‹ Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie (volume 3)Chapitre 72 sur 142 · SINUS FRONTAUX · texte numérisé non relu

SINUS FRONTAUX

point de vue chirurgical une réelle importance, ce qui m'engage à leur consacrer un chapitre spécial.

Sinus frontaux.

On désigne sous le nom de sinus frontaux deux cavités situées à la partie antérieure et inférieure de l'os frontal, au-dessus et en dehors des cavités nasales, au-dessus et en dedans des orbites.

Ces sinus peuvent être considérés comme une cellule osseuse du diploé dé- | mesurément agrandie, de telle sorte qu'ils sont limités en avant par la table ' externe et en arrière par la table interne de l'os; ils sont en réalité constitués par un dédoublement du frontal.

Les sinus frontaux n'existent pas à la naissance, et l'époque à laquelle ils apparaissent n'avait pas été soigneusement recherchée jusqu'en i858. J'en fis alors, pour un concours d'aide d'anatomie, l'objet d'une étude particulière sur un grand nombre de pièces qui furent déposées au musée Orftla. J'arrivai à cette conclusion que l'époque de leur apparition est variable, qu'ils n'existent pas sur les sujets âgés de moins de dix ans, tandis qu'ils sont déjà très-développés sur des sujets de dix-huit à vingt ans ; je pensai, comme je le crois encore aujourd'hui, que les sinus frontaux apparaissent vers l'âge très-variable lui-môme de la puberté, alors que la face prend un développement considérable et rapide. >

A partir du moment de leur apparition, les sinus continuent à s'accroître, mais dans des proportions inégales, tantôt s'étendant au loin, tantôt limités à/ un petit espace. Il est des sujets chez lesquels ils n'apparaissent jamais. /

Les deux sinus frontaux sont séparés l'un de l'autre par une cloison osseuse. Très-épaisse au début de leur formation, la cloison s'amincit à mesure que les sinus s'agrandissent, et parfois môme elle disparaît en partie par suite d'un travail de résorption analogue à celui que j'ai déjà signalé en étudiant la boîte osseuse du crâne. Exactement située sur la ligne médiane en bas, la cloison des sinus s'en écarte à mesure qu'elle s'élève, se portant tantôt à droite, tantôt à gauche, de façon que l'un des sinus est toujours un peu plus développé que l'autre. Il n'y a pas de règle précise à cet égard, mais un fait curieux signalé par M. Bouyer dans son très-bon travail publié en 4859, c'est qu'au sinus frontal le plus développé correspond un sinus sphénoïdal plus petit, et réciproquement, de manière qu'il existe une sorte d'antagonisme ou plutôt de balancement entre ces deux sinus ; et l'auteur ajoute qu'il n'entrevoit pas les conséquences de cette disposition. On verra plus loin combien il est facile de l'interpréter avec le rôle que jouent, selon moi, les sinus de la face.

Considéré à la période de développement complet, le sinus frontal est une cavité anfractueuse aplatie d'avant en arrière, envoyant dos prolongements en haut vers la fosse temporale et en dehors vers l'apophyse orbitaire externe. Sur une coupe horizontale, la forme est encore celle d'un triangle, mais la base est en dedans, adossée à la cloison qui la sépare de celle du côté opposé, et le sommet en dehors, dirigé vers l'apophyse orbitaire externe.

M. Bouyer estime à 4 centimètres cubes, en moyenne, la quantité de liquide que peuvent contenir les deux sinus réunis d'un homme adulte, mais leur capacité est souvent plus grande, ainsi qu'on peut s'en assurer sur des pièces du musée de Clamart que j'ai actuellement sous les yeux.

TiLLAui. — Anat. topographique, i 7

Nous avons décrit plus haut le canal désigné sous le nom d'infundibulum, situé à la partie antérieure et supérieure du méat moyen, et à Taide duquel le sinus frontal communique avec les fosses nasales; il n'y a pas lieu d'y revenir

La cavité des sinus frontaux est tapissée par une membrane muqueuse qui se continue avec la muqueuse pituitaire, mais qui en diffère essentiellement à tous égards. Elle est blanche, mince, lisse, peu adhérente aux os, à peine vasculaire, renferme seulement quelques petites glandes, et ne reçoit que de rares et minces filets nerveux; la pituitaire, au contraire, est rouge, épaisse, plissée, adhérente aux os, très-vasculaire, remplie de glandes et pourvue d'un grand nombre débranches nerveuses : cela suffirait à priori pour faire douter que deux membranes de structure aussi différente soient destinées aux mêmes usages.

Recouverte par un épithélium vibralile, la muqueuse du sinus frontal présente à sa face profonde une couche fibreuse qui jouit du singulier privilège de pouvoir s'ossifier : c'est là d'ailleurs un caractère propre à la muqueuse des autres sinus et à la pituitaire elle-niême, dont je montrerai dans un instant toute l'importance pathologique. /(fc t/Cu ^^ (•^'-t /i t ( efi^

J'ai déjà eu occasion de signaler à la région du sourcil le cas curieux de cette jeune fille qui, en tombant sur un^çruchon de grès qu'elle tenait à la main, se fractura la table antérieure du sinus frontal, dans laquelle pénétra un morceau du vase brisé. Les faits analogues sont rares sans doute, mais la science en a enregistré un certain nombre, et le chirurgien devra toujours y songer en présence d'une fracture siégeant au niveau des bosses frontales ; l'erreur est d'autant plus facile à commettre entre cette lésion et une fracture complète de la boîte crânienne, que le sang contenu dans le foyer de la fracture présente parfois des mouvements dus à la colonne d'air qui traverse les fosses nasales, mouvements que l'on peut attribuer au cerveau.

Lorsque le trait de la fracture passe par la cavité du sinus, que la table antérieure seule ou que les deux tables soient atteintes, on peut observer à la région frontale, si la peau est intacte, une tumeur emphysémateuse due au passage de l'air par l'infundibulum.

La cavité du sinus est parfois assez vaste pour loger des corps étrangers d'un certain volume, des balles, par exemple, qui peuvent y séjourner de longues années sans provoquer d'accidents, ainsi qu'on l'observe d'ailleurs dans beaucoup d'autres points de l'économie. Les corps étrangers les plus curieux des sinus frontaux sont les corps étrangers vivants. Ils ont pour origine probable des larves d'animaux {lucilie hominivore). Dans les observations citées par M. Goquerel, les symptômes ont toujours présenté une très-grande intensité : aussi, lorsque les lavages ne suffiront pas à chasser ces hôtes malfaisants, sera-t-il indiqué d'appliquer une couronne de trépan pour ouvrir largement le sinus.

C'est également la conduite que devrait tenir le chirurgien en présence d'une collection purulente développée dans les sinus frontaux; le pus peut, il est vrai, dans les cas favorables, s'éliminer par les fosses nasales, ou bien encore user la table externe du frontal et sortir au dehors : mais il est possible aussi que la suppuration détruise la table interne et produise des accidents cérébraux mortels ; un môme travail peut s'opérer à la voûte de l'orbite et donner lieu à de graves complications du côté de l'œil.

Si donc le chirurgien soupçonne la présence dans le sinus frontal d'un corps

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