DES GANGLIONS LYMPHATIQUES DU COU
les troisième, quatrième et cinquième cervicales. Aussi est-ce à ce niveau, ainsi que je Tai fait remarquer en étudiant le rachis, qu'on observe le plus ordinairement la luxation des vertèbres cervicales. On avait pensé que dans la pendaison Tatlas se luxait sur Taxis, ce qui déterminait la mort, mais il n'en est rien; la mort survient par asphyxie comme dans la strangulation simple.
La luxation pathologique présente un plus vif intérêt, car on peut essayer do la prévenir.
Les articulations de la tête avec le cou sont susceptibles, comme toutes les autres, d'être affectées de tumeur blanche. On désigne cette affection sous le nom de mal sous- occipital. Elle produit une série de symptômes, et en particulier une raideur du cou telle, que le malade se meut tout d'une pièce et immobilise instinctivement sa tête avec les deux mains quand il veut exécuter un mouvement de rotation. Les cartilages se décortiquent, se détruisent peu à peu, des abcès se produisent, les ligaments se ramollissent, se laissent distendre, finissent par disparaître, etc.; bref, l'apophyse odontoïde cesse d'être fixée; la tête se porte peu à peu en avant, l'atlas se luxe sur l'axis, et le malade meurt subitement en exécutant le plus léger mouvement. Je me rappelle un jeune homme atteint du mal sous-occipital, qui, voulant descendre de son lit, commença par s'asseoir sur le bord pour opérer la descente en deux temps ; il mourut instantanément en mettant le pied à terre. Malgaigno signale des cas de luxation pathologique dans lesquels, le déplacement s'élant fait lentement, la moelle a pu se garer sur l'un des côtés du canal, très-large en ce point, et éviter la compression.
La conséquence pratique à tirer de ces faits est qu'il faut immobiliser absolument la tête et le cou des sujets atteints de tumeur blanche cervicale. J'emploie à cet effet une sorte de minerve que je construis avec de la tarlatane plâtrée, comme pour les fractures de jambe.
Des ganglions lymphatiques du cou .
Le cou ne présente pas seulement des vaisseaux et des ganglions lymphatiques qui lui soient propres, comme les autres parties du corps, c'est encore un centre pour les vaisseaux lymphatiques des parties voisines; au cou, en effet, aboutissent les deux grands canaux collecteurs du chyle et de la lymphe, le canal thoracique et la grande veine lymphatique. Ces canaux occupent la partie la plus interne de la région sus-claviculaire ; le canal thoracique déverse son contenu dans la veine sous-clavière droite, à son confluent avec la jugulaire interne.
La présence de ces canaux complique encore les blessures déjà si graves de la région sus-claviculaire.
Les ganglions lymphatiques du cou peuvent être divisés en postérieurs et antéro-latéraux.
Les ganglions postérieurs (Voy. p. 16, fig. 3) occupent la partie la plus éle-
SC, muscle scalène antérieur.
T, artère thyroidienne supérieure.
T', ireine thyroïdienne supérieure.
1, muscle sternohyoïdien.
î, muscle stemo-thyroïdien.
3, muscle omoptato-hynïdion.
4, muscle thyro-hxoïdien.
5, constricteur moyen du pharyni.
6, rentre antérieur du muscle digastrique.
7, muscle hyo-glosse.
8, muscle stylo-hyoîdien.
9, ventre pcfitérienr dn muncle digsstrique.
vée de la région de la nuque et sont encore appelés ganglions sous-occipilaux. Au nombre de deux ou trois situés de chaque côté de la fossette de la nuque, ces ganglions reçoivent le groupe occipital des vaisseaux lymphatiques du cuir chevelu. Sans présenter rien de spécifique, Tengorgement de ces ganglions s'observe souvent dans la syphilis, ce qui tient aux éruptions secondaires si fi'équentes sur la peau du crâne. 11 est extrêmement rare, au contraire, de les voir se tuméfier sous Tinfluence de la scrofule, ce qui établit une différence très remarquable entre l'aptitude pathologique des ganglions postérieurs et antérieurs du cou.
Les ganglions de la portion antéro-latérale se subdivisent comme cette portion elle-même en ganglions sus-hyoïdiens latéraux et médians, en ganglions soushyoïdiens, carotidiens, sus-claviculaires et rétro-pharyngiens. Ces derniers ont été bien étudiés par M. Gillette. Sur les enfants, M. Gillette en a constamment trouvé deux, situés au-devant de Taxis, sur les côtés de la ligne médiane. Chez Tadulte, où les ganglions lymphatiques sont moins développés, il n'en existe souvent qu'un seul, désigné sous le nom de préaxoïdien par M. Sappey. M. Gillette pense et je pense avec lui que les abcès rétro-pharyngiens ont le plus souvent pour point de départ l'inflammation de ces ganglions.
Les vaisseaux lymphatiques provenant de la cavité buccale, des lèvres et de la langue, du pharynx, de l'œsophage, du larynx, de la trachée et du corps thyroïde, aboutissent aux ganglions sus- et sous-hyoïdiens et carotidiens. D'après M. Sappey, il n'est pas rare de voir ceux mêmes qui naissent du tiers inférieur de l'œsophage suivre un long trajet pour aboutir aux ganglions qui entourent le tronc veineux brachio-céphalique gauche : l'engorgement de ces ganglions pourrait donc éclairer le diagnostic dans certains cas obscurs de cancer de l'œsophage.
Les ganglions du creux sus-claviculaire communiquent directement avec la chaîne de l'aisselle, qui reçoit elle-même les vaisseaux lymphatiques de la mamelle. Aussi n'est-il pas rare de trouver, au-dessus de la clavicule, un engorgement ganglionnaire dans les cancers du sein, ce qu'il faut rechercher soigneusement, car il constitue une contre-indication formelle à l'opération.
De même, l'épithélioma des lèvres, de la langue, etc., s'accompagne presque toujours, à une période plus ou moins avancée, de l'engorgement des ganglions sus-hyoïdiens. Il n'est pas toujours facile de constater au début une induration ganglionnaire sous-maxillaire; le meilleur mode d'exploration consiste à appliquer un doigt sur le plancher de la bouche, tandis que l'autre main explore la région sus-hyoïdienne.
J'ai déjà fait observer que la plupart des phlegmons et abcès du cou ont pour point de départ une adénite.
A. Richard a cru trouver, dans les ganglions lymphatiques, l'origine de certains kystes congénitaux du cou.
Les ganglions de la région carotidienne, échelonnés tout le long des vaisseaux, sont surtout en contact avec la veine jugulaire interne. Un abcès développé dans ces ganglions pourra donc ulcérer la veine et déterminer une hémorrhagie mortelle, accident que j'ai déjà signalé comme plus spécialement propre aux abcès scarlatineux.
L'engorgement des ganglions carotidiens est susceptible, par la compression qu'il exerce sur la jugulaire interne, de déterminer la formation dans ce vaisseau