C) — TROMPE D'EUSTACHE
La trompe d'Eustache est ce long canal qui relie la partie antérieure de la caisse du tympan à l' arrière-cavité des fosses nasales ou pharynx nasal : c'est le conduit d^aération de Voreille moyenne de quelques auteurs, dénomination parfaitement justifiée par le rôle physiologique que ce canal remplit à l'état normal. C'est par la trompe, en effet, que l'air pénètre dans la caisse à chaque mouvement de déglutition pour maintenir, en dedans et en dehors du tympan, l'équilibre de pression nécessaire au bon fonctionnement de l'ouïe. Que pour une cause ou pour une autre le canal ne fonctionne plus {obstruction de la trompe), l'air contenu dans la caisse se trouve bientôt résorbé par la muqueuse : le tympan est alors refoulé vers l'intérieur de la cavité tympani([ue, l'étrier s'enfonce dans la fenêtre ronde, et les symptômes de compression du labyrinthe (bourdonnements, surdité, vertiges) apparaissent. Il suffit de rétabUr la perméabilité de la trompe pour faire disparaître ces accidents.
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1" Généralités. — Nous envisagerons sous ce titre: l*' la division topo^raphique de la trompe ; 2° sa direction ; 3° ses dimensions.
a. Division. — Comme le conduit auditif externe, avec lequel elle présente unp grande analogie de structure, la trompe se compose de deux segments : 1° un segment interne, osseux, s'ouvrant dans la caisse du tympan par un orifice externe ou tympanique ; 2° un segment externe., fibro-cartilagineux, s'ouvrant dans le pharynx par un orifice dit orifice interne ou pharyngien. Ce dernier segment de la trompe, en raison de ses rapports, peut encore être appelé segment pharyngien ; c'est, au point de vue médico-chirurgical, le plus important des deux.
b. Direction. — La trompe d'Eustache, suivie à partir de la caisse du tympan, se porte obliquement d'arrière en avant et de dehors en dedans. Elle se dirige en même temps de haut en bas et vient déboucher dans le pharynx, à 25 millimètres plus bas que son point de départ.
c. Dimensions. — • La trompe d'Eustache, au point de vue de ses dimensions, nous offre à considérer sa longueur et sa largeur :
a) La longueur totale de la trompe varie de 35 à 45 millimètres, dont les deux tiers pour la portion fibro-cartilagineuse, le tiers seulement pour la portion osseuse. En raison de la variabilité de cette longueur, les bougies introduites dans la trompe dans un but thérapeutique {bougirage de la trompe) ne doivent pas pénétrer à plus de 3 centimètres de profondeur à partir de l'orifice pharyngien. A cette profondeur, l'extrémité de la bougie n'arrivera pas jusque dans la caisse du tympan, même dans le cas où la trompe est courte ; par suite, elle ne pourra léser aucun des organes qui y sont contenus. D'autre part, si la trompe est longue, l'instrument n'en parviendra pas moins au delà de la portion cartilagineuse, la seule qui puisse présenter un rétrécissement, la seule par conséquent qui doive être dilatée par la bougie.
P) La largeur, c'est-à-dire le calibre de la trompe est variable suivant qu'on considère le segment cartilagineux ou le segment osseux du conduit. D'une façon générale, la trompe, qui présente comme dimensions 8 millimètres sur 5 au niveau de l'orifice pharyngien, va en se rétrécissant jusqu'au point où la portion 'cartilagineuse s'unit à la portion osseuse. En ce point, que l'on appelle isthme de la trompe et qui répond au commen3ement de la portion osseuse, le cahbre de la trompe est de 2 millimètres sur 1 millimètre. De l'isthme jusqu'à l'orifice tympanique, le conduit tubaire s'élargit progressivement et, à son abouchement dans la caisse, il mesure 5 millimètres sur 3.
Nous voyons, en résumé, que la trompe présente un rétrécissement normal très marqué et inextensible à l'union de son tiers externe avec ses deux tiers internes, c'est-à-dire au niveau de l'isthme. Le passage de ce point rétréci est toujours le temps délicat du bougirage du conduit et, étant donné ses dimensions normales, on s'explique pourquoi la dilatation de la trompe d'Eustache ne peut ère poussée au delà de deux millimètres. iLes faibles dimensions du canal tubaire le prédisposent, on le conçoit aisément, à l'obstruction. Il sufTit, en effet, d'un simple gonflement de la muqueuse tubaire enflammée, ou d'un bouchon muqueux, pour amener très rapidement les phénomènes auriculaires signalés plus haut, qui révèlent Yobstructlon de la trompe <V Eustache. Toutefois, lorsque l'inflammation guérit, les accidents disparaissent et le calibre du conduit redevient ce qu'il était auparavant. Il n'en est plus de même lorsque l'inflammation persiste un long temps, ou lorsqu'elle récidive fréquemment. En pareil cas, il e forme derétrécissements pathologiques qui siègent de préférence dans la portion cartilagineuse du conduit et au niveau de l'isthme, rétrécissements que l'on traite, ici comme ailleurs, soit parla dilatation progressive [bougirage), soit par la section de la stricture (iolpingolomie). Lorsque la sténose est absolument incurable par les moyens précédents, on est obligé de perforer artificiellement le tympan pour permettre à l'air de pénétrer dans la caisse.
2" Forme. — Envisagé au point de vue de sa forme, le conduit tubaire, dans son ensemble (fig. 267), peut être considéré comme constitué par deux cônes qui seraient
unis l'un à l'autro par leur sommet tronqué : un cône tympanique, répondant à la portion osseuse ; un cône pharyngien ou guttural, répondant à la portion cartilagineuse. L'isthme correspond, naturellement, au point d'union des deux cônes.
D'autre part, la trompe est aplatie d'avant en arrière et de dehors en dédans. Mais, tandis que dans la portion osseuse cet aplatissement est relativenient peu marqué et que le canal reste béant, dans la portion cartilagineuse, au contraire, il est accusé au point que les dei'x parois opposées arrivent au contact et que la lumière du conduit se présente sous la forme d'une simple fente verticale. Autrement dit, dans ses deux tiers inférieurs la trompe est fermée à l'état de repos : elle n'est qu'un conduit virtuel, comme l'œsophage par exemple. Il résulte de cette disposition que r.aération de l'oreille moyenne ne peut se produire que lorsque « la trompe s'ouvre » :
cette aération est donc essentiellement intermittente. La physiologie et la pathologie nous expliquent pour(}uoi. En effet, si la trompe restait toujours béante, étant donné les variations dp pression qui se produisent à chaque instant dans le pharynx nasal (respiration, parole, etc.), l'air contenu dans l'oreille moyenne serait sans cesse en mouvement et le fonctionnement de l'oreille en souffrirait. De fait, cette héance de la trompe s'observe parfois en patliologie, à la suite de l'atrophie du cartilage ou du relâchement des parois tubaires, et l'on voit alors les malades accuser du vertige, lorsqu'ils se mouchent, et être même gênés par la résonnance de leur propre voix {autophonie). On a également vu, en pareil cas, des corps étrangers, par exemple des grains de tabac à priser (Gellé), pénétrer dans la trompe et tomber, de là, dans la caisse.
L'ouverture de la trompe peut s'opérer de deux façons :
1° Par la contraction des muscles péristaphylins, que nous avons déjà étudiés avec le voile du palais (voy. p. 275). En pareil cas, Vouverture de la trompe est active et se produit parfois volontairement, le plus souvent pendant les mouvements de déglutition : c'est le mécanisme de Vaération physiologique de Voreille moyenne.
2° Par l'air pénétrant sous forte pression et écartant de force ses parois. Dans ce cas, l'ouverture de la trompe est passive ; c'est le mécanisrne de Vaération thérapeu-
Fig. 267.
l,a trompe d'Eustache, vue sur une coupe parallèle à son grand axe (T.).
(Sur la portion molle de la trompe, la paroi antéro-externe ou fibreuse a été détachée de la paroi cartilagineuse et érignée en bas.)
a, enclume. — b, marteau. — c, membrane du tjTnpan, dont le tiers antéro-posterieur a été détaché par la coupe. — d, paroi interne de la caisse. — c, cavité glénoîde du temporal. — /, artère carotide interne.
1, portion membraneuse de la trompe d'Eustache . — 2, sa portion OMeuse. — 3, son orifice tjmipanique. — 4. son orifice pharynsien. — 5, coupe de sa portion cartilagineuse. — 6, sa portion fibreuse érignée en bas et eu dedans. — 7, le muscle du marteau dans son conduit osseux. — 8, son tendon terminal formant un angle droit avec la portion charnue, pour s'attacher sur le côté interne du manche du marteau. — 9, son nerf venant du ganglion otique. — 10, apophyse styloïde.
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tique de la caisse (Lermoyez et Boula y). L'air soun pression peut être conduit diroctement à l'entrée de la trompe avec une sonde : ce procédé est connu sous h nom de cathétérisme de la trompe d" Eustache. Ou bien encore on peut, en faisant exécuter au malade un mouvement de déglutition, profiter du moment où la trompe s'ouvre par ce mécanisme physiologique pour augmenter brusquement la pression de l'air renfermé dans le pharynx nasal en y refoulant l'air contenu dans une poire en caout-
Fig. 268.
Coupe transversale oblique du crâne, faite suivant l'axe de la trompe d'Eustache et intéressant cette dernière sur toute sa longueur (sujet congelé, segment inférieur de la coupe).
1. portion cartilagineuse de la trompe. — 2. sa portion oseeuse. — 3. son orifice pharyngien. — 4, 8on orifice tympanique. — 6, caisse du tympan. — 6. membrane tympanique. — . cartilage de la trompe. — 8, muscle pérLitaphylin externe. — 9, nerf maxillaire inférieiu'. — 10, artère méningée moyenne. — 11, ptérygoî'lien externe. — 12. ptérygOIdlen interne. — 13, apophyse ptérygoîde. — 14, fossette de Rosenmiiller. — 15, queue du cornet moyen. — 18, muscles pré vertébraux. — 17, carotide interne. — 18, 19, sinus latéral. — 20, conduit auditif externe intéressé par la coupe dans sa partie interne seulement. — 21, cerveau. — 22, condyle de la mâchoire. — 23, ménisque de rartlculatiou temporo-maxillaire. — 24, artère temporale superficielle. — 26, cartilage du conduit auditif. — 2.6. parotide (très développée sur ce sujet). — 27, racine transverse du zygoma. — 28, muscle temporal. — 29, sinus maxillaire. — 30, pharynx.
chouc : c'est le procédé de Politzer. Ou bien, enfin, comme dans le procédé de Valsalva, on peut chercher à obtenir cette augmentation de pression nécessaire à l'écartement des parois de la trompe, en faisant exécuter au malade une expiration forcée, la bouche étant fermée et le nez pincé avec les doigts.
3° Rapports. — Nous examinerons successivement à ce pomt de vue : 1° la portion osseuse de la trompe ; 2° sa portion cartilagineuse ; 3° ses orifices. a. Portion osseuse. — Dans sa portion osseuse (fig. 268, 2), longue de 13 à 14 mil-
limètres, la trompe, creusée dans la partie inférieure du temporal, est on rapport : l» en haut, avec le muscle du marteau, dont le condnit lui est accolé et, au-dessus de celui-ci, avec les méninges et l'artère méningée moyenne ; 2° en dedans et en arriére, avec la carotide interne, qu'elle croise à angle aigu. La carotide n'est souvent séparée de la trompe que par une lame osseuse fort mince, lame osseuse qui peut même, dans certains cas, faire complctoment défaut : on conçoit les dangers que peut présenter en pareil cas le bougirage de la trompe fait sans précautions suffisantes.
b. Portion cartilagineuse. — La portion cartilagineuse de la trompe d'Eustache (fig. 268, 1) est fixée à la base du crâne par le tissu fibreux qui comble la suture unissant le rocher à la grande aile du sphénoïde.
a) En avant et en dehors, elle est croisée : 1° par l'artère méningée moyenne, au moment où cette artère pénètre dans le trou petit rond ; 2° par le nerf maxillaire inférieur, au moment où celui-ci sort du trou ovale : ce rapport nous explique pourquoi on a pu observer la lésion de la trompe dans certains procédés de résection du nerf maxillaire inférieur au niveau du trou ovale. Elle est encore en rapport, en avant et en dehors : d'une part, aveo le muscle péristaphyhn externe, qui prend quehjues insertions sur elle et la sépare du muscle ptérygoïdien interne ; d'autre part, avec le bord postérieur de l'aile interne de l'apophyse ptérygoïde.
p) En arrière et en dedans, la portion cartilagineuse" de la trompe répond au muscle péristaphyhn interne et, aussi, à la muqueuse du pharynx, qu'elle soulève en arrière et en haut, comme nous le verrons dans un instant.
c. Orifice externe ou tympanique. — Cet orifice nous est connu ; il a été décrit à propos de la caisse du tympan. Nous n'y reviendrons pas ici. Nous rappellerons seulement qu'il est relativement considérable et, d'autre part, qu'il occupe la partie la plus élevée de la paroi antérieure de la caisse. Il est donc bien mal disposé pour pouvoir servir à l'écoulement, au drainage des sécrétions pathologiques de la caisse Par contre, grâce à sa situation élevée, un courant de liquide pénétrant dans l'oreille moyenne par l'orifice interne de la trompe et ressortant par le conduit auditif externe au travers d'une large perforation tympanique, ce courant de liquide, disons-nous, irrigue l'attique et toute l'oreille moyenne bien mieux que ne le fait le hquide injecté par le conduit auditif. Aussi le lavage de l'oreille moyenne par la trompe a-t-il pu être utihsé, dans certains cas, pom- traiter les otites moyennes suppurées.
d. Orifice interne ou pharyngien : pavillon de la trompe. — L'orifice pharyngien de la trompe (fig. 269) constitue la partie la plus importante du conduit tubaire. En raison de sa situation sur la paroi latérale du naso-pharynx. il est, en effet, aisé-
Fig. 269.
Paroi latérale du pharynx nasal, vue
de face (T.).
1, voile du palala. — 2. extrémité postérieure du cornet inférieur. — 3. Toute du pharynx, avec 4. amyjfdale pharyngienne. — 5. orifice piiaryngien de la trompe. — 6, bourrelet de la trompe. — 7, pli salpingo-pharynifien. — 8, pli salpingo-palatiii. — 9, gouttière naso-pharyngienne. — 10. pli muqueus du relevear. — 11, fossette de EosemuLiller. — 12, arc antérieur de l'atlas. — ]3, ails, avec 13', son apopliyse odontoïde.
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ment explorable et abordable. En raison des rapports intimes qu'il présente avec la cavité naeo-pharyngienne, dans laquelle il débouche largement, il constitue la voie toujours ouverte que suivent les nombreux microbes de la muqueuse pharygienne (saprophytes vulgaires ou germes pathogènes) pour envahir l'oreille rrtoyenne. Il fait, enfin, partie intégrante du pharynx : aussi toutes les maladies de cet organe retentissent sur lui et, par son intermédiaire, sur la caisse tympanique.
L'orifice pharyngii^n, en raison de sa disposition plus ou moins évasée, est encore appelé pavillon de la trompe. De l'orme variable suivant les sujets, elhptique, fissuraire, réniforme, piriforme, il est le plus souvent triangulaire à sommet supérieur, à base inférieure. — Sa. lèvre antérieure est d'ordmaire à peine accusée, sauf à sa partie supérieure. Elle est indiquée par un repli muqueux qui se prolonge en bas
jusqu'au voile du palais :
c'est Je pli salpingo- palatin. — Sa lècre postérieure, au contraire, est toujours très saillante parce qu'elle répond à l'extrémité interne du cartilage de la trompe qui, à ce niveau, soulève la muqueuse. Elle forme un bourrelet que le bec de la sonde, parcourant d'arrière en avant la paroi latérale du pharynx, perçoit le plus souvent avant de retomber dans la dépression du pavil son : c'est sur ce repère que KuH a basé son procédé de cathétérisme de la trompe.
La lèvre postérieure de la trompe est prolongée, en bas, par un repli muqueux qui descend sur la paroi latérale du pharynx : c'est le pli salpingo- pharyngien Par suite de la saillie que fait la lèvre postérieure du pavillon, ce dernier paraît se détacher de la paroi latérale du pharynx et regarder un peu en avant en même temps qu'il regarde en bas et en dedans, d'où la formation, en arrière de lui, d'une excavation plus on moins profonde suivant les sujets : c'est la fossette de Rosenmiiller. Nous l'avons déjà signalée en étudiant le pharynx. Nous nous contenterons de rappeler ici, que, dans bien des cas, lorsqu'on pratiqui' le cathétérisme de la trompe d'Eustache (fig. 270), le bec de la sonde s'engage dans cette fossette, ce qui peut induire le chirurgien en erreur et lui faire croire qu'il a pénétré dans le pavillon de la trompe.
Nous connaissons les dimensions de l'orifice pharyngien : rappelons que sa hauteur est en moyenne de 8 millimètres, sa largeur de 5 millimètres. Les inflammations chroniques et surtout les affections ulcéreuses du pharynx (tuberculose, syphihs), entraînent souvent sa déformation et son rétrécissement.
Coupe sagittale de la cavité naso-pharyngienne avec le cathéter introduit dans la trompe d'Eustache (Politzeb).
1, cornet inférieur. — 2. cornet moyen. — 3, cornet supérieur. — 4, voûte palatine. — 5, voile du palais. — 6, paroi postérieure dn pharynx. — 7 fossette de Eosenmiiller. — 8, bourrelet postérieur de la trompe.
II serait important, en raison même du cathétérisme de la trompe, de pouvoir préciser la situation du pavillon par rapport aux quatre points suivants, extrémité postérieure du cornet inférieur, paroi postérieure et paroi supérieure du pharynx, voile du palais. Malheureusement, cette situation varie beau- ( oup suivant les sujets et, chez un même sujet, selon le degré de tuméfaction de la muqueuse nasopharynijienne. Aussi ne donnerons-nous aucun chiffre. Nous dirons seulement que l'orifice phaiyngien de la trompe se trouve sur le prolongement de la ligne d'insertion du cornet inférieur, à une distance de la queue de celui-ci qui varie de 1 à 10 et 12 millimètres. Si l'on suit d'avant en arrière, avec le bec de la sonde, la ligne d'insertion du cornet jusqu'à ce que l'on sente ce point d'appui manquer et si l'on enfonce aloi-s l'instrument de quelques millimètres, son bec pénètre dans la trompe : c'est sur ce repère qu'est basé le procédé de cathétérisme de la trompe coni\u sous le nom de procédé de Triquet. Nous dirons encore que, d'après Franck, les orifices pharyngiens des deux trompes sont situés dans le plan frontal passant parle bord postérieur de la cloison du nez : d'où le conseil donné par cet auteur, pour cathétériser Il tpoiape, de pousser d'abord le cathéter jusqu'à la paroi postérieure du pharynx, de le ramener ensuite rn avant jusqu'à ce qu'il accroche le bord postérieur de la cloison : il suffît alors d'imprimer au cathéter une rotation « sur place », ramenant son bec en haut et en dehors pour que celui-ci entre dans le pavillon. Nous ferons remarquer, en terminant ce qui a trait à la situation de l'orifice pharyngien de la trompe, Mue la distance qui le sépare de l'entrée des fosses nasales est, elle aussi, extrêmement variable : d'après Crbantschitsch, elle peut varier de 53 à 7.5 millimètres, soit 22 millimètres d'écart entre les chiffres i^xtrèmes.
4" Constitution anatomique. — La trompe, envisagée an point de vue de sa constitution anatomiquo, nous présente les trois
l'Iémonts suivants : 1° une charpente ; 2° une \
muqueuse; 3° des friandes.
a. Charpente. -■ La charpente est constituée, lans sa. portion ossease, par une paroi osseuse i[ui fait partie du temporal. Dans sa portion cai'tilagineuse (fig. 271), elle est formée par deux lames, l'une cartilagineuse, l'autre fibreuse.
a) La lame cartilagineuse {cartilage de la trompe) occupe la partie postéro-internc du conduit. Elle a, dans son ensemble, la forme d'un long triangle, dont le sommet se fixe à l'extrémité interne de la portion osseuse do la trompe et dont la base, entièrement libre, fait ïaillie sur la face latérale du pharynx en soulevant la muqueuse. Son épaisseur est de 1 millimètre à son extrémité externe, do 2 millimètres à sa partie moyenne, de 3 millimètres à son extrémité interne ou pharyngienne. Tandis que son bord inférieur est rectiligne, son bord supérieur se recourbe en avant en forme de crochet : il détermine ainsi une gouttière à concavité mférieure qui constitue la voûte de la cavité de la trompe.
P) La lame fibreuse forme la paroi antéroexterne de la trompe. Elle s'étend d'un bout à l'autre de la lame cartilagineuse . et, de cette façon, transforme en un canal complet la gouttière formée par cette dernière.
Au total, la trompe a pour charpente : dans sa moitié externe, une paroi osseuse ; dans sa
moitié interne, une pai'oi fibro-cartilagineuse. Sur la face interne de cette paroi s'étale une mu.qaeuse, la muqueuse de la trompe ou muqueuse tubaire.
Fig. ?:-i.
Coupe transversale de la trompe (segment postérieur de !a coupe) (T.).
1, lame cartilagineuse, avec 1', son crochet.
— 2, lame fibreuse, avec ", cellules graisseuses.
— 4. fascia salpingo-pharyngien. — 5, tendon supérieur du péristaphylin externe. — 6, mu- (lueuse de la trompe, avec, 6', un de ses replis dans la région du planolier. — 7, glandes aciueiLses. — ■ 8, Assure tubaire, avec 8'. son extrémité supérieure légèrement dilatée. — 9. tissu conionctif de la face postéro-interne de la trompe. — 10, muscle péristaphylin interne, vu en coupe.
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b. Muqueuse tubaire. — La muqueuse tubaire se continue, d'une part avec la muqueuse du pharynx, d'autre part avec la muqueuse de la caisse tympanique. Comme cette dernière, elle adhère intimement à la couche sous-jacente : au périoste, jîour le cône tympanique ; au périchondre, pour le cône pharyngien. Très mince dans toute la portion osseuse de la trompe, la muqueuse s'épaissit graduellement en passant dans la portion fibro-cartilagineuse et présente son maximum d'épaisseur au niveau du pavillon, où elle revêt peu à peu tous les caractères de la muqueuse pharyngienne : on peut, en somme, la considérer comme un prolongement de la muqueuse du pharynx, ce qui nous exphque les affinités pathologiques, déjà signalées plus haut, qui existent entre les deux membranes. Il convient d'ajouter que la muqueuse tubaire forme, dans toute l'étendue de la portion fibro-cartilagineuse, des pHs plus ou moins nombreux qui affectent pour la plupart une direction longitudinale. L'un d'eux, situé immédiatement en dehors du pavillon, se soulève, d'après Moos, en une sorte de bourrelet qui, à l'état de repos, ferme la trompe, comme une véritable valvule.
c. Glandes. — A la muqueuse de la trompe se trouvent annexées un grand nombre de glandes acineuses, analogues à celles qu'on rencontre dans le pharynx. Ces glandes sont surtout développées dans la portion fibro-cartilagineuse et, sur celle-ci, dans la région du plancher. Gerlach a signalé, en outre, chez l'enfant, des follicules clos qui occupent toute l'étendue de la trompe fibro-cartilagineuse ; ils s'accumulent de préférence au niveau du pavnllon et à la partie moyenne du conduit, en formant à ce niveau Yamygdale tubulaire ou amygdale de Gerlach (fig. 222, p. 304). Ce tissu lymphoïde s'hypertrophie souvent chez les enfants. Il disparaît en général chez l'adulte.
5° Vaisseaux et nerfs. — a) Les artères destinées à la trompe d'Eustache proviennent de trois sources : 1° de la pharyngienne^ branche de la carotide externe ; 2° de la méningée moyenne, branche de la maxillaire interne ; 3° de la vidienne, autre branche de la maxillaire interne.
P) Les veines forment autour de la trompe un riche réseau, dont les branches eftérentes aboutissent au plexus ptérygoïdien et, de là, aux jugulaires. Elles communiquent toujours, d'une part avec le réseau de la caisse, d'autre part avec le réseau du pharynx ; aussi toute modification dans la circulation de la caisse ou du pharynx (congestion) retentit aussitôt sur la circulation de la trompe.
y) Les lymphatiques se continuent, d'une part avec ceux de l'oreille moyenne, d'autre part avec ceux du pharynx. Ils viennent, avec ces derniers, se terminer dans les ganglions rétropharyngiens.
S) Les nerfs se distinguent en moteurs et sensitifs : les rameaux moteurs^ destinés aux muscles de la trompe, proviennent, du ganglion otique pour le péristaphylin externe, du pneumo-spinal pour le péristaphylin interne (voy. p. 277) ; les rameaux sensitifs, destinés à la muqueuse, sont fournis par le nerf de Jacobson (branche du glosso-pharyngien) et par le rameau pharyngien de Bock (rameau efférent du ganghon de Meckel).
6° Exploration et voies d'accès. — IS exploration de la trompe d'Eustache peut être pratiquée : 1° par la vue, au moyen de la rhinoscopie postérieure ; 2° exceptionnellement, par le toucher digital. Mais ces deux modes d'examen ne fournissent des renseignements que sur le pavillon de la trompe ; seul, le bougirage, qui est une sorte de toucher instrumental, permet d'explorer la cavité tubaire tout entière.
La i>oie d'accès utilisée pour aborder le pavillon de la trompe, seule portion de la trompe d'Eustache qui soit accessible au chirurgien, est le naso-pharynx. On pénètre dans cette cavité : ou bien en suivant le plancher des fossts nasales {coie nasale), c'est la voie parcourue par la sonde dans le cathétérisme de la trompe (fig. 270) ; ou bien en passant par la cavité buccale {coie buccale), c'est la voie que choisit d'ordinaire le chirurgien pour traiter les inflammations ou les tumeurs de la région du pavillon.