B) — VAISSEAUX DE L'ORBITE
La loge rétrocapsulaire de l'orbite possède de très nombreux vaisseaux. Nous étudierons successivement les artères et les veines qu'elle renferme.
1° Artères. — L'orbite et son contenu sont vascularisés par une branche importante de la carotide interne, Vophthalmique. Cette prtère, on le sait, prend naissance au niveau de l'apophyse clinoïde antérieure et pénètre dans l'orbite à travers le canal optique (fig. 349). Elle occupe tout d'abord, dans la cavité orbitaire. le côté externe du nerf optique. Puis, croisant transversalement ce nerf en passant au-dessus de lui, elle arrive à la paroi interne de l'orbite. S'in fléchissant alors en avant, elle longe cette paroi interne d'arrière en avant jusqu'à la poulie du grand obhqur, où elle se termine en donnant naissance à la frontale et à la nasale, dfeux
branches qui sortent de l'orbite pour venir se distribuer, la première à la région du front, la seconde à la racine du nez. Rappelons que cette dernière s'anastomose constamment, dans l'angle interne de l'œil, avec l'artère angulaire, branche terminale de la faciale.
Dans son trajet intra-orbitaire, l'artère ophthîilmique fournit onze collatérales, que nous nous contentons d'énumérer parce qu'elles ont été déjà étudiées avec les organes ou formations auxquelles elles se distribuent. Ce sont :
1° la Incrijmale et la centrale de la rétine, qui naissent de la portion de l'artère située en dehors du nerf optique ; 2» la sus-or bitairc, les ciliaires courtes postérieures, les ciliaires longues postérieures, la musculaire supérieure et la musculaire inférieure, qui tirent leur origine do la portion transversale ou crosse de l'ophthalmique ; 3° enfin, Vethmoïdale antérieure, Vethmoïdale postérieure, la palpéhrale iriférieure et la palpéhrale supérieure, qui naissent de la portion de l'artère située en dedans du nerf optique. Par l'intermédiaire de plusieurs de ses branches collatérales, notamment par la sus-orbitaire et les deux palpébrales, ' l'artère ophthalmique s'anas tomose avec les artères de la face.
La richesse de l'orbite en artères, est donc considérable, puisque dans cette région on ne compte pas moins de treize branches artérielles. Toutefois, ces vaisseaux (abstraction faite du tronc lui-même) sont de faible calibre, et l'hémorrhagie qui
Fig. 349.
La région orbitaire, vue d'en haut : deuxième plan.
A, globe oculaire. — B, glande lacrymale avec ses vaisseaux. — C, peau du front érignée en avant.
a, releveur de la paupière supérieure. — 6, droit supérieur avec son nerf. — ■ c, droit externe avec sou nerf — d, droit interne avec son nerf. — e, grand oblique.
1, nerf optique. — 2, trijumeau, avec 2', ganglion de Casser. — 3, nasal, avec 3' sou filet ethmoïdal. — 4, lacrymal sectionné. — 5, frontal, sectionné et érigné. — 6, pathétique sectionné et érigné. — 7, moteur oculaire coumiun. — 8, moteur oculaire externe. — 9, ganglion ophthalmique, avec ses racines et ses rameaux eftérents (nerfs ciliaires). — 10, carotide interne. — 11. artère ophthalmique. — 12, artère lacrymale. — 13, artère sus-orbitaire. — 14, artère nasale. — 15, 15' artères ethmoïdales antérieure et postérieure — 16, veine ophthalmique.
TÊTE
succède à leur section (par exemple dans l'énucléation totale du globe, dans le curettage de l'orbite pratiqué pour certains cancers, etc.) cède d'ordinaire au tamponnement de la cavité orbitaire.
2*' Veines, — Le sang apporté à l'orbite par l'artère ophthalmique et ses branches retourne au sinus caverneux par les veines ophthalmiques. Ces veines, au nombre de deux pour chaque orbite, se distinguent en inférieure et en supérieure : la veine supérieure, la plus volumineuse des deux, occupe le plan supérieur de l'orbite ; l'inférieure suit le plancher. Elles traversent la partie la plus large de la fente sphénoï-
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Fig. 350.
La région orbitaire, vue externe : premier plan (la paroi externe de l'orbite a été enlevée).
A. glande lacrymale. — B. périoste orbitaire, érigné. — C, coupe de la peau du front, avec le muscle frontal et muscle sourciller. — D, coupe des paupières avec le muscle orbiculaire.
n, releveur de la paupière supérieure. — b, droit supérieur. — c, droit externe. — d, droit inférieur. — ■ e, petit oblique.
i, trijumeau, avec 1 ganglion de Gasser. —^2, nerf maxillaire inférieur s'engageant dans le trou ovale. — 3. nerf maxillaire supérieur a'engageaut dans le trou grand rond. . — 4, nerf ophthalmique. avec : 5, nerf nasal ; 6, nerf frontal ; 7, nerf lacrymal. — 8, pathétique. — 9, moteur oculaire externe. — 10, moteur oculaire comnmn. — 11, rameau orbitaire du maxillaire supérieur. — 12, nerfs dentaires postérieurs. — 13. artère lacrymale. — 14, artère maxillaire interne. — 15, branche sous-orbitaire, envoyant un rameau à la partie antéro-exteme de l'orbite. — 16, veine ophthalmique. — 17, anatonioses, à travers la fente sphéno-maxillalre, entre les veines de l'orbite et les veines de la fosse zygornatiQue.
dale pour venir se jeter dans le sinus caverneux, soit isolément, soit, parfois, par un tronc commun.
Les veines ophthalmiques communiquent largement, sur tout le pourtour de la base de l'orbite, avec les veines de la face ; d'autre part, elles s'anastomosent largement avec les veines des fosses nasales, ainsi qu'avec les plexus ptérygoïdiens (fig. 350).
Les recherches de Merkel et celles de Festal tendent à établir qu'il existe, sur les confins de ces différents systèmes, des valvules permettant au sang de la veine ophthalmique de se déverser dans le système de la veine faciale, mais s'opposant au fait inverse, c'est-à-dire empêchant le sang de la veine faciale de remonter dans la veine ophthalmique. L'observation cUnique nous montre que si cette barrière
V, APPAREIL DE LA VISION 477
valvulaire existo, elle n'empêche nullement les microbes, dans le cas de phlébite de la veine faciale par exemple, de pénétrer dans la veine ophthalmique et, de là, dans le ninus caverneux : c'est ainsi du moins que l'on explique les très graves accidents cérébraux (phlébite des sinus, méningite) que l'on observe parfois au cours de l'évolution de certains anthrax de la lèvre supérieure et du nez, ou encore des érysipèles 'de la face. 11 est à remarquer toutefois que ces accidents cérébraux peuvent, encore reconnaître pour cause une infection propagée par les lymphatiques ou bien une sinusite méconnue de la cavité sphénoïdale (p. 524).
Nous savons, depuis longtemps déjà, que les veines ophthalmiques peuvent être le siège de varices (Dupont,- 1865, Yvert, 1881). Elles forment alors, au niveau de la paupière supérieure le plus souvent, une tumeur mollasse dont les dimensions se modifient notablement suivant que le sujet fait effort ou non, suivant que la circulation veineuse de la tête est gênée ou au contraire favorisée.
lies veines ophthalmiques, avons-nous dit plushaut, viennent aboutir au sinus caverneux ; en réalité, ce dernier peut être considéré comme constitué en grande partie par elles, d'oià le nom de sinus ophthalmique que lui donnent encore quelques auteurs. Cette continuité entre les deux vaisseaux veineux nous explique la formation de la tumeur pulsatile et soufflante {exophthalmos pulsatile), que l'on observe, en pleine cavité orbitaire, dans le cas d'anévrysme carotido-caverneux. Cet anévrysme résulte d'une communication spontanée ou traumatique du sinus caverneux avec l'artère carotide interne. Comme tous les anévrysmes artérioso-veineux, il s'accompagne d'une dilatation précoce des veines adjacentes, c'est-à-dire, dans le cas particuher, des veines ophthalmiques.