REINS
(RÉGION rénale).
Les reins sont les organes producteurs et excréteurs de l'urine : ils sont, à ce titre, chargés d'éliminer la plus grande partie des éléments toxiques qui résultent des combustions organiques. Ils jouent donc, au point de vue physiologique, un rôle extrêmement important, si important que leur fonctionnement est indispensable à la vie.
1° Nombre. — Symétriquement placés de chaque côté de la colonne vertébrale, à la hauteur des deux dernières vertèbres dorsales et des deux ou trois premières lombaires, les reins sont au nombre de deux, l'un droit, l'autre gauche.
Exceptionnellement, on peut rencontrer un rein supplémentaire, situé habituellement à côté de l'un des deux reins normaux. Par contre, il arrive parfois qu'on ne trouve qu'un seul rein.
Ce rein unique résulte en général de la soudure des deux reins, droit et gauche, au nivead de l'un de leur pôle : il revêt dans ce cas la forme d'un croissant {?-ein en fer à cheval) à concavité dirigée en haut quand les deux reins se sont soudés par leur pôle inférieur (c'est la disposition la plus commune), à concavité dirigée en bas quand ils semblent soudés par leur pôle supérieur (c'est la disposition la plus rare). On conçoit la possibilité de la soudure au niveau des deux pôles. créant ce qu'on appelle le rein annulaire. Quelle que soit la variété à laquelle on a affaire, ce rein unique se trouve toujours disposé au-devant de la colonne vertébrale.
Il est des cas où le rein unique est bien le seul représentant des deux reins, l'autre ayant subi un arrêt de développement au cours de l'évolution embryologique ; il se trouve alors situé à sa place normale, tantôt à gauche, tantôt et le plus ordinairement à droite et, d'autre part, il présente sa forme habituelle ; mais son volume est, en règle générale, notablement augmenté, ce qui nous explique pourquoi l'absence congénitale de l'un des deux reins (le rein qui existe suppléant celui qui manque) est sans conséquence physiologique appréciable. Une pareille disposition anatomique a, au point de vue chirurgical, une importance très grande, car lorsqu'elle existe, elle est une contre-indication absolue à ime intervention radicale telle que la néphrectomie : dans ce cas, en effet, l'extirpation du rein unique serait fatalement mortelle. 11 en résulte que le chirurgien ne doit pratiquer cette opération qu'après s'être assuré au préalable, par une exploration complète, de l'existence dps deux reins.
La suppression de Tun des deux reins est parfaitement compatible avec l'existence. L'autre rein subit alors une hypertrophie compensatrice (Rayer, Simon, Tuffier) et suffît, d'ordinaire, à la sécrétion physiologique de l'urine, à cette double condition cependant : i° d'une part, que ce rein soit normal (d'où nécessité de l'examen complet de ce dernier par la palpation, par l'épreuve de la perméabilité au bleu de méthylène, par l'examen de l'-ji'ine recueillie par le cathétérisme de son uretère) ; 2» d'autre
part, que l'affection pour laquelle on pratique la néphrectomie lui ait permis de s'habituer peu à peu à ce fonctionnement exagéré. C'est ainsi, par exemple, que la néphrectomie pour contusion étendue du rein est plus grave que la néphrectomie pour tuberculose ou cancer, parce que, dans le premier cas, le rein sain est brusquement obligé de suffire à l'excrétion urinaire de l'organisme, tandis que, dans le deuxième cas, il s'est peu à peu hypertrophié et la suppression de l'autre rein le trouve en quelque sorte préparé à son nouveau rôle.
2° Forme. — I;e rein a la forme d'un haricot (fig. 204), dont le bord concave est tourné en dedans et le bord convexe en dehors. lie bord concave présente un orifice ou hile^ qui conduit dans une excavation profonde creusée dans le parenchyme rénal et appelée sinus du rein. C'est dans ce sinus que se trouvent contenus les vaisseaux et nerfs du rein, ainsi que l'origine de son conduit excréteur : vaisseaux, nerfs et conduit excréteur forment par leur ensemble le pédicule du rein.
3° Dimensions et poids. -^ Les dimensions du rein, à l'état normal, sont très variables. Chaque rein présente en moyenne 12 centimètres de longueur, sur 7 centimètres de largeur et 3 centimètres d'épaisseur. Le gauche est un peu plus volumineux que le droit.
Le poids du rein est de 135 à 155 grammes environ.
A l'état pathologique, on peut observer de gros reins (néphrites parenchymateuses, reins amyloïdes, tumeurs), ou au contraire de petits reins (néphrite chronique, reins des artério-scléreux).
Fig. 204.
Le rein droit, vu isolé (T.).
bord externe. — 2, bord interne, avec 2', hile. — 3, extrémité supérieure. — 4. extrémité inférieure. — 5, capsule surrénale. — 6, artère rénale et ses divisions. — 7, veine rénale.
— 8, bassinet avec 8', son collet. — 9, uretère.
— 10, artère capsulaire inférieure. — 11, artère capsnlaire moyenne. — 12, artère capsulaire supérieure. — 13, grande veine capsulaire.
4" Couleur et consistance. -- Le rein nous présente une coloration rouge brun.
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plus ou moins accentuée suivant les cas. Il a une consistance plus ferme que celle du foie ou de la rate, sur lesquels il détermine, par son contact, une dépression. (empreinte rénale du foie, de la rate, etc.). U est cependant assez friable et, comme ces derniers organes, il se déchire assez facilement dans les traumatismes d<^ la région : il présente alors des fissures, des éclatements analogues à ceux que l'on observe sur le foie. Ajoutons qu'il se déchire également avec la plus grande facilité sous l'action des mors d'une pince. Aussi faut-il avoir grand soin de ne pas chercher à arrêter une hémorragie rénale en pinçant le parenchyme de la glande, ce qui augmenterait les dégâts et Fhémorrhagie. On aura plutôt recours, soit à la suture, soit au tamponnement.
Nous venons d'examiner le rein hors de sa loge. Il convient maintenant de l'étudier en place, c'est-à-dire dans la situation qu'il occupe. A cet effet, nous décrirons successivement : l°la loge dans laquelle il est contenu ; 2° ses moyens de fixité ; 3° enfin les rapports qu'il présente avec les organes qui l'entourent.
1° Situation. — Les reins se trouvent situés contre la paroi postérieure de l'abdomen, sur les côtés du rachis, à la hauteur des deux dernières vertèbres dorsales et des deux ou trois premières lombaires. Le rein droit, refoulé vers la fosse iliaque par le foie, est ordinairement situé un peu plus bas que le gauche (dans les deux tiers des cas d'après Helm).
Ainsi placés, les reins ont leur grand axe dirigé un peu obliquement de haut en bas et de dedans en dehors. Ils sont, en effet, un peu plus rapprochés à leur extrémité supérieure qu'à leur extrémité inférieure : la distance qui les sépare en haut, est de 6 à 7 centimètres ; en bas, elle atteint 10 à 12 centimètres. Ils constituent l'organe le plus important, l'organe essentiel d'une région profonde, la région rénale, dont les plans constitutifs, se confondent en grande partie avec ceux de la rétjinn lombo-iliaque.
Les limites de cette région sont : en haut, un plan horizontal passant par la 11^ vertèbre dorsale ; efi bas, un plan également horizontal, tangent à la crête iliaque ; en dehors, un plan antéro-postérieur, passant à un ou deux travers de doigt en dehors du bord externe de la masse sacro-lombaire ; en dedans, le plan médian du corps. La imite supérieure de notre région empiète sur le thorax : c'est que, en effet, le pôle supérieur du rein, comme nous le verrons plus loin, vient se cacher sous le thorax et se mettre en rapport à ce niveau avec le cul-de-sac pleural. De même, la limite externe empiète sur la région costo-iliaque, parce que le bord externe du rein déborde, d'une façon à peu près constante, le bord externe de la masse sacro-lombaire et du carré des lombes.
Dans certains cas, qui sont, loin d'être rares, le rein peut occuper une situation difTérento de relie que nous venons de lui assigner. On dit alors qu'il est en ectopie : en ectopie congénitale, lorsque le déplacement résulte d'un trouble dans le développen)ent embryologique ; en ectopie acquise ou accidentelle lorsqu'il est dû à une insuffisance pathologique des moyens de fixité.
Dans Vectopie congénitale, le rein est susceptible de se rencontrer sur les points les plus divers, audevant de la colonne lombaire, sur le promontoire, sur le détroit supérieur, dans le bassin où il peut comprimer la vessie, le rectum, et devenir même, chez la femme enceinte, une cause de dystocie. Mais ce rein déplacé congénitalement est fixe et, sauf les cas où il exerce une compression sur les organe.s du voisinage, il ne s'accompagne d'aucun symptôme morbide. Ce n'est pas, à proprement parler, un rein pathologique.
Dans Vectopie acquise, au contraire, le rein primitivement situé en position normale, s'est déplacé et est devenu mobile : tiraillant ses vaisseaux et ses nerfs, coudant son uretère, il peut déterminer des accidents plus ou moins graves. C'est un rein essentiellement pathologique.
2" Loge rénale. — Les reins sont appliqués contre la paroi postérieure de l'abdomen par le tissu cellulaire sous-péritonéal ou fascia propria, lequel s'épaissit au niveau de la région rénale pour donner naissance à une lame fibreuse que l'on désigne sous le nom de fascia rénal. Le fascia rénal, au niveau du bord externe du rein, se divise en deux feuillets, qui passent l'un en avant, c'est le feuillet prérénal, l'autre en arrière, c'est le feuillet rétrorénal, et forment ainsi à l'organe sécréteur de( l'urine, une sorte de loge, la loge rénale.
a. Les deux feuillets rétrorénal et prérénal vus sur une coupe transversale. — - Si nous examinons, sur la coupe transversale représentée ci-contre (fig. 205), la disposition des deux feuillets rétrorénal et prérénal, nous constatons ce qui suit :
a) Le feuillet rétrorénal, que l'on désigne encore sous le nom de fascia de
Zuckerkandl, tapisse le muscle carré des lombes, puis le psoas et vient se fixer sur la partie antérolatérale de la colonne vertébrale, immédiatement en dedans des insertions de ce dernier muscle.
Ce feuillet, assez résistant, est d'aspect nacré ; entre lui et les muscles précités, on trouve une couche cellulo-adipeuse, plus ou moins accusée suivant les sujets, la oraisse pararénale (Gerota).
Disons à ce propos que l'on risque parfois, quand on intervient sur le rein par la voie lombaire, de confondre cette graisse pararénale avec la capsule adipeuse périrénale, que nous décrirons bientôt ; on croit alors avoir pénétré dans la loge rénale et, lorsqu'on arrive sur le fascia rétrorénal, on se figure être sur le péritoine. Pour éviter cette erreur, il suffit de palper et de regarder le plan que l'on a sous les yeux : on sent derrière lui une masse demi-résistante, qui ne peut être que le rein et la graisse périrénale, dont on peut reconnaître d'ailleurs la coloration jaunâtre au travers du feuillet fibreux.
P) Le feuillet prérénal suit exactement le même trajet que le péritoine pariétal qu'il double : il s'étale tout d'abord sur la face antérieure du rein, qu'il recouvre dans toute son étendue ; puis, il passe au-devant du hile et des gros vaisseaux prévertébraux (aorte, veine cave inférieure) et, finalement, vient sur la ligne médiane se fusionner avec celui du côté opposé. Ce feuillet est mince, plas mince que le précédent. Il se trouve cependant renforcé, au niveau des points où il est en rapport avec les côlons, par une lame celluleuse spéciale, qui est connue sous le nom de feuillet de Toldt, et qui résulte de la fusion ou coalesccnce du mésentère primitif des côlons avec le péritoine pariétal primitif (voy. p. 77 et fig. 47). Le segment renforcé du fascia prérénal est plus étendu en hauteur du côté gauche que du côté droit, parce que, comme nous le verrons plus loin, le côlon descendant est en rapport avec les deux tiers de la face antérieure du rein gauche, tandis que le rein droist
Fig. 205.
Le facia rénal, vu sur une coupe horizontale {demi-schématique).
X, X, ligne médiane. • — ^ 1, r ein. — 2, 2', aorte et veine cave nférieure. — 3, fascia prérénal. — 4, fascia rétrorénal. — 5, tissu cellulaire sous-péritonéal. — 6, 6', masse adipeuse périrénale (capsuie adipeuse). — 7, masse adipeuse pararénale. • — 8, péritoine pariétal, représenté schématiquement par ime couche de cellules plates. — 9, vertèbre. — 10, psoas, avec son aponévrose. — ■ 11, carré des lombes, avec son aponévrose.
ORGANES RÉTROPÉRITONÉAUX
n'est recouvert par le côlon ascendant que sur la partie tout inférieure de sa face antérieure. Il en résulte que le rein gauche se trouve plus solidement fixé par le fascia prérénal que le rein droit, et c'est sans doute une des raisons pour lesquelles le rein gauche est moins souvent déplacé que le droit.
b. Les deux feuillets rétrorénal et prérénal vus sur une coupe sagittale. — Les deux feuillets prél'énal et rétrorénal, examinés sur une coupe sagittale de la région (fig. 206), se comportent d'une façon différente en haut et en bas :
a) En haut, ils tapissent les deux faces antérieure et postérieure du rein et de la capsule surrénale correspondante. Arrivés au sommet de cette dernière, ils se fusionnent et contractent de fortes adhérences avec la face inférieure du diaphragme.
P) En bas, au niveau de l'extrémité inférieure du rein, les deux feuillets se rapprochent l'un de l'autre, mais sans se fusionner, sans entrer même en contact, et viennent se perdre dans le tissu cellulo-adipeux de la fosse iliaque interne, formant là, par leur disposition, un canal tout préparé pour la descente du rein (Tuffier). Dans certains cas, cependant, ces tractus celluleux réunissent les deux feuillets et constituent, au niveau de l'extrémité inférieure du rein, un coussinet sur lequel ce dernier repose.
c. Vue d^ ensemble de la loge rénale. — Il résulte de la description qui précède que la loge que forment à la glande rénale le feuillet prérénal et le feuillet rétrorénal n'est nullement close de toutes parts. Fermée en dehors et en haut par la fusion des deux feuillets précités, cette loge est ouverte en dedans et en bas.
Fig. 206.
Le facia rénal, vu sur une coupe
sagittale (demi-schématique) (T.).
1, rein avec l', sou siuus. — 2, capsule surrénale. — 3, fascia prérénal. — 4, fascia rétrorénal. — 5. insertion commune des deux feuillets au diaphragme. — 6. 6, masse adipeuse périrénale (capsule adipeuse). — 7, masse adipeuse pararénale. — 8, ouverture inférieure de la loge rénale. — 9, diaphragme. — 10. douzième côte. — 11' carré des lombes. — 12, crête iliayue. — 13, péiitolne pariétal. — ■ 14, tissu cellulo-adipeux de la fosse iliaque interne.
a) En dedans, elle est en communication avec la loge rénale du côté opposé : cette communication, cependant, n'est pas complète, car les gros vaisseaux prévertébraux, l'aorte et la veine cave inférieure, forment, entre les deux loges droite et gauche, une barrière que le rein franchit très rarement.
P) En bas, au contraire, elle s'ouvre largement dans le tissu sous-péritonéal de la fosse lombo-ihaque et, en ce point, il n'existe aucune barrière qui puisse empêcher le rein de sortir de sa loge, lorsque ses moyens de fixité ont cédé. Aussi, le rein devenu mobile se dirige-t-il toujours et tout d'abord en bas, vers la fosse iliaque. Il descend ainsi autant que la longueur de son pédicule vasculairo le lui permet (premier temps de la mobilisation du rein) et ce n'est que lorsqu'il ne peut plus se porter en bas, retenu qu'il est par les vaisseaux, qu'il se dirige en dedans, vers la hgne médiane (deuxième temps de la mobilisation du rein).
d. Capsule adipeuse du rein. — Dans la loge rénale, formée comme nous venons
de le voir par le dédoublement du fascia rénal, se trouvent contenus, en plus du rein et de son pédicule vasculo-nerveux, la capsule surrénale (voy. p. 291 et 292) et l'uretère (voy. p. 327). Le rein, la capsule surrénale et l'uretère ne sont pas immédiatement an contact des parois de leur loge : ils en sont séparés par du tissu cellulaire lâche, dont les tractus émanent à la fois de la face interne du fascia rénal et de la capsule propre du rein. Telle est, du moins, la disposition que l'on observe chez le nouveau-né et chez l'enfant jusque vers l'âge de huit à dix ans. Mais à partir de cet âge le tissu celluleux est envahi par la graisse et, chez l'adulte, il existe entre le rein et les parois de sa loge une véritable atmosphère graisseuse : c'est la capsule adipeuse du rein. Résistante et facile à séparer du rein sur le cadavre, cette capsule, que l'on désigne encore sous le nom de graisse périrénale ou d'atmosphère graisseuse du rein, est, sur le vivant, semi-fluide, glissant sous le doigt qui cherche à l'isoler du rein (on sait que la séparation de l'organe rénal d'avec sa capsule adipeuse est le premier temps de toute intervention portant sur la glande).
La capsule adipeuse du rein existe d'une façon constante, même chez les sujets très amaigris, mais son épaisseur varie suivant l'embonpoint du sujet : elle mesure en moyenne, 2 à 3 centimètres.
La couche qu'elle forme est plus considérable sur la face postérieure du rein que sur sa face antérieure, plus considérable aussi autour de son extrémité inférieure qu'autour de son extrémité supérieure. Mais c'est surtout au niveau de ses bords, l'externe principalement, qu'elle présente son maximum d'épaisseur. Elle se prolonge dans le sinus du rein, tout autour des vaisseaux.
La capsule adipeuse joue un rôle assez important dans la pathologie de notre région. Ses lésions, presque toujours consécutives aux lésions rénales, constituent les diverses variétés de périnépkrite (Rayer) : périnéphrite .scléreuse, périnéphrite fibro-lipomateuse et périnéphrite suppurée.
oc) Dans la périnéphrite scléreuse, la capsule adipeuse est transformée en un tissu scléreux, qui fait adhérer le rein aux org-anes avec lesquels il est en rapport et rend, pour ce motif, la néphrectomie très dangereuse, à moins d'employer le procédé qu'OLLiER a décrit sous le nom de néphrectomie sous-capsulaire.
p) Dans la périnéphrite fibro-lipomateuse, observée en particulier au cours des pyélo-néphrites chroniques, la capsule adipeuse s'hypertrophie ; elle se transforme en une masse qui peut atteindre 6 et 10 centimètres d'épaisseur, masse au milieu de laquelle le rein atrophié se trouve en quelque sorte noyé. Cette périnéphrite fibro-lipomateuse ne doit pas être confondue avec le lipome, qui peut se développer aux dépens de la graisse périrénale et qui, d'ailleurs, est très rare ; on cite, à titre de curiosité, une observation de Thiriar, où une tumeur de ce genre pesait 11 kilogrammes (Tuffier).
Y) Dans la périnéphrite suppurée, enfin, la capsule adipeuse est le siège de collections purulentes, que l'on désigne encore sous le nom de phlegmons périnéphrétiqiies. Le phlegmon périnéphrétique peut être primitif ; il est le plus souvent secondaire à une lésion du rein, de l'uretère, du côlon. Développé parfois dans une autre région et envahissant ensuite la loge rénale par propagation (c'est ainsi, par exemple, qu'un abcès appendiculaire peut se propager à la capsule adipeuse), l'abcès périnéphrétique naît, le plus souvent, dans la loge rénale elle-même. Fréquemment, la collection purulente est limitée à une portion de la loge, soit à sa portion inférieure (phlegmon sous-rénal), soit à sa portion antérieure (phlebmon prérénal), soit à sa portion postérieure (phlegmon rétro-rénal) ,&oïi^nï\n à sa portion supérieure {phlegmon sus-rénal). Remarquons, en passant, que la disposition anatomique de la loge rénale et les rapports que cette loge présente avec les organes ou les formations qui l'entourent nous permettent de comprendre la marche difTérente de ces abcès suivant le siège qu'ils occupent (fig. 209, B, C, D, E) : ainsi, les abcès sous-rénaux tendent à fuser dans la fosse iliaque et plus bas même si on n'intervient pas ; les phlegmons prérénaux peuvent ulcérer la paroi antérieure de la loge et s'ouvrir, soit dans le péritoine, soit dans les côlons ou le duodénum ; les phlegmons rétro-rénaux, les plus fréquents des phlegmons périnéphrétiques, effondrent ordinairement le fascia de Zuckerkandl et viennent faire saillie dans le triangle de J.-L. Petit; enfin, les phlegmons sus-rénaux ou sous-diaphragmatiques (Cruveilhier peuvent envahir la plèvre.
3'^ Moyens de fixité. — Le rein se trouve maintenu dans sa loge par son pédicule vasculaire, par sa capsule graisseuse, enfin et surtout, par la pression intra abdo-
ORGANES RÉTROPÉRITONÉAUX
minale, comme les recherches de Volkoff et Delitzine (1897) l'ont récemment montré. Cette pression est telle que l'on a pj voir le rein faire hernie au travers des lèvres d'une plaie lombaire (Marvaud 1875). Les causes qui amènent une dirhinution de la pression abdominale (grossesses multiples, relâchement des parois abdominales, amaigrissement très marqué et très rapide) diminuent également la fixité du rein et, par suite, favorisent son déplacement. Cela nous explique pourquoi
iilS -"
Fi^. 207.
Rapports antérieurs du rein droit.
(La paroi abdominale a été incisée et les lambeaux écartés. Puis, le foie ayant été fortement érigné en haut et t.. dehors, la portion gauche du côlon transverse et une partie du duodénum ont été réséquées (les segments enlevés sont représentés en pointillé), de façon ;l bien découvrir le rein droit.)
1, rein droit. — 2. son pédicule vasculaire. — 3, son canal excréteur. — 4, capsule surrénale droite. — 5, petit éiiiploon avec, dans son bord libre, le pédicule du foie. — 6. hiatus de Wiuslow. — 7. foie. — 8, vésicule biliaire. — 9, estomac. — 10, duodénum. — 11. pancréas. — 12, grand épiploon. ^ 13, angle droit du côlon transverse. — 14 mésocôlou transverse. — 15, veine cave inférieure. — 16, artère colique. — 17, artère spermatiquc droite.
le déplacement acquis du rein (cette affection nous l'avons vu plus haut, est encore désignée sous le nom d'ectopie rénale acquise, à^clopie accidentelle, de rein mobile, de rein flûttant) s'observe surtout chez la femme (87 p. 100 des cas, d'après Legry), chez laquelle d'ailleurs la loge rénale est plus évasée et moins profonde que chez l'homme, même dès le plus Jeune âge (Roseisthal).
Des deux reins, le droit est moins bien fixé que le gauche : aussi 85 à 90 p. 100 des reins mobiles s'observent-ils à droite. En effet, le rein droit, situé plus bas que celui de l'autre côté, est en rapport intime avec le foie qui, dans l'inspiration et
surtout dans l'effort (ou bien encore, chez la femme, sous l'action du corset), peut le refouler en bas ; il est, en outre, mal soutenu en avant, le feuillet antérieur de sa ioge n'étant presque pas renforcé par le fascia de Toldt. Le rein gauche, au contraire, est soutenu en avant, comme nous l'avons vu, par le fascia de Toldt qui doubl(> presque toute l'étendue du feuillet prérénal. En outre, la veine surrénale gauche, en se jetant dans la veine rénale du même côté, contribue encore à unir le rein à le capsule surrénale et à le maintenir en place.
Le rein devenu mobile sort de sa loge par l'extrémité inférieure de cette dernière, puis se porte en dedans vers la ligne médiane. Il forme une tumeur que l'on peut reconnaître à sa forme, et qui, comprimée par les doigts, glisse et réintègre la loge rénale, dans laquelle un bandage approprié peut la maintenir réduite. Si la réduction ne se maintient pas, on peut fixer le rein déplacé à la paroi lombaire, ou encore à la douzième côte : cette opération constitue la néphropexie ou néphrorrhaphie.
Il est à remarquer que, à l'état normal, le rein n'est pas complètement immobile dans sa loge : il subit l'action du diaphragme et, de ce fait, s'abaisse ou s'élève avec ce muscle. Ces mouvements physiologiques peuvent atteindre une amplitude de 3 à 5 centimètres ; ils sont plus grands chez la femme que chez l'homrne. Cette mobilité se retrouve dans les tumeurs développées aux dépens du rein et, lorsqu'elle disparait, on en peut conclure qu'il existe des adhérences (périnéphrite) fixant le rein aux organes voisins, ce qui, dans le cas de tumeur mahgne, est une contre-indication à l'opération.
4° Rapports. — Envisagé au point de vue de ses rapports, le rein nous offre à considérer : 1° deux faces, l'une antérieure, l'autre postérieure ; 2" deux bords, l'un interne, l'autre externe ; 3° deux extrémités.
Fig. 208.
Rapports des reins droit et gauche avec le côlon transverse et les angles du côlon, à l'état normal
et à l'état pathologique (schéma).
(On voit que les rapports du rein droit avec le côlon, déjà peu marqués à l'état normal, sont encore plus restreints lorsque le rein est augmenté de volume. Au contraire, les rapports du rein gauche avec le coude gauche et le côlon descendant, déjà assez accusés à l'état normal, deviennent sensiblement plus étendus dans les cas où le rein est hypertrophié).
1, rein droit normal ; l'. le même fortement hypertrophié (tumeur rénale). — 2. rein gauche ; 2'. le même fortement augmenté de volume. — 3, angle droit du côlon. — 4, angle gauche. — 5, côlon transverse. — 6. côlon ascendant. — 7. côlon descendant.