HISTORIQUE
La méthode aneslhésique ne date que de la connaissance des propriétés stupéfiantes de l'-éther et du chloroforme.
Mais si les procédés qu'elle emploie sont une conquête moderne, il n'en est pas de même de l'idée qui lui a donné naissance. De tout temps, le pouvoir de calmer la douleur a été considéré comme l'une des plus nobles aspirations de l'art de guérir.
L'histoire a perpétué le souvenir d'un grand nombre de tentatives d'aneslhésie appliquée à la chirurgie ; peu d'entre elles ont réussi. Il nous paraît intéressant néanmoins de les rappeler, parce que, si elles n'enseignent rien de bien utile, elles conservent à travers les temps la tradition de l'anesthésie chirurgicale, et fortifient le sentiment d'admiration que doit inspirer une découverte qui réalise un progrès poursuivi pendant plus de dix-huit siècles.
2 ESSAIS U'ANESTilÉSlE CIII IIURGICALE DANS I,ES TEMPS ANCIENS
ARTICLE PREMIER
ESSAIS L'aNESTHÉSIE CllIllUHGlCAI.K DANS LES TEMPS ANCIENS ET AC
MOVEN AGK.
§ 1. — t'oiiUiiiH! «l<îM .*s«yric«ii>i.
Les premières applications de l'anesthésic préventive dont la connaissance soitparvenuejusqu'à nous, paraissent remonter à l'époque des Assyriens.
Casp. Hoffmann cite un passage de Benedictus dans lequel ce dernier auteur rapporte que « c'était une coutume de lier les veines qui sont autour de la gorge aux jeunes gens à qui l'on veut enlever le prépuce, car ils perdent le sentiment et le mouvement (1). »
(( Lier les veines de la gorge » aurait de nos jours une inquiétante signification; on ne peut sérieusement s'y arrêter ! Peutêtre le texte de Benedictus renferme-t-il quelques éclaircissements sur l'origine et sur la nature de cette curieuse pratique; mais nous n'avons découvert ni le titre de l'ouvrage, ni la citation invoqués par Hoffmann. A leur défaut, on en trouve une explication plausible dans une opinion fort ancienne, qui souleva au moyen càge bien des controverses. Cette opinion consistait à attribuer à la compression des veines du cou (et, sous ce nom, la plupart des auteurs anciens désignaient tous les vaisseaux carotidiens elles troncs nerveux qui s'y trouvent accolés) le pouvoir d'anéantir le sentiment et le mouvement. « Si CCS veines, écrit Aristole, se trouvent comprimées extérieurement, ce qui arrive quelquefois, on voit un homme fermer l'œil et tomber sans sentiment, comme s'il élait élranglé, quoiqu'il ne le soit pas (2). d
Tout porte à croire que c'est en exerçant celte compression que les Assyriens provoquaient l'insensibilité; seulement, au
(1) Casp. Hoflmann, De thorace, Ub. Il, cap. xxix, cciilion de MDCXW, p. 77.
(2) Aristole, Uisloire des animaux, avec la traduclion française par Camus, avocat au parlement, rilitiuii île MDC.CLXXXIII, |). 127.