‹ Traité d'anatomie topographique médico-chirurgicaleChapitre 123 sur 167 · ARTICLE 111. — DES ARTICULATIONS DU POIGNET · texte numérisé non relu

ARTICLE 111. — DES ARTICULATIONS DU POIGNET

A. Articulation radio-carpienne. — l"" Surfaces articulaires, A. L'extrémité inférieure du radius est rentlée et creusée d'une cavité allongée transversalement (cavité glénoide) de forme triangulaire, dont le sommet répond en dedans de Tapophyse stylolde, et dont la surface est partagée en deux par une petite crête antéropostérieure correspondant a Tintervalle du scapholde et du semilunaire.

B. Le cubitus ne fait pas directement partie de cette articulation. C'est le fibro'cartilage triangulaire qui complète la surface articulaire, dont le radius seul constitue plus des trois quarts. Le diamètre transversal , limité par les deux apophyses styloïdes , prédomine sur Tantéro-postérieur ; il varie un peu suivant les mouvements du poignet; sur un homme adulte» j*ai trouvé iliO millimètres (1 pouce 10 lignes) dans la supination forcée, 51 millimètres (1 pouce 11 lignes) dans la pronalion forcée , et ôA millimètres (2 pouces) dans la position intermécliaire, ce qui s'accorde avec les expériences de M. Malgaigne , faites sur la femme ; de sorte que les variations paraissent les mêmes dans les deux sexes. — La surface articulaire représente un croissant dont la corne externe est plus recourbée et descend plus bas que Tinterne ; aussi, dans Tétat naturel , Taxe de la main est-il un peu dévié en dedans, tandis qu'il devient parallèle à celui de Tavant-bras après les fractures du radius, ou, comme je Fai démontré (voy. Avant-bras) dans les nécroses anciennes du tiers inférieur de cet os. — L'épiphyse radiale se soude tard, souvmt de dix-huit à vin^t ans (Ollivier) ; il en est de même pour le cubitus. La notion de cette particularité pourra fournir d'utiles lumières en médecine légale ; le chirurgien devra se la rappeler pour le diagnostic diflerenliel des fractures et des luxations dans le jeune âge. Un peut, dans l'adolescence, produire artiticieJlement le lécollement des épiphyses sur le cadavre (la macération prolongée

in*a souvent donné le même résultai) ; M. J. Cloquet en a consUlé un cas pour le radius, sur un enfant de douze ans, et M. Johoslon sur un garçon de dix-huit ans.

Le bord antérieur de la cavité articulaire du radius descend menu bas que le postérieur , ce qui oppose les plus grands obstacles tox luxations du carpe en arrière. Il faut remarquer que Vépipiine radiale, en se rendant, ne se trouve plus sur le prolongement de Taxe du corps de l*os ; elle présente en avant une courbure telle quune ligne, qui continuerait cet axe, laisserait au-devant d'elle, suivant la remarque de M. Malgaigne, les trois quarts de la sarim articulaire , et un quart seulement en arrière ; disposition analamique qui explique la fréquence des fractures radiales près de Yv* ticulalion, dans les chutes sur le talon de la main, ainsi que le sens le plus constant de leur obliquité (en bas et en avant); car, le point d'appui étant fourni par la portion antérieure de Tépiphyse, Teflort de la pression tend à exagérer la courbure naturelle qu'on y tnxnv, et cniin fléchit et brise Tos, malgré Tépaisseur qu'il présente are niveau. Ce qui favorise ce résultat, c'est que le radius s'artienif seul avec la main, et que par là même il est seul alors pour suppQ^ ter le poids du corps ; ajoutons encore qu'à ce niveau il est foné de tissu spongieux recouvert d'une mince lame de tissu compacte: aussi, dans certaines fractures, a-t-on pu voir la diaphyse pénétrer dans l'épiphyse (Voillemier) ; toutefois, c'est là un accident exceptionnel. Le périoste épiphysaire i»st beaucoup plus épais en arrière qu'en avant : aussi, pendant qu'il se déchire dans ce dernier sens, résiste-t-il souvent, du moins partiellement, en arrière» ou bien il s'y décolle seulement, et alors la lymphe qui s'infiltre sous lai, s'ossifiant à la longue, peut donner plus tard les apparences d'ooe pénétration du corps dans l'épiphyse.

c. Les trois premiers os du carpe, le scaphotde^ \e semi-hmm et le /^yrrtmirfff/, concourent, de dehors en dedans» à former Tarticulalion radio-carpienne (Icpisîforme^ placé au-devant du pyramidal , est articulé avec lui et non avec les os de l'avant-bras). Ce os, formés de tissu spongieux, sont souvent le siège d'ostéite onde carie chez les enfants scrofuleux ; on n'y observe guère que des fritures par écrasement. Disons cependant que M. Jarjavay a rencontré une fracture verticale du scapholde à la suite d'une chute sur Ii face palmaire du poignet. Le scapholde et le semi-lunaire correspondent au radius, et le pyramidal au ligament triangulaire. Réunis entre eux par deux ligaments ifffei^osseux et des ligaments dorsaia

el pahnaireSy ils offrent une surface lisse et convexe, plus couriK^e eo bas et en dehors qu*en dedans, et plus étendue transversalement que d'avant en arrière ; dans ce dernier sens, elle est plus grande encore que la face correspondante du radius. M. Malgaigne en conclut que cette articulation ne sert qu'à la flexion en arrière ; nous verrons plus loin ce qu'il en est (voy. Carpe) ; mais il est vrai de dire que cette flexion est plus prononcée du côté du radius que du cubitus.

2" Moyens d'tmion. — Quatre ligaments assujettissent les rapports articulaires : — a. Le ligament antérieur , large et aplati, s'attache au-devant de l'épiphyse radiale, et descend obliquement, en s'étalant en guise d'éventail, s'insérer en bas à la face antérieure des os scapholde, semi-lunaire et pyramidal. II est renforcé par des fibres de l'aponévrose d'enveloppe du carré pronateur. — b. Le postérieur y plus étroit mais plus fort, s'implante derrière le radius et les os semi-lunaire et pyramidal ; il est renforcé par les cloisons des gaines tendineuses de l'extenseur commun et de l'auriculaire. •^ c. Le ligament latéral externe s'étend de l'apophyse stylolde au bord du scapholde. — d. Le latéral interne part de l'apophyse stylolde du cubitus pour se rendre au pyramidal ; il envoie quelques fibres à l'os pisiforme et au ligament annulaire antérieur. Ces quatre ligaments s'unissent par leurs bords extrêmes. — e. J'en ai découvert un cinquième, que j'appelle ligament inter-articulaire : c'est un faisceau fibreux qui , né du bord antérieur de l'apophyse radiale , va s'implanter entre le pyramidal et le semi-lunaire : il parait devoir contre «balancer les renforcements que reçoit le liga-^ ment antérieur,

D. La synoviale se déploie sur la cavité glénolde du radius, le ligament triangulaire, la face interne des quatre ligaments précités et sur la surface des trois os du carpe ; elle s'engage même parfois dans les articulations qui les séparent.

Existe-l-il des luxations du poignet ? On a dit que Dupuytren les regardait comme à peu près impossibles ; Marjolin et Blandin (Anat. topog.y 183Â) n'en ont jamais vu. Pour M. Velpeau, ces prétendues luxations ne sont aussi que des fractures, ou bien elles s'accompagnent de quelque autre désordre {Dict. en 30 vol. , 18&2) ; ou bien encore elles n'ont été reconnues qu'après une arthrite, suivie d'abcès autour du poignet [Observation de M. Scoutetten), et alors, selon MM. Blandin et Velpeau, le déplacement

n'aurait été que consécutif : c'était une espèce de luxation spontanée.

Peut-être le doute inéthodique ne doit-il pas aller ici jusqu'au scepticisme absolu ; la rareté ne constitue pas Timpossibililé : Pouteau montra le premier que les fractures de Tavant-bras près du carpe avaient souvent été prises pour des entorses et des luzatioDS du poignet ; Desault publia des faits confirmatiCs de ces idées. Vint ensuite Dupuytren qui établit le diagnostic ; il ne nia 'pas la possibilité de ces luxations ] seulement il soutint et démontra qu'à h suite d*une chute sur la paume de la main, la lésion qui se produisait était à peu près constamment une fracture, ou« en d*aatres termes, que les fractures du poignet sont aussi communes que tes luxations sont rares. On a exagéré la doctrine du mallret et Foi a nié la possibilité de ces luxations. L'existence des Itixaiiam du carpe en arrière nous semble démontrée aujourd'hui : M. MaijoliD Gis en a cité un exemple remarquable ; le malade avait eu les mains prises sous les roues d'une voiture, les ligaments antérieur et latéral externe étaient déchirés ; le carpe déplacé remontait assex haut, faisant une saillie derrière les os de Tavant-bras qui étaient intacts. H. Yoillemier en cite un autre observé à la suite d'une chute d'un troisième étage : le carpe est remonté en arrière à 18 millimèlits au-dessus de l'interligne articulaire ; les ligaments sont déchirés ; aucun os n'est fracturé, a part l'apophyse stylolde du cubitus. Ko 18A3, M. Keisser (de Lyon) a recueilli une autre observation digne d'intérêt, sur une dame de soixante- trois ans :|a la suite d'unechula, flexion de la main sur Tavant-bras ; luxation du carpe en arrière, faisant une saillie d'environ 3 centimètres; saillie en avant du radius et du cubitus, sans fracture, ni mobilité, ni crépitation; impossibilité de ramener la main dans Textension ; réduction av«c bruit ; disparition immédiate de la diflbrmité et retour des mouvements de flexion et d'extension. Il ne manque à cet exemple que le contrôle de l'autopsie. Nous rappellerons encore les observations analogues de Ravaton et de Thomassin, recueillies sur des enfants, et celle de M. Padieu (1838) qui nous parait se rapporter a une luxation incomplète du poignet en arrière. — Quant aui luxations en avantj elles sont encore beaucoup plus rares : j'ai pa en examiner une pièce intéressante recueillie et préparée par MM. Game et Pollosson, élèves de Lyon ; l'accident avait eu Ueu depuis deux ans, a la suite d'une chute sur la main portée en avant ; aucune tentalive de réduction n'avait été faite. La pronatioo et la supination sont détruites^ aucun mouvement ne se passe dans le poignet; la flexion des doigts est incomplète ; le blessé meurt de

Page 1