‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 3)Chapitre 57 sur 142 · CRISTALLIN · texte numérisé non relu

CRISTALLIN

direct, mais on s'en rendra un compte bien plus satisfaisant au moyen de réclairage latéral.

Cristallin.

On donne le nom de cristallin à une lentille biconvexe, offrant la transparence du cristal, située entre le corps vitré, qui est en arrière, et Tiris, qui est en avant.

Le cristallin est reçu dans une sorte de cupule que lui présente la face antérieure du corps vitré. Par sa circonférence, le cristallin répond, de Tintérieur à l'extérieur du globe: 1* à la zone de Zinn, qui y adhère intimement ; 2* à lazone choroïdienne ; 3" au muscle ciliaire ; 4° à la sclérotique, immédiatement en arrière du biseau cornéen et du canal de Fontana.

Les deux faces de la lentille cristalliniennc n'offrent pas la même courbure : la face postérieure est légèrement plus courbe que l'antérieure.

Le diamètre transversal du cristallin mesure de 9 à 10 millimètres, et son épaisseur est de 4 1/2 à 5 millimètres ; son poids varie de 20 à 25 centigrammes.

Le cristallin se compose de deux parties absolument distinctes : une enveloppe ou capsule^ et un contenu, ou substance propre du cristallin. Ces deux parlies du même organe présentent des aptitudes physiologiques et pathologiques très-différentes.

Capsule cristalline, — La capsule entoure le cristallin de toutes parts, et on lui donne généralement, à cause de sa transparence absolue, le nom de cristalloïde, que l'on divise en antérieure et postérieure.

Quoique très-mince, la capsule est résistante ; les chirurgiens savent quelle difficulté parfois insurmontable elle oppose à la sortie du cristallin, malgré des pressions assez fortes, tant qu'elle n'a pas été ouverte.

Elle est, de plus, ivbs-élastique. On le constate en l'insufflant : elle se laisse distendre par l'air et revient aussitôt sur elle-même. On le constate également en la déchirant : en effet, dès qu'une simple déchirure linéaire a été pratiquée <\sa surface, les deux lèvres de l'incision s'écartent aussitôt l'une de l'autre et laissent à nu la substance propre du cristallin, qui s'échappe par cette ouverture sous l'influence de la plus légère pression, et même spontanément. Les deux moitiés de la capsule se replient, s'enroulent sur elles-mêmes, et s'il reste encore des couches corticales du cristallin non opacifiées (ce qui a lieu dans les cataractes incomplètes), les débris de la capsule entraînent avec elles ces couches, que le chirurgien n'aperçoit pas dans le champ de la pupille, à cause de leur transparence, et qui deviennent bientôt le point de départ d'une cataracte secondaire.

La capsule du cristallin est donc une pierre d'achoppement dans l'opération de la cataracte ; c'est elle qui offre le seul obstacle à la sortie du cristallin (quand l'incision cornéenne est convenable), et c'est elle qui est à peu près toujours la cause ou le point de départ des cataractes secondaires : aussi les chirurgiens ont-ils dirigé avec ardeur leur attention de ce côté. C'est dans le but de prévenir l'emprisonnement des couches corticales dans les débris de Ja capsule que M. le docteur Perrin a modifié le kystitome. Au lieu d'une seule dent, son kyslitome en présente plusieurs, ce qui lui donne la forme d'un petit râteau qui

202 ANATOMIB TOPOGRAPHIQUE.

divise la cristallolde en languettes isolées et impuissantes à faire une poche fe^ mée de toutes parts.

Le problème serait encore bien mieux résolu, si dans ropération de la cataracte on pouvait enlever le cristallin avec sa capsule. Mais cela est-il possible?

G*est ici le lieu de rappeler que la zone de Zinn, portion antérieure de la rétine, vient s'attacher et se confondre, au niveau de la.|p*ande circonférence du cristallin, avec la cristalloïde antérieure ; que dans ce mftme point la membrane hyaloïde ou enveloppe du corps vitré est tellement confondue avec cette zone, qu'elle ne parait faire avec elle qu'une seule membrane ; et nous avons vu da reste que pour certains auteurs modernes la membrane hyaloïde n'est autre chose que la couche la plus interne de la rétine. Le cristallin et le corps vitré sont donc unis de la manière la plus intime par leurs enveloppes, celles-ci étant continues Tune à Tautre.

Pour démontrer cette intimité, je fais dans mes cours Texpérience suivante: le corps vitré et le cristallin étant extraits du globe, je tourne et retourne cette masse en tous sens : Thumeur vitrée s'échappe peu à peu des cloisons qui la retiennent, le corps vitré s'affaisse, mais le cristallin reste toujours en place tant que la cristalloïde n'a pas été ouverte ; mais, à peine fait-on à cette dernière la moindre déchirure, que le cristallin s'échappe aussitôt. J'en conclus ceci: HtU matét^iellement impossible^ à l'état normal^ d'enlever le cristallin avec sa capsule^ me» faire sortir enméme temps le corps vitré y c'est-à-dire sans vider tœil.

On ne saurait, par conséquent, édifier une méthode opératoire qui ait pour but l'extraction du cristallin avec sa capsule, et cependant il est incontestable que le fait peut se produire, mais à fêtât pathologique et malgré le chirurgien. Ledocteur Notta,de Lisieux, m'adressa un cristallin à gros noyau qu*il venait d'extraire ; l'examen histologique fait par M. le docteur Grancher, chef de laboratoire à Glamart, démontra Texistence d'une couche de cellules épilhéliales à la surface du cristallin et, par conséquent, l'existence de la capsule elle-même.

Ainsi donc, sous l'influence de certaines conditions pathologiques, absolument inconnues et qu'il y aurait grand intérêt à déterminer, les adhérences de la cristalloïde avec le corps vitré ont assez diminué pour que l'appareil cristallinien puisse être extrait en entier.

La cristalloïde est d'une transparence presque inaltérable, et il est très-rare qu'elle participe à l'opacité dans la cataracte. Malgaigne avait dit yornaû, afin de frapper l'esprit des chirurgiens et d'y faire regarder de plus près. Ces opacités de la capsule coïncident avec les cataractes molles, et elles se présentent sous la forme de petites taches blanches, isolées à la surface du cristallin, situées sur un plan superficiel, ce qu'on peut apprécier aisément avec un bon éclairage latéral.

Substance propre du cristallin, — La substance propre du cristallin se compose de deux couches distinctes : l'une superQcielle, molle, l'autre profonde ou centrale, plus ferme.

La couche superficielle présente sur le vivant une consistance gommeuse et se résout après la mort en un liquide appelé liquide de Morgagni. Elle est, en général, la dernière à s'opacifier dans la cataracte, et c'est précisément cette sob* stance molle qu'entraîne avec elle la capsule en se rétractant après la kystotomie, et qui plus tard produit à son tour les cataractes secondaires.

La couche profonde est composée de fibres qui forment deux plans super-

HKlilLIN HALPEdHALE. Ï03

posés ; le premier plan, de beaui:uup le plus minci.', renferme des libres creuses à noyaux, appelées encore tubes. Cette cuuche, dans la cataracte, constitue l'enveloppe blanche et molle qui entoure à peu près constamment le noyau ; d'où le nom de demi-molle donné à celle variété de caluraclc, parcis qu'elle esl uioUe à sa périphérie el dure au centre. Elle est la plus frécluenle de toutes.

Le second plan constitue la parlie centrale ella presque lotalilé du crislallin. U est plus ferme, plus dense, et a reçu te nom de noyau ; c'esl à peu près constamment par l'opacité de ce noyau que débulenl les cataraclos ; l'opacité rayonne ensuite pour gagner la périphérie. Aussi les malades, au début de la cataracte, voieat-ils beaucoup mieux quand la pupille est dilatée, circonstance qu'exploitent certains individus en instillant dans l'œil un collyre à l'atropine.

Ce plan est constitué par des flhres dites fibres dentelées ou IHn-es propre" du cristallm. Ces fibres présentent sur leurs bords des dentelures par lesquelles elles s'engrènent les unes avec les autres de fa(;on à Tormer une mince lamelle. Toutes les lamelles sont superposées el emboîtées les unes dans les autres, comme les lames d'un oignon.

Le plan des cellules et des tubes s'eul'once profondément dans l'épaisseur de la couche des fibres suivant trois lignes qui se rendent en divergeant du centre à la circonférence du cristallin sous forme de rayons. Si les cellules qui forment ces méridiens deviennent granuleuses, taudis que les parties voisines restent transparentes, elles se présenUint alors sous l'aspect de tiois lignes blanchiklres rayonnant du centre à la eirconférence du cristallin, ce qu'on a désigné du nom de cataracte à trois branches.

Le cristallin prend dans la vieillesse une teinte jaunâtre.

Si la crislalloïde devient trÈs-rarement opaque, il n'en est pas de uii^me de la substance propre : celle-ci s'altère très-facilement, et la plus légère blessure du crislallin détermine la production d'une cataracte Iraumalique.

Le cristallin cataracte présente une coloration très-variable. 11 peut être d'un blanc laiteux (cataracte liquide), d'uu blanc nacré (cataracte demi-molle), de couleur jaune ambrée (cataracte dure); il peut même Être noir.

La consistance de la lentille oscille ii l'état pathologique entre la consistance liquide et une dureté presque pierreuse.

Des expériences faites sur les animaux ont démontré que la capsule étail susceptible de pouvoir reproduire le cristallin après son extraction.

Quant à son développement, le cristallin naît aux dépens d'uu prolongement digitiforme de l'épiderrae de l'embryon (voir Déueloppemenl).

n. — RÉGION PALPKBHALE. I

IjU région palpèbrale est exclusivement formée par les paupières.

Les paupières sont deux voiles musculn-membraneiix destinés à recouvrir et à protéger le globe de l'œil, à maintenir à sa surface mie humidité constante et indispensable.

An nombre de deux, une supérieure et une inférieure, chacune d'elles présente deux faces, deux bords et deux extrémités. Les deux extrémités de chaque paupière se réunissent pour former les commissures, ou les angles, qui sont interne el externe. Les faces sont, l'une cutanée, l'autre muqueuse. Des deux bords, l'un est adhérent et se cnnlinue, le supérieur avec la répion

du sourcil, l'inférieur avec la joue : Tautre bord est libre, et l'espace compris entre les deux bords libres constitue la fente palpébrale.

Cette fente offre une forme et des dimensions très- variables, suivant les sujets. Elle est petite, grande, arrondie, elliptique, et contribue puissamment à l'expression du visage.

La paupière supérieure est concave en haut au niveau de la base de l'orbite et convexe en bas. S'enfonçant entre l'orbite et le globe de Tceil, elle y forme une sorte de gouttière, gouttière orbito-palpébrale, dans laquelle il faut porter le bistouri pour ouvrir les abcès de l'orbite ; c'est là aussi que viennent faire saillie les diverses tumeurs dont nous avons parlé : lipomes, kystes, etc. Cette gouttière disparaît dans l'œdème, Temphysème, Térysipèle, toutes les fois, en un mot, que la paupière est tuméfiée. J'ai signalé en 1867 que, dans les cas d'apbakie consécutive à la luxation sous-conjonctivale du cristallin, cette gouttière diminuait de profondeur par suite d'un léger affaissement du globe. Chacun sait combien elle se creuse chez les sujets malades, amaigris, ce qui contribue à donner une expression particulière à la physionomie des phthisiques, des cholériques, etc.

Après avoir formé la gouttière oculo-palpébrale, la paupière supérieure devient convexe dans sa moitié inférieure ; elle se moule sur la convexité du globe, dont elle traduit fidèlement à l'extérieur le volume et la forme.

La paupière inférieure, beaucoup moins étendue que la supérieure, présente un sillon oculo-palpébral très-superîiciel et ne joue en quelque sorte qu'un rôle passif dans l'occlusion du globe de l'œil, puisqu'elle est à peu près immobile.

Superposition des plans.

Les couches dont se composent les paupières présentent une grande simplicité. On voit sur une coupe verticale antéro-postérieure qu'elles sont au nombre de cinq.

Nous trouvons successivement :

1° La peau (F) ;

2' Une couche musculaire (G) ;

3* Une couche de tissu conjonctif ;

4** Une couche fibro-cartilagineuse (EH);

50 Une membrane muqueuse (J).

1° Peau (F;. — La peau des paupières est remarquable par sa finesse, sa minceur, sa diaphanéité, qui permettent d'apercevoir les vaisseaux au-dessous d'elle. Elle présente des plis transversaux formés par les mouvements des paupières. Ces plis, d'abord temporaires, deviennent permanents et peuvent être si nombreux que la paupière est tout à fait ridée ; c'est de l'angle externe des paupières que partent ces trois plis, désignés sous le nom de patte d'oie, qui révèlent impitoyablement la marche du temps. Les plis de la paupière supérieure s'exagèrent lorsque le globe de l'œil s'affaisse par une cause quelconque : issue du vitré, de l'humeur aqueuse; j'ai proposé d'en faire un symptôme de la luxation sous-conjonctivale du cristallin.

Lorsqu'on pratiquera une -incision sur les paupières, elle devra toujours être parallèle à ces plis, c'est-à-dire horizontale. "

SIPERPLiSITIÛS [IKS l'LANS. 205

Lii piîUU des paupières, vu sa délicatesse, est fréquemment le aiége d'érythÈine, d'érysipèle. Cela Tie devra toulelots pas empêcher le chirurgien de pratiquer la suture des plaies de la paupière lorsqu'elles seront surilsamment étendues. (]opendant les plaies horizontales ont une telle tendance au rapprochement, que la suture est \ peu près inutile et doit être réservée aux plaies verticales ou obliques qui s'accompagnent d'écartement des bords. Au-dessous de la peau existe une couche très-mince de tissu conjonclif.

Un n'en saurait faire une couche distincte, cependant son existence est manifeste. Elle ne renferme jamais de graûse.

La peau des paupières contient un certain nombre de glandes sudoripares et de glandes sébacées.

La sécrétion des glandes sudoripares peut être parfois tellement exagérée, qu'elle est susceptible de déterminer un érylhème des paupières. Les glandes sébacées peuvent aussi être lo siège d'une sécrétion exagérée, et, chose beaucoup plus singulière, d'une perversion de sécrétion que M. Le Roy de Méricourta appelée chmmhydrose, affection qui Ht beaucoup de bruit il y a quelques années à propos d'un prétendu fait de simulation.

La chrombydrose est caractérisée par des plaques noires ou bleues occupant le plus souvent la paupière infi^rieuro et la joue, répandues parfois sur toute la peau de la face et du front. Ces taches s'enlèvent très-facilement, et la peau redevient blanche, jusqu'à ce qu'une nnuvelle sécrétion de sebtint pigmenté la recouvre de nonveaii.

aufi XNATOMIK T0PÛ(5HAPH[(}UK.

Nuus lapproehuiis de la chroiuhydrose une alTeclion bizarre que nous avoniH observée plusieurs fois et qui n'a pas encore de nom en pathologie, afTectiouf caractérisée par des plaques jaunes faisant un léger relief à la surface àtfM paupiËres. Ces plaques sont sans doute le résultat d'uue accumulation i matière sébacée dans l'épaisseur de la peau et, n'était leur légère proémi»' uence, rcssemblornient tout à Tait à uu tatouage.

2' Couche musculaire (Q). — Cette couche est exclusivement constituée | un muscle, l'orbiculaire des paupières, muscle de l'occlusion palpébrale.Piouil renvoyons pour sa description aux traités danatomie dcscriplive. nous contâB-l

Kig. IB. — Uappoi'ta du leiidan direct du mtiicle orbieulairf aofc le kik lacrymal. — Carli/afef larsi-s. — Ligaments anguUnrea drs paupières,

B,' HC lifrrmil. f] B> prnpn du dm.

r, C, t,rm.gn lariFi. G, bnnehe nnnUnlc du ouiiilkire «upCr.cor.

D, I), J>g>iiHii(i dm Un». I

tant de dire qu'il est composé de trois parties désignées sous les noms de péri-orbitaire, palpébrale el ciliaire, eu égard au siège qu'elles uccupeul.

La portion palpébrale est très-mince, composêo de libres musculaires p&loa que l'on distingue difficilement au fund d'une plaie.

Les libres musculaires de la portion palpébrab parlent toutes de l'.in^ interne do l'œil. Elles s'insèrent sur uu tendon, dit tendon de rorliiculairer qui joue un rfilc fort important dans la région. Ce tendon, tif^ré eo Jk (fig. 7S). est encore désigné sous le nom de tendon dj-ect de l'orbiculaire, par opposition h un second tendon, appelé tendon réfléchi, situé en artiènt, du sac lacrymal.

On se fera une très-bonne idée du tendon direct de l'orbiculaire par la BgDrft '■i-jointe. li y e^-t représenté Irès-exaclemenl avec sa ftirme et ses dimension*.

Il passe en avant du sac lacrymal B, qu'il bride Iransversalement et avec lequel il (tst immédialcment en contact ; ce tondon fait toujours sous la peau une saillie appréciable et que d'ailleurs on rend Irès-manileste en exerçant une traction sur la commissure externe. Le chirurgien pourra donc trouver aisément le sac lacrymal en se guidant sur ce point de/repëre précieux.

Le tendon direct de l'orbiculaire est long de 13 millim6tres environ et large de 4 ou 5. Il représente une bandelette fibreuse aplatie, très-résistante ; simple en dedans, où il s'insère sur la branche montante du maxillaire supérieur, il se bifurque en dehors et se rend aux extrémités internes des deux cartilages tarses, qui se trouvent de la sorte solidement fixés l'un à l'autre, ainsi qu'à la base de l'orbite.

Le muscle orbiculaire reçoit ses HIets nerveux du facial : aussi la paralysie de ce nerf entrai ne- t-el le l'impossibilité de clore les paupières.

Il peut être atlPÎnt do contracture, co que l'on désigne du nom de blépkarospasme. La contracture de l'orbiculaire est caractérisée par l'occlusion permanente des paupières et diffère de la blépharoptose, on chute de la paupière, par les nombreuses plicaturcs de la peau et par une expression particulière de la physionomie qui indique un état d'activité du muscle et souvent une vive douleur. La contracture peut arriver au point de renverser en dedans le bord libre des paupières, c'est-fi-dire de produire un entropion et de compromettre par suite l'iotégri té du globe de l'œil en ulcérant la cornée. J'observai en 1872 un cas curieux de blépharospasme sur une jeune (illc dans mon service k l'bâpital Saint-Louis. La maladie, dont la cause est eu général fort obscure, paraissait due à une légère conjonctinte contractée dans un lavoir. Elle était par conséquent de nature réflexe. Après plusieurs mois d'un traitement énergique et varié, auquel voulut bien collaborer M. Abadie par l'application des courants continus, la contracture augmentant toujours, ainsi que l'entropion, je me décidai à pratiquer la section sous-cutanée des nerfs sus-orbitaires de chaque côté, et les yeux s'oumrent aussitôt comme par enchantement.

3" Couche de tissu conjanclif. — Entre le muscle orbiculaire et la couche sousjacenle flbro-cartilagineuse existe une couche de tissu conjonctif dont le rôle est fort important dans la pathologie des paupières.

Cette couche très-mince, lâche, lamelleuse, est le siège des inliltrations si fréquentes des paupières; elle se laisse très-facilement distendre parla sérosité, le sang ou l'air atmosphérique : d'où la production de l'œdème, des ecchymoses et de l'emphysème, qui déterminent un gontlementsi rapide et si considérable des paupières.

Le phlegmon diffus des paupières occupe cette couche, et l'on conçoit qu'il \ détermine facilement la gangrène de la peau, si mince en cet endroit. '

4" Couche fiètv-cartilai/i'nease (EU). — Cette couche est constituée par le cartilage tarse (H) et par une membrane flbreusc (B) qui en part pour aller se fixer à la base de l'orbite.

Les cartilages tarses, au nombre de deux (G, C, fig. 78), l'un supérieur, l'autre inférieur, forment la charpente des paupières sans en occuper cependant toute la hauteur. Ils différent l'un de l'autre par la forme et l'étendue. Le supérieur, beaucoup plus grand que l'inférieur, présente une forme semi-lunaire ; on l'a comparé assez exactement <i la peau d'un quartier d'orange; il mesure environ I centimètre dans sa partie la plus large. L'inférieur représente im quadri-

latère très-étroit, haut de 4 à 5 millimètres, allongé transversalement ; les bord» libres des deux cartilages correspondent aux bords libres des paupières et limitent la t'ente palpébrale. Les glandes de Meibomius (I, flg. 77) occupent Tépaisseur de ces cartilages tout près de leur face postérieure.

En partie constitués par du tissu fibreux et des cellules de cartilage, les tarses sont rigides ; ce sont eux qui donnent aux paupières leur résistance, qui assurent la constance de leur forme et s'opposent à leur renversement en dehors; cependant le cartilage tarse inférieur, très-étroit, n'oppose pas d*obstacle à Texamen de la face interne de la paupière correspondante, tandis que le supérieur, dont la face interne concave se moule sur la convexité du globe et qui occupe toute la portion convexe de la paupière, oppose un obstacle sérieux à Texamen de la face conjonctivale. Or, cette face est fréquemment le siège de granulations qu'il faut cautériser ou de corps étrangers qu'il s'agit d*extraire ; pour cela il est indispensable de retourner la paupière. Je conseille, dans ce cas, la manœuvre suivante: Faire regarder le malade en bas, afin d'abaisser le cartilage ; presser d'une main armée d'un corps mousse, un stylet, un crayon, par exemple, sur le bord supérieur du cartilage, pendant que de l'autre main on saisit le bord libre au niveau des cils ; attirer ce bord en avant et en haut: le cartilage bascule alors très-aisément.

Les deux cartilages tarses s'amincissent à leur circonférence et bientôt deviennent exclusivement fibreux, ou, ce qui est identique, donnent insertion à une membrane fibreuse (E sur la figure 77, D, D sur la figure 78) appelée ligament large des paupières, ligament des tarses, ligament suspenseur des paupières.

Des tarses cette membrane rayonne vers la base de l'orbite, à toute la circonférence de laquelle elle s'insère en se continuant avec le périoste. Il convient toutefois de faire remarquer qu'en haut et en bas la membrane est si mince qu'elle ne constitue qu'une toile celluleuse ; on pourrait môme à la rigueur se dispenser d'en faire une membrane spéciale, d'autant plus qu'elle ne joue en ce point qu'un rôle insignifiant: les cartilages tarses n'avaient, en effet, besoin d'être solidement fixés que par leurs anj^les, d une part l'un à l'auti-e et d'auln' part î\ l'orbite. Aussi cxiste-t-il pour les commissures deux trousseaux fibreux si résistants qu'ils peuvent, comme l'a fait remarquer Gruveilhier, supporter le poids de la tôte entière ; on leur donne le nom de ligaments des tarses. L'un de ces ligaments est externe (E, fig. 78). Après avoir solidement réuni Tune à l'autre les extrémités externes de chacun des tarses, ce ligament se porte horizontalement en dehors pour s'attacher i\ la paroi externe de la base de l'orbite à 2 ou 3 millimètres en arrière de son rebord et en avant du prolongement externe de l'aponévrose orbitaire, étudié précédemment. Les fibres du ligament large des paupières viennent se continuer avec lui et peuvent à la rigueur en être considérées comme une émanation.

Quant au ligament interne des tarses, il n'est autre que ce que nous avons décrit plus haut sous le nom de tendon direct de l'orbiculaire (A, flg. 78). J'ai déjà signalé que, solidement Vixé en dedans à la branche montante du maxillaire supérieur, ce/trousseau fibreux se bifurque en dehors et réunit entre elles les extrémités internes de chacun des tarses. Le prolongement interne de l'aponévrose orbitaire n'arrive pas jusqu'au contact de ce ligament : il en est séparé I)ar le sac lacrymal, le tendon réfiéchi de rorbiciilaire et le muscle de Horner.

CONJONCTIVE. aOlt

Lcli^animit iiiLenie île» Uirse^i lucrile-l-il philùl lu luxii de lËudon (te l'orbiculaiie que lui donnent la plupart des auteurs? La question n'a qu'un intérfit médiocre, du moment où l'on s'entend sur le fond. Je dois dire toutefois que ce n'est pas un tendon véritable du muscle orbiculaire, en ce sens qu'un certain nombre des libres de ce muscle ne viennent pas s'y insérer et que par contre il donne attache à celles du ligament large.

En résumé, deux forts ligaments réunissent entre elles les extrémités correspondantes de chaque cartilage tarse et vont ensuite se lixer solidementà la hase de l'orbite sur les limites de son diamëtro horizontal. Ces ligaments donnent tous les deux attache aux fibres qui constituent le ligament large des paupières, et l'interne seulement reçoit les Hbres de ta portion palpébralc du muscle orbiculaire. Ajoutons que la peau, loin de glisser à la surface de ces ligaments, comme elle le fait dans les autres points des paupières, y adhère assex intimementpar sa face profonde.

A la couche fihro-cartilagineuse se rattache le muscle releiwir rie la paupièt-e supérieure, antagoniste du muscle orbiculaire.

Parti, comme les muscles droits, du fond de l'orbitt?, nfi il s'attache à la gaine dn nerf optique, ce muscle se dirige parallèlement au droit supérieur, au-dessus duquel il est situé ; comme ce dernier, il traverse, au niveau de l'Equateur de l'œil, Taponévrose oculaire, qui se coiniiortc avec lui comme avec les muscles droits. Au lieu de se diriger ensuite vers le globe de l'œil, il gagne la base de l'orbite et de là se réQéchit do hant en has pour aller se fixer au bord supérieur du cartilage tarse {fig. 74 et 77).

M, Sappey a reconnu que la portion palpébralc du muscle, considérée jusqu'alors comme le tendon d'insertion du muscle releveur de la paupière, était elle-même un muscle h Qbres lisses auquel il a donné le nom d'orbi'io-palp'^ brat.

Le muscle releveur reçoit ses nerfs de la troisième paire crânienne ou moteur oculaire commun; ce nerf est fréquemment atteint de paralysie, ce qui entraîne la chute de la paupière supérieure.

^° Couehe muqaeme ou memàrane conjonctive. — Bien que la région palpéhrale ne renferme qu'une partie de la conjonctive, nous allons néanmoins faire rentrer dans notre description la membrane entière.

La conjonctive est la membrane muqueuse de l'œil.

Partie du bord libre des paupières, où elle se continue avec la peau, la conjonctive se porte en haut, s'applique à la face postérieure du cartilage tarse, auquel elle adhère Irès-intimcment, de façon à ne former réellement avec lui qu'une seule couche. Elle dépasse le bord supérieur de ce cartilage; arrivée à l'union des trois quarts inférieurs avec le quart supérieur environ de la paupière, elle se réfléchit de haut en bas pour former le cul-de-sac conjonctival supérieur ; de lu elle se porte en avant vers le glohe de l'œil, recouvre le tiers antérieur de la sclérotique et se termine an pourtour de la cornée, sur laquelle elle n'envoie que sa couche épithéliale. Au-dessous de la cornée, elle suit un trajet analogue jusqu'au bord de la paupière inférieure aprfis avoir formé le culde-sac conjonctival inférieur, moins profond que le supérieur.

La commissure externe des paupières ne correspond pas au bord externe de l'orbite, elle en est située à quelques millimètres, d'où il résulte que la conjonctive forme également un cul-dc-sac externe ; en dedans, au coniraire, ta con-

TiLLADi. — Anat, topo^mphiifue. 1 i-

2!0 ANATOMIE TOPOGRAPIIIOIE.

jonciive est soulevée par un petit amas de glandules, la caroncule lacrymale^ et elle forme un repli semi-lunaire, rudiment de la troisième paupière des oiseaux. C'est dans ces culs-de-sacs, supérieur, inférieur et externe de la conjonctÎTe, que vont le plus souvent se loger les corps étrangers flottant à la surface de rœil. Le cul-de-sac supérieur étant de beaucoup le plus profond, les corps étrairgers qu'il renferme présentent parfois certaines difficultés dans leur exiracUoD. même quand ils sont libres ou flottants. On pourra réussir en employante manœuvre suivante : fermer l'œil pendant un certain temps, le frotter légèrement pour activer la sécrétion lacrymale, puis Touvrir brusquement, de façon que les larmes, en s'écoulant, entraînent avec elles le corps étranger; ou encore tenir d'une main la paupière supérieure écartée du globe de Tœil pendant que de l'autre on insinue la paupière inférieure au-dessous d'elle. On laisse ensuite les parties revenir en place, et presque toujours le corps étranger se trouve sur la peau de la paupière inférieure. En cas d'insuccès, on glissera jusqu*au fond du cul-de-sac un corps mousse, un anneau, un stylet, par exemple, ou un papier roulé, et on l'explorera dans tous les sens.

La conjonctive, très-adhérente au cartilage tarse, est, au contraire, au niveau des culs-de-sac, doublée d'ime couche abondante de tissu cellulaire ; au milieu de cette couche se trouve un groupe de glandes sousconjonctivales (K), signalées surtout par M. Sappey . On y a également décrit des follicules lymphatiques, sur Toxistence desquels tous les auteurs ne sont pas d'accord. Le tissu conjonctif devient déplus en plus lâche à mesure qu'on se rapproche du globe de l'œil, et en J, au niveau de la sclérotique, la couche est si peu adhérente, que la conjonctive se détache très-aisément de la surface de l'œil à la moindre traction. On trouve parfois dans cette couche quelques vésicules adipeuses qui peuvent se réunir et constituer une petite tumeur appelée pinguecula.

La laxité remarquable du tissu cellulaire sous-conjonctival (portion bulbaire) fournit l'explication de quelques phénomènes pathologiques intéressants. Nous dirons d'abord que, grâce à cette laxité, le chirurgien i>eut aisément détacher la conjonctive au ras de la cornée et de la sclérotique, et, cheminant ensuite le long de celle-ci, aller d'emblée couper le nerf optique, ainsi que je le conseille pour l'énucléation du globe de l'œil.

C'est dans ce tissu sous-muqueux que s'infiltre le sang après les contusions de l'œil; la large ecchymose qui en résulte le plus ordinairement peut être appelée directe ou primitive^ mais il en existe une plus importante que j'appelle mdh recte ou consécutive ; eWc est la manifestation d'une lésion plus ou moins éloignée du lieu où elle apparaît ; c'est ordinairement une fracture de la base du crâne, passant par le corps du sphénoïde, qui lui donne naissance. Le sang filtre lentement de proche en proche, et finalement arrive sous la conjonctive, où il donne lieu à une ecchymose dite ecchymose sous-conjonctivale. Nous n'ayons pas besoin d'insister sur sa grande valeur diagnostique lorsqu'elle survient plusieurs jours après un choc sur le crâne.

De môme que la couche celluleuse des paupières, la couche du tissu cellulaire sous-conjonctival se laisse très-facilement infiltrer par la sérosité. Il en résulte dans beaucoup de maladies inflammatoires du globe de l'œil la formation d'un bourrelet circulaire grisâtre plus ou moins épais, recouvrant tout ou partie de la cornée, bourrelet désigné du nom de chémosis.

C'est encore la laxité du tissu cellulaire sous-conjonctival qui permet d*impri-

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