DE LA JOUE
Lorsque les impressions reçues, sont: léj<^ères et fiif^aces, elles ne laissent sur la joue aucune trace; tlans les cas contraires, elles la sillonnent profondément et d’une manière durable ; de là deux caractères , auxquels le moraliste et le médecin peuvent de suite reconnaître la douceur ou l’impétuosité des passions. Chez le jeune enfant , la joue tour à tour et presque dans le même instant, humide de pleurs et embellie par le sourire , conserve, dans l’état de santé, cette rondeur gracieuse qui caractérise cet âge heureux. Chez l’adulte , au conl.raire , la joue a toujours des traits plus ou moins prononcés; cette disposition se prononce bien plus encore dans la vieillesse, parce que cet âge est soucieux et chagrin ; toutefois chez le vieillard , il ne faut pas confondre avec les traits des passions , les rides, qui résultent du rapprochement des mâchoires, comme il a été dit plus haut. Les joues, selon fjavaler, font le sentiment de la physionomie, il suffit, en effet, pour acquérir la preuve de cette vérité , d’examiner comparativement l’homme que déshonore la plus basse jalousie, et celui rlont le cœur sensible et généreux est toujours ouvert à l’amitié et aux affections nobles. Le coloris delà joue I éprouve aussi , dans les passions , de nombreuses 1 variations, dont il importe de déterminer la source I physiologique. Tantôt, comme dans la peur ou l’eni vie, la joue est pâle et décolorée. Tantôt, comme ; dans l’amour et la colère, elle est d’un rouge insolite. ^ Ces états si différents, sont le résultat de l’action. < immédiate, et non douteuse des passions, sur le
• ANA'I'OMIE '1'0I>0(;RA(>M ique.
sysi.ciiie cii'ciil.'îl-oire , cl. sur celui de; la resjdralioii, systèmes (jiii s’inllueiicerit récipi'oquement à un point tel , rpie toujours ils sont simiiltanément excités, tantotl’un, tantôt l’antre, immédiatement. Les chan(^cments de la joue qui ont pour but l’expression, comme les mouvements respiratoires, sont particulièrement .sous l’influence du nerf facial ; les enfants et les femmes, chez lesquels le système nerveux en général est plus impressionable , sont aussi les personnes qui le plus souvent présentent au plus haut dégré , ces modifications plus ou moins passagères des joues.
Déductions patliologiques et opératoires. — Dans les maladies, les joues éprouvent des modifications profondes , dont le médecin doit soigneusement tenir compte , mais qu’il observerait difficilement et en aveugle , s’il n’avait continuellement présentes à l’esprit , les notions précédentes , sur l’état sain de cette région. Ce sont ces modifications qui constituent l’expression faciale morbide , dont la meilleure description ne reproduit qu’incomplètement tous les traits, et qui doit être étudiée au lit du malade^ cette étude, comme l’ont reconnu tous les bons médecins, et sur laquelle M. Jadelot insiste avec tant de raison , peut fournir des signes, si non tout-à-fait certains.
du moins très avantageux, des maladies intérieures; et , disons-le hautement , ceux qui négligent ou ; même cherchent à ridiculiser ce mode d’investiga- ^ tion, prouvent seulement une chose, qu’ils étudient !
la palhologie , sans avoir des connaissam'es conve-
DK l.A JOUE.
iiables (le ]>liysiolop,ic el. craiiatomic , basc^s invariables (le la première.
Les sLimiilatioiis des appareils digestif^ et respiratoires , comme on Fa vu , même dans Fétat sain , se iraduisent sur la joue par des expressions particulières; plus fortes dans Fétat morbide, ne doivent-elles pas déterminer une expression analogue, mais forcée ? Le grippement de la face , et de la joue en particulier, dans les affections abdominales, la coloration si vive de la pommette, dans les affections thoracicpies, etc. , viennent tous les jours résoudre affirmativement- la (juestion. Ajoutons, d’après ce qui a été dit, que la prosopose morbide , chez l’enfant très jeune, qui ne peut rendre compte de .ses souffrances, est d’une haute utilité , et souvent le seul guide du médecin ; heureusement aussi ,
' la joue , à cet âge , n’a pas encore été altérée par les passions, de sorte que ses modifications morbides, sont la rejirésentation exacte de l’état de souffrance des organes intérieurs; chez l’adulte et le vieillard , les conditions de Fétat sain , tout-à-fait changées , rendent la prosopose morbide et plus difficile à observer et moins importante, sans que l’on puisse nier toutefois, qu’elle soit susceptible d’être encore, dans beaucoup de cas, d’un grand secours pour le médecin instruit. Les plaies des joues peuvent; être
compliquées d’iu'imorrhagies, l’artère faciale surtout,^ peut fournir beaucoup de sang; cet accident est peu grave, parce que la ligature des vaisseaux de la joue est très Ibcile. Au reste, les artères de cette région, sont si nombreuses et y abordent par un si grand
anatomie topo(;rapiiique.
nombre (lo points , que les plaies y fournissent du sari(rpar tonte leur circonlerenc^. Lorsque rinstrument vulnéraiit a porté en arrière, sur la portion massétérine, il peut avoir intéressé en haut, le canal deStenon; la lésion de celui-ci au-devant du masséter, est plus difficile, parcequ’il prend dans ce lieu une position de plus en plus profonde. Cependant remarquons que dans le premier point, placé sous le rebord saiflant de la pommette et de l’arcade zygomatique, ce canal a souvent été protégé par elle. Un gendarme que j’ai soigné, m’offrit de ce fait un exemple remarquable: il avait reçu, dans un duel, un coup de sabre, qui avait produit une plaie verticale j pénétrant en haut^ sur l’os malaire , et en bas , dans le muscle masséter, dont on reconnaissait le tissu; cependant, le conduit salivaire avait été seulement refmdé , et la cicatrisation se fit promptement, sans fistule. Les blessés néanmoins sont souvent moins heureux , la plaie alors est plus grave et se terminerait par une fistule salivaire, si l’art ne venait au secours du malade. M. Percy ^ regarde comme rare ce fâcheux résultat, se fondant sur le grand nombre des plaies des joues que l’on voit tous les jours guérir complétemeni . M. Boyer est d’un avis opposé , auquel on doit, je crois , se rendre d’autant plus facilement, que le fait qui a été cité, et la disposition anatomique du canal tle Stenon , peu vent permettre de soutenir, que dans les nombreuses plaies guéries sans fistules , suivant
* Biilit-tiu de la Faculté de ine'dccine , i8i i , 3.
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la remarque deM. Percy , il n’y avait; pas lésion du conduit excréteur. Les fistules, résultat de ces plaies, 2)cuveut être externes ou internes : les preniières seules sont à craindre ; les secondes n’ont aucun inconvénient: aussi fournissent-elles au chirurg;ien une ressource pour prévenir ou guérir les autres. Une plaie intéresse -t-elle toute la joue? on maintient ses lèvres écartées en dedans , pendant qu’on les réunit en dehors. La jdaie , au contraire , ou la fistule sont-elles seulement extérieures, on établit , avec le bistouri , une ouverture du coté de la bouche, et l’on se conduit comme dans le premier cas, pour la dilatation interne et la réunion cutanée *. Louis et Morand ont j^rojDOsé de faire le cathétérisme du conduit de Stenon, pour le dilater dans quelques casj cette opération est rendue difficile, par la direction oblique del’extrémité buccale de ce conduit, et parle coude qu’il forme au-devant du masséterj 2)our éluder ces obstacles, on doit, suivant le conseil de Louis, soulever la joue et l’attirer en avant, avec les doigts introduits dans la bouche. Chez les enfants , M . Boyer fait remarquer, que l’on voit quelquefois le peloton graisseux suj;)erficiel delà joue faire hernie
* Devoi et Dupliœnix pratiquaient une seule ouverture interne, ils étaient obliges détenir un fil dans la partie externe de la plaie, pour soutenir le corps dilatant en dedans. M. Dejjuise a modifié heureusement cette méthode , en proposant de faire deux ouvertures internes, par lesquelles les deux extrémités du corps dilatant, j3euventêtre amenées dans la bouche, de manière à fixer celui-ci sans le secours d’un fil extérieur.
f*ntre les lèvres des plaies. Des agents contondants, peuvent produire des fractures du scpielette de cette région , s’introduire dans le sinus maxillaire après avoir percé ses parois, y séjourner, et donner naissance à des accidents. Les fractures de la mâchoire supérieure ne sont pas très graves par elles-mêmes , parce que leur production est presque toujours accompagnée d’un ébranlement plus ou moins fort de la masse "cérébrale j les fractures de la mâchoire inférieure sont plus bénignes 3 lorsqu’elles sont obliques , le plus souvent la solution de continuité est dirigée en bas et en arrière, ce qui facilite l’abaissement du fragment antérieur , par les muscles de la région sus-hyoïdienne. La fracture peut avoir lieu , au milieu du corps de l’os , près de l’angle dans le lieu d’insertion des muscles masséter et ptérygoïdien interne, ou enfin au col du condyle. Dans le premier cas , en même temps que le fragment mentonnier, subit le déplacement précédemment indiqué , le postérieur reste appuyé contre la mâchoire supérieure , retenu par les muscles masséter et ptérygoïdien interne j ces deux muscles, dans le second cas, s’opposent à tout déplacement, parce que, tenant aux deux fragments, ils les sollicitent également et dans la même direction j enfin , dans le troisième , le seul fragment supérieur se déplace en se portant en avant, et obéissant à l’action du muscle ptérygoïdien externe. La déchirure du nerf dentaire, dans les fractures de la mâchoire , compliquées d’un grand déplacement , a produit quelquefois le tétanos, ou la paralysie du
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menton. La communauté nerveuse et vasculaira (le la joue et des gencives , surtout leurs rapports immédiats, mettent ces deux régions dans une mutuelle dépendance, relativement aux maladies : la joue, en effet est-elle frappée par un air trop froid ? elle setuméfie d’abord, puissecondairementles dents deviennent douloureuses j celles-ci au contraire^ sont-elles primitivement affectées? la joue devient souvent le siège d’un phlegmon qui porte le nom de fluxion, et qui peut affecter toutes les terminaisons de cette maladie; lorsque la carie est la cause des douleurs dentaires, et consécutivement de la fluxion , celle-ci se termine souvent par un abcès et aussi par une fistule, que l’on doit bien distinguer des salivaires, qui nous ont occupé ; des douleurs atroces se propagent quelquefois dans la joue, suivant diverses directions ; tantôt elles émanent d’un point voisin de la paupière inférieure, descendent vers le nez et les lèvres, c’est la névralgie sous-orhitaive • tantôt elles commencent au menton et remontent vers \di '^o\x^, névralgie nientoniere; dans d’autres circonstances, les élancements douloureux retentissent de la région parotidienne à la joue, suivant des directions transversales et légèrement obliques, c’est alors la névralgie faciale. Ces affections que l’on confond sous le nom de tic douloureux de la face, sont sur -aiguës ou tout- à -fait chroniques; elles peuvent être plus ou moins intermittentes; celle du nerf facial, plus commune que les autres, produit habituellement, pendant les accès, la rougeur de la joue correspondante, rougeur
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qui contraste avec ia pâleur de la joue du coté opposé; ce phénomène est en rapport avec ce qui a été dit, de l’influence du nerf malade, sur la coloration de la pommette. La section et meme l’ablation d’un segment des nerfs affectés, ont été tentées,, dans ces cas , par beaucovip de chirurgiens du plus haut mérite, et par M. Roux en particulier; mais toujours avec un succès seulement passager ; ce professeur a fait, successivement sur le même individu, la section des nerfs sous-orbitaire, mentonnier et facial , poursuivant ainsi avec opiniâtreté , une névralgie qui fuyait de devant son instrument, et qui finit par se placer hors de toute atteinte, en fixant son siège sur les ramifications du nerf buccal du maxillaire inférieur * ; à la suite de ces névralgies, la paralysie des muscles survient quelquefois. Je connais une personne qui est dans ce cas, chez elle le nerf facial est seul
’ C’est dans la région parotidienne, et non dans celle de la joue, que le nerf facial doit être attaqué, lorsqu’il est affecté denévralgie, conduite prescrite par des raisons anatomiques, qui seront déduites plus tard. L’incision que l’on devrait faire pour la section du nerf sous-orbitaire, comprendrait nécessairement : la peau, une couche cellulaire, le muscle orbiculaire des paupières , et l’élévateur propre de la lèvre supérieure. L’incision destinée à mettre à découvert dans le même but le nerf mentonnier, pourrait être faite du côté de la muqueuse , et n’intéresserait qu’elle seule; faite en dehors, elle porterait au contraire, sur la peau, lés muscles triangulaire et carré ; l’artère labiale inférieure, pourrait aussi être atteinte, comme 1 attestent les rapports indiqués.