‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 100 sur 133 · INFLUENCE DE L'ANESTHÉSIE SUR L' ISSUE DES OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L'ANESTHÉSIE SUR L' ISSUE DES OPÉRATIONS

nissent sont-elles absolument vraies? Les 618 opérations qui figurent dans la statistique de M. Simpson (tableau n° 4) comprennent une période de 7 années; les 302 amputations qui leur sont opposées appartiennent à une seule, puisque l'usage de l'éther n'a commencé à se répandre en Angleterre que dans les premiers mois de l'année 1847, et que le travail qui nous occupe a été publié dans le Monthly Journal SiU mois d'avril 1848. La moyenne fournie par une période de sept années est-elle comparable, sans crainte d'erreur, à celle qui résulte d'une seule pendant laquelle aura pu se présenter une de ces séries heureuses aussi fréquentes qu'inexpliquées dans l'exercice de la chirurgie? Ajoutons enfin qu'il n'est pas indifférent de comparer entre elles des moyennes mortuaires fournies par un nombre d'opérations égal de part et d'autre, ou bien par des nombres aussi différents que le sont 618 (total des opérations pratiquées avant l'éthérisation) et 302 (total des opérations pratiquées avec l'éthérisation).

Après avoir réuni les résultats de trois amputations différentes, M. Simpson a fait, en outre, un travail spécial, relatif à l'amputation de la cuisse pour laquelle existent les séries de faits les plus nombreuses. Il démontre que la moyenne générale de la mortalité n'était guère inférieure à 50 pour 100, en d'autres termes qu'il mourait environ 1 opéré sur 2. En effet, dans les hôpitaux de Paris, sur 201 amputations de cuisse, M. Malgaigne (tableau n° 3) a trouvé 126 morts; à Glascow, sur 127, M. Lawrie (tableau n° 2), 46 morts, et dans les hôpitaux anglais, sur 284, M. Simpson (tableau n" 4), 107 morts. Ajoutons encore qu'à l'infirmerie d'Édimbourg,sur 43 opérations, il y a eu, d'après M. Peacock, 21 morts. Les 145 amputés, sous l'influence de l'éther, au contraire (tableau n" 5), n'ont donné que 37 décès. Ce qui revient à dire que l'amputation de cuisse sans l'anesthésie est mortelle chez la moitié, ou, si l'on veut, pour forcer les termes, chez le tiers des opérés, tandis qu'avec l'éther, la mortalité est réduite au quart. Le tableau suivant met en opposition ces résultats d'une façon plus saisissante.

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Tableau comparatif de la mortalité des amputations de la cuisse sans éthérisation et avec éthérisation.

OPÉRÉS

PROPORTION

MORTS

sur 1 uu.

Hôpitaux de Paris. — Malgaigne. . .

62 sur 100

Hôpital d'Édimbourg. — Peacock. .

49 sur 100

Collection générale. — Phillips. . . .

44 sur 100

Hôpital de Glascow. — Lawrie. . .

36 sur 100

Hôpital anglais. — Simpson

38 sur 100

Amputés sous l'influence de l'élher.

25 sur 10 0

Nous tenions beaucoup à reproduire ce dernier document, pour montrer combien il faut se défier des résultats fournis par une statistique établiesur une base insuffisante. La mortalité àia suite des amputations de cuisse faites sous l'influence de l'étber n'a été en Angleterre, pendant environ une année, que de 25 pour 100, tandis qu'elle avait été auparavant, et dans les mêmes hôpitaux, de 38 pour 100,11 existerait donc, pour l'amputation de cuisse en particulier, une différence de 13 pour 100 en faveur de l'éthérisation , tandis qu'elle n'est que de 6, si l'on prend pour base les résultats réunis des amputations de cuisse, de jambe et de bras. Comment expliquer cette différence considérable? 11 ne viendra à l'esprit de personne d'admettre une sorte d'immunité en faveur des amputations de cuisse : il faut donc qu'il existe une cause d'erreur dans le point de départ, et cette cause, nous n'en doutons pas, provient de ce que la statistique des opérés sous l'influence de l'anesthésie ne comprend qu'une seule année. Quoi qu'il en soit, et malgré ces imperfections , qui n'avaient point échappé à l'esprit sagace et rigoureux de l'auteur, le travail de M, Simpson permet de croire à l'influence favorable exercée par l'éther sur l'issue définitive des opérations.

Roux (1) a relevé les résultats des grandes opérations pra-

(1 ) Bullelin de l'Académie do médecine, t. XIV, p. 428.

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liquées clans son service î\ l'Hôlcl-Dieu pendant les deux dernières années qui ont précédé l'inauguration de la méthode anesthésique et les deux premières qui l'ont suivie; voici quels sont les chilTres auxquels il est arrivé, sans distinction par espèces d'opérations :

Annccs,

0]iéies.

Jlorts.

Piopoilion sur 100.

Presque 33 sur 100

30 sur 100

25 sur 100

26 sur 100

Comme Roux le fait remarquer, le chiffre de la mortalité, qui était environ d'un tiers avant que l'on employât l'éther, est descendu au quart, quand on a fait usage des inhalations; par conséquent, l'influence heureuse de l'aneslhésie chirurgicale se traduirait par une augmentation approximative de 7 pour 100 dans le chiffre des guérison.s.

M. Bouisson (1) a fait aussi connaître les résultats des premières opérations qu'il avait exécutées avec l'aide des agents anesthésiques ; il serait difficile de ne pas en être frappé, tant ils sont remarquables. Pour ne point sortir du cadre des grandes opérations, nous nous contenterons de mentionner que 13 amputations de bras, d'avant-bras, de cuisse, de jambe ou de pied, ont donné 12 guérisons.

Si l'on s'en rapporte à une statistique de M. Burguiére, citée par M. Debout, la mortalité consécutive aux amputations est de 2 sur 5 depuis que l'on fait usage des inhalations, tandis qu'elle était auparavant de 3 sur 5 (2).

La plupart des documents qui précèdent, proviennent d'opérations pratiquées avec l'éther. Quelques essais moins importants ont été tentés depuis en Amérique et en Angleterre pour ce qui concerne le chloroforme ; chose surprenante, mais qui aurait besoin de confirmation , ils conduisent à attribuer au chloroforme une influence plutôt défavorable que favorable sur la marche et l'issue des opérations.

(1) Bouisson, ouvr. cilé, p. /i27.

(2) Bulletin do la Soci 'ld de chirurgie, (. IV, p. 102.

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On trouve, dans un journal de médecine américain (1), les résultats suivants des amputations pratiquées avec et sans chloroforme dans les hôpitaux de Boston, de New-York et de Philadelphie.

AMPUTATIONS PRATIQUÉES SOUS L'INFLUENCE ANESTHÉSIQUE. Amputations pour lésions tranmatiques .

Boston.

New-York.

Philadelphia.

Guérisons. .

Morts . . .

Total. . .

Moyenne delà mortalité, 42 pour 100, ou 1 sur 2,38.

Ampulalions pour affections chroniques.

Boston.

New-Yoïk.

Pliiladelpliic,

To'.al.

Guérisons. .

Morts. . . .

Total. . .

Moyenne de la mortalité, 20 pour 1 00, ou 1 sur S.

AMPUTATIONS PRATIQUÉES SANS LE CONCOURS DES ANESTHÉSIQUES. Amputations pour lésions iraumatiques.

Boston.

New-York.

Philailelpliie.

Total.

Guérisons. .

Morts. . . .

Total. . .

Moyenne delà mortalité, 29 pour 100, ou 1 sur 3,44.

Amputations pour affections chroniques.

Boston.

New-York.

Philndelpliie.

Total.

Guérisons. .

Morts. . . .

Total. . .

Moyenne de la mortalité, 14 fiour 100, ou 1 sur 6,75.

(1) American Journal of lha médical science, 1852, p. i48, traduit dans les .Archives générales de médecine, série, t. XXIX, p. 351.

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Celle slalislique ne nous inspire aucune confiance; elle embrasse un trop pelit nombre de faits. On ne comprend pas pourquoi surtout la pratique de Philadelphie figure dans le deuxième tableau avec le chiffre- le plus imposant, quand elle n'est représentée dans le premier que par une série de zéros. Évidemment, dans ces conditions, il serait mieux de n'en pas tenir compte. La suppression de celte cause d'erreur suffit pour élever de 29 à 37 pour 100 la proportion des insuccès à la suite des amputations pour lésions traumaliques, pratiquées sans chloroforme. D'ailleurs, quelles conclusions tirer d'un travail dans lequel sont additionnées, comme des unités de même ordre, des opérations assez dissemblables pour que la moyenne de la morlaUté qu'elles entraînent soit représentée par 21 pour 100 à Boston, tandis qu'elle s'élève à 32 pour 100 à New-York?

M. le docteur Porter (1), d'après les faits" qu'il a observés pendant la guerre du Mexique, est aussi disposé à attribuer aux anesthésiques une influence fâcheuse sur les plaies et l'état des amputés. Enfin, la même opinion paraît ressortir d'un certain nombre de faits rassemblés par M. Arnolt (2). En relevant un nombre de 530 opérations pratiquées sans le secours de l'anesthésie, il a trouvé 135 morts, c'est-à-dire une mortahté de 25 pour 100 ; au contraire 389 amputations, faites pendant le sommeil du chloroforme, ont donné H 7 morts, c'est-à-dire une mortahté de 30 pour 100, et conséquemment une différence de 5 pour 100 en faveur de l'abstention. On sait déjà que cet auteur, inspiré sans doute par ce résultat inattendu, accuse le chloroforme de favoriser la pyohémie. Vers la même époque une discussion assez vive, qui s'éleva sur le même sujet entre MM. Arnott, Sharp et Holmes (3), provoqua quelques éclaircissements qui sont au contraire favorables à la cause du chloroforme. La même pré-

(1) American Journal of Ihe médical science, 1852.

(2) Médical Times and Gazelle, 1857, 2" trimestre.

(3) Ibid., 1857, l" trimestre.

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somption découle d'une noie statistique publiée récemment par M. U. Trélat. En comparant les résultats fournis par les hôpitaux de Paris pendant ces dix dernières années environ, avec les résultats relevés par M. Malgaigne, pour la période de '1836 à 18A1, et que nous avons publiés plus haut, il a trouvé que la moyenne de mortalité s'était abaissée de près d'un cinquième pour les amputations réunies de cuisse, de jambe, et de bras (1). Sans que la chose soit incontestable, tout conduit à accorder à l'anesthésie une part dans cette amélioration. Enfin, M. Samuel Fenwick (de New-Castle) a dressé aussi quelques tableaux statistiques pour élucider cette question controversée. Leur dernier mot fut que la mortaUté n'avait pas été modifiée par l'usage du chloroforme (2). Que conclure d'opinions si divergentes ! Ces travaux , contradictoires dans leurs résultats, bien que s'appliquant au même objet et basés sur le même procédé scientifique, témoignent une fois de plus du peu de confiance que doivent inspirer les statistiques partielles, incomplètes et gouvernées par quelques influences passagères. Une seule échappe autant que possible à ces causes d'erreur , c'est celle de M. Simpson; aussi nous paraît-elle mériter une sérieuse attention : si elle ne permet pas de juger définitivement l'influence des anesthésiques sur l'état des opérés et les résultats des opérations, elle autorise à croire qu'elle est favorable, et que le seul bienfait de l'éthérisalion n'est pas d'avoir aboli la douleur et ajouté de la sécurité à l'acte chirurgical.

(1) u. Trélat, Noie sur les résultais slalisliques des grandes amputalions dans les hôpitaux de Paris {Bullclin de V Académie de médecine, t. XXVH, p. 591).

(2) Médical Times, 1857, 2° trimestre.

tliO APPLICATIONS DE l'ANESTHÉSIE AUX OPÉRATIONS SPÉCIALES.

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