C) — NOYAUX CENTRAUX
Le hile de l'hémisphère nous présente, sur le trajet même du pédoncule cérébral, des masses grises, que l'on désigne sous le nom collectif de noyaux centraux ou de noyaux opto-striés. Ces noyaux gris comprennent la couche optique et le corps strié, lequel corps strié, à son tour, se divise en noyau caudé et noyau lenticulaire.
1° Couche optique. — La couche optique ou thalamus est un gros noyau de substance grise situé sur le côté du ventricule moyen, en avant et en dehors des tubercules quadrijumeaux. Elle a une coloration blanc grisâtre, rappelant assez bien la teinte café au lait. Sa longueur est de 30 à 40 millimètres ; sa largeur, de 20 millimètres ; sa hauteur, de 22 milMmètres.
Envisagée au point de vue de sa conformation extérieure, la couche optique a la forme d'un ovoïde, dont la grosse extrémité regarderait en arrière et dont le grand axe serait obliquement dirigé d'arrière en avant et de dehors en dedans. On peut donc lui considérer quatre faces et deux extrémités. • — Sa face supérieure, convexe, est nettement délimitée, en dehors, par le sillon opto-strié, en dedans par le pédoncule antérieur de la glande pinéale. Elle nous présente successivement : 1° à sa partie moyenne, un sillon obhque en avant et en dedans, le sillon choroïdien ; 2° en avant, une saillie arrondie, le tubercule antérieur de la couche optique ; 3° en arrière, une deuxième saillie plus volumineuse, le tubercule postérieur ou pulvinar. Notons encore, à la partie postéro-interne de cette face, une petite région triangulaire, le triangle de Vhabenula, avec, à sa partie moyenne, le tubercule de Vhabenula. — Sa face inférieure repose sur la calotte pcdonculaire. Elle répond là à une région spéciale, la région sous-thalamique, dans laquelle nous rencontrons, entre autres éléments, un petit noyau de substance grise, de 10 à 12 millimètres de largeur sur 3 ou 4 millimètres d'épaisseur, le corps de Luys : sa signification est encore fort obscure. - — Sa face interne, libre (du moins en avant, car, en arrière, elle est fusionnée avec l'isthme de l'encéphale), contribue à former la paroi interne du troisième ventricule. Elle donne naissance à la commissure grise. — Sa face externe est entièrement fusionnée avec la capsule interne. Elle n'est donc visible que sur les coupes. — Son extrémité antérieure, arrondie, se loge dans la concavité qui lui offre la tête du noyau caudé Elle est contournée de haut en bas par le pilier antérieur du trigone. Entre le pilier et cette extrémité se voit un orifice ovalaire, le trou de Monro, qui fait communiquer le ventricule moyen avec le ventricule latéral. — Son extrémité postérieure, plus volumineuse que l'antérieure, entièrement libre, répond au carrefour ventriculaire. Elle nous présente, à sa partie tout inférieure, deux saillies semi-ovoïdes, de coloration grisâtre, les corps genouillés. On les distingue en interne ou externe : au corps genouillé externe se rendent, d'une part la racine externe de la bandelette optique, d'autre part le bras antérieur des tubercules quadrijumeaux ; au corps genouillé interne
TÊTE
aboutissent, de mémo, la racine interne de la bandelette optique et le bras postérieur des tubercules quadrijumeaux (voy. Voie optique).
La couche optique est constituée, presque en totalité, par de la substance grise, que traversent, de bas en haut, doux lames de substance blanche (fig. 89), connues sous le nom de lame médullaire interne et de lame médullaire externe. Cette dernière se confond avec la capsule interne. La couche optique est en connexion à la fois
Fig. 88.
Les noyaux opto-striés, vus par leur face supérieure (T.).
1, 1', extrémités antérieure et postérieure de la scissure interliéinispliérique. — 2, centre ovale de Vieussens. — 3, genou du corps calleux. — 4, 4', son bourrelet, sectionné sur la ligne médiane. — 5. septum lucidum et sa cavité centrale. — 6, piliers antérieurs du trigone. — 7. ses piliers postérieurs, devenant le corps bordant. — 8. prolongement antérieur ou frontal du ventricule latéral. — 9, son prolongement postérieur ou occipital. — 10, carrefour ventriculaire.
— 11, ergot de Morand. — 12. noyau caudé — 13, couche optinue. — 14, sillon opto-strié, avec 14', veine du corps strié. — 15, ventricule moyen. — 16, commissure grise. — 17, glande pinéale. — 18, commissure blanche postérieure.
— 19, tubercules quadrijumeaux.
avec le pédoncule cérébral, avec les tubercules quadrijumeaux, avec la bandelette optique, avec le corps strié, et enfin, avec l'écorce cérébrale.
Les expérience de Laborde et Lemoine, les recherches de Déjerine et Long tendent à établir que les couches optiques forment surtout des centres de sensibilité. De fait, dans le cas de lésion de la couche optique, on observe (Déjerine et Roussy, 1906) : 1° une héméplcgie motrice, légère et rapidement régressive, ne s'accompagnant ni de contractures ni d'exagération des réflexes ; 2° une hémianesthésie persistante, à laquelle s'ajoutent, du côté hémiplégie, des douleurs extrêmement tenaces. Cette hémianesthésie relèverait seule de la lésion de la couche optique. Quant à l'hémiplégie précoce, elle résulterait du retentissement de la lésion thalamique
sur la portion voisine de la capsule interne : ce ne serait qu'un symptôme accessoire. Déjerine et RoussY ont donné à cette association d'une hémiplégie douloureuse et d'une hémianesthésie le nom de syndrome thalamique.
2° Noyau caudé. — Le noyau est situé à la partie antérieure et externe de la couche optique. Vu d'en haut, sur le plancher du ventricule latéral, il nous apparaît sous la forme d'une virgule (,), dont la grosse extrémité ou tête est dirigée en avant, la petite extrémité ou queue en arrière et en dehors. Sa longueur est de 65 à 70 millimètres.
Aplati de haut en bas, le noyau caudé nous offre à considérer deux faces, deux Lords et deux extrémités, — Sa face supérieure, convexe, de coloration rougeâtre contribue à former le plancher ventriculaire. — Sa face inférieure repose sur la capsule interne, à laquelle elle adhère intimement. - — Son bord externe, à peu près rectiligne, répond au corps calleux, au moment où ce dernier passe dans le centre ovale.
— Son bord interne, fortement concave, embrasse la partie correspondante de la couche optique. Il en est séparé, cependant, par un sillon, le sillon opto-strié, et par les trois formations anatomiques que renferme ce sillon : la lame cornée, la veine du corps strié et le tsenia semi-circularis. — Son extrémité antérieure ou tête, assez régulièrement arrondie, repose en bas sur la substance grise de l'espace perforé antérieur,
— Son extrémité postérieure ou queue s'effile graduellement, arrive au carrefour ventriculaire, s'infléchit alors en bas et en avant et passe sur la voûte du prolongement sphénoïdal du ventricule latéral, où elle contourne la face inférieure du pédoncule cérébral.
Envisagé au point de vue de sa structure, le noyau caudé est formé exclusivement par de la substance grise. Il est en relation à la fois avec le pédoncule cérébral, avec la couche optique, avec le noyau lenticulaire et avec l'écorce.
3° Noyau lenticulaire. — Le noyau lenticulaire est situé au-dessous et un peu en dehors du noyau caudé. Comme ce dernier, il est allongé d'avant en arrière et plus volumineux à son extrémité antérieure qu'à son extrémité postérieure. Il mesure en moyenne, 5 centimètres de longueur.
Vu sur une coupe frontale (fîg. 89) passant par sa partie moyenne, il nous appralt sous la forme d'un triangle, dont la base regarde en dehors, le sommet en dedans et en bas. Nous pquvons donc lui considérer trois faces et deux extrémités. — Sa face inférieure, horizontale, répond au lobe temporo-occipital. Elle est croisée obliquement par la commissure blanche antérieure. — Sa face interne (ou mieux supérointerne) est en rapport dans toute son étendue avec la capsule interne. — Sa face externe, légèrement convexe, répond à une lame de substance blanche, appelée capsule externe. Cette lame sépare le noyau lenticulaire de l'avant-mur. — Son extrémité postérieure, relativement mince, se dissocie en un certain nombre de prolongements longitudinaux réguhèrement superposés dans le sens vertical. — Son extrémité antérieure, beaucoup plus épaisse, se fusionne graduellement avec l'extrémité correspondante du noyau caudé. Cette fusion réciproque des deux noyaux caudé et lenticulaire se voit très nettement sur des coupes sériées. Les deux noyaux, dans leur ensemble, forment donc une sorte de fer à cheval ou d'D majuscule, dont la concaAité serait tournée en arrière.
Le noyau lenticulaire se compose essentiellement d'une masse de substance grise, que deux lames de substance blanche à direction yerticale {lame médullaire interne et lame médullaire externe) décomposent en trois segments : un segment externe
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relativement foncé ; un segment moyen, plus pâle ; un segment interne, plus clair encore. Le segment externe a reçu de Burdach le nom de putamen ; les deux autres segments, ensemble, constituent le globus pallidus. Envisagé au point de vue de ses connexions, le noyau lenticulaire est relié au pédoncule cérébral, au noyau caulé, à la couche optique et à l'écorce.
Les lésions siégeant dans la région du noyau lenticulaire, soit dans le noyau luimême, soit dans son voisinage (partie antérieure et genou de la capsule interne, capsule externe), s'accompagnent d'anarthrie, quel que soit l'hémisphère intéressé (Pierre Marie). L'anarthrie, rappelons-le en passant, est un trouble de la fonction du langage caractérisé par ce fait que la parole du malade est à peu près nulle ou du moins incompréhensible. Elle ressemble beaucoup à l'aphasie de Broca (voy. p. 124). Elle s'en distingue toutefois, en ce que, dans le cas d'anarthrie, le malade, contrairement à ce qu'on observe dans le cas d'aphasie motrice, peut lire et écrire et qu'il comprend parfaitement ce qu'on lui dit, même s'il s'agit de choses compliquées.
Les noyaux opto-.striés sont des centres réflexes supérieurs, intermédiaires à l'écorce cérébrale et aux noyaux bulbaires. Ils ont pour rôle principal de coordonner les mouvements de la langue, des lèvres, du larynx, en vue de l'articulation des mots, de la déglutition, du rire ou des pleurs. Aussi leur lésion détermine-t-elle une paralysie de la langue, des lèvres, du voile du palais, du pharynx, etf., analogue à celle qu'on observe dans les paralysies glosso-labio-laryngées d'origine bulbaire : de là, le nom de paralysie glosso-labio-laryngée cérébrale ou pseudo-bulbaire qu'on lui donne en clinique. Il convient d'ajouter, toutefois, que beaucoup d'auteurs n'admettent pas cette interprétation. Ils attiibuent les accidents observés, non à la lésion des masses grises[elles-mêmes,mais à la léson des fibres de projection, provenant des centres corticaux de la face, du pharynx, etc., au pointoù elles contournent le putamen du noyeau lenticulaire][pour gagner le genou de la capsule interne (voy. p. 120).
Quoi qu'il en soit, la paralysie glosso-labio-laryngée pseudo-bulbaire se distingue de la paraly.sie consécutive à l'atrophie des noyaux bulbaires : 1° par son début brusque (par un ictus apoplectique le plus souvent) ; 2» par l'existence d'une hémiplégie, avec le pleurer et le rire spasmodiques; 3° enfin, par l'absence d'atrophie des muscles paralysés.