‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 3)Chapitre 10 sur 142 · DU MÉCANISME DE LA RÉSISTANCE DE LA BOITE CRANIENNE · texte numérisé non relu

DU MÉCANISME DE LA RÉSISTANCE DE LA BOITE CRANIENNE

Gomme troisième conséquence naturelle de ce peu de vitalité des os du crâne, je signalerai les lenteurs de la consolidation de leurs fractures : plusieurs mois sont en général nécessaires à ce travail, et encore à condition que les fragments ne soient que peu écartés.

Du mécanisme de la résistance de la boite cr&nienne.

L'étude du mécanisme suivant lequel le crâne résiste aux chocs extérieurs est une de celles qui ont le plus vivement intéressé les chirurgiens à toutes les époques, et cependant, malgré les nombreux travaux écrits sur la matière, la vérité ne s'est pas encore suffisamment dégagée pour qu'une théorie nette et claire ait pu jusqu'ici rendre compte de tous les faits observés.

Étudions d'abord l'agencement des os l'un par rapport à l'autre au point de vue de la résistance ; nous examinerons ensuite la question de savoir si le crâne résiste à la manière d'une sphère ou bien à la manière d'une voûte, point capital de la discussion.

L'élasticité du crâne, la multiplicité des pièces qui entrent dans sa composition, contribuent puissamment à sa résistance ; il en est de môme de la disposition de ces diverses pièces entre elles, ainsi que vont le démontrer les réflexions suivantes, empruntées pour la plupart à Hunauld.

Les chocs pouvant atteindre directement le crâne portent: 1* sur le vertex; 2** sur les parties latérales ; S"* en avant ; 4° en arrière.

1** Lorsqu'un choc violent porte sur le sommet du crâne, il agit sur le bord supérieur des pariétaux, qu'il tend à enfoncer du côté de la cavité crânienne. Mais cet enfoncement du bord supérieur des pariétaux ne peut s'exécuter sans que par un mouvement de bascule le bord inférieur de ces os se porte en dehors. Or cet écartement en dehors est rendu impossible : les articulations du pariétal avec le temporal et le sphénoïde sont telles, en effet, que ces deux derniers os recouvrent en partie le bord inférieur du pariétal. Ils s'opposent au déjettement en dehors de cet os. L'écaillé du temporal et la grande aile du sphénoïde jouent donc par rapport au pariétal le môme rôle que les arcs-boutants dans les édifices d'architecture.

Cet arc-boutant est lui-môme soutenu à l'aide d'une disposition très-ingénieuse : il suffit, en efl'et, de voir se détacher de la face externe du temporal l'arcade zygomatique, qui va prendre un solide point d'appui sur l'os malaire, et par son intermédiaire sur le maxillaire supérieur, pour comprendre que cette arcade osseuse représente pour le temporal un deuxième arc-boutant. Il en résulte que le choc porté sur la voûte du crâne est transmis du pariétal au temporal et de ce dernier à l'arcade zygomatique, qui le transmet à son tour aux os (le la face, où il s'épuise en se décomposant. Il est tellement vrai que la transmission des ébranlements portés sur le sommet du crâne s'opère par ce mécanisme, qu'il n'est pas rare de voir les malades accuser à la suite d'un choc sur le vertex une vive douleur dans le maxillaire supérieur et jusque sur la partie médiane de la voûte palatine, aboutissant ultime de tout l'effort du traumatisme.

2** Le choc porté sur les parties latérales du crâne agit sur le bord inférieur du pariétal : ce bord tend donc à se porter en dedans du côté de la cavité crâ-

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nienne ; mais ce déjeltement en dedans ne peut se produire sans que le bord supérieur des pariétaux se porte en dehors : or plusieurs raisons s'opposent à ce déplacement : d'abord le mode d'engrenage des deux pariétaux Tun avec l'autre sur la ligne médiane, et ensuite Tagencement de Tarticulation frontopariétale. Le frontal est, en effet, taillé en biseau, de façon à s'appliquer sur la face externe du pariétal.

3° Lorsque l'effort porte sur la partie antérieure du crâne, le frontal résiste en s'appuyant sur les grandes ailes du sphénoïde, sur les pariétaux, et par leur intermédiaire sur l'occipital.

4° Si le choc porte sur l'occipital, celui-ci résiste, grâce à la disposition de la suture lambdoïde, qui décompose l'effort et le transmet aux pariétaux et au frontal. Il faut toutefois remarquer que, dans ces diverses hypothèses, une partie des ébranlements communiqués soit au frontal, soit à l'occipital, se propage d'une part aux os de la face, d'autre part à la colonne vertébrale, où ils se disséminent et s'épuisent.

Le Crâne résiste- t-il à la maîiière d'une sphère^ ou bien à la manière cTune voûle?

Jusqu'aux remarquables expériences d'Aran sur les fractures du crâne, les chirurgiens s'accordaient à penser que le crâne résiste aux chocs à la façon d'une sphère, et aujourd'hui encore cette opinion compte quelques défenseurs. Admettons pour un instant cette hypothèse et voyons ce qui doit se passer.

Quand un choc est appliqué sur un corps sphérique, les vibrations produites se propagent uniformément à tous les points de la sphère, et, si elles sont suffisantes pour déterminer une rupture, c'est sur la partie la plus mince de la sphère que la rupture doit avoir limi. Or les parties les moins résistantes de la boîte crânienne se rencontrent précisément à la base du crâne. En effet, les os ([ui composent cette base, quoique épais et durs, sont rendus cassants par les nombreux orifices dont ils sont percés, par les conduits et cavités creusés dans leur épaisseur. Si le crâne résiste à la manière d'une sphère, puisque c'est la base du crâne qui est le point le plus faible, c'est cette base qui doit céder la première loi'squ'un choc très-violent est porté sur un point quelconque de la sphère : on devrait donc souvent trouver des fractures limitées à la base du crâne.

Ces fractures, qui portent le nom de fractures par contre-coup^ étaient admises en effet couramment par les chirurgiens. Ceux-ci pensaient que les vibrations communiquées par la force vulnérante avaient pour point de concentration le corps du sphénoïde, et que là devaient de préférence se rencontrer les fractures.

Or la fracture par contre-coup, c'est-à-dire une fracture de la base du crâne succédant à un choc porté directement sur la voûte, avec intégrité de la portion de la boîte crânienne intermédiaire au point percuté et au point fracturé, cette fracture-là n'existe pas, ou du moins n'a pas été démontrée depuis que Tattention est éveillée sur cette importante question. Force est donc de ne point admettre la comparaison qui a été faite du crâne avec une sphère creuse, et de reconnaître qu'il résiste à la manière d'une voûte architecturale.

Les recherches d'Aran, celles postérieures de M. U. Trélat et les travaux plus récents de M. Georges Félizet, tendent d'ailleurs à démontrer le môme fait (1).

U) Au monîonl d • mettre sous presse, je ne puis que signaler les nouvelles cxpc'piences cadavé-

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