans au dehors sous forme de champignon. Elle s'élimine peu à peu, et une nouvelle portion la remplace jusqu'à ce que le testicule soit complètement éliminé ; il ne reste plus à la fin qu'une coque constituée par les débris de la tunique albuginée, après quoi la cicatrisation commence et s'achève généralement assez vite. Il semble qu'il se soit développé un processus inflammatoire ayant pour but d'expulser la substance séminale.

Cette variété de fongus n'est autre qu'un phlegmon du testicule, et j'ajouterai un phlegmon diffus, c'est-à-dire gangreneux ; les cloisons celluleuses en sont le siège ; frappées de sphaccle, elles sont éliminées et entraînent avec elles les tubes séminifères qu'elles emprisonnent normalement (1).

(1) On a décrit jusqu alors, sous le nom de fongus bénin du testicule, trois lésions bien distino tes, dont J'emprunte la description sommaire à la thèse de M. Hennequin :

1* La tumeur granuleuse {granular swelling d*A. Coopor), formée par une agglomération de bourgeons charnus développés sur Tenveloppe flbro-séreuse de la glande séminale malade. Ces bourgeons charnus, sous Tinfluence de la richesse et de Tactivité vasculaires de la région, prennent un développement extraordinaire et s'étalent sur les tuniques scrotales perforées, sous forme de tumeur végétante. C'est le granulome des micrographes.

2* La hernie du testicule, albuginée comprise, à travers une perforation du scrotum (fongus bé*

Substance proptt. — La substance propre du testicule ne peut être comparée à aucune autre; elle présente des caractères spéciaux qui permettent de la rccunnaître à l'œil nu, même sous un très-petit volume et à l'état pathologique. C'est une pulpe molle, d'un gris jaunAtre, composée d'une multitude de tubes que Con peut étirer sous forme de filaments plissés, ondulés, plus ou moins long», et ({ui sont absolument caractéiistiques.

Les tubes séminifères se groupent en lobules complètement indépendants les uns des autres. M. Sappey admet deux cent cinquanlc à trois cents lobules pour chaque testicule. Chaque lobule est composé en moyenne de trois ou quatre tubes et présente la forme d'une pyramide dont le sommet se dirige vers le bord supérieur du testicule : il en résulte que la longueur des lobules varie beaucoup suivant qu'ils occupent la circonférence ou le centre de la glande ; les plus longs sont ceux qui s'étendent d'un bord h. l'autre.

Les divers lubes entrant dans la composition du lobule se réunissent en im seul qui Forme le sommet de la pyramide. Il existe donc deux cent cinquante ou trois cents tubes séminifères provenant des pyramides et se dirigeant vers le bord supérieur du testicule. Ces tubes sont rectilignes, et ont reçu le nom de conduits séminifères droits.

Les tubes droits pénètrent ensuite dans le corps dUJigkmor. On donne ce nom & un épaississement de la tunique albugiuée occupant la partie moyenne du bord supérieur du testicule (CH, fig. 219).

Au corps d'Highnior aboutissent donc tous les tubes séminifères et aussi les cloisons celluleuses qui séparent les lobes. Ce point peut ôtre considéré comme un centre d'irradiation, une sorte de pédicule.

Dans l'épaisseur du corps d'Highmor, les conduits séminifères formiînt un réseau anastomotique, le rete mirabile testis.

Du rete mirabile partent les canes efférenls du testicule qui se rendent dans le canal de l'épididyme. Telle est la disposition assez compliquée de la substance propre.

Les cûnes efférenls sont au nombre de dix à douze. Ils traversent d'abord la tunique albuginée, c'est-à-dire sortent du corps d'Highmor et vont gagner la tète de l'épididyme. Ils sont formés par un seul conduit qui se pelotonne de plus en plus sur lui-môme à partir de son origine, de façon à présenter la forme d'un cône dont le sommet répond au corps d'Highmor et la base à l'épididyme. Chaque cône olfre une longueur d'un centimètre et demi environ et, détail important, tous plongent durant leur trajet au sein d'une couche cellùleuse I&che, de telle sorte que, pour les découvrir, une fois la tunique vaginale enlevée, il sufllt d'écarter le tissu cellulaire avec des pinces.

Cette disposition analomique permet d'expliquer la production d'une maladie

niii supiirilciel de Jarjaray). La glands icrainale plus ou moins ûltcrée par une malailia préoiiatatiiu S'engage en loiallté ou en psrlic seuicmcni dans l'ouverlurc acroule ; sa tunique flbro-séreuau ■e recoutrc de bourgeon» eharnui etubéranu c|ui finissent par l'absorber. Cot état paihologiqae a beaucoup d'analogie avec celui des synatialcs articulaires et tendineuses devenues fonceuses.

3* La liernin des tubes a^minlTârcs (fongui bi^nin parcncitymaicut de Jatjsvay) à travers l'albufin<ïe et les tuniques scrotalcs. Après l'élimination partielle ou total<i des lubes, des bourgeons cliarnus exubérants s'i dËvelappent sur leur tronton, el prennent l'aspect d'une rramboise.

Le mol fangoM devrait disparaître do la nomenclature chirargicsle et Cire remplsL'i! dans le prcn]ier cas par celui de granutome, dans le second par celui de hernie du teitimte, et dans le irolsîâme par celui de hernie siminifére. \x fongus est, d'aprè* M. Hennequin, toujours consécutif k un étal pathologique préexistant ; orcbile chronique, tuberculose, syphilis.

curieuse de la région, sur laquelle ont insisté MM. Curling et Gosselin, maladie désignée par M. Sédillot sous le nom d'hydrocèle spermatique, et mieux par Marcé sous celui à' hydrocèle enkystée spermatique. Cette hydrocèle est remarquable en ce qu'elle siège en dehors de la tunique vaginale et que le liquide contient des animalcules spermatiques. Dans certains cas la poche est si voisine du testicule que cet organe se confond avec elle et parait accolé à sa surface, quoique toujours indépendant. Il est très-probable que le point de départ du kyste est Tun des cônes efférents ou bien le tissu cellulaire qui les entoure. La communication avec les voies spermatiques est-elle primitive, ou s'établit-elle consécutivement? Il est bien difficile de le démontrer rigoureusement, mais peu importe, le fait est qu'elle existe. Il n'est pas rare de voir sortir par la ponction un liquide louche, comme lactescent (1), et par conséquent opaque, circonstance importante au point de vue clinique, puisque la tumeur n'est pas transparente. Le liquide se distingue à première vue de celui de rhydrocèle en ce qu'au lieu d'être citrin il est aqueux et rappelle celui que contiennent les kystes hydatiques.

Les tubes séminifères sont quelquefois le point de départ de dilatations kystiques simples, mais les kystes du testicule sont bien plus souvent liés au sarcome. Il en est de même de l'hématocèle, qui n'est ordinairement qu'un épanchement de sang au sein d'une tumeur encéphaloïde. On n'observe d'ailleurs que très-rarement dans le testicule des tumeurs organiques de nature bénigne. Je rappellerai seulement pour mémoire les kystes par inclusion fœtale du scrotum dont Velpeau observa un exemple remarquable.

Les kystes épididymaires ou péri-épididymaires peuvent, comme l'hydrocèle delà tunique vaginale, se transformer en hématocèle, mais plus rarement.

A la partie antérieure du testicule existe un petit corps pédicule plus ou moins volumineux, mais constant, appelé hydatide de Morgagmi. M. Gosselin l'a désigné sous le nom d'appendice testiculaire et l'a considéré comme pouvant être le point de départ de kystes. Cet appendice est composé d'un peloton de graisse entouré par la tunique vaginale.

Page 1