‹ Traité d'anatomie topographique, ou anatomie des régions du corps humain, considérée spécialement dans ses rapports avec la chirurgie, et la médecine opératoireChapitre 75 sur 102 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

DES MEMBRES

Les membres sont des appendices ou prolongements articulés du tronc ; ils existent dans la plupart des animaux j ne dépassant jamais le nombre de quatre dans les vertébrés ; ils sont beaucoup plus nombreux dans les invertébrés.

Les membres ont été distingués dans l’homme , en supérieurs et en inférieurs ; mais cette distinction ne convient qu’à lui seul : aussi depuis long-temps les anatomistes ont-ils proposé de les séparer les uns des autres, en les désignant d’après la partie du tronc de laquelle ils semblent émaner , par les expressions de thoraciques et abdominaux.

Les membres auraient pu être décrits chacun à Foccasion du thorax et de l’abdomen ; mais les séparer ainsi c’eût été méconnaître les analogies qui les rassemblent, et par suite s’interdire la possibilité d’établir des généralités sur les membres , seule méthode susceptible de simplifier les descriptions et de faire éviter les répétitions oiseuses.

Au reste, quelles que soient les idées que l’on adopte à cet égard, il est impossible de mécon-

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naître les analogies nombreuses qui rapprochent les membres , de même que les différences assez tranchées qui les séparent. Ce sont les premières dont nous allons profiter pour la description générale; les secondes feront le sujet des spécialités sur le même objet.

Les membres sont symétriquement disposés, de telle manière que ceux d’un côté., ressemblent complètement à ceux du côté opposé, à la seule différence près, d’un volume plus considérable de ceux du côté droit.

Les membres ont la forme de pyramides brisées'/ dont la base appuie sur le tronc, et dont la pointe est libre et divisée en cinq segments distincts . Ils sont remarquables dans notre espèce, par leur dégagement : ce qui contribue à leur donner de l’élégance et de la mobilité.

Leur direction varie singulièrement : pour les étudier, on les suppose placés perpendiculairement; leur longueur est à peu près semblable : ce qui tient à des circonstances variables qui seront seulement indiquées plus tard.

Chaque membre est formé de quatre grandes divisions principales , réunies par des jointures qui sont généralement renflées , et forment des régions importantes.

Structure. — 1° Eléments. — On trouve dans les membres : un squelette central, formé d’os longs, réunis par des articulations plus mobiles du côté du tronc que vers l’extrémité opposée; des muscles formant deux plans, lun superficiel, à fibres

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longues très contractiles , l’autre profond, adhérent aux os, et à fibres courtes jouissant d’une moindre étendue de contraction ; tous entourés d’une forte aponévrose presque inextensible, envoyant vers les os , dans les interstices musculaires , des cloisons fibreuses sur lesquelles s’insèrent les muscles, qui, de la sorte, se trouvent retenus dans de véritables gaines ; des artères émanant d’un seul tronc T, placé à la partie supérieure du membre , et liées par des anastomoses à celles du tronc ; des veines superficielles et profondes , se rendant vers le cœur par une branche unique , et toutes pourvues de valvules intérieures plus nombreuses dans les profondes, que dans les superficielles1 2 * * * * * * 9; des vaisseaux lymphatiques, également

1 Tous les animaux n’ont pas cette structure. M. Car-

lis! e a démontré que dans les loris et les paresseux , les

artères des membres , en y entrant , se divisent en une

fouie de minuscules , pour se recomposer ensuite en un

seul tronc. Cette singulière particularité de structure a-t-

elle pour but, en ralentissant le cours du sang dans les

membres, d’y ralentir aussi l’action musculaire? est-ce

aussi la cause de la démarche lente de ces animaux?

9 Cette opinion entièrement opposée à ce qui est admis par tous les auteurs, est l’expression d’un fait que j’ai constaté par un grand nombre de dissections et d’injections comparatives, des deux couches veineuses des membres. On peut s’en faire une bonne idée en jetant les yeux sur 1 1 ’ ~ Tî 1 1!'

veines super

jJCUL oei! 10.11 e Mlle uuinic 1UUC CU JCUOIC

les yeux sur la planche n° 11, sur laquelle, fig. iJe, les erficielles ont été dessinées distendues uar Pin-

ici jjioneiie ii ii, oui ia.|uuic? ng. 1 , ieS

.‘ficieiies ont été dessinées distendues par l’injecuun ut; même que les profondes, fig. 2eine. Les nodosités qui traduisent à l’extérieur les sinus valvulaires, sont bien plus communes dans les dernières. Voilà

un

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superficiels et; profonds , aboutissant à des ganglions lymphatiques plus nombreux en haut, et toujours placés au niveau des articles ; des nerfs entrelacés en plexus, à l’origine du membre* beaucoup de tissu cellulaire que l’on doit diviser en sous-cutané et en sous-aponévrotique : le premier, plus serré, contenant presque tout le tissu graisseux, le second, plus lâche et lamelleux, en contenant à peine et toujours dans des lieux d’élection ; enfin la peau, plus ou moins velue , et plus dense sur le dos du membre , que dans le sens de sa flexion .

fait que sans doute il suffit d’énoncer, et dont il n’est pas nécessaire de donner la raison * toutefois comme les auteurs ont cherché , théoriquement, à démontrer la nécessité de la prédominance des valvules, dans les veines superficielles des membres, il devient au moins curieux de faire cadrer la théorie avec les résultats contraires que m’a fournis l’expérience. De nombreuses valvules étaient nécessaires dans les veines profondes, parce que celles-ci ont des parois très faibles, parce que pressées par les muscles dans les interstices desquels elles sont placées, leurs parois avaient à vaincre, dans la circulation, des frottements considérables * et peut-être aussi , parce que voisines des artères, dans lesquelle le sang circule de haut en bas, et qui nécessairement leur impriment une secousse dans cette direction , elle devaient posséder en elles-mêmes, une force capable de détruire cet obstacle à leur circulation. Au contraire, les veines superficielles qui sont dans des circonstances inverses , avaient moins besoin de ces soupapes mobiles, qui facilitent le cours du sang veineux, en brisant les colonnes qu’il forme, et par suite, en laissant peser un poids moins considérable sur la partie inférieure du tube des veines , et sur leur sv s tè m e cap i ! i a i re .

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!2° Rapports. — Ces différents éléments sont partout disposés dans Tordre suivant : la peau * une couche cellulo-graisseuse renfermant tous les vaisseaux et nerfs cutanés,, surtout des veines et des lymphatiques considérables; l’aponévrose d’enveloppe inextensible ; les muscles superficiels , puis les profonds, presque tous contenus dan,s une gaine spéciale, et renfermant dans leurs interstices les gros troncs vasculaires et nerveux ; enfin les os qui occupent les parties profondes.

Développement. • — Chez le très jeune embryon, les membres ne sont pas apparents sur les côtés de la masse ovoïde qui le représente; mais bientôt on en voit végéter en quelque sorte de petits bourgeons, Ce sont les membres rudimentaires; leur forme est d’abord peu distincte : elle s’établit bientôt, à mesure qu’ils s’accroissent en longueur. La première partie distincte des membres n’est pas, comme on incline d’abord à le croire, leur base ou partie supérieure, mais bien la pointe {la main ou le pied ); après elle on aperçoit la section immédiatement plus élevée, et ainsi de suite , de telle sorte que la section adhérente du membre est la dernière apparente ; il est évident ici qu’il ne s’agit que du développement de la forme qui traduit les membres à l’extérieur , car on arriverait à une conclusion inverse , si l’on examinait le développement des membres sous le rapport de la structure. Les cinq segments qui terminent chaque membre dans l’homme, ne sont d’abord pas distincts ; ils sont confondus ou réunis par une membrane, comme

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on le voit à l’état adulte , chez certains animaux >

les oiseaux palmipèdes en particulier.

Variétés. — Pendant le premier âge de la vie , les membres sont remarquables par la forme arrondie que leur communique la graisse sous-cutanée très abondante , et par leurs renflem eus au niveau des articles ; chez l’adulte, une disposition inverse de la sécrétion graisseuse , laisse apercevoir les saillies musculaires ; chez le vieillard, la graisse disparaît en grande partie dans les membres, ils restent grêles, et les saillies osseuses se prononcent.

Chez la femme , l’état enfa utile persiste ; la graisse sous-cutanée donne aux membres beaucoup de volume, en même temps qu’elle contribue à leur grâce , en voilant la rudesse des saillies osseuses et musculaires.

Lorsquel’ évolution ne se fait pas régulièrement, les membres peuvent manquer, ou être tout-à-fait rudimentaires, suivant ce qui a été dit en parlant du développement, qui peut s’arrêter à une époque variable.

Usages. — La nature a construit admirablement les membres pour un double but , la solidité et la mobilité , qui pourtant sont toujours en raison inversel’une de l’autre ; tantôtl’une, tantôt l’autre prédominant. C’est à l’union des deux premières sections que se trouve le plus de mobilité ; la section libre est , au contraire , remarquable par sa solidité.

Déductions pathologiques et opératoires . — Une foule de conséquences générales fort utiles , peuvent être déduites des faits précédents. N’est-ce pas, en effet , le double plan musculaire des membres qui a conduit J. -Louis Petit et C liés chien à donner

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îe précepte d’inciser en deux temps les muscles, dans les amputations circulaires des membres , afin d'obtenir un moignon représentant un cône creux? N’est-ce pas l’inextensibilité de l’aponévrose d’enveloppe qui rend si graves les inflammations profondes des membres, tandis que les superficielles sont si bénignes? Ne sont-ce point ces mêmes données anatomiques, qui portent à débrider largement , pour faire cesser l’étranglement qu’exerce passivement sur les parties profondes cette lame inextensible ? N’est-ce pas parce que toutes les artères d’un membre émanent d’un tronc unique, que l’on comprime celui-ci dans les opérations, qu’on le lie pour arrêter une hémorrhagie plus inférieure, oupour borner les progrès d’un anévrysme? et qu’enfin, après cette ligature, on voit quelquefois la gangrène survenir au-dessous, quoique, bien plus souvent , les communications collatérales avec les artères du tronc suffisent pour entretenir la vie dans les parties? Une disposition semblable dans le système veineux des membres , n’a-t-elle pas suffi pour montrer que la ligature , la compression , ou l’oblitération par des caillots delà veine unique d’un membre, détermine des infiltrations, des abcès? N’est-ce pas enfin à cause de la trop grande mobilité naturelle de certains points des membres , que les luxations y surviennent si facilement et les fractures plus rarement, les os fuyant réellement devant, les causes fracturantes ; tandis que là où la solidité est acquise aux dépens de la mobilité , on observe des phénomènes inverses ?

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