‹ Traité d'anatomie topographique médico-chirurgicaleChapitre 7 sur 167 · PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES

L*homme est pour Thomme la plus belle et la plus difficile étude. Source inépuisable de problèmes et de découvertes, il a occupé et enrichi presque toutes les sciences. Vanatomie topogt'aphique, en ouvrant une voie i)ouvelle , s'est créé son objet spécial dans Tensemble de ces recherches, et a déjà apporté une large part de connaissances à l'art de guérir. Quoique vouée surtout à l'analyse de l'organisation locale, elle ne se borne pas à étudier l'homme par sections et par zones ; elle se préoccupe des usages et de la destination de chaque localité , et donne ainsi naissance à une sorte de physiologie topographique ; puis, abordant des considérations d'un ordre plus élevé sur le mécanisme de l'économie qu'elle a mission d'explorer d'ailleurs en détail, elle interroge sous le triple point de vue de la structure, des formes et des rapports, les éléments généraux de l'organisme qui peuvent lui inspirer quelques corollaires*

Deux éléments constitutifs distincts composent le corps humain, les os et les parties molles. Il doit aux uns sa stature et les proportions de ses diverses brisures ; les autres lui impriment son volume et sa configuration extérieure.

La position intérieure du squelette chez l'homme fixe le rang qui lui appartient dans la série animale; par les phases variées du développement de ses différentes pièces, il éclaire sur l'âge de l'individu et fournit à la médecine légale des indications précieuses* Le sexe se révèle par des formes et des saillies particulières , nous en dirons autant des races humaines; on sait qu'en zoonomie l'étude de la signification des os a permis de reconstruire, sur quelques fragments fossiles, des espèces animales entièrement perdues*

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Malgré les parties molles qui le recouvrent, le squelette, par son voisinage de la superficie, permet à la vue et au toucher de deviner sa présence et de juger de ses formes et de ses lésions. La phrénologie a puisé dans cette disposition les bases de la cranioscopîc; et Ton sait le parti que la chirurgie tire chaque jour des saillies et des empreintes sous-cutanées pour le diagnostic des lui^ations et des fractures, pour la recherche d'un vaisseau à lier, d'un organe essentiel à ménaîrer, ou d*imc jointure à désarticuler.

Les os fournissent la charpente de notre machine; c'est d'eux qu'elle lire sa solidité; les conditions de mobilité proviennent des articulations qui fractionnent la tige osseuse dans sa continuité. Leur mécanisme, leur situation et leur nombre se trouvent partout combinés de manière à donner aux mouvements la force et l'étendue , aux altitudes la persistance ou Tinstabilité qui leur sont nécessaires. Aussi jamais la pseudarthrose pathologique n'est-elle comparable, pour rintégrité des fonctions, à l'articulation normale.

Autour du squelette se groupent des organes multipliés / qu'on désigne usuellement sous le nom de parties molles. Leur disposition varie dans les membres et dans les cavités splanchniques. Prend-on un membre pour type? l'os est au centre; les muscles glissent à sa surface sous des angh's divers \ le tissu cellulaire, qui remplit leurs intervalles, loge les vaisseaux et les nerfs dont les principaux se cachent toujours dans l'interstice le mieux protégé par la nature ou l'épaisseur des parties. Une enveloppe fibreuse (aponévrose) entoure toutes ces couches et leur prôte des expansions centripètes qui se terminent en définitive au périoste du squelette : de là, la convergence de toutes les chambres musculaires à l'os; de là, huv communication mutuelle dès que l'os est brisé; de là, enfin, la facililé et la rapidité des infiltrations purulentes qui font tout le daug(»r des fractures compliquées de plaies (Arthault). Dans les cavités splanchniques , les organes spéciaux qu'elles abritent s'accommoderaient mal de cette description générale. Seulement partout, au tronc comme aux membres, l'envelop[»e tégumentaire commune se prolonge, avec sa doublure cellulaire, à l'intérieur du corps , de manière à former un système unique qui, sous le nom de membrane muqueuse, tapisse les appareils des sens et les voies respiratoires, digestives et génilourinaires. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans plus de détails; l'étude des couches anatomiques trouvera ailleurs une place plus en rapport avec son importance. L'aphorisme de Béclard est par-

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tout applicable : < Le chirurgien doit connaître si exactement l'anatomie topographique, que, lorsqu*il enfonce son instrument à travers les parties, pour en atteindre une en évitant les autres, il le dirige avec autant de sûreté que si le corps était transparent, et qu'il en suivit de Tœil le trajet. > Seulement, ce qu'il disait deTœil, nous rétendrons à tous les sens ; il serait superflu d'énumérer ici tout ce qu*un praticien peut gagner, pour Tétude des signes physi-ques des maladies, par l'appréciation exacte des nuances dans les soDs, les formes et les couleurs, ainsi que la densité des parties. Les sens s'éclairent et se contrôlent mutuellement; les modes d'explo* ration doivent être combinés : la connaissance du lieu malade est un grand pas pour arriver à cçlle de V organe affecté : appelée alors pour pénétrer la nature du mal , la physiologie topographique, dévoilant la source et l'espèce du désordre morbide, montre tout^ Futilité de son intervention dans Téducalion du médecin praticien .

L*homme est un animal bipède ; le langage de l'anatomie sur ce fait est univoque; les membres thoraciques seraient d'aussi mauvais instrumi'nts do sustentation et de progression, qu'ils sont d'excellents organes de préhension et de toucher. La station verticale est celle de l'homme dans tous les lieux et dans tous les temps; ne donnons donc pas, par une réfutation superflue, à l'hypothèse opposée un crédit dont le sens médical l'a dès longtemps dépouillée, malgré les sophismes de quelques philosophes.

Les mouvements et les attitudes impriment aux parties des mo* difications intimes qu'il importe d'étudier. La peau forme des plis ; certains muscles se tendent; les vaisseaux se courbent ou se redressent, etc. La chirurgie met à profit toutes ces données pour deviner, d'après la situation du blessé au moment de l'accident, la direction de la plaie ou la marche d'un projectile à travers les tissus, pour faciliter l'extraction des corps étrangers, ou l'issue des matières épanchées. Ne sait-on pas combien les commémoralifs de cet ordre éclairent parfois sur le mode de perpétration de certains crimes? Suicide ou homicide : voilà la question qu'on a souvent à se poser en face d'un cadavre, et que les notions de ce genre peuvent conduire à résoudre d'une manière péremptoire. La signification des attitudes n'est pas moins précieuse dans la séméiotique des maladies internes.

La taille de Tbomme varie suivant l'âge, le sexe et les races. A-t-elle décru depuis les temps antiques jusqu'à nos jours ? C'est

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une queslion <]u*il esl dillicile de résoudre, et sur laquelle la suite de ces recherches pourra |ieut-êlre jeter quelque lumière.

La stature suirisantc pour le service militaire a plusieurs fois changé; elle est aujourd'hui (ixêe, en France, à 4", 56 (4 pieds 9 pouces 7 lignes). On a apph'qué les mesures prises pour le recrutement â la détermination de la taille moyenne; en France, elle sérail de 1",61 (â pieds 11 pouces 8 lignes), d'après un relevé de M. Hargenvilliers, basé sur 100,000 conscrits. Mais celte proportion, qui ne porte que sur des sujets de 20 a 21 ans, reste audessous de la réalité , puisque la croissance n'est point achevée à cette époque. Selon M. Villermé, elle continue souvent jusqu'à 22 ou 23 ans. M. Quetelel a même prouvé qu^elle n'atteint son maximum qu'à 25 ans, et parfois a 30. On a dit avec raison que de telles notions ne sauraient rester sans influence sur notre législation militaire, et qu'exposer un sujet qui n'a pas encore fini sa croissance, à la fatigue du service de Tarmée, surtout en temps de guerre, c'était ruiner à l'avance sa constitution imparfaite, et préparer de nombreuses réformes aux conseils de révision , et aux hôpitaux des encombrements per|iéluels. La stature moyenne paraît être d'environ 1«",62 (5 pieds) pour l'homme ; pour la femme, il y a une infériorité d'environ 16 centimètres.

Il est digne d'intérêt d'étudier les changements qu'apporte Vâge: Tenon avait déjà constaté que la stature diminue après 50 ans; on voit dans les tableaux de M. Quetelel, qu'elle croit encore de 20 à 25 ans et plus, reste slationnaire de 30 à âO, a déjà diminué à 50, et plus encore à 60; de manière que l'homme de AO ans, parvenu a une stature moyenne de l",68â , retombe , vers 80 ans, a 1",613, c'est-à-dire qu'il a perdu 7 centimètres (environ 2 pouces et demi). La diminution n'est pas moins prononcée chez la femme : d'une moyenne de 1"',579 à AO ans, elle redescend à 1",505 vers 80 ans, c'est-à-dire qu'elle a perdu 7 centimètres et demi (environ 2 pouces trois quarts). Le poids du corps subit une décroissance analogue qu'il importe au médecin légiste de connaître. Les habitudes sociales ont aussi une grande influence. La stature parait plus élevée dans les villes que dans les campagnes : à Paris, la moyenne, d'après les chiffres de M. Villermé tirés des listes de recrutement, esl d'environ 1°»,683 (5 pieds 2 pouces 2 lignes), tandis que , pour le reste du département de la Seine, on trouve 1«",671 (5 pieds 1 pouce 9 lignes). M. Quetelel a constaté la même différence en Belgique, où la moyenne pour les milices

esl fixée d'après celte proportion : à Bruxelles, l"s719 ; dans les communes rurales, 1",6325.

D'après ces faits, la stature humaine grandirait donc avec la civilisation moderne; et peut-être serait-il permis de présumer qu'elle n*a pas décru depuis les temps antiques jusqu'à nos jours.

Je ne dirai qu'un mot sur les variétés selon les races; Tenon établit que les Patagons ont de i'^^lbb (5 pieds 5 pouces) à 2",0S (6 pieds 3 pouces), et les Lapons de 1™,299 (A pieds) à 1">,A60 (A pieds 6 pouces). La taille humaine serait donc comprise entre l-,299 (A pieds) et 2'»,03 (6 pieds 3 pouces).

Le milieu du corps tombe sur un point variable suivant le sexe et les individus. Dans un tableau emprunté par M. Malgaigne à OrGla, on voit que, sur àà hommes de 18 à 70 ans, ce point médian correspondait â la symphyse chez 7, au-dessous de la symphyse chez 14, et au-dessus chez 23; en général, les femmes présentent cette dernière disposition. Les physiologistes ont admis, d'après Sue, que le développement plus tardif des membres inférieurs fait remonter plus haut ce point moyen dans Tenfance et l'adolescence. M. Malgaigne refuse toute influence à l'âge. Mais il suffit, pour ébranler cette théorie, de remarquer que les mesures qu'il cite ne portent que sur des sujets au-dessous de 18 ans-, et, en outre, sur AA, il n'y en a que A de 18 à 20 ans. et 3 de 25 : les 37 autres comptent de 30 à 70 ans.

On a établi de nombreux parallèles entre les parties supérieures et inférieures du tronc; ils manquent de vraisemblance et surtout d'utilité. Nous nous bornerons à signaler l'analogie qui existe entre les membres thoraciques et abdominaux, dont Vicq-d'Azyr a développé les nombreuses similitudes. Leur longueur diffère peu dans la vie intrà-utérine (Sue, Devergie), de môme qu'après la naissance jusqu'à la 20« année.

Mais de toutes les analogies, celle dont sans contredit on trouve le mieux accentuées les preuves et les conséquences pratiques, est relative aux deux moitiés latérales : La loi de symétrie, qui régit les organes de la vie de relation, est remplacée par la loi de balancement pour ceux de la vie nutritive. Ici, ressemblance de forme; là, égalité approximative de poids. Pour Tensemble de l'organisme, une lipAe médiane distincte établit une barrière tranchée entre les deux moitiés de Tétre pensant, sentant et mouvant. Un raphé médian accuse encore dans plusieurs points leur séparation originaire, dont témoignent hautement les monstruosités par défaut de fusion,

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comme l'exstrophie dr la vessie, réveiilration, le spina bifida, ete. Les branches latérales de Tarbre vasculaire ou nerveux ne communiquent entre elles que par d^élroites anastomoses; aussi est-on sûr de ne jamais rencontrer des vaisseaux ou des nerfs volumineux dans les incisions qu'on pratique sur la ligne médiane. Il est même des opérations, comme la cystotomie périnéale médiane, qui se prévalent surtout de cet avantage (voy. Périnée).

On a accordé à tout le côté droit une prédominance dont on a voulu se servir pour expliquer le plus ou moins de fréquence de certaines maladies dont pourtant Tétiologie complexe doit embrasser d'autres éléments. Aussi ferons-nous seulement remarquer Texoeplion flagrante à la loi de symétrie (|ue présente la prépondérance de Tun des membres supérieurs, le [)lus souvent du droit. Est-ce un effet de l'éducation, de l'habitude ou de la nature? Sans entrer dans les hypothèses qu'on a avancées, nous ferons observer que cette disposition a quelque chose d'originel puisque, d*après Breschet, on la reconnaît déjà dans l'embryon; mais Texercice vient à son tour la développer; et l'exemple des deux membreft inférieurs, toujours égaux, prouve ce que peut la prédominance fonctionnelle. L'excès de longueur du bras droit, bien constaté pour le squelette par M. Diday, impose des réserves au chirurgien; nous verrons qu'il empêche de le prendre pour ternie de comparaison lorsqu'il s'agit de mesurer exactement l'autre membre (voy. Membres). Parlerons-nous d'une autre infraction a la loi de symétrie, qu'on trouve dans la déviation à convexité droite du rachis, au niveau de la région dorsale ? On lui a récemment assigné pour point de départ la plus grande énergie de nutrition de la moitié droite de la colonne vertébrale qui imprimerait une concavité au càté gauche, par le même mécanisme qui fait que les lames compensatrices, formées de deux métaux inégalement dilatables, se courbent, lorsqu'on les chaiifle, du côté le moins dilaté. Seulement, la théorie oublie de nous dire pourquoi le rachis tout entier n'est pas courbé en arc de cercle , et pourquoi l'incurvation, en dépit des principes, reste bornée à quelques vertèbres (voy. Rachis). L'influence des sexes se traduit par les différences de taille, de poids et de formes que présentent l'homme et la femme comparés. L'importance de l'appareil génital serait minime à ne considérer que son volume par rapport à celui des autres appareils : mais il révèle le premier besoin de l'espèce (<elui auc|uel la nature a tout subordonné), quand on examine ses nombreuses sympathies, la

réfolution profonde qu*il détermine dans Torganisme à Tépoque de son évolution et de son déclin, et les diiïérences capitales qu'il imprime aux deux iéxe^. Moins développée dans son enfance que l'homme, la femme, dont la puberté est plus précoce, parvient, vers l'Age de 12 ans, à l'atteindre; mais Téquilibre, momentané^ ment rétabli, disparaît ensuite de nouveau pour ne plus se reproduire. Le maximum, sotls le rapport du poids et de la stature, est i AO ans pour l'homme et à 50 ans pour la femme ; la médecine légale a tiré parti de ces enseignements (1).

(I) M. Qaetelet a dressé un tableau comptratif qui, donnant la tnoyenne de la taille et du poids aux différentes périodes de la vie, permet de découvrir l'âge d'un cadavre inconnu. L'importance de ces documents, en médecine légale, m'engage à le reproduire ici :

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