DE LA BOURSE MUQUEUSE SUBLINGUALE
joues, etc. La région peut être envahie par un œdème simple ou phlegmoneux qui présente une gravité spéciale, à cause du refoulement de la langue en arrière : mais ce qu'on y rencontre principalement, ce sont des kystes.
Il en existe de plusieurs sortes : pendant mon année d'internat chez Denonvilliers, j'observai dans le plancher de la bouche un kyste dermoïde de la consistance du mastic ; Tobserv^ation a été publiée dans le Compendium de chùnirgie. Il est vraisemblable que chez ce sujet, à l'époque du rapprochement des deux bourgeons latéraux qui forment la mâchoire inférieure, une minime portion du feuillet corné du blastoderme avait été pincée et emprisonnée.
On a observé, dans cette région, des kystes hydatiques. J'en ai moi-même traité et guéri un chez une jeune femme. Il avait le volume du poing et m'a paru siéger dans le muscle mylo-hyoïdien, car il faisait également saillie au cou et dans la cavité buccale.
Les kystes qui jouent le plus grand rôle dans la pathologie du plancher de la bouche sont les kystes séreux appelés grmouiUeties.
Il existe encore beaucoup d'obscurité sur la pathogénie de cette affection. Un grand nombre d'auteurs s'en sont occupés et ont exprimé des opinions diverses.
Lorsque j'eus démontré, en 1858, la véritable disposition de la glande sublinguale, j'exprimai l'opinion, qui fut partagée par la plupart des chirurgiens, que cette glande était le siège de la grenouillette, comme les glandes sébacées sont l'origine des kystes sébacés. Cette explication doit être vraie pour certaines grenouillettes à marche lente, qui grossissent peu à peu et n'arrivent que progressivement à un volume capable de gêner les mouvements de la langue, mais là n'est pas la difficulté.
La difficulté existe pour l'interprétation des faits suivants, dont le hasard m'a fait, en 1873, observer plusieurs exemples coup sur coup. Un homme se couche très-bien portant, s'endort et se réveille brusquement au milieu de la nuit avec une tumeur du volume d'un œuf de poule occupant tout le plancher de la bouche, repoussant fortement la langue en haut et en arrière, et déterminant les troubles physiologiques propres à cette maladie. On pratique une ponction, et il s'écoule une quantité considérable de liquide ordinairement visqueux, filant et un peu jaunâtre.
Comment expliquer ce fait? Quel est le siège, le point de départ de cette grenouillette aiguë?
A-t-elle pour origine l'une des glandules sublinguales ? C'est impossible, car une glandule ne peut ainsi se dilater instantanément et acquérir un volume infiniment supérieur à son volume normal.
La grenouillette aiguë reconnaît-elle pour cause la dilatation du canal de Warthon, en arrière d'un obstacle apporté au cours de la salive? C'est l'opinion généralement acceptée : elle parait, en effet, rationnelle et en harmonie avec ce que la pathologie nous enseigne dans d'autres régions. Cependant elle est loin d'être satisfaisante.
Qu'on veuille bien remarquer qu'il ne s'agit pas ici d'une dilatation graduelle, même en la supposant rapide, mais d'une dilatation instantanée. Ainsi, une de mes malades se chauffait au coin du feu, et put dire la minute à laquelle la tuméfaction était apparue. Or, le canal de Warthon est-il susceptible d'acquérir cette dilatation instantanée? C'est dans le but de répondre à cette question que
TiLLAUx. ^Anat» topograplUquê* 21
j'ai pratiqué les expériences dont je parlais plus haut sur la dilatabilité de ce canal, et elles démontrent surabondamment que ce n*est pas possible. Le canal de Warthon est indilatable sous une pression brusque ; il peut à la rigueur se rompre, si la pression est très-considérable, mais il ne se dilatera jamais, si ce n'est sous l'influence d'une pression graduelle et longtemps prolongée, comme en pourrait déterminer, par exemple, un calcul salivaire. Or, je le demande, si dans une région quelconque du corps nous voyions apparaître subitement une tumeur liquide ; si l'anatomie nous révélait l'existence en ce point d'une large bourse séreuse, hésiterions-nous un seul instant à rapporter à cette bourse le siège de l'épanchement? Non, sans doute : or, c'est ce qui a lieu dans le plancher de la bouche. Du moment où le canal de Warthon est absolument indilatable, la grenouillette aîgu6 ne peut s'expliquer que par la présence d'une cavité préexistante toute prête à recevoir ou à sécréter le liquide, et l'induction seule devrait suffire à faire admettre cette cavité, si Tanatomie ne la démontrait. Car il ne faut pas confondre la grenouillette aiguë avec un œdème, une infiltration du plancher de la bouche : c'est bien réellement une tumeur limitée, circonscrite, enkystée d'emblée, qui s'affaisse, se vide complètement aussitôt qu'on l'ouvre, et dont on peut parcourir la cavité avec le doigt ou avec un instrument.
Il ne saurait donc y avoir pour moi le moindre doute, la grenouillette aiguë a son siège dans la bourse séreuse sublinguale.
Le problème n'est cependant pas encore complètement résolu par ce qui précède ; il faut élucider les questions suivantes : existe-t-il des relations entre la grenouillette aiguë et les organes salivaires du plancher de la bouche? Quelles sont ces relations ? Le liquide contenu dans le kyste est-il de la salive ? Ou bien la grenouillette aiguë n'est-elle autre chose qu'une inflammation aiguë de la bourse muqueuse sublinguale ?
Je ne suis pas en mesure de répondre à ces diverses questions, car il existe à cet égard des contradictions entre les faits cliniques. C'est ainsi que sur deux de mes malades le canal de Warthon, d'un côté, était oblitéré manifestement. Cette oblitération était-elle la cause première de la maladie ? C'est possible, et il faudrait alors admettre que le canal s'était rompu en arrière de l'obstacle et que la salive s'était épanchée dans la bourse séreuse, ce que les rapports des deux organes (E, fig, 107) font bien comprendre. Obstacle au cours de la salive, rupture du canal (peut-être préalablement altéré) en arrière de l'obstacle, épanchement brusque de salive dans la bourse muqueuse, qui sécrète à son tour : telle serait la théorie à laquelle je me rattacherais le plus volontiers.
Et cependant nous savons combien les canaux excréteurs déchirés se cicatrisent difficilement; exemple, le canal de Sténon : il reste le plus souvent des fistules à la suite : or, c'est précisément le contraire qu'on observe ici ; chacun sait que la principale difficulté du traitement de la grenouillette consiste à maintenir béante l'ouverture pratiquée par le chirurgien. Voilà donc un fait clinique défavorable à l'hypothèse d'une rupture du canal de Warthon.
Oblitération de l'un des conduits excréteurs, fermeture très-rapide de Touvcrture faite à la poche en arrière de l'obstacle, sont en effet deux faits cliniques contradictoires.
Malheureusement, l'analyse chimique du liquide n'a pu, jusqu'à présent, éclairer le sujet, car ce liquide est nécessairement mélangé.
La lumière n*est donc pas encore faite complètement sur la pathogénie de la