I-REMIÈRES EXPÉRIENCES AVEC LÉTIIER
11 n"y oui aucune manifestai ion de douleur, mais seulement quelques murmures attribués par la malade aux effets d'un mauvais rêve.
Le problème de l'anesthésie cbirurgicale était définitivement résolu.
Toutefois la préparation de Morton n'était encore qu'un arcane. Les chirurgiens de l'hôpital, MM. Warren et Hayward, d'un commun accord, ne crurent pas devoir continuer à faire usage d'un agent dont ils ignoraient la nature. Communication fut faite à Morlon de celle détermination. A grand'peine il se décida à révéler son secret, dans une lettre adressée à M. Warren, au j)ersonnel médical de l'hôpital de Massachusetts.
A partir de ce moment, les expériences de Morton furent continuées librement à l'hôpital et ailleurs.
Le 7 novembre, une résection partielle de la mâchoire inférieure fut pratiquée par M. Warren sur un malade dont les douleurs furent remarquablement allégées. Le même jour, une amputation de cuisse fut pratiquée par M. Hayward. Dans ce cas, la respiration de la vapeur éthérée réussit complètement à empêcher la douleur de l'opération, et le malade déclara qu'il ignorait si on lui avait fait quelque chose (1).
Morton, dès le premier jour, n'avait vu dans le pouvoir assuré d'anéantir la douleur qu'une bonne affaire à poursuivre ; aussi son premier soin fut-il de monopoliser à son profit les bienfaits de l'éthérisation.
Il rencontra dans Boston une nature bien capable de seconder ses vues, M. II. Eddy, dont il ne tarda pas, d'après plusieurs témoignages (2), à faire un associé. Celui-ci con-
(1) Les détails relalifs à ces premières opérations pratiquées sous l'innuence do l'clher sont extraits d'un article public par M. Warren dans le noslon médical and chirurgical Journal, cl qui a pour titre : nOrigin of inhalation of elhcrcal vapeur for ihe prévention of pain in surgical opérations. »
(2) A/pdaviia de don Pedro Welson et de John Hunt {Défense de Jackmi. Mém. ci/., p. 76 et SI).
58 CRÉATION DE LA MÉTHODE AiNESTIIÉSIQUE,
seilla à Morton de prendre une patente, mais d'y faire figurer à côté du nom peu connu de Morton celui de Jackson. Luimême se chargea d'en parler à ce dernier. » Il le trouva, ditil, imbu d'anciens et vains préjugés contre les brevets, et il s'efforça de les combattre. » Connaissant les scrupules qui retenaient Jackson, l'habile homme d'affaires le pressa de renoncer à ses objections, et de conclure une association avec le docteur Morton, en lui assurant que les statuts de la société médicale de Massachusetts ne s'y opposaient pas, mais surtout en lui laissant entrevoir qu'en abandonnant à Morton la propriété de la patente , il perdrait tout droit à une découverte dont Morton seul serait réputé l'auteur. Jackson, peu sensible k l'appât du gain, ne put résister à la crainte d'être dépossédé de ses droits d'inventeur, et le mardi matin 27 octobre, une patente fut demandée aux noms collectifs de Jackson et de Morton, avec la clause spéciale qu'un bénéfice de 10 pour 100 serait prélevé en faveur de Jackson sur la vente des licences. S'il faut en croire le Médical .Times, ce brevet vient d'être- renouvelé en. faveur de Morton, à l'exclusion des droits de Jackson, par le comité des patentes, donnant pour motif de cette détermination, la pauvreté de Morton, qui avait fait de grands sacrifices pécuniaires pour sa découverte (1).
Rendons justice au désintéressement de Jackson. Morton, ayant adressé à son associé un bon représentatif de la part du bénéfice qui lui revenait, celui-ci le déchira, comme il refusa plus lard les sommes d'argent provenant de la même source et déposées pour lui chez Eddy.
Peu de jours après, Jackson, dans la pensée sans doute de sauvegarder des droits auxquels il venait de faire un si pénible sacrifice, adressa de Boston , à la date du 1 3 novembre 18Zi6, à l'Académie des sciences de Paris, un paquet cacheté, qui fut ouvert le 18 janvier 18/i7, à la requête de
(1) Traduit dans la Gazelle médicale do Paris, 1861, p. 4 21.
PREMIÈRES EXPÉRIENCES AVEC l'ÉTHER. 59
M. Élie de Beaumont. Il contenait, dans les termes suivants, l'exposé de la découverte américaine :
« Je vous demande la permission de communiquer, par yotre intermédiaire, à l'Académie des sciences, une découverte que j'ai feite et que je crois importante pour le soulagement ile l'humanité souffrante, et d'une grande valeur pour l'art chirurgical.
» Il y a cinq ou six ans, je reconnus l'état particulier d'insensibilité dans lequel le système nerveux est plongé par l'inhalation de la vapeur d'éther sulfurique pur que je respirai en grande abondance, d'abord par forme d'expérience, et plus tard dans un moment où j'avais un rhume très fort causé par l'inhalation du chlore. J'ai tiré dernièrement un parti utile de ce fait en déterminant un dentiste de cette ville à administrer la vapeur d'éther aux personnes auxquelles il devait arracher des dents. On observa que ces personnes n'éprouvèrent aucune douleur dans l'opération, et qu'il ne résulta aucun inconvénient de l'administration de la vapeur d'éther.
s Je priai ensuite ce dentiste d'aller à l'hôpital général de Massachusetts, et d'administrer la vapeur d'éther à un malade auquel on allait faire subir une opération chirurgicale douloureuse. Le résultat fut que le malade n'éprouva pas la moindre douleur et alla bien ensuite. Une opération à la mâchoire, l'amputation de la jambe et la dissection d'une tumeur ont été faites sur différents malades avecile même succès, et toujours sans douleur. Les malades ont eu des convalescences remarquablement faciles et sans secousse nerveuse.
)> Je désirerais que l'Académie des sciences voulût bien nommer une commission chargée de faire les expériences nécessaires pour constater l'exactitude des assertions que je vous adresse sur les effets merveilleux de l'inhalation de la vapeur d'éther,
» On peut respirer très commodément cette vapeur en plongeant une grande éponge dans l'éther, la plaçant dans un tube conique court ou dans un entonnoir, et aspirant l'air
60 CRÉATION DE LA MIÏTIIODE ANESTIIÉSIQUE.
atmosphérique, dans les poumons à travers l'éponge saturée d'élher. L'air peut ensuite être rejeté par les narines, ou bien on peut mettre des soupapes au tube et à l'entonnoir, de manière que l'haleine ne sorte pas à travers l'éponge, où elle aiïaiblirait l'éther par la vapeur d'eau qu'elle renferme.
)i Au bout de quelques minutes, le malade tombe dans un état de sommeil très particulier, et peut être soumis à toutes les opérations chirurgicales sans éprouver aucune douleur; son pouls devient un peu plus rapide, et ses yeux brillent comme par l'effet d'un état particulier d'excitation. En se remettant au bout de quelques minutes, il vous dira qu'il a dormi ou qu'il a rêvé.
» Si l'éther est faible, il ne produira pas l'effet qui lui est propre. Le malade sera seulement enivré et éprouvera ensuite un mal de tête sourd. On ne doit, par conséquent, faire usage que de l'éther le plus fortement rectifié.
» Si un dentiste arrache les dents le soir, il serait à propos d'avoir une lampe de sûreté de Davy pour y placer la lumière, afin d'éviter le danger des explosions causées par la vapeur d'éther, qui s'enflammerait si une flamme nue était approchée de la bouche.
» Pour l'administration de la vapeur d'éther, il est important d'en avoir un grand volume, de manière qu'elle puisse être respirée librement et produire promplement son effet, parce qu'on évite ainsi toute sensation désagréable ; mais il n'y a aucun danger à craindre d'une inhalation prolongée de la vapeur d'éther, pourvu que l'air atmosphérique soit lui-même admis convenablement. Dans les opérations prolongées, on pourrait appliquer la vapeur d'éther plusieurs fois, à des intervalles convenables, de manière à tenir le malade endormi (l). »
En asservissant l'idée la plus philanthropique des temps modernes et la soumettant au comptoir d'une indigne exploitation
(I) Comptes rcndiii de i Académie des sciences, t. XXIV, p. 7 1.
1>RKM1ÈR1':S EXPÉRIENCES AVEC l'ÉTHEH. (31
commcrcialo, Morlon reslaiL dans la légalilc; il ne se rcndail justiciable que de la postérité. Ses tentalives ne s'arrclèrenl pas là. Dès le mois de février 18 /i 7, il entreprit de ravir à Jackson l'honneur de sa découverte. Un procès ne larda pas à éclater entre les deux associés. Morton écrivit un volumineux mémoire, accompagné de pièces justificatives , et adressé à l'Académie des sciences de Paris, pour légitimer ses droits d'inventeur. Son moyen de défense consiste à démontrer, à l'aide de témoignages ambigus, l'existence d'expériences à lui personnelles et antérieures à cette fameuse et compromettante entrevue que nous avons rapportée plus haut. Nous avons lu attentivement et longuement médité les pièces du procès; il reste pour nous la conviction que Morton ne se doutait de l'existence ni de l'élher ni de ses propriétés avant qu'il l'eùL apprise de Jackson.
Jackson, le premier, mit hors de doute ce fait capital, qu'une insensibilité générale est un des effets habituels de l'élher sur l'organisme; il reconnut en outre que cette insensibilité était obtenue dans un temps très court, qu'elle disparaissait rapidement, que cet état ne faisait courir aucun des dangers qui lui étaient attribués avant lui. Mais ces révélations fondamentales, plutôt entrevues que démontrées par l'expérience, avaient besoin d'être fruclifiées par un agent d'exécution docile, entreprenant, d'autant plus hardi qu'il connaissait moins la question.
A Jackson l'idée, à Morton la réalisation de l'idée : sans celui-là, l'éthérisation n'avait aucune raison d'être; sans celui-ci, son avènement eût pu être retardé de plusieurs années. Tous les deux, à des titres divers, en dotant la chirurgie d'un moyen héroïque d'abolir la douleur physique, ont bien mérité de l'humanité. Mais si la postérité élève des statues à Jackson, elle hésitera peut-être à reconnaître pour un de ses bienfaiteurs un vulgaire marchand de léthéon (1).
(I) C'était le nom sous lequel la préparation restée secrète de Morton était désignée par les commis voyageurs chargés d'aller vendre le droit du libre usage de l'éllier.
§ III. — I*i'og;rÙ8 de l'étiiérisutlou.
Dès le il décembre, un dentiste de Londres, M. Boot, fut informé par William Morton lui-même des secrets de l'élhérisation. Il se hâta d'en avertir un de ses confrères en renom, M. Robinson, dentiste de la cour, qui fit immédiatement construire un appareil peu différent de celui qui porte le nom de Morton, et à l'aide duquel il administra l'éther avec assez de succès poiir arracher une dent sans douleur. Deux jours après, Liston pratiquait avec le même bonheur, à l'hôpital du collège de l'Université, un arrachement de l'ongle et une amputation de cuisse. De nombreuses tentatives, un instant suspendues par l'intervention d'un agent de Morton, qui essaya d'importer en Europe les entraves du monopole, furent faites en quelques jours par MM. Guthrie, Lawrence, Fergusson, etc.
Les faits d'éthérisation pubhés en Amérique et en Angleterre ne pouvaient rester longtemps ignorés en France : malgré la distance plus considérable des lieux, la nouvelle nous est parvenue d'Amérique. Une lettre de M. Warreli (de Boston) en informa M. Velpeau dès le commencement de décembre, et le 15 du même mois, un dentiste de la même ville, M. Willis Fischer, vint lui proposer de faire quelques essais à l'hôpital de la Charité (1). Comme on tenait à garder le secret sur la nature des substances employées, M. Velpeau refusa de ptêter la main à aucune expérimentation.
Il paraît que M. Jobert (2) fit, précisément à cette même date, le 15 décembre, une première tentative d'éthérisation d'après les indications qui lui furent données par un jeune médecin américain, probablement M. Willis Fischer. Cette expérience, faite à l'aide d'un flacon à deux tubulures, ne réussit point.
Le premier chirurgien français à qui revient l'honneur d'avoir vérifié et promulgué les merveilles de l'éthérisation est
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XIV, p. 76.
(2) Bulletin de V Académie de médecine, t. Xil, p. 3U.
PROGRÈS DE l'ÉTIIÉRISATION. 63
M. Malgaigne. C'est le 12 janvier 18/i7 qu'il vint rendre compte à l'Académie de médecine des résultats obtenus dans son service à l'hôpital Saint-Louis. A défaut d'autre appareil, M. Malgaigne s'était servi d'un tube dans lequel il introduisait un corps poreux imprégné d'une certaine quantité d'éther ; le bout du tube le plus éloigné du liquide .volatil était engagé dans une des narines du malade. Cinq fois les vapeurs d'éther furent employées de la sorte, et quatre fois avec succès ('!).
La communication de M. Malgaigne, en répandant en France les premières notions de l'éthérisation , devint le point de départ d'une vaste expérimentation scientifique.
Six jours après , l'Institut était saisi de la question par M. Velpeau, qui, édifié sur la nature de l'agent mis en œuvre, s'était empressé d'en faire usage. Les premiers résultats qu'il obtint furent incomplets; aussi sa parole fut-elle d'abord hésitante, pleine de sages réserves. De nouveaux faits plus concluants, grâce à l'emploi de meilleurs appareils, gagnèrent promptement son appui à la cause de l'éthérisation.
« Le fait qu'elle renferme, disait-il à la date du 1" février, est un des plus importants qui se soient vus : un fait dont il n'est déjà plus possible de calculer la portée, qui est de nature à remuer, à impressionner profondément non-seulement la chirurgie, mais encore la physiologie, voire même la psychologie (2). »
M. Velpeau devint même très promptement un des plus chaleureux partisans de la nouvelle méthode qu'il fut appelé à défendre, aidé des témoignages favorables de MM. .1. Cloquet, Roux, .lobert, Laugier, contre une tentative d'opposition faite au palais Mazarin, au nom de l'utilité de la douleur et de la morale publique , par Lallemand (de Montpellier) et Magendie.
C'est alors que M. Ducros, dans une lettre adressée à l'Aca-
(1) BuUelin de l'Académie de médecine, p. 263.
(2) Comptes rendut de l' Académie des sciences, t. XIV, p. 133.
(3/i CIIÉA'I'IOIN DE LA MÉTIIODI': ANESïlIÉSlQL'K.
demie des sciences (1), rappela la prcscnlalion qu'il avait faite dès le 16 mars 18/i(5, d'une note inliluléc : Effela pliysiologiqves de l'éther mlfxirique. Dans cette note, qui rappelait des expériences déjà rendues publiques en 1S/|2, sur les eflets soporifiques de l'éther employé en frictions chez les gallinacés, l'auteur annonçait, en outre, que des effets analogues s'étaient produits chez l'homme, et qu'il serait possible d'en tirer parti.dans diverses maladies. Sur cette base était appuyée une demande en revendication de priorité au sujet de l'éthérisation. Les faits observés par M. Dncros étaient trop éloignés de ce qu'avait découvert Jackson ; ils se rapprochaient trop de la pratique de Thornton, pour que la réclamation fût prise en considération : personne ne vint l'appuyer.
Au même moment se succédaient sans interruption, à l'Académie de médecine, les communications de Roux, Gerdy, Blandin, Amussat, de MM. Boulay, Renault (d'Alfort), Bouvier, Laugier, Ségalas, etc.
Celte fièvre d'expérimentation qui s'était emparée du corps médical à Paris, ne tarda pas à se faire sentir en province et à l'étranger.
MM. Bonnet et Barrier à Lyon, Sédillot à Strasbourg, Simonin à Nancy, Serres et Bouisson à Montpellier, Hénol à l'hôpital militaire de Metz; Dieffenbach el Juncken à Berlin, Wattmann à Vienne, Heyfelder à l'université d'Erlingen, Siebold à Gœtlingue, Porta à Pavie, Pirogoff à Saint-Pélersbourg, s'occupèrent les premiers de la question de l'éthérisation, et mirent au service de la nouvelle cause le triple prestige de l'honnêteté scientifique, du talent et d'une grande l'éputation.
Contrairement à ce qui arrive au début de beaucoup d'autres découvertes, la conquête du monde chirurgical par l'éthérisation se fit sans opposition, sans réaction sérieuse ; sa propagation en Europe fut une marche triomphale.
(l) Cof)i;?<fS renc/uj de JMcorf('»)!ic; cics sciences t. XIV, p. 74.
PROGRÈS DE l'ÉTHÉRISATION. 65
Rien n'égale le nombre, la variété des comnuinications scientifiques, des travaux spéciaux, suscités par l'éthérisation, si ce n'est la grandeur de la découverte elle-même et le nombre des bienfaits dont elle va devenir la source.
L'Amérique nous avait livré le principe de la méthode aneslhésique. Grâce à l'impulsion qu'il provoque et dont le foyer rayonne de Paris, le principe a été fécondé, la méthode s'est rapidement constituée, en perfectionnant la manière d'administrer les vapeurs d'éther, en soumettant à une analyse attentive les phénomènes de l'éthérisation, et eniin en demandant à la physiologie expérimentale, à des analyses délicates, le secret de l'action anesthésique sur l'organisation humaine.
Au début, toute l'attention des observateurs se concentra sur la constatation du fait de l'insensibiUté ; on s'aperçut bientôt que dans un certain nombre de cas, les inhalations restaient impuissantes, les effets del'éther à peu près nuls. La cause principale en fut attribuée à l'imperfection des appareils primitifs, qui consistaient en un simple tube, ou un flacon à une ouverture, muni d'un tube de dégagement. Chacun comprit que de pareils auxiliaires, exigeant l'intervention de la volonté du patient, cessaient d'être utiles au moment où faiblissait l'activité volontaire : d'où résultaient forcément des éthérisations incomplètes, interrompues au moment de l'apparition des premiers phénomènes généraux de l'éthérisme.
Le système de soupapes disposées en sens inverse et permettant le jeu de la respiration sans qu'il soit besoin de quitter le tube aspirateur, constitue un premier perfectionnement dont l'importance avait déjà frappé Jackson et Morton. Le diamètre des tubes d'appel calculé sur celui delà trachée; l'allongement de l'aspirateur, que l'on eut soin de terminer par une embouchure adaptée à la configuration de la bouche; la forme du récipient appropriée aux meilleures conditions d'une évaporation abondante ; le tube d'appel disposé de façon que le courant d'air établi par les aspirations vienne
00 CRÉATION t.)E LA MÉTHODE ANESTIIÉSIQL'E.
effleurer la surface du liquide anesLhôsiquc ; l'adaplalion d'un robinet surmonté d'une cupule, et dont le jeu permet Tinlroduction d'une quantité de liquide déterminée dans l'appai'eil : toutes ces conditions, réunies par une suite d'ingénieuses modifications dues surtout à MM. Charrière et Luer, permirent bientôt d'administrer l'éther avec plus de sûreté et de régularité.
Quand il s'agit d'administrer un médicament actif, le premier soin est d'en formuler le dosage. La science doit tenir compte des efforts tentés dans ce but par MM. Maissiat, Doyère et quelques autres; mais la rigueur plus apparente que réelle des différents éthéroraètres appliqués à l'anesthésie chirurgicale a suscité plus d'efforts qu'il n'a procuré d'avantages à la pratique.
Dès qu'on fut en possession d'appareils convenables, on obtint des résultats beaucoup plus satisfaisants; alors commença le rôle de l'observation scientifique. On soumit l'état éthérique à une analyse attentive; on l'étudia comme une maladie provoquée, dont les manifestations les plus habituelles furent groupées, classées de façon à reproduire autant que possible sa physionomie.
Gerdy, d'après des observations faites sur lui-même, donna dès le 26 janvier ^8/i7 (1), une idée assez nette des phénomènes de l'éthérisation, poussée jusqu'à l'abolition complète de la conscience. L'influence que la volonté et l'attention peuvent exercer sur l'époque, le mode d'apparition des premiers troubles nerveux, sur la conservation de la conscience et de l'inteUigence, quand déjà la sensibilité générale ou sensoriale est troublée ou pervertie, fut étudiée pour la première fois avec un grand talent d'analyse par l'ingénieux physiologiste.
Dans le courant de la même année, la Société des médecins allemands de Paris (2), publia une série de recherches éga-
(1) Bullolinde V Académio da médocino, l. XII, p. 303.
(2) Gazelle médicale, 1847, p. 101.
rUOljllÈS DU l/ÉTllÉIUSATlON. 67
Jement laites sur ses membres dans le but d'observer les eflels de l'élher. Son altenlion l'ai particulièrement fixée sur les troubles survenus dans les fonctions de la vie organique; elle constata l'élévation constante du chiffre des pulsations pendant les trois premières minutes de l'expérimentation, puis un abaissement notable, bien que le pouls restât plus fréquent encore qu'à l'état normal. La fréquence et la plénitude de la respiration lui parurent être dans un rapport exact avec l'état de la circulation. D'abord plus actifs, plus larges, ses mouvements devenaient progressivement moins amples, tout en conservant une certaine fréquence- à mesure que le pouls devenait lui-même plus lent et filiforme.
Les communications aux Académies , aux sociétés savantes, les publications spéciales de Roux (i), Blandin de MM. Jobert (3), Sédillot (/i), Hutin(5), Ilénot (de Metz) (6), Chambert (7), Pirogoff (de Saint-Pétersbourg) (8), Lavacherie (de Liège) (9), Simonin (de Nancy) (10), G. P. Poggi (de Milan) (11), eurent particulièrement pour but l'étude clinique de l'anesthésie chirurgicale : la valeur des signes qu'il importe surtout aux praticiens de connaître, leur ordre de succession, la durée du sommeil anesthèsique, le temps nécessaire pour le
(1) Bullelin de l'Académie de médecine, t. XII.
(2) Blandin, De l'usage des inhalations d'élher dans les opéralions chirurgicales. Paris, 1 847.
(3) Bullelin de l'Académie de médecine, t. XII.
(4) Sédillot, De l'éthérisalion et des opérations sat^s douleur. Strasbourg, 1847.
(5) Hutin, Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXIV, p. 202.
(6) Hénot, Mémoire sur l'éthérisalion appliquée à une amputation dans l'articulation de la hanche droite et à diverses opéralions chirurgicales pratiquées sans douleur. Metz, 1847.
(7) Chambert, Des effets physiologiques cl thérapeutiques des éthers. Paris, 1848,
(8) Pirogcff, Recherches pratiques et physiologiques sur l'eihérisation. hainl Pétersbourg, 1817.
(9) Lavacherie, Observations et réflexions sur les inhalations d'élher. Lién-o
(10) Simonin, De l'emploi de l'élher sulfarique et du chloroforme à la clinique chirurgicale de Nancy. \>drh, 18 59.
(11) .Poggi, Dcll'elcre sopcnte nelle opcrazioni délia chirurgia. Milaiio, l,S47,
produire, y sont l'objet d'une analyse approfondie. Tous ont fait connaître que l'éthérisation, chez l'homme, se développe d'une manière progressive, parcourant successivement trois périodes assez distinctes : une première, caractérisée par une excitation générale et un surcroît d'activité dans toutes les fonctions de la vie animale et organique; une deuxième, pendant laquelle se remarquent des troubles généraux dans les fonctions des divers appareils, troubles qui peuvent se rapporter à un excès ou à un défaut d'action, ou bien à une perversion dans le mode d'action habituel; enlin une troisième période pendant laquelle le système musculaire tombe dans la résolution, la vie de relation est suspendue, la sensibilité entièrement abolie. D'autres auteurs, tels que MM. Castel (1), Lordat (2), Parchappe (3), dans de savantes considérations générales, envisageant surtout le côté psychique de la question, cherchèrent à pénétrer le secret de ce dédoublement, de celte dissociation des facultés cérébrales qui s'observent habituellement chez l'homme avant leur abolition.
L'éther fut d'abord exclusivement employé en inhalations pulmonaires ; on ne tarda pas à en proposer l'usage par le rectum. Roux, le premier, entretint l'Académie des sciences de la possibilité d'amener l'insensibilité en injectant l'élher dans le rectum. Diverses tentatives ont été faites dans ce sens ; aucune, ainsi qu'il était facile de le prévoir, n'a donné en France de résultats dignes d'encouragement.
Quelques accidents observés pendant les inhalations d'éther, des cas de mort prompte survenus peu de temps après son administration, fixèrent un instant l'attention du public médical et des Académies ; mais les circonstances dans Ics-
(1) Casicl, Explication physiologique des phénomènes qui sont le produit de l'inhalation d'éther. Var\s, 'iSil.
(2) Lordat, Leçon sur la doctrine de Valliance des deux puissances du dynamisme humain appliquée à la théorie de l'éthérisation. Montpellier, iSiï.
(3) Parchappe, De VacUon toxique de Vclhar sulfuriquc, dans les Annales mcdicopsychologiques, t. XI, p. 159.
PROGRÈS DE l'ÉTHÉRISATION.
quelles s'étaient déclarés ces événements permirent d'attribuer légitimement la mort à des causes étrangères, et l'émotion un instant produite autour de ces faits ne tarda pas à se calmer en présence des services de jour en jour plus considérables rendus par l'anesthésie.
A mesure que la méthode nouvelle pénétrait plus avant dans la pratique de la chirurgie, le cercle de ses applications grandissait. MM. Delabarre (1), Cousin (2), faisaient connaître les services rendus à l'art dentaire par le sommeil éthéré. M. Simpson, en Angleterre (3), MM. Fournier-Deschamps, Paul Dubois (/i), Stolz (de Strasbourg), Siebold (de Gœltingue), Jungmann (de Prague), Honoré Chailly, Colrat, etc., etc., quoique divisés sur la question de pratique, produisaient des faits nombreux qui, tous, témoignaient de la possibilité de soustraire impunément la femme, pendant la durée du travail, aux douleurs de l'enfantement. Baudens (5) et M. Bouisson (de Montpellier) (6) appelaient l'attention, à leur tour, sur les avantages que peut offrir l'usage de l'éther dans les recherches souvent si difficiles de la médecine légale.
Au point de vue physiologique, les questions soulevées par la découverte de Jackson ne furent pas moins importantes ni moins nombreuses qu'au point de vue chnique et thérapeutique. Dans le but d'assurer la sécurité de l'anesthésie chirurgicale, on demanda à la physiologie expérimentale la nature et l'étendue de l'action anesthésique, la raison des accidents qui peuvent la compliquer.
L'analogie de composition fit penser que d'autres corps
(1) Delabarre, Méthode d'èlhérisation par le chloroforme et l'ùlher sulfurique. Paris, 1847.
(2) Cousin, Notice sur l'élher el son emploi dans les opérations de la chirurgie. Paris, 1847.
(3) Monlhly Journal of médical science. Février, 18i7. (i) Bulleliii de l'Académie de médecine, t. Xil.
(5) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXIV, p. 382.
(6) Bouisson, Mémoire sur l'éthérisalion considérée dans ses rapports avec certains cas de médecine légale. Paris, 1817.
volatils pourraient bien avoir des propriétés analogues à celles de Félher sulfurique. On ne tarda pas à reconnaître que tous les éthers, à des degrés divers, étaient doués du pouvoir anesthésique.
Leur mode d'action sur les centres nerveux, quand ils sont employés en inhalations, a été plus spécialement étudié par MM. Flourens et Longet. M. Flourens (1), dès les premiers mois de l'année 18/i7, établissait dans de savantes recherches que l'action de l'éther s'exerce directement et primitivement sur le système nerveux ; qu'elle est successive et progressive ; que l'animal perd d'abord l'inteUigence et l'équilibre de ses mouvements, et que ces pertes successives entraînent bientôt celle de la vie.
« C'est là ce qu'il faudra désormais^ conclut l'illustre physiologiste, que le chirurgien ait constamment à l'esprit : l'éther, qui ôte la douleur, ôte aussi la vie, et l'agent nouveau que vient d'acquérir la chirurgie est à la fois merveilleux et terrible (2). »
En coupant les pneumogastriques à des animaux qu'il soumit ensuite à l'influence de l'éther, le professeur Panizza put se convaincre, par cette voie nouvelle, que l'action de l'éther est réellement une action directe exercée sur les centres nerveux par l'intermédiaire du sang, et non une action transmise par l'intermédiaire des pneumogastriques directement influencés (3).
M. Longet (li) obtint, dans ses expériences, les mêmes résultats généraux que M. Flourens. Il lui parut démontré que l'action anesthésique sur le système nerveux central présente, chez les animaux, quatre phases bien distinctes correspondant à l'envahissement successif des quatre départements
(1) Cowples rendus de V Académie des sciences, t, XXIX, p. 161, 253 et 3i0.
(2) Ibid., p. 2-i7.
(3) Gazelle médicale de Milnn, 1847.
(i) Longet, Expériences relalives aux e/fels de V inhalation de l'éllier sulfurique sur le sijstàme nervcur. PnriSj 'ISi7. p. 2:5 cl siiiv.
Mior.RÈs DE l'éthéhisation. 71 principaux des centres encéphalo-rachitliens : l'élhérisation du cerveau et du cervelet; celle de la protubérance annulaire; celle de la moelle épinière, et enfin celle de la moelle allongée.
Celte application de la doctrine de la localisation des facultés cérébrales à l'étude de l'éthérisme, confirmée jusqu'cà un certain point par la marche de ce dernier, fut assez vivement combattue, surtout pour ce qui concerne l'homme, par MM. Castel (1), Isidore Bourdon (2) et Bouisson (3).
Afin de pénétrer davantage l'essence même de Faction anesthésique , on crut pouvoir substituer l'agent hquide aux vapeurs, l'application locale sur le tissu nerveux aux inhalations. i^I. Serres (.^), à la. suite d'expériences pratiquées sur les nerfs de la cuisse d'un lapin, mis à nu et imbibés d'éther sulfurique, reconnut que la sensibilité des nerfs soumis à l'action de l'éther est abolie dans les points qui ont été soumis à cette action. La sensibilité , au contraire, est conservée dans la partie du nerf qui est au-dessus du point immergé. Les organes auxquels se distribuent les nerfs affectés sont aussi paralysés ; mais contrairement à ce qui se passe à la suite des inhalations, la paralysie persiste, et pour peu que le contact soit prolongé, eUe est incurable. M. Serres pense que l'éther liquide altère la composition du tissu nerveux, ce qui explique la permanence des effets produits.
M. Longet (5), se plaçant dans les mêmes conditions expérimentales que M. Serres, a constaté comme lui que le dernier terme de l'action de l'éther hquide sur le tissu nerveux était l'abolition définitive des fonctions de l'organe ; mais en faisant varier dans ses expériences la durée du contact de l'éther, il put remarquer que la paralysie est progressivement déterminée par la perte de la sensibilité, puis de la motricité volontaire, et enfin de l'excitabilité du nerf. La paralysie est égale-
(1) Caslel, Mém. cil.
(•■i) Isirl. Bourdon, Mém. cil.
(3) Rouisson, ouvr. cit.
(4) Comptes rendus de l'Académie dex sciences, 18i7, t. XXIV, p. 162 et 227. (■"») Lorigcl, Mcm. cil.
72 CRÉATION DE LA MÉTIinDE ANKSTHÉSIQUE.
menl altribuéc par M. Longel, à une alléralion dans la slruclure inlimc du lissu nerveux. Cette modification dans la composition des nerfs paraît avoir été constatée directement, à l'aide du microscope, par MM. Pappenheim et Good. L'altération de structure commence par la gaîne, qui se détache d'abord de son contenu, de sorte que les bords doubles commencent à devenir visibles. Plus tard, la coagulation nait et l'aspect devient grumeleux (1). Contentons-nous, pour le moment, d'opposer à ce résultat fourni par l'action directe de l'élher liquide sur le tissu nerveux, le résultat entièrement négatif des recherches faites dans le même but à la suite des inhalations d'éther, par M. Chambert ("2) et plusieurs autres auteurs. ^
Les recherches des physiologistes français, publiées au commencement de l'année 18Zi7, démontraient péremptoirement que l'action anesthésique s'exerce directement et primitivement sur le système nerveux, dont il abolit progressivement les fonctions. Néanmoins d'autres travaux furent entrepris dans le but de démontrer que cette action sur le système nerveux n'était ni primitive ni directe.
M. Coze (de Strashourg) (3), et un médecin anglais, M. Black [h], firent valoir la compression exercée sur les centres nerveux par la vapeur d'éther, dont la tension s'élève sous l'influence de la chaleur animale.
Amussat, à la suite d'expériences exécutées en présence de MM. Rayer, Lallemand, Flandin, fut conduit à admettre que l'ensemble des phénomènes de l'éthérisme et son dernier terme, la mort, devaient être attribués à une sorte d'asphyxie résultant de la pénétration de l'éther dans le sang (5). La doctrine de l'asphyxie eût pu prévaloir un instant, si elle n'avait eu contre eUe, et l'observation chnique, et les expériences con-
(1) Complcs rendus de l'Académie des sciences, l. XXIV, p. 49G.
(2) Chambert, Mém.cil., p. 60.
(3) Lallve de M. Cozc adressée à Orfila [Gazelle médicale, 18i8, l, XYI,p. 993).
(4) Black, London médical Gazelle, 2ti mars 1848.
(5) IMlclin de l'Académie de médecine, l. XII, p. SS^^ cl 378.
PROGRÈS DE l'ÉTIIÉRISATION. 73
lra(.licl,oivcs tle Hcnaull (d'Alforl), qui établirent que si le sang artériel devenait noir chez les animaux anestliésiés par Amussat, cela tenait uniquement au mode d'administration, mais non à l'agent lui-même.
Ce n'est pas la seule lois que l'on ait tenté de faire accepter l'éthérisme comme une forme particulière d'asphyxie déterminée, soit par une cause, soit par une autre : les communications de M. Édouard Robin (1), les travaux spéciaux de M. Ozanam (2), de M. Faure (3), témoignent des efforts multipliés qui ont été faits à diverses époques pour éloigner les esprits de la voie dans laquelle les avaient fait entrer, dans le principe, les travaux de MM. Flourens etLonget.
Nous aurons h peine donné une idée du nombre et de l'importance des travaux suscités par l'apparition de l'éther, si nous ajoutons à ce qui précède l'énumération suivante :
MM. Wille et Blandin (/j) font connaître la composition des produits de l'expiration pulmonaire pendant l'éthérisation.
MM. Duméril et Demarquay (5) attirent l'attention sur les modifications imprimées îi la température animale par les agents aneslhésiques. M. Flourens (6), à la suite d'injections d'éther dans l'estomac et dans les artères, détermine les conditions dans lesquelles peut s'exercer le pouvoir anesthésique ; il établit, le premier, un principe trop oublié depuis, c'est que l'éthérisation ne s'obtient que par inhalation. Enfin M. Lassaigne (7), en cherchant la composition, à diverses lempéra-
(1) Édouard Robin, Théorie de l' éthérisalion {Comptes rendus de l'Académie dessciences, 1847, t. XXIV, p. 5G7, et 1850, l. XXX, p. 52).
(2) Ozanam, Des ancsUiésics en général, clc; exposé des travaux de la Société des sciences médicales de la Moselle, et 1838.
(3) Faure, Le chloroforme et l'asphyxie {Archives générales de médecine, 5' série, t. XII, p. 48).
(i) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1847, l. XXIV, p. 1017.
(.')) Auguste Duméril et Demarquay, Recherches expérimentales sur les modifications imprimées à la température animale par l'éther et le chloroforme {Archives générales demédccine, 1848, 4» série, t. XVI, p. 189 et 332.)
(fi) Comptes retidus de l'Académie des science;:, 1847, l. XXIV, p, 257.
(7) Ihillelin do l'Académie de médecine, t. XII, p, ii5 cl suiv.
^'1 (-IRÉATION t)]'] LA MlîTllODË ANESTllÉSlQUE.
lures, d'un mélange aéro-élliéré se rapproclianl, pour la proportion J'air el d'éther sulfiirique, de celui qui est fourni par les appareils ordinaires d'éthérisation, essaye de fixer les bornes au delà desquelles l'usage de l'cther devient dangereux, le médicament devient un poison.
C'est par cet ensemble de travaux, à la plupart desquels se ratlache un nom français, que la pratique de l'aneslhésie chirurgicale fut constituée en moins d'une année. Si tous les honneurs de la découverte appartiennent à Jackson et à Morton, il est juste de rappeler que c'est à l'ardente initiative des chirurgiens et des physiologistes français que l'on doit d'avoir vu succéder aussi rapidement à une simple notion empirique une véritable méthode scientifique.
§ I^- — Mécouvei'te «les |iroprié(é.s aiicsUi<-si(|ucs du clilorororiiie.
L'esprit de recherche se contente bien rarement d'un premier succès dans une voie nouvelle ouverte au progrés. Les effets surprenants de l'éther avaient opéré une révolution profonde dans les idées et excité de toutes parts le plus grand enthousiasme. On avait pu se convaincre, il est vrai, qu'il fallait un cerlain lemps.pour obtenir le sommeil éthéré; que l'odeur de l'éther était désagréable aux malades, son action locale irritante; que ses effets n'étaient ni assez constants, ni assez durables, pour entretenir, chez tous les opérés qui le réclament, le bienfaisant oubh de la douleur. Toutefois personne ne songeait à se plaindre de cet agent, malgré ses imperfections, et surtout ne songeait à le remplacer avantageusement, lorsque le chloroforme fut signalé d'Edimbourg à l'attention pubhque. Voici dans quelles circonstances:
M. Flourens, dans le cours de ses recherches physiologiques sur l'éthérisation, avait constaté les propriétés anesthôsiques du chloroforme. Dans la communication qu'il lit, à ce sujet, h l'Académie des sciences (1), l'illustre physiologiste annonce qu'ayant obtenu des effets remarquables d'aneslhésie avec
(I) Comptes rendus rie l' /iGadémic des sciences, iRi", I. X\IV. p.