‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 34 sur 133 · VOLONTÉ ET MOUVEMENTS. 1A · texte numérisé non relu

VOLONTÉ ET MOUVEMENTS. 1A

Est-ce par une influence du même ordre, ou par suite de la nature toute spéciale des douleurs que le chloroforme est appelé à calmer, qu'il est possible, pendant le travail de l'accouchoment, d'obtenir une anesthésie suffisante, avec la conservation assez complète des facultés intellectuelles pour que la malade puisse régler elle-même l'éthérisation, Rien de précis comme le tableau de cet état singulier, tracé par M. Houzelot dans son Mémoire sur r application de Vanesthésie aux accouchements. « Dans l'anesthésie obstétricale, î écrit-il, la douleur est abolie, le sentiment persiste, les i contractions utérines s'exercent, et la femme en travail voit,

> entend, parle, a conscience de ce qui se passe en elle; s seconde librement par ses efforts, et sans crainte de souf- » frir, les contractions utérines ou abdominales, qui, pour

> nous, ne sont jamais ralenties sous l'influence du chloroj forme (1). j Ce résultat, loin d'être exceptionnel, paraît être la règle, à ce point qu'on l'a pris pour type d'une espèce distincte d'anesthésie chirurgicale , vulgairement connue en Angleterre sous le nom de chloroformisaiion à la reine, et désignée en France sous le nom à'ane&thésie obstétricale.

Il n'est pas possible de mettre en doute des faits accrédités par un grand nombre d'observateurs éclairés, et pourtant ces phénomènes réguliers d'éthérisation incomplète et élective étonnent, à bon droit, le clinicien habitué à puiser des enseignements dans la marche de l'anesthésie appliquée à la pratique de la chirurgie. Ici, en efî"et, les troubles de l'intelligence ouvrent la scène ; l'homme a cessé de s'appartenir comme être intelhgenl et libre avant qu'il ait perdu définitivement la sensibihté. Pourtant cette persistance des facultés mentales a été aussi observée en dehors des conditions de la parlurition. Plusieurs chirurgiens en ont rapporté des exemples, sans pouvoir les rattacher à quelque circonstance

0) Mémoires de la Sociélé de chirurgie de Paris, t. Il, p. je.n.

accidenlelle ou à des modifications dans le procédé d'inhalalion. On a remarqué seulement que c'était presque toujours chez des femmes; il serait intéressant de s'assurer si ces bizarres exceptions ne se trouvent pas sous la dépendance d'un état palhologique préexistant du système nerveux.

Ce serait nous écarter de notre sujet que de rechercher l'interprétation de tels faits, intéressants surtout au point de vue psychologique. Toutefois, comme cette forme de l'anesthésie ne se montre guère que pendant l'accouchement, c'està-dire pendant l'accomplissement d'une fonction où la souffrance toute physiologique est tempérée par les joies de la maternité, l'espoir d'une prompte délivrance, nous avons crû trouver dans cette coïncidence un motif suffisant pour la rattacher à l'étude des modifications que ia volonté peut imprimer à la marche des phénomènes de l'éthérisme.

En dehors des conditions de la parturilion, la volonté, comme l'intelligence, est rapidement envahie par les vapeurs stupéfiantes; les désordres qui en résultent dans le fonctionnement des organes du mouvement méritent une très grande attention au point de vue pratique.

Privées du concours de la faculté qui les pondère, les contractions musculaires deviennent de très bonne heure irrégulières, désordonnées. Des mouvements, tantôt sans but appréciable, tantôt liés aux suggestions de l'instinct de conservation , semblent répondre à l'excitation suscitée dans l'organisme par les vapeurs anesthcsiques. Ils précèdent toujours l'abolition de la sensibilité, et fournissent ainsi un moyen précieux de discerner l'avènement de la période qui convient le mieux à l'opérateur. Quelquefois les contractions sont spontanées ; d'autres fois, elles sont provoquées par quelque excitation extérieure, et en particulier par le contact des instruments. L'étlier et le chloroforme ne se comportent pas, à cet égard, de la même façon : avec l'éther, les mouvements désordonnés naissent spontanément sous l'influence, soit du sentiment de suffocation (|u'occasionnent les

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vapeurs, soit d'une agitalion intérieure violenle qui domino le sujet ; avec le chloroforme, au contraire, la période d'excitation est en quelque sorte latente. Qu'on abandonne le patient à lui-même, il atteindra bien souvent la période d'anesthésie confirmée sans faire de mouvement embarrassant ; si au contraire on vient à l'exciter, en lui ouvrant l'œil, en lui piquant la peau, ou bien en le dérangeant de sa position primitive afin de le disposer pour l'opération, immédiatement l'excitabilité se réveille, l'agitation commence et vient troubler la marche des inhalations.

Quelle que soit leur cause prochaine, ces mouvements sont très variables. Bornés tantôt à quelques tressaillements fibrillaires des muscles des membres et de la face, tantôt à quelques oscillations ou mieux à une sorte de trépidation qui parcourt tout le système locomoteur, et qui rappelle, dans son expression , le tremblement de la fièvre , ils peuvent acquérir un développement considérable, et nécessiter l'intervention de plusieurs aides. C'est dans ces dernières conditions que des chirurgiens, à une époque où l'on n'élait pas encore famiharisé avec toutes les éventualités de l'éthérisalion, ont vu s'échapper de leurs mains des malades déjà sanglants, cherchant, par la fuite, à se soustraire à une nouvelle atteinte du couteau. Ils affectent tantôt une forme clonique, tantôt une forme tonique, tantôt les deux successivement. Les convulsions cloniques sont rarement limitées; elles atteignent successivement tous les muscles des membres ; elles sont habituellement moins énergiques avec le chloroforme qu'avec l'éther. Les convulsions toniques, au contraire, appartiennent plus spécialement au chloroforme; elles occupent un seul membre ou la moitié du corps, ou même tout le système musculaire, de manière à produire brusquement un véritable opistholonos. Celles-ci, qui succèdent aux mouvements spasmodiques ou se combinent avec eux, accusent déjà une action plus profonde sur l'organisme et servent fréquemment de court prélude à la période de résolution musculaire. Loin d'être constantes, elles

ISO FONQTIONS DU SYSTÈME NERVEUX.

nous paraissent se rattacher, dans quelques cas du moins, à une mauvaise administration du chloroforme. Cette remarque a d'autant plus d'intérêt, que les convulsions tétaniques ont été dans plusieurs circonstances, ainsi que nous le verrons plus tard, le signe avant-coureur des accidents.

On a observé aussi un état convulsif semblable à celui que l'on observe dans la catalepsie, mais cette dernière forme de contractions, signalée par quelques observateurs seulement,' paraît se rapporter particulièrement à Tadministration de l'éther.

Les muscles qui, par leur innervation, appartiennent autant à la vie organique qu'à la vie animale, sont relativement réfractaires à l'action, des anesthésiques. C'est ainsi que le^ paupières, les muscles de la face, et notamment des lèvres et des ailes du nez, gardent encore leur contractilité au moment où l'ensemble du système musculaire est plongé dans la résolution la plus complète. Aussi rien de rare comme les exonérations urinaires et fécales chez l'homme pendant l'éthérisation. Il n'en est pas de même chez les animaux ; mais ici les évacuations involontaires ne dépendent pas d'une paralysie des sphincters; elles apparaissent au début des inhalations et sont produites par les contractions excessives des muscles du ventre et du diaphragme.

La période d'excitation musculaire, ou si l'on veut la période convulsive de l'éthérisme, est assez constante, mais elle est très variable dans sa durée et l'énergie de ses manifestations. Lorsqu'elle fait défaut, l'organisme se trouve plongé dans la torpeur sans qu'il apparaisse aucun mouvement. Cette physionomie insidieuse que nous avons déjà eu l'occasion de signaler au paragraphe précédent, mérite une bien sérieuse considération, car l'oubli de son existence pourrait conduire aux plus graves méprises. Très rare, inconnue même pendant l'administration de l'éther, elle se montre assez souvent pendant la chloroformisation, et paraît ainsi dépendre du degré d'activité de l'agent qu'on emploie. Rien n'est plus facile, au

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