atrophie des cellules de la colonne de Clarke
5, légère sclérose des faisceaux pyramidaux.
Fig. 422.
Lésions de la moelle dans le cas de tabès
avancé (d'après Collet).
1, zone de Lissauer. — 2. cordons postérieurs.
venant des racines postérieures, ce sont les fibres radiculaires ou exogènes ; les autres émanant de la colonne grise centrale, ce sont les fibres spinales ou endogènes.
a. Fibres exogènes. — Les fibres exogènes, de beaucoup les plus importantes, ne sont aatres que les fibres des racines postérieures. Elles pénètrent dans le sillon collatéral postérieur et se divisent, quant à leur destinée ultérieure, en trois groupes ; 1° des fibres courtes, qui se terminent dans la tête de la corne postérieure, au niveau même ou un peu au-dessus de leur entrée dans la moelle ; 2° des fibres moyennes, qui se portent de bas en haut et qui, après un trajet de 5 ou 6 centimètres en plein faisceau de Burdach, aboutissent à la colonne de Glarke ; 3° des fibres longues, enfin, qui s'inclinent en dedans vers le faisceau de Goll, pénètrent dans ce faisceau, le parcourent dans toute sa hauteur et, arrivées au bulbe, se jettent dans les noyaux postpyramidaux {noyaux de Goll et noyaux de Burdach), d'où partiront ensuite les rubans de Reil. Rappelons, en ce qui concerne le trajet de ces dernières fibres, qu'elles se disposent dans le faisceau de Goll d'une façon telle {loi de Kahler), que les fibres internes sont celles qui viennent des parties les plus éloignées, c'est-à-dire les plus basses, les plus externes celles qui viennent des parties les plus proches, c'est-à-dire les plus élevées.
La lésion de toutes ces fibres exogènes constitue la lésion principale et constante du tabès ou ataxie locomotrice (flg. 422) : aussi a-t-on considéré cette affection comme une maladie du protoneurone sensitif (Brissaud), protoneurone constitué, comme nous le verrons plus loin, par les cellules du ganglion spinal et leurs prolongements. On comprend, dès lors, pourquoi cette lésion, en interrompant l'arc réflexe que suivent les excitations à point de départ cutané, articulaire et surtout musculaire, pour arriver^à la moelle et provoquer le tonus nécessaire à l'équilibre, pourquoi, disons-nous, cette lésion entraîne l'ataxie des mouvements (voy. les Traités de pathologie interne).
b. Fibres endogènes. — Les fibres endogènes, ainsi appelées parce qu'elles proviennent de la moelle elle-même, rappellent exactement par leur disposition les fibres "îonstitutives du fais eau restant du cordon antéro-latèral : elles émanent des cellules cordonales de la corne postérieure, pénètrent dans le cordon postérieur et, après y avoir effectué jn trajet variable, mais ordinairement fort court, rentrent de nouveau dans la corne postérieure et s'y terminent. Ce sont, encore ici, des fibres d'association longitudinale à court trajet, rehant entre eux les étages successifs de la corne postérieiu-e. De ces fibres, les unes sont ascendantes, les autres descendantes. — Les fibres ascendantes se condensent à la partie anl,érieure du cordon en an faisceau plus ou moins nettement individualisé, que l'on désigne indistinctement sous les noms de faisceau central au cordon postérieur, de zone cornucommissurale, de champ de Westphal. 11 dégénère natarellement de bas en haut. — Les fibres descendantes forment, dans la partie postéro-interne du cordon postérieur, un faisceau qui existe dans toute la hauteur de la moelle, mais qui, en changeant de région, change à la fois do place et de forme : c'est le triangle de Gombault et Philippe pour la moelle sacrée, le cejitre ovale de Flechsig pour la moelle lombaire, Je faisceau de Hoche pour la moelle dorsale inférieure, le faisceau en vir-
gule de ScHUi.TZE pour la moelle dorsale supérieure et la moelle cervicale. Tous ces faisceaux dégénèrent de haut en bas à la suite de lésions localisées dans la substance grise de la corne postérieure. Ils renferment, mélangées aux fibres endogènes qui les constituent en grande partie, quelques fibres exogènes ascendantes ou descendantes.
Vaisseaux
10 Artères. — Les artères destinées à la moelle épiniére (fig. 423) proviennent de trois sources : 1" des artères spinales antérieures, branches de la vertébrale ; 2° des artères spinales postérieures, autres branches des vertébrales ; 3° des artères spi-
Fig. 423.
Artères intra-médullaires, vues sur une coupe horizontale (T.).
CoTÔ QAUCHB DE LA FiooKE. — o. racineg antérieures. — 6, racines postérieures. — c. artère spinale antérieure. — d, d', les deux brandies de l'artère spinale postérieure, — e, anastomose transversale entre les spinales postérieures du côté gauche et celles du côté droit. — f, anastomose transversale entre les spinales postérieures et la spinale antérieure, — 0. g', canaux veineux antérieurs, l'un médian, l'autre latéral. — h, h', canaux veineux postérieurs, l'un médian, l'autre latéral. — 1, artère médiane antérieure, avec : 1'. ses rameaux pour le faisceau de Tiirck ; 1". son rameau récurrent pour la corne antérieure: 1'". son rameau postérieur pour la corne postérieure; 1"", son rameau anastomotique ascendant. — 2, artère médiane postérieure. — 3, 3, artères radiculaires antérieures. — 4, 4, artères radiculaires postérieures. — 5, artères périphériques du cordon antérieur. — 6, artères périphériques du cordon latéral. — 7. artères périphériques du cordon postérieur. — 8, artère interfuniculalre. — 9, canal de l'épendyme.
Coté droit de la fiquee. — Du côté droit de la figure, Isa lignes en pointillé indiquent les difiFérente territoire vaecu laires de la moelle. Les chiffres romains qui servent h les désigner, indiquent eu même temps les artères qui les alimentent et qui sont représentées, sur le côté gauche de la figure, par des chiffres arabes de même valeur. Ainsi le territoire I est alimenté par l'artère 1, le territoire II, par l'artère 2, le territoire III, par l'artère 3, etc.
noies latérales, toujours fort nombreuses, mais ordinairement de petit calibre, qui s'engagent dans les trous de conjugaison et arrivent à la moelle, en suivant, les unes le trajet des racines antérieures, les autres le trajet des racines postérieures.
Ces différentes artères, en s'anastomosant entre elles dans toute la hauteur de la moelle, forment à la surface extérieure de l'organe, un riche réseau, le réseau périmédullaire.
De ce réseau partent de très nombreux rameaux ou ramuscules, qui pénètrent dans l'épaisseur de la moelle, les uns au niveau des sillons médians {artères médianes antérieures et postérieures), les autres au niveau de l'émergence des racines des nerfs rachidiens [artères radiculaires antérieures et postérieures) et se distribuent à la fois aux trois cordons blancs et à la colonne grise centrale. Dans cette dernière, on constate, sur les coupes horizontales de la moelle, la présence de deux artérioles situées symétriquement en arrière et en dehors du canal épendymaire. Leur obstruction entraîne la nécrobiose
eu
et, par suite, le ramollissement des territoires nerveux qu'elles irriguent. Cela nous permet de comprendre pourquoi cette myélite périépendymaire devient une myélite cavitaire : on la rencontre surtout dans la syringomyélie (fig. 424).
2° Veines. — - Les veines issues des diffé- Fig. 424.
rentes parties de la moelle se portent vers la Syringomyélie (d'après Westph,\l). surface extérieure de l'organe et s'y conden- a. corne antérieure. — c. «ssu giiomateux.
o j b, cavité creusée au sein de ce tissu,
sent en six canaux collecteurs longitudinaux :
trois antérieurs, occupant, l'un le sillon médian antérieur {veine médiane antérieure), les deux autres l'émergence des racines antérieures ; trois postérieurs, longeant de même le sillon médian postérieur {veine médiane postérieure) et la ligne d'implantation des racines postérieures. 'De nombreuses anastomoses unissent entre eux ces différents canaux. Les veines et les veinules qui en partent se portent vers les trous de conjugaison, en suivant les racines tant antérieures que postérieures des nerfs spinaux et, finalement, viennent s'ouvrir dans les plexus veineux extrarachidiens.
3" Lymphatiques. — ■ Les vaisseaux lymphatiques vrais n'existent pas plus au niveau de la moelle que dans l'encéphale. La lymphe y chemine, d'une part dans les interstices qui séparent les uns des autres les éléments histologiques, d'autre part dans un système de canaux spéciaux qui, sous le nom de gaines péricasculaires, se disposent tout autour des artères.
5° — Vue d'ensemble de la moelle épinière
La moelle épinière est essentiellement constituée, anatomiquement, par une colonne de cellules nerveuses {substance grise), entourée de prolongements myélinisés {substance blanche des cordons) qui, ou bien émanent de ces cellules, ou bien y aboutissent. Au point de vue physiologique, elle représente un centre réflexe, dont les neurones sont en relation, d'une part avec la périphérie par les racines rachidiennes, d'autre part avec les centres supérieurs ou conscients par les cordons. Les neurones médullaires, étages les uns au-dessus des autres sur toute la longueur de la moelle, se divisent en deux grands groupes : les uns sont en rapport avec la motihté, ee sont les neurones moteurs ou centrifuges ; les autres sont en rapport avec la sensibilité, ce sont les neurones sensitijs ou centripètes. Dans chaque groupe, les divers étages de neurones sont réunis entre eux. D'autre part, dans chaque étage, les neurones moteurs sont en relation avec les neurones sensitifs, formant avee eux l'arc réflexe. Les neurones médullaires, enfin, qu'ils soient moteurs ou sen-
sitifs, sont articulés avec les neurones supérieurs ou neurones encéphaliques et constituent, avec ces. derniers, ce qu'en physiologie on appelle la voie motrice et la voie sensitive.
Nous avons, plus haut, étudié la systématisation, tant anatomique que phj^siologique et pathologique, des cellules de la moelle et de leurs prolongements (cordons). Nous avons montré, en particulier, qu'un grand nombre d'affections médullaires avaient une prédilection remarquable pour un système cellulaire (l'atrophie musculaire progressive par exemple, fig. 425, A, qui n'intéresse que les cellules des cornes antérieures) ou pour \jn, système cordonal (comme le tabès qui se localise sur les cordons postérieurs) à l'exclusion d'un autre : de là le nom de myélites systéma-
Fig. 425.
Myélite systématisée et myélite diffuse : A, lésions dans l'atrophie miisculaire progressive B, lésions dans la sclérose en plaques (d'après Collet).
On voit que dans A, les îlots de sclérose affectent une systématisation des plus nettes ; dans B, au contraire, ils sont
disséminés sans aucun ordre.
tisées que leur donnent les pathologistes, par opposition à d'autres maladies de la moelle (parmi lesquelles nous citerons la sclérose en plaques, fig. 425, B, les compressions, les myélites transverses), qui touchent indistinctement tous les éléments nerveux, cellules et cordons, et qui, pour ce motif, sont appelées myélites diffuses.
11 nous reste maintenant à compléter ce que nous avons dit ailleurs du trajet des voies motrices et sensitives dans l'encéphale (voy. p. 124), en décrivant le trajet de ces mêmes voies dans la moelle. C'est ce que nous allons faire, en résumant dans une vue .synthétique les voies de conduction cortico- médullaires. Commençons par la voie motrice.
10 Voie motrice. — La voie motrice ou voie centrifuge se compose d'une séné de neurones encéphaliques, encore appelés neurones centraux, et d'une série de neurones médullafres ou neurones périphériques, articulés les uns avec les autres.
a) Les neurones centraux ou encéphaliques nous sont connus. Ils sont situés dans la région rolandique et nous avons vu leurs prolongements cylindraxiles traverser successivement le centre ovale, la capsule interne, la protubérance, le bulbe, la moelle, pour venir aboutir aux neurones médullaires du côté opposé à felui d'où ils proviennent, après s'être entre-croisés : les uns, les plus nombreux, dans le bulbe, en formant le faisceau pyramidal croisé {voie motrice latérale) ; les autres, plus bas, dans toute la hauteur de 1? moelle, en formant le faisceau pyramidal direct {voie motrice médiane). La voie motrice latérale, ayant effectué son entre-croisement
avant de descendre dans la moelle, se trouve donc, dans sqn trajet médullaire, du même côté que les cellules auxqxielles elle aboutit ; la voie motrice médiane, au contraire, qui s'entre-croise dans toute la hauteur de la moelle, se trouve du côté opposé.
P) Les neurones médullaires ou neurones périphériques moteurs, ont leurs corps cellulaires dans les cornes antérieures de la moelle. Leurs prolongements protoplasmiques, relativement courts, s'articulent avec les extrémités des prolongements cylindraxiles des neurones encéphaliques. Quant à leurs prolongements cylindraxiles, ils se dirigent directement en dehors et sortent par les racines antérieures pour contribuer à former les nerfs rachidiens. Nous savons qu'en définitive ils aboutissent aux plaques motrices des muscles striés.
2° Voie sensitive. — La voie sensitive ou voie centripète se compose, elle aussi, de deux séries de neurones articulés entre eux : des neurones périphériques -et des neurones centraux.
Tandis que les corps cellulaires des neurones périphériques de la voie motrice sont intramédullaires, ceux de la voie sensitive se trouvent placés en dehors de la moelle :
on les rencontre, en effet, dans les ganglions spinaux. Leurs prolongements protoplasmiques vont se joindre aux prolongements cylindraxiles des neurones moteurs périphériques et forment avec eux les nerfs rachidiens. Leurs prolongements cylindraxiles constituent les racines postérieures et pénètrent avec elles dans la moelle. Là, ils se divisent et se terminent comme suit : les uns {fibres courtes), autour des cellules de la corne postérieure ; .d'autres {fibres
Fi"-. .'i2fi.
Schéma des voies motrices et sensitives dans la moelle.
En rouge, les voies motrices. — En bleu, la voie sensitive principale. En jaune, la voie sensitive latérale ou détournée.
a, tranche du bulbe, — 6, c, d, tranche de moelle avec visibles sur leur surface supérieure, la substance grise et les cordons.
1, faisceau pyramidal croisé. — 2. faisceau pyramidal direct. — 3, faisceau de Gowers. — 4, faisceau cérébelleux direct. — 5, faisceau sensitif médian. — 6, noyau de Goll. — 7, cellule de la corne antérieure de la moelle. — 8, cellule de Clarke, — 9, cellule de la corne postérieure de la moelle. — 10, racine postérieure de la moelle avec 10' cellules du ganglion de la racine postérieure ; en bleu, cellule donnant naissance à une flbre longue ; en jaune, cellule donnant naissance aux fibres courtes et moyennes. — 11, racine antérieure de la moelle. — 12, flbre musculaire.
longues), autour des cellules de la colonne de Clarke ; d'autres enfin {fibres moyennes'^, en remontant dans les cordons de Goll, autour des cellules des noyaux de Goll et de
Burdach.
L es cellules de la cône postérieure, de la colonne de Clarke, des noyaux de Goll et de Burdach, représentent les corps des neurones centraux ou neurones spino-bulbaires. Les prolongements protoplasmiques de ces neurones s'articulent avec les prolongements cylindraxiles précités des neurones périphériques. Quant à leurs prolongements cyhndraxiles, les uns aboutissent au cerveau, les autres au cervelet.
Les prolongements cyhndraxiles qui se rendent au cerveau représentent la voie sensitive principale. Ils proviennent des cellules des noyaux de Goll et de Burdach et sont, par suite, la continuation des fibres radiculaires longues {voie sensitive médiane). Ils s'élèvent jusqu'à la couche optique et à l'écorce cérébrale après s'être entre-croisés dans le bulbe.
Les prolongements qui se rendent au cervelet représentent la voie sensitive accessoire ou détournée (niée par beaucoup d'auteurs, voy. plus loin). Ils forment le faisceau cérébelleux direct et le faisceau de Gowers et continuent vers les centres supérieurs les fibres radiculaires moyennes et courtes {voie sensitive latéral ). Les prolongements émanés des cellules de Clarke {faisceau cérébelleux direct) suivent un trajet direct et vont se terminer dans le vermis supérieur. Les prolongements cylindraxiles, qui constituent les faisceaux de Gowers, naissent en grande partie dos cellules de la corne postérieure du côté opposé : ils s'entre croisent donc à leur origine. Ils viennent aboutir après un trajet complexe au vermis supérieur.
En résumé, la voie sensitive serait, dans son trajet médullaire, à la fois directe et croisée.
Quelle voie suivent, dans la- moelle, les diverses impressions sensitive-; ? Celte question est loin d'être résolue à l'heure actuelle. Van Gehuchten admet que la sensibilité profonde ou musculaire (sensibilité- des muscles, des tendons, des articulations) chemine dans les cordons postérieurs, c'està-dire par la voie médiane. La sensibilité superficielle ou cutanée (tactile, thermique, douloureuse) utiliserait au contraire les faisceaux cérébelleux, c'est-à-dire la voie latérale ; à' wna façon plus précise, les impressions tactiles seraient véhiculées parle cordon cérébelleux direct, les impressions douloureuses et thermiques par le cordon de Gowers.-
D'autres physioloo^istes et neurologistes, avec Schiff, soutiennent que les impressions douloureuses et thermiqucssont transmises par la substance grise et les impressions tactiles par les cordons posté-
D'autres encore, avec Vulimax et plus récemment avec Long (1899), admettent que la substance grise est dans la moelle épinière, la voie principale ou, mieux, la seule voie de conduction des impressions sensitives à l'encéphale. Les cor.ions postérieurs ne joueraient qu'un rôle accessoire. Quant aux faisceaux cérébelleux, ils resteraient étrangers aux phénomènes sensilifs proprement dits et ne transmettraient au cervelet que les incitations périphériques nécessaires à l'équilibration. C'est cette opinion qui tend à prévaloir.