‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 12 sur 133 · PROPRIÉTÉS ANESTHÉSIQUËS DU CHLOROFORME. /O · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS ANESTHÉSIQUËS DU CHLOROFORME. /O

J'éther chlorhydriqiie, il fut conduit, h lui substituer le chloroforme, qui offre, avec ce dernier, une grande analogie de composition. Au bout de quelques minutes d'expérience, les animaux furent complètement éthérisés, et à un tel degré, qu'il fut possible de constater sur la moelle, mise à nu, la perte de son pouvoir excito-moteur. Il était impossible de pousser plus loin la vérification de la puissance anesthésique du chloroforme; mais la découverte de M. Flourens passa Inaperçue, sans doute parce qu'elle n'avait été, de la part de l'auteur, l'objet d'aucune mention spéciale capable d'attirer l'attention des chirurgiens.

A quelque temps de là, un chirurgien anglais, nommé Jacob Bell, connaissant les résultats satisfaisants obtenus chez les animaux avec l'éther chlorhydrique, eut l'idée de l'employer chez l'homme; il réussit. M. Valdie (de Liverpool), se trouvant à Edimbourg dans le courant de l'année 18Zi7, parla de la pratique de Jacob Bell à M. Simpson, qui s'occupait spécialement de l'étude des anesthésiques. Ce fut un trait de lumière pour ce dernier. Comme le chloroforme avait été substitué avantageusement par M. Flourens à l'éther chlorhydrique chez les animaux, il pensa qu'il pouvait en être de même chez l'homme.

• On trouve, dans un mémoire du professeur Miller, quelques autres détails relatifs aux circonstances dans lesquelles fut tentée la première chloroformisation; ils diffèrent sensiblement delà version précédente. C'est à la seule initiative de Simpson que l'auteur anglais attribue l'application des propriétés anesthésiques du chloroforme.

î M. le professeur Simpson, dit-il, intimement persuadé > qu'il devait exister des agents anesthésiques plus puissants » que l'éther sulfurique, se livrait depuis quelque temps à des » expériences sur les éthers, des huiles essentielles, des sub- » stances gazeuses. Un soir, c'était le /i novembre 1847, il » continuait, en compagnie de deux médecins de ses amis, » MM. Koiih etJ. M. Duncan, ses intéressantes recherches, sans

» grands résultais, lorsqu'il leur tomba sous la main une sub- » stance que son poids lui avait déjà fait rejeter comme peu » propre à de pareilles expériences : c'était un flacon de » chloroforme. Chacun en versa dans une soucoupe et recom- » mençales inhalations; tous furent pris immédiatement d'une » gaieté folle ; ils disaient en termes expressifs tout le bonheur » qu'ils ressentaient. Bientôt ils accusèrent un bruit de roule- » ment dans les oreilles, et ils tombèrent dans l'immobilité la » plus complète. Lorsque M. Simpson se réveilla, sa première » pensée fut que c'était bien plus fort et bien meilleur que » l'élher; mais en cherchant à se rendre compte de ce qui lui » était arrivé, il se vit à terre, et autour de lui tout était » alarme et confusion. M. Duncan était sous une chaise, la » mâchoire abaissée, les yeux fermés, la tête à moitié pliée » sous son.corps; il avait complètement perdu connaissance, » et il ronflait d'une manière qui n'était pas rassurante. En » cherchant M. Kcith, il l'aperçut sous la table, en proie à une » agitation furieuse et cherchant à briser ce qui lui faisait » obstacle. Avec le temps, M. Simpson parvint à regagner son » siège; M. Duncan cessa son ronflement, et le docteur Keith » finit par s'arranger à l'amiable avec la table qu'il voulait » briser. Lorsque tout ce désordre fut réparé, chacun- rendit » compte des sensations agréables qu'il avait éprouvées. » Bientôt on revint à de nouvelles expériences; mais, cette )) fois, on ne poussa pas les inhalations jusqu'à la perte de » connaissance, et l'on put suivre d'une manière plus précise » la marche des phénomènes produits par le chloroforme. Le » reste de la soirée se passa à rechercher dans des ouvrages » de chimie des détails sur cette précieuse substance, et l'on » se sépara à trois heures du matin avec la conviction intime » qu'on avait trouvé un agent anesthésique supérieur à l'éther. » Ainsi la découverte du chloroforme, comme tant d'autres » découvertes, est due tout simplement au hasard (1). »

( I ) James Miller, Surgical oxpericncos ofchloroform{Mimbo\irg, 1 8i8), traduit dans le Dullclin {/dncral de thérapeutique, 1849, t. XXXYI, p. 48.

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