DU MÉCANISME DZ LA RÉSISTANCE DE LA DOITE CRANIENNE
Dans ses expériences faites à l'amphithéitre des hâpitaus, en collaborati avec le professeur Sappey, alors prosecteur, Aran arriva aus conclusions s van les :
]" Jamais il ne s'est produit de Fracture de la base du crilne sans fracture point percuté.
2° Los fractures de la voûte gagnent ordinairement par irradiation la base 3u crâne, mfime à travers les sutures, qui ne s'opposent pus du tout à cette propagation, comme le croyait Galien.
3° Elles y arrivent par le chemin le plus court, c'cst-ii-din? en suivant la courlie du plus court rayon.
Ktant donnée par conséquent une fracture de la voûte au niveau des pariétaux, le trait de la fracture (jui se porte vers lu base devra passer par la fosse temporale ; si lu fracture part de l'occipital, elle gagnera la base par les fosses cérébelleuses ; eniin, si la fracture a atteint d'abord les grandes ailes du sphénoïde, elle cheminera à travers les fosses sphénoïdales.
Sans être absolument constante, cette marche du trait de lu fracture est suflisammeut précise pour que la clinique puisse en tirer parti dans certains cas où le point de départ à la voûte est connu.
La théorie émise par Aran a été conllrmée par les intéressantes recherches de M, Félizet, qui s'est appuyé principalement sur des pièces pathologiques. M, Félizet a pu, durant la vie des malades, tracer à l'avance le chemin que devait suivre le trait de la fracture, et l'autopsie lui a donné raison. Pour cet auteur le crine, au poiut de vue de la résistance, manque d'unité : c'est un édifice composé non pas d'une simple voûte, mais de six voûtes irrégulières et symétriques deux à deux. Ces voûtes sont : l' la moitié du front; 2" la fosse sphénoïdale ; 3° la fosse occipitale. Elles ont pour points d'appui : la première, la bosse nasale et la pièce orbilo-sphênoïdale; la deuxième, la pièce orbito-sphénoïdalc et le rocher ; la troisième, le rocher et la tubérosité occipitale. Ces trois voûtes symétriques correspondent donc chacune h. l'un des trois étages de la base du crâne. Il en résulte que le crùne présente trois contre-forts ou murs-boutants el trois parties intermédiaires plus fiiibles par lesquelles pussent les traits des fractures pour se rendre de la voûte à la hase . Les piliers convergent vers un centre commun de résislunce qui est l'apophyse hasilaire : aussi le minimum de mouvement a-t-il lieu au niveau de ce point, qui ne pourrait jamais se fracturer.
M. Félizet a donné plus de précision encore ù la question que ne l'avait fuît Aran, il a ajouté les données de la clinique à celles de l'expérimentation, mais, au total, la conclusion est la même, à savoir : le crine résiste à la manière d'une voûte, el les fractures de la base ne sont que des irradiations des fractures de la voûte 1 il n'y a donc pas de fractures par contre-coup.
Il est cependant utile d'établir une distinction. Quand je dis qu'il n'existe pas de fracture de la base du crflne par contre-coup, j'entends une &ACture consécutive à un choc porté directement sur un point quelconque de la voûte; mais cela n'implique pas qu'on ne puisse trouver des fractures de la base du crâne sans qu'il y ait en même temps fracture de la voûte. Certes il en existe, mais elles se produisent par un mécanisme tout différent, et, pour ne pas les
riiupR de M. Maurice Perrin sur le môme nujel. Elles papaîssenl infirmer celles d'Arnn et démontrer l'eïistence des fractures par coiiire-coiip }i la saltp de la pnîcîpilaiion du cadaiTe d'un llca plus ou ' la 6\eyé. (Soatlé rff r/,irurt/ie, aiîance du !0 février I87S.)
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confondre avec les précédentes, je les désignerais volontiers sous le nom de fractures indirectes de la base du crâne.
La boîte crânienne, considérée dans sa totalité, repose sur deux colonnes osseuses : Tune antérieure, le squelette de la face; Tautre postérieure, la colonne vertébrale ; des chocs appliqués sur ces colonnes retentiront nécessairement sur le crâne.
Les chocs appliqués sur la colonne antérieure peuvent porter sur le menton. Dans cette hypothèse, Tébranlement se propage au condyle du maxillaire inférieur; dans certaines circonstances, le condyle peut défoncer la cavité glénoîde du temporal et pénétrer jusque dans la cavité crânienne. Que le choc ait porté sur le maxillaire supérieur ou sur les os propres du nez, il pourra en résulter également une fracture de Tethmoïde, du sphénoïde ou du frontal.
Les chocs transmis à la base du crâne par la colonne vertébrale portent sur les talons, les genoux ou les ischions. Le mécanisme étant le même dans les trois cas, supposons un individu faisant une chute d'un lieu élevé sur les talons. Au moment où les talons touchent le sol, la tête animée d'une certaine force d'impulsion rencontre l'extrémité supérieure de la colonne vertébrale, dont la force de résistance est représentée par la résistance môme du sol sur lequel elle porte par l'intermédiaire du bassin et des membres inférieurs. Ces deux puissances, la force de résistance du sol et l'impulsion de la tête, se dirigeant en sens contraire, doivent se décomposer ou déterminer une lésion en rapport avec le degré initial d'impulsion. Les forces se décomposent souvent au niveau des articulations qui unissent les nombreuses pièces mobiles dont le rachis est formé, mais il se peut que, les membres inférieurs et la colonne vertébrale se transformant sous l'influence de la contraction musculaire en une tige inflexible, le choc se fasse sentir en définitive aux deux extrémités delà tige, et alors il se produit soit une fracture des deux calcanéums, soit une fracture de la base du crâne, avec une commotion cérébrale plus ou moins intense. La clinique démontre journellement la réalité de ce mécanisme, et chacun sait qu'une chute très-légère sur les deux talons contre un sol dur produit immédiatement une commotion cérébrale très-appréciable.
Pour achever ce que je voulais dire de la résistance du crâne, il me reste à signaler quelques particularités relatives au rocher. On rencontre des fractures isolées de cet os perpendiculaires à son axe ; certains auteurs les ont considérées comme des fractures par contre-coup ; d'autre part, M. Houel (1) écrit que toutes les fractures du rocher sont le résultat de la propagation d'une fracture de la voûte à la base. Je pense, quant à moi, que ces fractures isolées doivent être rangées dans la catégorie des fractures indirectes ^ et qu'elles succèdent à un choc portant sur les parties latérales du crâne, au niveau de la base même du rocher.
Voici d'ailleurs comment je comprends le mécanisme de la production des fractures perpendiculaires à l'axe du rocher. Remarquons d'abord que cet os, qui paraît présenter une extrême solidité, vu le tissu compacte qui entre uniquement dans sa composition, est cependant l'un des plus fragiles de la base du crâne. La cause en est dans la quantité considérable de trous, de canaux, de cavités, qu'on y trouve, pour loger les différentes parties constituantes de l'oreille ; en sorte que, eu égard à son volume, la quantité de tissu osseux qui
(1) Houel, Manuel d*onatomie pathologique y V édit., p. 82.