‹ Traité d'anatomie topographiqueChapitre 72 sur 139 · B) — URÈTHRE PÉNIEN · texte numérisé non relu

B) — URÈTHRE PÉNIEN

L'urèthre pénien est le segment de l'urèthre spongieux qui se trouve situé dans le pénis. Il fait suite à l'urèthre bulbaire que nous avons étudié avec le périnée (voy. p. 580) et parcourt la verge d'un bout à l'autre pour venir déboucher à son extrémité terminale. Sa longueur est, naturellement, égale à celle du pénis et variable comme lui. Il nous présente à étudier : 1° son orifice extérieur ou méat : 2° sa coniormation intérieure ; 3** ses rapports.

1° Orifice extérieur ou méat. — Le méat, orifice par lequel l'urèthre pénien vient déboucher à Textérieur, occupe, comme nous le savons, le sommet du gland. Il revêt la forme d'une fente verticale (fig. 424), haute de 6 à 8 millimètres environ, dont les lèvres sont, à l'état normal, minces, accolées l'une à l'autre, d'une coloration rose pâle. Dans le cas d'inflammation aiguë du canal et notamment dans le cas d'uréthrite blennorrhagique, ces mêmes lèvres sont boursouflées, légèrement ectropionnées, et d'un rouge plus ou moins violacé.

Le méat est un des points les plus étroits du canal. C'est aussi un des points les moins extensibles et, de ce fait, il se prête mal à la dilatation, que cette dilatation soit brusque ou progressive : aussi, dans certains cas où le méat est particulièrement étroit et inextensible, le chirurgien est-il obligé d'inciser la comniissure inférieure do l'orifice, d'un coup de bistouri ou d'un coup de ciseaux, pour pouvoir dilater convenablement l'urèthre. Ajoutons que de pareils méats favorisent, dans le cas de blennorrhagie, le passage de l'inflammation à l'état chronique et que, même dans le cas où l'urèthre est sain, ils peuvent être le point de départ de phénomènes réflexes et en particulier d'incontinence d'urine.

Le méat, nous l'avons déjà vu plus haut, peut être le siège de malformations diverses : au lieu d'occuper le sommet du gland, il peut siéger sur'sa face inférieure {hypospadias) ou même sur sa face supérieure [épispadias) ; au lieu de présenter la forme d'une fente verticale conduisant directement, quand on en écarte les lèvres, dans la fosse naviculaire, il peut être cloisonné par une série de replis, autrement dit être double ou triple. Toutes ces anomalies sont dues à un trouble dans révolution embryologique de l'urèthre. Nous les avons passées en revue, p. 566 et 567.

20 Conformation intérieure. — Envisagé au point de vue de sa conformation inlérieure, l'urèthre pénien nous offre à considérer (fig. 429) : 1° la fasse naviculaire; 2° la valvule de Guérin ; 3° les lacunes de Morgagni.

a. Fosse naviculaire. — Sous le nom de fosse naviculaire on désigne, comme on le sait, une sorte de dilatation fusiforme que présente le canal de l'urèthre et qui commence à 5 ou 6 milhmètres en arrière du méat. Cette dilatation, au niveau de

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laquelle le canal atteint un câUbre de 10 millimètres en moyenne, se prolonge ordinairement dans une étendue de 20 à 25 millimètres. Au delà, Furèthre se rétrécit de nouveau et conserve un calibre à peu près uniforme de 7 millimètres jusqu'à l'angle pénien. Au niveau de la fosse naviculaire, les glandes de la' muqueuse sont très développées : elles peuvent, lorsqu'elles sont enflammées, au cours de l'uréthrite blennorrhagique par exemple, devenir le point de départ de petits abcès fîstulêux {fistules juxta-uréthrales, Jamin) qui s'ouvrent sur les lèvres du méat, ou, parfois, à côté du frein.

b. Valvule de Guérin. — A un ou deux centimètres en arrière du méat et sur la paroi supérieure du canal (429, 5), on trouve, chez la plupart des sujets, un repli valvulaire, décrit par Guérin, en 1849 et appelé, depuis, valvule de Guérin. Ce repli délimite au-dessus de lui une sorte de cul-de-sac de 6 à 12 millimètres de profondeur, le sinus de Guérin, dans lequel le bec d'une sonde de petit calibre s^ngage facilement, quand on pratique le cathétérisme du canal de l'urèthre, et se trouve arrêté. Il suffit, pour éviter cet obstacle, de faire suivre à l'extrémité de l'instrument la paroi inférieure du canal. Mais, nous le rappelons, ce n'est que dans la portion pénienne, et dans les premiers centimètres du canal seulement, qu'il faut opértr ainsi ; au-delà, c'est le long de la paroi supérieure que l'extrémité de la sonde doit cheminer pour fuir le cul-de-sac du bulbe et la dépression prostatique.

c. Lacunes de Morgagni. — On trouve encore dans l'urèthre pénien, plus particulièrement sur sa paroi supérieure, de nombreuses dépressions dont l'ouverture elliptique ou circulaire est tournée du côté du méat : ce sont les lacunes de Morgagni (fig. 429, 6). Disposées en séries parallèles et très visibles à l'œil nu, ces lacunes se divisent, d'après leurs dimensions, en grandes et petites. — Les grandes lacunes ou foramina ont une profondeur qui varie de 8 à 10 millimètres (Cruveilhier en a rencontré

qui mesuraient jusqu'à 27 millimètres de longueur) et l'on comprend qu'elles puissent, comme le sinus de Guérin, arrêter une bougie de petit calibre. On les évitera, ici encore, en faisant suivre à l'extrémité de l'instrument la paroi inférieure du canal et non sa paroi supérieure. — Les petites lacunes ou joraminuld sont, en règle générale, situées en dehors des précédentes et peuvent même occuper la paroi inférieure du canal. Leurs dimensions sont toujours trop petites pour qu'elles se laissent pénétrer par les bougies exploratrices,

3° Rapports et voies d'accès. — L'urèthre pénien se trouve situé dans l'épaisseur du corps spongieux et lui adhère intimement : celui-ci, en effet, comme nous l'avons déjà dit, n'est autre chose que la couche vasculaire de la muqueuse uréthrale considérablement hypertrophiée.

Il chemine au-dessous du pénis dans l'angle dièdre que forment, en s'aaossant

Fig 429.

L'urèthre pénien incisé longitudinalement sur sa face inférieure.

1, verge, relevée du côté de l'abdomen. — | 2. gland avec 3, son prépuce." — 4, méat. — 5, fosse naviculaire avec la valvule de Guérin. — 6, lacunes de Morgagni (foramina et foraminula). — 7, bourses.

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l'un à l'autre, les deux corps caverneux. Dans son trajet, il répond : en haut, aux corps caverneux et à leur cloison médiane dont il est séparé par de nombreuses veines ; en bas, au fascia pénis et, au delà du fascia, au tissu cellulaire sous-cutané et à la peau.

Au niveau de la face inférieure de la verge, l'urèthre pénien ne se trouve- séparé de la peau que par une faible épaisseur de tissu vasculaire (5 ou 6 millimètres à peine) ; aussi est-il, en ce point, facilement explorable en clinique et aisément accessible en chirurgie opératoire (fig. 428, a).

L'urèthre pénien, à l'état normal, s'allonge pendant l'érection pour permettre au corps spongieux de suivre les corps caverneux dans leur distension. Mais il n'en est plus de même, quand le canal est le siège d'une inflammation aiguë (uréthrite blennorrliagique aiguë). Dans ce cas l'urèthre ayant perdu son élasticité ne peut plus r-e dilater, il en résulte, alors, des douleurs très violentes et nne'incun'ation en bas du pénis {chaude-pisse cordée). Si le malade, pour calmer ses douleurs, essaie de redresser la verge, il risque de produire une déchirure de la muqueuse urélhrale et du corps spongieux, déchirure à laquelle succédera très rapidement un rétrécissement traumatique de l'urèthre (voy.p. 573).

Cette élasticité de l'urèthre, surtout au voisinage de sa portion terminale, c'est-à-dire méatique, a été utilisée pour le traitement de l'hypospadias balanique (C. Beck, Bardenhf.ujer, von Hacker, Villemin). En effet, l'extrémité de l'urèthre étant disséquée sur une longueur de quelques centimètres, on peut engager cette extrémité du canal, ainsi libérée, dans une perforation en tunnel faite au bistouri dans la portion du gland parcourue sur le sujet normal par l'urèthre balanique, et venir suturer l'ancien méat hypospade aux lèvres du méat chirurgicalement créé sur le gland : c'est l'élasticité de l'urèthre <jui permet à celui-ci de s'allonger suffisamment pour que cette suture soit possible.

4° Vaisseaux et nerfs. — Les artères de l'urèthre pelvien proviennent des dorsales de la verge et des caverneuses. — Les veines aboutissent à la tunique vasculaire décrite plus haut (voy. p. 575). — Le? lymphatiques vont se jeter pour la plupart dans les troncs émanés du réseau balanique (p. 600). — Les nerfs viennent du honteux interne.

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