SECTION DEUXIÈME
La tête comprend le crâne et la face* Elle représente un ovoïde irrégulier dont le point le plus élevé correspond au vertex, la grosse extrémité, tournée en arrière, à Vocdput^ et la pointe au mento9i.
Cet ovoïde, aplati sur les côtés {tempes), est coupé sur sa face inférieure par un plan oblique qui, étendu de l'occiput au menton, mesure son plus grand diamètre, 'et constitue sa base, où l'on voit
toutes les ouvertures qui livrent passage aux organes qu'elle reçoit (le réconomie et a ceux qu'elle lui envoie.
La léte s'articule avec lerachis qu'elle surmonte; cette articulation, située en arrière près de l'occiput, fait que son centre de gravité tend sans cesse à se porter en avant, de sorte qu'un effort continuel des muscles cervicaux postérieurs est nécessaire pour empêcher qu'elle ne bascule dans ce sens, comme on le voit dans la vieillesse, le sommeil et la paralysie.
La forme générale de la tète a fourni en zoonomie un type pour la classiflcation des races humaines. — Cette forme se modiGe par l'habitude de porter de lourds fardeaux sur le vertex, par la compression circulaire employée chez quelques peuplades d*Amérique, etc. On a regardé ces déformations comme prédisposant a la folie (Fo ville).
La tête du fœtus présente des particularités que nous étudierons à propos du crâne et du bassin : elle est conoîde chez le nouveauné ; chez l'adulte, la prédominance des diamètres, soit latéral, soit antéro-postérieur, lui donne une forme arrondie ou oblongue. Son volume, selon M. Parcbappe, est moindre chez la femme que chez rhomme. Cette assertion, qui est contraire à celle de Sœmmerring, s'accorde avec les tableaux de M. Leuret, qui admet que le volume d'une tête de femme adulte ne dépasse pas en général celui d'une tête de garçon de douze a quatorze ans.
Les phrénologistes professent que dans le Nord la tète a des dimensions plus fortes que dans le Midi, où Tencéphale est, d'ailleurs, doué d*une activité plus grande. Tenon, comparant les diamètres des chapeaux d'homme, donne pour mesure, à Paris, 162 à 189 millimètres : moyenne, 176 ; et dans le Nord, 189 à 217 mil- Hmètres: moyenne, 20S.
Les professions n'exercent pas moins d'influence que le climat. M. Parchappe a mesuré 20 têtes d'individus d'âge et de taille analogues, dont 10 appartenaient à des écrivains et à des orateurs, et 10 à des ouvriers : les premiers avaient une prédominance de 23 millimètres en moyenne , preuve que l'exercice développe les organes encéphaliques ; on pourrait certainement retirer beaucoup d'utilité d'une bonne gymnastique cérébrale. Aristote enseigne que l'homme remi>orte en intelligence sur les animaux, parce qu'il a la tète plus grande relativement au corps, et Gall, que les facultés sont en rap- |K>rt direct avec le développement de fencéphale. La circonférence de la tête de Dupuytren était de 580 millimètres, et, d'après
Antoniinarclii , celle du chapeau de Napoléon de bQ'i niillimèlros.
Chez les idiots, la tète est en général très petite ; elle est souvent assez forte chez les aliénés des deux sexes; elle forme, d'après Pioel, le dixième de la hauteur totale du corps chez les premiers, et le septième chez les seconds. Dans la doctrine de Lavaler, une très grosse ou une très petite tète est également un indice de sottise : il faut toujours tenir compte de l'épaisseur des os du crâne et du développement des sinus frontaux.
M. Quetelet regarde la croissance de la tête comme achevée a trente ans; selon M. Leuret, son volume augmente encore de quarante à cinquante ans, décroît de cinquante à soixante, pour rester stationoaire de soixante a soixante-dix. D*après mes recherches (1), la tète change peu après vingt-cinq ans, reste statioonaire jusqu'à cinquante ou cinquante^cinq, pour diminuer ensuite à partir de soixante.
La tête n*est pas symétrique comme le professent les anatomistes ; elle est même fort irrégulière. Ses deux moitiés ne sont pas égales : le côté droit est généralement plus développé; il y a plus : tantôt un côlé est déprimé et l'autre bombé -, tantôt il y a des rontlemenls et des voussures sur les côtés, tandis que le front est aplati, carré ou pointu. M. Parchappc, à propos des diamètres de la tête, indique, pour Rouen, lt54 à 208 millimètres , et pour Grenoble, un maximum de 196 millimètres-, en Angleterre, il est de 164 à 192 millimètres; en raison môme de la grande irrégularité des formes céphaliques, je crois qu'il faut compter non par diamètre, mais par circonférence. Je me suis assuré qu'à Lyon, la circonférence moyenne delà tête est, chez l'homme adulte, de 55 à 57 centimètres; elle oscille autour de 56 centimètres chez la moitié des individus; elle descend rarement de 54 à 53 centimètres, et s'élève rarement aussi de 59 a 60 centimètres.
En présence de ces faits et de ces nombreuses variétés, est-il
(1) Il a été inventé par M. Alliés, de Paris, un instrument à l^usage des chapeliers, nommé eonformaUur , qui sert à mesurer la circonférence et les diamètres de la tète, et qui donne la figure exacte de son contour, avec toutes les irrégolarités qui s'y trouvent. C'est sur Tinspection de centaines de modèles de tétcs levés avec cet instrument que j'ai rcdljié une partie de ce chapitre* Les irrégularités, disons plus, les dlfformiti^s Individuelles sont si grandes, c|ii'oii ne saurait ni les deviner ni même y croire sans les voir, el qu'on ne |>eut com- Itrendre qn'on chapeau d*hommc puisse bien s'adapter sans blesser h tête, s'il D*est pas modelé d^apr(*s les données du conformateur.
possible d'établir pour les artistes un rapport exact entre la tête et le corps de riioinme? Peut-on, avec Mascagni et Salvage, admettre la proportion de un huitième? On voit que les anciens n*ont pas toujours suivi ces mesures, soit par le Laocoon et la Vénus de Médicis (moins de 7 têtes 8/4), soit par l'Apollon pythien et l'Hercule Parnèse (7 têtes 7/8). M. Gerdy a mesuré, sous ce rapport, plusieurs cadavres : il a trouvé rarement moins de 7 têtes 1/2, souvent 8, et parfois 9.
Dans l'embryon, la tête est formée par une espèce de vésicule ovale, très considérable, où Ton ne peut distinguer le crâne de la face : celui-ci se développe le premier ; sa base oflre d'abord des points cartilagineux ; suivant Bichat, la dure-mère est primitivement confondue avec l'épicrâne et la membrane moyenne où doivent se former les os ; ces adhérences diminuent, a mesure que l'ossification, qui marche en s'irradiant, s'en empare, et vient constituer le crâne avec l'auxiliaire des os wormiens et des fontanelles.
La tête s'articule avec le rachis par deux ordres de moyens d'union qui assurent et limitent ses mouvements :
!• Articulation occipito-atloîdienne. Il y a pour maintenir les rapports articulaires un ligament antérieur et un postérieur (ocopi/oatloïdien), et pour favoriser les mouvements une synoviale k chaque condyle. La tête exécute sur l'atlas des mouvements de flexion et d'extension et un peu d'inclinaison latérale ; elle ne peut se luxer dans aucun d'eux : les surfaces articulaires sont trop serrées et les mouvements trop obscurs surtout, pour qu'ils puissent produire le déplacement de ces surfaces (Bichat).
:î** Articulation occipito-axoidienne . Il n'y a point ici, comme dans rarliculalion précédente, des surfaces contiguOs glissant l'une sur l'autre. L'occipital et Taxis se tiennent seulement par deux forts ligaments odontoïdiens qui bornent la rotation de la tête, et par un ligament postérieur ou occipito-aœoidien, qui se confond avec le ligament vertébral postérieur. La tête accompagne la première vertèbre dans les mouvements qu'elle exécute sur la deuxième : ces mouvements consistent dans une rotation assez étendue ; lorsqu'elle est portée trop loin, il peut survenir une luxation : les apophyses de l'atlas abandonnent alors celles de Taxis. 11 est facile d'opérer cette luxation sur le cadavre par une forte rotation imprimée a la tête. La mort peut être instantanée chez les individus qui éprouvent cet accident. Bichat pense que Todontolde glisse sous le ligament transverse, en rompant l'un des odontoïdiens; d'où résulte
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une violente compression de la moelle au-dessus de Torigine des nerfs diaphragmatiques el intercostaux, qui paralyse ainsi la respiration. C'est ce genre de mort qu'on a observé chez quelques sauteurs qui faisaient la culbute sur la tète ; c'est celui qui arrive chez ranimai qu'on tue subitement en tirant en sens opposé sa tête et sa queue, et chez l'enfant qu'on tient imprudemment suspendu fMur la tète pendant qu'il agite son corps pour se dégager. Erlich remarque que le danger est d'autant plus grand dans ce dernier cfts, que l'apophyse odontolde n'est pas complètement ossifiée dans la première enfance. Il ajoute que le mécanisme n'est pas absolument le même chez les pendus : la luxation de l'atlas sur Taxis est réelle chez eux, quoi qu'en aient dit Morgagni, Duverney et Hoffmann, mais elle n'est pas constante; l'os hyoïde est ici presque toujours fracturé, et l'auteur admet que l'obturation des voies aériennes contribue beaucoup à la mort. {Jourtu compléni.j 18S0, t. XXXVI.)