‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 3)Chapitre 119 sur 142 · CORPS THYROÏDE · texte numérisé non relu

CORPS THYROÏDE

la glotte. Et cependant il ne faut pas croire qu'il en soit toujours ainsi : un corps étranger peut franchir rapidement le larynx, descendre dans la trachée et se fixer dans une bronche, sans que le malade en ait en quelque sorte conscience. Bourdillat rapporte dans son excellent travail {Gaz. médic.^ 1858) qu'un homme de 45 ans, en mangeant une cerise, sentit un léger picotement au niveau du larynx, et ce lut tout. A partir du lendemain, toux quinteuse et opiniâtre. Il maigrit et fut considéré comme phthisique. Trois mois après, dans une quinte d'une extrême violence, il rendit le noyau de cerise par la bouche et guérit. Le développement des symptômes de la phthisie consécutivement à la présence d'un corps étranger dans une bronche a été également signalé par M. BerthoUe (1).

Les corps étrangers des voies aériennes doivent être extraits directement lorsque cela est possible, ce qui est fort rare. On devra recourir le plus souvent à la trachéotomie ou à la laryngotomie.

Sur les 300 observations de corps étrangers des voies aériennes réunies par Bourdillat, la trachéotomie et la laryngotomie ont été pratiquées 131 fois, et 92 fois la guérison s'en est suivie. Sur 80 trachéotomies où le mode de sortie ou d'état a été noté, le corps étranger a été chassé spontanément par la plaie 28 fois, savoir : 14 fois immédiatement après l'opération, 10 fois dans les 24 heures et 4 fois dans un temps plus éloigné.

Il a été extrait 17 fois avec des pinces, savoir : 14 fois de suite et 3 fois plus tard.

11 est passé dans la bouche 17 fois, savoir : 8 fois pendant l'opération même et 9 fois consécutivement.

11 est resté 18 fois dans les voies aériennes, et toujours la mort a eu lieu.

Corps thyroïde (Voir fig, 122 et 144).

Le corps thyroïde appartient au groupe des glandes vasculaires sanguines. Il répond en avant aux premiers anneaux de la trachée, et sur les côtés aux parties latérales de cet organe et du larynx. Il affecte avec le conduit laryngo-trachéal les connexions les plus intimes, fait corps avec lui, et participe à tous ses mouvements. Il en résulte ce fait clinique important : toutes les fois qu'une tumeur de la région sous-hyoïdienne s élève et s'abaisse avec le larynx pendant ) les mouvements de déglutition, elle a presque toujours pour point de départ le corps thyroïde.

Peu d'organes offrent autant de variétés dans leur volume que celui-ci : il est en général plus gros chez la femme que chez l'homme, et l'on sait que dans certains pays le goitre est en quelque sorte endémique.

Deux lobes latéraux allongés dans le sens vertical, couchés parallèlement sur les côtés de la trachée et du larynx, reliés entre eux par leur face interne à l'aide d'une languette plus ou moins large portant le nom d'isthme^ telle est la constitution du corps thyroïde. L'isthme passe en avant de la trachée et présente de très-grandes variétés suivant les sujets. Sur la figure 122 il ne mesure pas moins de 18"" en hauteur et occupe les deuxième, troisième et quatrième anneaux de la trachée ; plus volumineux encore chez d'autres sujets, il peut attein-

(I) BerthoUc, Des corps étrangers dans tes voies aérienties, 1865.

dre la fourchette du sternum. 11 est heureusement beaucoup moins développé chez Tenfant que chez Tadulte, circonstance favorable à Topération de la trachéotomie sur le premier.

Iln^est pas très-rare de voir naître du bord supérieur de Tisthme un prolongement glandulaire de forme pyramidale, appelé pyramide de Lalouette, qui remonte au devant du larynx et atteint dans certains cas Tos hyoïde. Cette pyramide, située sur la ligne médiane ou très-près d'elle, peut être le point de départ de kystes. L'isthme du corps thyroïde peut aussi leur donner naissance. Or, j'ai déjà signalé les kystes formés aux dépens des nfembranes séreuses thyro-hyoïdienne et pré-thyroïdienne. Les kystes du cou médians (car ils doivent être divisés en médians et latéraux) de la région sous-hyoïdienne, ceux qui sont en connexion intime avec le canal laryngo-trachéal, peuvent donc avoir les origines suivantes : la séreuse thyro-hyoïdienne, la séreuse pré-thyroïdienne, la pyramide de Lalouette, l'isthme du corps thyroïde. Les ganglions lymphatiques dont j'ai signalé la présence au devant de la membrane crico-thyroïdienne constituent une cinquième origine. Une sixième espèce peut prendre naissance dans les lobules détachés de la glande, sortes de corps thyroïdes supplémentaires signalés par plusieurs auteurs et en particulier par Béraud.

Le corps thyroïde est recouvert par les mêmes couches que la trachée- artère, c'est-à-dire par la peau, la couche cellulo-graisseuse sous-cutanée, le feuillet superficiel, l'aponévrose cervicale et le feuillet moyen, comprenant dans un dédoublement les muscles sterno-hyoïdien et sterno-thyroïdien. En arrière (Voir la figure 144), il répond à l'aponévrose cervicale profonde, ou prévertébrale. Sur les côtés il est en partie recouvert par les muscles sterno-mastoïdiens, qui le compriment, et touche à la gaîne des gros vaisseaux et nerfs du cou ; la carotide primitive afl*ecte avec lui un rapport immédiat et détermine une dépression sur les côtés et en arrière de chaque lobe. Les lobes latéraux, surtout le lobe gauche, arrivent au contact de l'œsophage ; entre ces deux organes se trouvent les nerfs récurrents. Il résulte de ces rapports intimes avec la trachée, le larynx, l'œsophage, les gros vaisseaux et nerfs du cou, que l'extirpation du corps thyroïde est une opération pleine de périls, aggravée encore par le nombre et le volume des vaisseaux propres de l'organe.

Le corps thyroïde est composé d'une enveloppe cellulo-fibreuse qui le fixe aux parties voisines ; de la face interne de cette enveloppe naissent un grand nombre de prolongements formant une véritable trame qui emprisonne des lobes et des lobules. Dans ces lobules existent des follicules clos, contenant un liquide de nature albumineuse.

Le corps thyroïde est l'un des organes les plus vasculaires de l'économie. Il reçoit quatre grosses artères, et quelquefois cinq, artères thyroïdiennes qui s'anastomosent largement l'une avec l'autre dans son épaisseur. Il en sort un nombre égal de veines.

/ Le corps thyroïde est donc au total composé de tissu conjonctif, de vésicules «closes et de vaisseaux. Lorsque ces trois parties s'hypertrophient à la fois, en conservant à peu près leurs proportions respectives, cela constitue le goitre simple.

Lorsque les vésicules s'agrandissent et donnent naissance à de véritables kystes occupant l'épaisseur du parenchyme, c'est le goitre kystique. D'autres fois l'élément vasculaire prédomine, et l'on perçoit alors dans la tumeur des

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