C — CONSTITUTION ANATOMIQUE
La langue, envisagée au point de vue structural, nous présente : 1° une charpente ostéo- fibreuse ou squelette de la langue ; 2° des muscles ; 3° une muqueuse ; 4° des vaisseaux ; 5° des nerfs.
1" Charpente ostéo-flbreuse. — Le squelette de la langue est constitué par les trois formations suivantes : 1° un os impair et médian. Vos hyoïde; nous le décrirons avec les régions antérieures du cou ; 1° la membrane hyo-glossienne, lame fibreuse disposée en sens frontal, qui se détache du bord supérieur de l'hyoïde et, de là, se porte en haut et en avant, séparant le muscle génio-glosse de la partie la plus inférieure de la muqueuse ; 3" enfin le septum médian, autre lame fibreuse disposée en sens sagittal entre les deux muscles génio-glosses. Ces deux lames fibreuses n'ont aucune importance en anatomie appliquée.
2° Muscles. — Les muscles de la langu" sont au nombre de 17. Leur étude détaillée appartient à l'anatomie descriptive. Nous nous contenterons ici de les énumérer. Ils se distinguent, comme on le sait, en extrinsèques et intrinsèques :
ot) Les muscles extrinièques sont au nombre de 15. Quatorze d'entre eux sont pairs, ce sont : 1° les génio-glosses, les hyo-glosses, les stylo- glosses, qui naissent des os voisins ; 2° les palato-glosses, les pharyngo-glosses, les amy gdalo- glosses , qui naissent des organes voisins ; 3° les linguaux inférieurs, qui viennent à la fois des os et des organes voisins. Un seul est impair, c'est le lingual supérieur.
P) Les muscles intrinsèques sont au nombre de deux seulement : ce sont les deux transverses.
3° Muqueuse. — Nous avons étudié plus haut la morphologie normale et pathologique de la muqueuse linguale en décrivant les faces et les bords de la langue. Nous n'y reviendrons pas.
Nous ajouterons seulement que cette muqueuse présente son maximum d'épaisseur à la face dorsale de la portion buccale de la langue et, qu'à ce niveau, elle adhère intimement aux fibres musculaires qui prennent insertion sur elle. Au contraire.
TETE
à la face inférieure de la langue «t au niveau de la base, elle est séparée du plan musculaire sous-jacent par une celluleuse lâche. Cette disposition s'observe notamment au niveau de l'amygdale linguale, ce qui nous explique pourquoi l'inflammation de cette glande peut s'accompagner de péri-amygdahte.
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Fig. 394.
Muscles, vaisseaux et nerfs de la langue : plan superficiel.
L'angle et le corps du maxUlairs inférieur ont été réséque-i. — Le muscle niylohyoïdien a été rétline en bas : il masque ainii la partie antérieure de la glande soua-maxillaire. Quant îi la glande subliniîuale, elle a été enlevée, mais on a représenté en pointillé la situation qu'elle occupait.
], partie postérieure de la gl^mile sout^-maxillaire. avec 1', le prolougenient iiu'elle envoie au-dessus du mylo-hyoïdien. — 2. artère laciale et 2', sa veine. — 3, artère suliliuguale s'anastonioaaiit avec. 3', rameau venu de la 30U3mentale. — 4, mylo-liyoïdien. — 5, artère thyroïdienne supérieure. — 6. <:arotide interne. — 7. jugulaire interne. — 8, carotide externe. — 9, sterno-cléi<lo-mastoïdien. — 10, parotide. — 11, tronc veineux thyro-linguo-facial. — 12. artère linguale. — 13, os hyoïde. — 11. nerf grand hypoglosse. — 15, ganglion lymphaticiue. — 10, canal de Wharton — 17. langue. — 18, ventre postérieur du digastrique. — 10. masséter. — 20. maxillaire inférieur — 21, ptérygoïdien interne. — 22, styloglosse. — 23, .stylo-hyoïdien. — 21, stylo-pharyngien. — 2J, génio-hyoïdien. — 2«, hyo-glosse. — 27, génio-glosse. — 2^, nerf lingual.
Histologiquement, la muqueuse linguale se compose d'un derme ou chorion, que revêt dans toute son étendue un épithélium pavimenteux stratifié. Ce qui la caractérise essentiellement, c'est la présence, à sa surface, de nombreuses élevures ou papilles que l'on distingue sous le nom générique de papilles de la langue. On en
APPAREIL DU GOUT 545
distingue cinq groupes, savoir : 1" les papilles calicif ormes, au nombre de 9 ou 11 qui, comme nous l'avons vu plus haut, forment le V lingual ; 2° les papilles fongiforrnes, au nombre de 150 à 200, qui se disséminent irrégulièrement à la face dorsale (le la langue, en avant du V lingual ; 3° les papilles filiformes qui, comme les précédentes, se disposent en avant du V lingual ; 4° les papilles foliées, qui occupent la partie postérieure des bords de la langue ; 5° enfin, les papilles hémisphériques, les plus petites de toutes, que l'on rencontre sur toute l'étendue de la muqueuse linguale. Nous nous contenterons ici de cette simple énumération, renvoyant le lecteur, pour une description détaillée, aux Traités d'Anatomie ou d'Histologie.
La muqueuse linguale renferme des glandes, en tout semblables aux glandes en grappe qui se trouvent disséminées sur les parois de la cavité buccale. Comme Cf>s dernières, elles peuvent être le siège de kystes salivaires, de tumeurs mixtes, etc. On les divise d'ordinaire en trois groupes : 1" un groupe postérieur, qui occupe la base de la langue ; les glandes qui le constituent, nombreuses et volumineuses, s'ouvrent, sojt entre les follicules, soit dans la cavité même do ces follicules ; 2» un groupe latéral ou groupe des bords de la langue, décrit encore sous le nom de glande de Weber ; 3° un groupe antéro- inférieur ou groupe de la pointe et de la face inférieure de la langue (fig. 391, 5) ; les glandes qui le composent forment, à la face inférieure de la langue et de chaque côté de la ligne médiane, une petite masse signalée par Bl\ndin en 1823 et étudiée à nouveau par NiiHN en 1845, d'où ](^s noms do glande de Blandin ou de glande de Niihn sous lesquels on le désigne encore.
4" Vaisseaux. — La langue est un organe très vasculaire. Aussi ses blessures s'accompagnent-elles d'une hémorrhagie qui, dans certains cas, peut par son abondance entraîner la mort du sujet.
a. Artères. — Les artères de la langue proviennent de la linguale, de la palatine inférieure et de la pharyngienne inférieure.
a) La palatine inférieure (branche de la faciale) et la pharyngienne inférieure (branche de la carotide externe) ne fournissent à la langue que des rameaux peu importants. Elles ne sont, pour elles, que des artères accessoires.
(3) La linguale (fig. 394 et 396) est la véritable artère de la langue. Née de la carotide externe, elle traverse la région I sus-hyoïdienne (avec laquelle nous l'étudierons, voy. p. 639) et se dirige vers la ipointe de la langue, oîi elle se termine en s' anastomosant avec celle du côté opposé. Dans ce trajet, elle fournit la dorsale de la langue, qui se distribue à la base de la langue, et la sublinguale, qui chemine parallèlement au conduit de Wharton, entre le muscle mylo-hyoïdieii et le muscle génio-glosse (voy. p. 283). Après avoir donné naissance à cette dernière branche, l'artère hnguale prend le nom d'artère ranine. L'artère ranine irrigue plus spécialement la portion mobile de la langue. Grosse de 3 millimètres environ, elle est située plus près de la face inférieure de l'organe que de sa face dorsale ; aussi, dans les glossites suppurées (phlegmons de la langue), où d'ordinaire la tuméfaction fait saillie sur la face supérieure de la langue et est abordée par cette face, peut-on faire l'incision de l'abcès sans crainte de léser une artériole important-^".
Les nombreux rameaux qui naissent de ces artères se distribuent aux muscles et à la muqueuse. Leur situation au milieu de fibres musculaires, qui se rétractent lorsqu'elles sont sectionnées, en entraînant et en cachant les vaisseaux intéressés avec elles, explique la difficulté de l'hémostase directe ; si bien
ANATOMIE rO'.'OGRAPfUQUE. T. I, 4« ÉDlï. 35
TETE
que beaucoup de chirurgiens pratiquent préventivement la ligature des deux artères linguales à leur origine, lorsqu'il doivent faire sur la langue une intervention importante, telle par exemple que l'amputation (cancer de la langue). Il importe de savoir, cependant, que la suture de la plaie est suffisante pour arrêter riiémorrhagie, à la condition toutefois que toute la tranche — d'une face à l'autre — de la langue soit comprise dans l'anse du fil.
b. Veines. — Les '^'pines de la langue forment trois group^^s, les veines profondes, les veines dorsales et les veines ranines, lesquelles convergent vers le bord postérieur du muscle hyo-glosse et s'y réunissent en un tronc commun, la veine linguale proprement dite. Cette veine se jette dans la jugulaire interne, soit directement,
soit en se fusionnant préalablement avec la veine faciale et la veine thyroïdienne supérieure, pour former le tronc thyro-iinguo-facial. Nous le retrouverons plus loin à propos de la région sus-hyoïdienno.
c. Lymphatiques. — Les lymphatiques de la langue ont été découverts en 18/i7 par Sappey, qui en a donne une description aussi exacte que détaillée. Ils ont été étudié de nouveau et tout récemment par KIittner en 1898, et par Poirier en 1902. En raison de la fréquence du cancer de la langue et des opérations que le chirurgien essaie d'opposer à cette affection, la connaissance des ganglions tributaires des lymphatiques linguaux présente une grande importance pratique.
Il résulte des travaux précités- que les lymphatiques de la muqueuse et des muscles de la langue s'anastomosent largement entre eux d'une part et, d'autre part, d'une moitié de la langue à l'autre. Il faut donc admettre que dans le cancer de la langue, bien que la lésion paraisse souvent limitée à une moitié de l'organe, les ganghons du côté opposé sont presque fatalement envahis et doivent être extirpés, même s'ils ne paraissent pas augmentés de volume.
Les vaisseaux lymphatiques se terminent dans un certain nombre de groupes ganghonnaires, que l'on peut diviser en groupes accessoires et en groupes principaux (fig. 395). — Les groupes ganglionnaires accessoires sont constitués par les ganglions sus-hyoïdiens médians et par les ganghons sous-maxillaires. Les ganglions sus-hyoïdiens médians reçoivent quelques troncs lymphatiques venus de l'extrême pointe de la langue (Poirier). Dans le plus antérieur des ganglions sous-ipaxillaires se jettent des lymphatiques venus des bords latéraux et de la portion marginale de la face dorsale de la langue.
Fig. 395.
Schéma des lymphatiques de la langue.
On a représenté, vus .au travers cie la peau, la langue {en iHolel), lea muscles cUgastrique et omo-hyoïdien {en rouae clair), la carotide primitiTe len rouge foncé), la veine jugulaire interne {en bleu clair). Les ganglions sont en bleu foncé. Les principaux groupes des collecteurs lymphatiques sont indiquég par des flèclies.
a ganglion; sus-hyoïdiena médians — b, ganglions sousmaxillaires. — c, c'. c", ganglions de la chaîne carotidienue : c, ganglion placé immédiatement au-dessoui du point ofi le ventre postériemr du digastrique croise la jugulaire, c'est le oanalion vrincipal ; c". ganglion situé immédiatement au-dessus du point où l'omo-hyoïdien croise la jugulaire. — d, omo-hyoïdieu. — e, digastrique.
1, r, collecteurs lymphatiques de la pointe de la langue. — 2. 2 . collecteurs des parties latérales de la langue. — 3, collecteurs de la portion moyenne du corps de la langue : ils cheminent dans l'épaisseur de la langue, et pour ce motif la floche qui les schématise est figurée en pointillé. — 4. collecteurs de la base de la langue.
APPAREIL DU GOUT
— Les groupes ganglionnaires principaux sont constitués par les ganglions de la chaîne carotidienne compris entre le ventre postérieur du digastrique et le point où le muscle omo-hyoïdien croise le paquet vasculaire du cou. Ces ganglions reçoivent des lymphatiques venus de toutes les parties de la langue. L'un d'entre eux, accolé à la jugulaire interne immédiatement au-dessous du ventre postérieur du digastrique, peut même être considéré comme l'aboutissant le plus important des lymphatiques hnguaux (d'où le nom de « Hauptganglion » que lui donne Kûttner).
De l'étude anatomique des lymphatiques de la langue nous pouvons conclure que, dans le cancer de cet organe, l'extirpation totale des ganglions ne doit pas porter seulement sur les ganglions sous-maxillaires, comme on le fait trop souvent, mais sur tous les groupes ganglionnaires, et en particulier sur les ganglions de la chaîne carotidienne qui sont tributaires de la plupart des lymphatiques de la langue. Et nous ajouterons que, pour être plus complète, et par suite plus radicale, l'ablation des ganglions devrait être bilatérale ; mais cette opération « idéale » représente, il faut l'avouer, un traumatisme considérable, et son utihté est très discutée par beaucoup de chirurgiens.
h° Nerfs. — Les nerfs de la langue sont de trois ordres : nerfs moteurs, nerfs de sensibilité générale, nerfs de sensibilité spéciale.
A. Nerfs moteurs. — Les nerfs moteurs émanent de deux sources : du facial et de l'hypoglosse. — Le facial fournit à la langue le rameau, dit lingual (qu'il ne faut pas confondre avec le nerf lingual). Ce nerf se distribue au stylo-glosse et au glosso-staphyhn, quelquefois au lingual inférieur. — Le grand hypoglosse (voy. p. 655) est essentiellement le nerf moteur de la langue, dont il innerve tous les muscles.
Les lésions destructives de ces nerfs, de leurs noyaux d'origine ou de leurs centres corticaux, se traduisent par de la paralysie de la langue ; leurs lésions irritatives, par des contractures et des spasmes {hyatérie, épilepsie). Disons, è ce propos, que ce sont les spasmes dont la langue (comme tous les autres muscles de l'organisme d'ailleurs) est le siège pendant la crise épileptique, qui font qu'elle est projetée entre les arcades dentaires et mordue plus ou moins gravement.
B. Nerfs de sensibilité générale. — Les nerfs de sensibilité générale sont : 1° le lingual, branche du nerf maxillaire inférieur, dont nous connaissons le trajet et les rapports (voy. p. 257 et 284). Il se ramifie dans les deux tiers antérieurs de la muqueuse de la langue (fig. 396, A) ; 2° le nerf laryngé supérieur, branche du pneumogastrique, qui envoie quelques fibres à la portion toute postérieure de la muqueuse de la base de la langue, à cette portion qui est occupée par l'amygdale linguale et qui avoisine l'épiglotte et les rephs glosso-épi-
Fig. 396.
Schéma montrant les territoires nerveux de la muqueuse linguale (T).
A, zone innervée par le nerf lingual {en rouget. — B, zone innervée par le glossopliaryngien {en bleu). — ■ r, zone innervée par le nerf laryngé supérieur, branche du pneumogastrique ( cti ■laune^.
1. V lingual. — 2. pointe de la langue. — 3, sa face dorsale. — i, sa base. — 5, repli glossoépiglottique médian. — 6, fo.-settes glossoépiglottique.?. — 7, 7", replis glosso-épiglottiques latéraux. — 8. épiglotte. — 9. ouverture supérieure du larynx. — 10, amygdales. — 11, piliers antérieurs du voile du palais.
glottiques (fig. 396, C). C'est à l'irritation de ces rameaux nerveux que sont dues la toux et les nausées que l'on observe dans les affections de l'amygdale linguale.
C. Nerfs de sensibilité spéciale. — Deux nerfs paraissent présider à la sensibilité gustative de la langue : 1° le glosso- pharyngien (fig. 397, 30), qui se distribue
Fig. 397.
Muscles, vaisseaux et nerfs de la langue, plan profond.
Même préparation que dans la flgiire 394. En plue, on a réséciué en partie les musrieg (îiga.strique et stylo-liyoïdien. l'artère faciale et le nerf hypoglogge pour montrer les organes sous-jacents. Ou a également pratidué de petites fenê'rei sur les muscles stylo-glosse et hyo-glosse pour mettre Ji découvert d'une part les filets du glosso-pharyugien, d'autre part l'artère linguale qui sont recouverts par les muscles en question.
], partie postérieure de la glande aous-maxillaire, avec 1", I prolongement qu'elle envole au-dessus du mylo-hyoï- (lien. — 2, artère faciale et 2', sa veine. — 3, artère suMinuuale s'anastomosant avec, 3", rameau venu de la sousmentale. — 4, mylo-hyoïdien. — .5, artère thyroïdienne supérieure. — fi, carotide interne. — 7, juculalre interne. — ."*. carotide externe. — 9. sterno-cléi<lo-mafltoîdien. — 10, parotide. — H. tronc veineux thyro-linuual-faolal. — 12, artère linguale. — 13, os hyoïde. — 14, nerf grand hypoglosse. — 15, ganglion lymphatique. — Ifi, canal de Wharton. — 17, langue. — 18, ventre postérieur du digastriquc. — 19. masséter. — 20. maxillaire inférieur. — 21. ptérygoldlen interne. — • 22. atylo-glosse. — 23. stylo-hyoïdien — 24, stylo-pharyngiç?n. — 2.5. génio-hyoîdien. — 26, hyo-glosse. — 27. génloulosse. — 28, nerf lingual, avec. ï8', l'anastomoie qui l'unit A l'hypoglosse. — 29, artère dorsale de !a langue. — :iO, glosso-pharyngieii. — 31, glande de Blandin-Niibn. — 32, faisceaui des muscles stylo-glosse et lingual inférieur réunis.
aux papilles caliciformes et à la portion de la muqueuse linguale située en arriére du V (fig. 396, B) ; 2° le lingual (fig, 397, 28), qui, comme nous l'avons vu, préside déjà à la sensibilité générale d'une partie de la langue et qui se ramifie, d'autre
APPAREIL DU GOUT
part, dans les papilles fongiformes des deux tiers antérieurs de la muqueuse (fig. 396, A).
Mais cette duplicité de l'innervation sensorielle de la langue n'est qu'apparente : en réalité, un seul nerf, le glosso-pharyngien, donne à la langue son innervation spéciale. En effet, on admet aujourd'hui avec Matiiias Duval, dont les idées sur ce point ont été confirmées par bon nombre de travaux récents, que les fdets du lingual qui se rendent aux bourgeons du goût ne sont autres que les filets de la corde du tympan, laquelle, on le sait, vient s'unir au lingual à sa sortie de la caisse tympanique. Or, la corde du tympan n'est, ellemême, que la continuation de l'intermédiaire de Wrisberg, que l'on peut considérer comme un simple faisceau du glosso-pharyngien, lequel, au lieu de se joindre au tronc de la neuvième paire et sortir du, crâne par le trou déchiré postérieur, s'engage dans le conduit auditif interne et (en se continuant par la corde du tympan) gagne la langue par un chemin détourné, à la fois plus long et plus complexe. De ce fait, l'innervation de la muqueuse linguale se trouve donc ramenée à l'unité : la partie postérieure de cette muqueuse recevant ses nerfs du glosso-pharyngien des Traités classiques ; la partie antéreure recevant les siens du rameau erratique de ce dernier nerf qui prend successivement les noms d'intermédiaire do Wrisberg et de corde du tympan.
Au nerf glosso-pharyngien est annexé le ganglion d'Andersch placé dans la fossette pétreuse ; au rameau erratique est annexé le ganglion géniculé situé dans l'aqueduc du facial.
Schéma de la voie gustative.
o muqueuse linguale. — 6, merabiane du tympan. — c, coupe transversale du bulbe passant par le plancher du quatrième ventricule. — d, circonvolution de l'hippocampe (ce;itre cortical du goût).
1, 1, nerf glosso-pharyngien {en iau/ne) avec 1' ganglion d'Andersch. — 2, 2, nerf intermédiaire et corde du tympan (fm bleu) avec 2' ganglion géniculé. — 3, 3, noyaux bulbaires du glosso-pharyngien et de l'intermédiaire. — • 4. voie gustative centrale (voie croisée). — 5, nerf grand hypoglosse avec 5' son noyau : 5" flbrea pyramidales se rendant au noyau de l'hypoglosse. — fi, fibres allant des noyaux bulbaires du glosso-pharyngien et de l'intermédiaire au noyau de l'hypoglosse, (voies courtes, voies réflexes). — 7, nerf facial. — 8, nerf lingual.
D. Voie gustative. — Le nerf glosso-pharyngien et son rameau - erratique, les centres ganglionnaires bulbaires auxquelsils aboutissent, les fibres qui unissent ces centres bulbaires à d'autres centres ganglionnaires et aux centres corticaux, tout cet ensemble constitue ce qu'on appelle la uoie gustative (fig. 398). L'importance de la voie gustative est, au point de vue médico-chirurgical, beaucoup moindre que celle des deux voies optique et acoustique. Nous serons donc très brefs dans sa description. La voie gustative peut être divisée en deux portions : une portion périphérique ou extra-encéphalique ; une portion centrale ou intra-encéphalique.
550 TÊTE
a. Portion extra-encéphalique. — La portion extra-encéphalique, comme son nom l'indique, se trouve située en dehors de l'encéphale. Elle comprend deux conducteurs : l'un principal, l'autre accessoire ;
a) Le conducteur principal de la voie gustative est représenté par le glosso-pharyngien. Le nerf glosso-pharyngien ou nerf de la neuvième paire, est formé par les fibres qui émanent des cellules gustatives de la base de la langue. Suivi de bas en haut, il longe tout d'abord les côtés du pharynx et de l'amygdale ; puis, il contourne l'artère carotide interne, s'engage entre le muscle stylo-pharyngien et le styloglosse,se place ensuite sur le côté interne des muscles styhens, entre la carotide intemo qui est en dedans et la veine jugulaire interne qui est en dehors, et pénètre dans le crâne par le trou déchiré postérieur. Immédiatement au-dessous de ce trou, il nous présente le ganglion d' Andersch, lequel, nous le savons, a, comme le ganglion géniculé, comme le ganghon de Gasser, la signification d'un ganglion spinal ; le norf lui-même est ainsi l'homologue de la racine postérieure d'un nerf rachidien. Une fois dans le crâne, le nerf glosso-pharyngien, enveloppé dans une gaine que lui forme l'arachnoïde et qui lui est commune avec le pneumogastrique et le spinal, se dirige vers la partie supérieure du sillon latéral du bulbe et y pénètre, au-dessous de l'auditif et au-dessus du pneumo-gastrique.
P) Le conducteur accessoire de la voie gustative est représenté successivement, en allant de la périphérie au centre : par la corde du tympan, par le ganglion géniculé et par l'intermédiaire de Wrisberg. — Le ganglion géniculé, on le sait, est situé, dans l'aqueduc de Fallope, au-devant du premier coude du facial (fig. 46, 6', p. 70). — Les fibres constitutives de la corde du tympan ne sont autres que les prolongements protoplasmiques des cellules du ganglion géniculé ; les fibres de l'intermédiaire, de leur côté, représentent les prolongements cylindraxiles de ce même ganglion. Nous connaissons déjà le trajet de la corde du tympan. — Quant à V intermédiaire de Wrisberg, il accompagne tout d'abord le facial dans son trajet pétreux, puis le facial et l'auditif, entre les quels il est situé (d'où son nom de nerf intermédiaire), jusqu'à la fossette latérale du bulbe, au niveau de laquelle il disparaît dans le névraxe,
b. Portion intr a- encéphalique. — La portion intra-encéphalique ou portion centrale de la voie gustative représente le trajet que suivent dans les centres nerveux les conducteurs gustatifs, pour gagner, tout d'abord, leurs centres ganglionnaires ou réflexes, puis leurs centres corticaux ou conscients.
Les fibres du glosso-pharyngien et de l'intermédiaire de Wrisberg, que nous venons de voir pénétrer dans l'épaisseur du bulbe, viennent se terminer dans deux noyaux, le noyau de Vaile grise et le noyau du faisceau solitaire, qui occupent l'un et l'autre le plancher du quatrième ventricule et qui constituent le centre ganglionnaire, le neurone de relais commun à toutes les fibres gustatives.
Toutes les fibres nouvelles qui émanent de ces noyaux (en réalité les cyhndraxes et leurs cellules) se portent en dedans vers la ligne médiane et s'y entrecroisent avec leurs homologues du côté opposé ; elles deviennent alors ascendantes, s'unissent aux fibres constitutives du ruban de Reil (voie sensitive centrale) et, avec elles, remontent jusqu'à la partie moyenne de la circonvolution de l'hippocampe. Pour beaucoup d'auteurs, c'est en ce point, immédiatement en arrière du centre olfactif principal, que siégerait le centre cortical du goût.
Ajoutons, en terminant, que le centre ganghonnaire du nerf gustatif est en relation intime avec le centre ganglionnaire de l'hypoglosse.
APPAREIL DU GOUT
6° Exploration et voies d'accès. — Au point do vue de l'exploration clinique comme au point de vue des voies d'accès chirurgicales, il convient de distinguer, dans la langue, la portion buccale et la portion pharyngienne.
a. Bûrtion buccale :
a) U exploration de la portion buccale de la langue ne présente aucune difficulté. Il suffît de faire ouvrir largement la bouche du sujet et de faire tirer au dehors la langue, pour que sa face dorsale soit visible.
Pour examiner ses bords et sa l'ace inférieure, on commande au malade de porter la pointe de la langue à gauche ou à droite, ou bien en haut. Saisie entre les doigts, la langue, lorsqu'elle est à l'état de repos, donne une sensation de mollesse particulière. Il est facile, par ce mode d'exploration, de reconnaître dans son épaisseur la plus petite induration (gommes, noyaux de glossite, base indurée du chancre syphilitique et des ulcérations épithéliomateuses).
p) Uaccès de la portion buccale de la langue est également aisé par la bouche : il suffit de maintenir les deux arcades dentaires écartées l'une de l'autre au moyen d'un ouvrebouche et de tirer au dehors la langue préalablement saisie avec des pinces érignes. Whi- TEHEAD a bien réglé les temps de l'extirpation par voie buccale.
b. Portion pharyngienne :
a) L'exploration de la base de la langue exige l'emploi de moyens spéciaux.
Cette portion de l'organe, en effet, n'est pas visible directement alors même qu'avec un abaisse-langue on déprime fortement sa portion buccale, il est nécessaire de recourir à l'examen laryngoscopique (fig. 399, a et b). Le toucher pharyngien permet cependant d'en pratiquer la palpation.
P) Il est possible d'avoir accès sur la base de la langue par la voie buccale, en s'éclairant au moyen du laryngoscope. Mais si cette voie naturelle est suffisante pour traiter les affections bénignes de la région, l'hypertrophie et les inflammations de l'amygdale linguale par exemple, il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit
Fig. 399.
destinp à montrer les divisions topographiques angue et les voies d'accès sur cet organe : coupe
Schéma de la médio-saffittale de la tète
la bouche étant ouverte.
La portion mobile de la langue pstcn roui/e, la portion fixe en bleu. 1, 1. segment buccal de la portion mobile de la langue (en ronge loncO.
— :?, segment pharyngien de cette même portion mobile ien rouie dair). — 3, portion fixe de la langue 'en bien). — i, foramen caecum.
— 5, maxillaire inférieur. — P, voiite palatine — 7, pharynx. — 8, épisilotte. ■ — 9, fosse nasale droite. — 10, os hyiide.
a, miroir laryngoscopique en place pour explorer le segment pharyngien de la langue. — b. marche nue suivent les rayons lumineux pour aller éclairer le segment pharyngien d'une part pour arriver à l'œil de l'observateur d'autre part. — r, voie d'accès transmaxillaire sur la langue. — d, voie d'accès sus-hyoïdienne. — e, voie d'accès trans-hyoïdienne. — /, voie d'accès naturelle, par la cavité buccale.
552 TÊTE
d'affections malignes (cancer) et qu'il est indiqué d'extirper toute la langue. Il convient en pareil cas de se donner du jour par une voie artificielle, et ici les procédés sont nombreux : 3mger débride la commissure des lèvres {voie jugale) ; Regnoli, Maisonneuve, Verneuil, Billroth, Kocher conseillent d'aborder la langue au travers du plancher buccal par une incision sus-hyoïdienne (co/'e sushyoïdienne) ; Langenbeck, Roux, Sédillot scient le maxillaire inférieur {voie transmaxillaire) ; Vallas, en fin, par une incision médiane, sectionne l'os hyoïde et les tissus sus-et sous-hyoïdiens et, par cette voie, arrive facilement sur la base de la langue et sur l'épiglotte {voie transhyoïdienne).