SECTION DEUXIÈME
Les membres inférieurs, moins constants que les supérieurs dans la série animale, où une grande classe de mammifères (les cétacés) en est dépourvue, manquent plus rarement qu'eux dans l'espèce humaine, où leur développement se lie avec celui de l'abdomen. Toutefois ils sont plus tardifs dans leur formation, et plus fréquemment affectés de difformités.
Destinés a soutenir le poids du corps et à servir d'agents de progression, ils s'articulent fortement avec le squelette sur une ceinture osseuse complète, le bassin ou pelvis, ce qui leur a valu le nom de membres pelviens. Leur base semble se confondre avec l'abdomen d'où ils se détachent sous forme de cônes allongés (membres abdominaux) . Séparés à leur origine par toute l'étendue
608 naiBiiKS inférieurs or abdominaux.
du diamètre bî-cotylien, ils convergent en descendant vers le centre de gravité pour diminuer les oscillations de la marche. La plante du pied repose sur le sol comme un plateau et fournit une base suffisante de sustentation.
Tout dans la disposition de leur squelette a été calculé pour h solidité aux dépens de la mobilité : la hanche a moins de meurements que Tépaule ; la flexion et l'extension du genou et du coa-depied sont moins étendues qu*au coude et au poignet ; les os du pied sont moins mobiles que ceux de la main : aussi les membres inférieurs sont-ils plus exposés aux fractures qu'aux luxations.
Leurs usages sont moins multipliés , et leurs fonctions moin exquises que pour les appendices thoraciques. Dès lors, on conçoit qu'il est plus facile de les remplacer par des membres artifideb. Nous savons qu'ils mesurent a peu près la moitié du corps (voy. p. 5 et 21). Leurs dimensions variables influent beaucoup sor les différences de taille. Leur longueur doit être égale des deta côtés, et leur insertion se faire au bassin sur un même plan , sous peine de claudication : dès lors un allongement ou une atrophie des jambes, de même qu'une déviation des symphyses pelviennes ou une difformité du rachis peuvent se compliquer de cet accident Ils se plient et se redressent alternativement pour la marche, et se roidisseiit pour la station : aussi une ankylose, une articulatîoB anormale ou une paralysie musculaire s'opposent à l'exercice régulier de leurs fonctions. — De même que les membres supérieurs, ils n'ont pas une direction rectiligne; le genou s'incline en dedans comme le coude, et leur squelette représente ainsi une ligne brisée. L'exagération de cette disposition gène beaucoup la déambulation, comme on l'observe dans la déviation interne des genoux. Eloignés du centre d'activité, ils ont moins de vitalité, et se trouvent plus exposés à toutes les affections asthéniques (œdèmes, ulcères, éléphantiasis); nulle part les lois physiques n'ont plus d'empire. — Leur distance du cœur fait pressentir que le sang y pénètre avec moins de force le système capillaire, et indique pourquoi ils sont le siège de prédilection de la gangrène sénile. Les deux troncs des veines saphènes serpentent dans les lames fibreuses de la couche sous-cutanée; dans la station comme dans la progression, la circulation s'y opère contre les lois de la pesanteur : aussi dans aucun autre point de l'économie les varices ne sont aussi communes. Remarquons que, recevant leur origine du bassin et de l'abdomen, les vaisseaux subissent l'influence morbide des
MRMBRKS INFÉRIFX'RS OU ABDOMINAUX. COO
obstructions qui frappent les viscères de ces cavités, ta longueur et le calfbre des artères principales ajoutent aux dangers de leurs blessures, et les exposent aux anévrysmes. — Le volume du tronc nerveux est médiocre relativement à la masse des organes qu'il anime. Rlandin remarque qu'il est pourvu d*un plus grand nombre de fdets moteurs et de moins de filets sensitifs qu'aux membres thoraciques (le volume proportionnel des racines antérieures et postérieures est en rapport avec ces fonctions). Le nerf principal est unique à la racine du membre; et, comme il ne peut être suppléé, les paralysies y sont toujours plus graves, parce qu'elles compromettent d'emblée les fonctions de tout l'appareil. — Les faisceaux musculaires, larges et forts, s'implantent moins obliquement sur les leviers qu'ils meuvent ; ceux-ci sont souvent des leviers du deuxième genre, c'est-à-dire qu'ils servent plus à la force qu'à rétendue des mouvements. Les muscles, qui diffèrent entre eux pour la direction et la longueur, éprouvent une rétraction inégale après leur section : de là l'importance d'opérer en plusieurs temps pour prévenir le manche de gigot.
Nulle part Yapoîiévrose d'enveloppe n'est plus prononcée et plus épaisse, les cloisons musculaires plus distinctes, et l'ensemble du système fibreux plus résistant : c'est un étui qui oppose une forte barrière aux phlegmons sous-cutanés, mais emprisonne les abcès profonds et prédispose aux fusées purulentes. La thérapeutique en tire des indications opératoires.
Le squelette reçoit en définitive l'insertion de toutes les lames aponévrotiques. Ses divers usages, ses rapports avec les agents extérieurs, et la longueur de ses os, l'exposent particulièrement aux fractures malgré la solidité du tissu compacte dont il est composé. Par son mode de nutrition et de vitalité, il est sujet à la nécrose, etc. Pressé entre le sol et le poids du corps, on conçoit que ses pièces se dévient, se courbent et s'affectent de difformités diverses ; ce qui, joint aux causes originelles et génésiques, rend compte du nombre des lésions de ce genre qu'on y observe.
Nous distinguerons ici, comme pour le membre supérieur, sept grandes régions naturelles : 1* la hanche ; — 2° la cuisse 5 — 3** le genou ; ^- 4° la jambe ; — 5' le cou-de-pied ; — 6° le pied ; — 7* les orteils.