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FONCTION DE LA RESPIRATION

deviennent plus profonds, se ralentissent progressivement à mesure que les muscles inspirateurs sont frappés d'inertie. Si l'on poursuit l'élliérisation, et ici nous rentrons dans le domaine de la physiologie expérimentale, le mouvement des côtes diminue, puis cesse après un temps variable, et la fonction n'est plus entretenue qu'à l'aide du diaphragme. A ce moment, elle atteint son maximum de fréquence pour décroître ensuite jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Toutefois celte période décroissante est souvent interrompue par des retours ascensionnels qui marquent ainsi de curieux phénomènes de défaillance et de retour.

Lesproduits de l'expiration sontégalementmodifléspari'anesthésie. Au mois de juin 18Zi7, MM. Wille et Biandin adressèrent à l'Académie des sciences une note sommaire, dans laquelle ils annonçaient avoir constaté, dans l'air expiré, une modification tout opposée à celle qu'il était permis de supposer, et qui peut se résumer dans celte proposition : La proportion d'acide carbonique augmente toujours dans l'air expiré à mesure que la sensibililé s'affaiblit ; elle diminue ensuite à mesure que la sensibilité renaît et redevient complète.

Le tableau suivant représente leurs principales expériences (1).

Acide cai'lioiiique (ii'oiliiil peiidanl laresjiirulion iioriiiule.

Acide rnil)aiiique pi odiiil pciiduiil l'iiiiesihcsie.

Proporliun de Vii-

Iher conserve' dans l'ail' iiiliule'.

Durée de

l'inhalalioa.

Ces résultats sont en opposition avec ce qu'ont obtenu les autres observateurs. M. Bouisson (2) s'est assuré, sur des animaux, que si la quantité d'acide carbonique exhalé angmenlc pendant la première période de l'anesthésie, il n'en

(1) Comptes rendusde Académie des sciences, l. X\IV, p. 1017.

(2) Rnuisson, ouvr. cité, p. 28".

est plus (le même si- l'on prolonge, sans interruption, les inhalations pendant douze minutes. Des variations identiques ont été mentionnées par MM. Vierordt (1) et Lehmann (2), à la suite de l'ingestion d'une certaine quantité d'alcool dont l'action est analogue à celle des agents anesthésiques, ainsi que nous l'avons démontré (3). Il est probable, ainsi que le l'ait remarquer M. Bouisson, si l'on tient compte surtout de la durée maximum des inhalations qui a été de quatre minutes, que MM. Wille et Blandin n'ont obtenu qu'une anesthésie incomplète et n'ont pris leurs observations que pendant la période d'excitation.

Dès lors toute contradiction disparaît, et le fait général peut être traduit de la sorte : Pendant la durée de la période d'excitation , l'activité organique s'accroît et l'exhalation de l'acide carbonique augmente; quand l'influence déprimante de l'agent anesthésique commence à se faire sentir, l'exhalation de l'acide carbonique diminue, comme diminue l'énergie de toutes les fonctions, qui participent nécessairement à l'état de torpeur générale.

L'air expiré contient en outre une proportion variable de vapeurs stupéfiantes, tant que dure l'éthérisation. L'analyse chimique permet toujours de constater leur présence; souvent il suffit de l'odeur de l'haleine pour la révéler; quelquefois même, durant quelques minutes après des inhalations d'éther, l'air expiré a pu être enflammé : au moins le fait paraît avoir été observé par M. Landouzy.

ARTICLE m.

Les modifications qui surviennent dans la circulation pendant l'anesthésie permettent de compléter les données fournies

(1) Vierordl, Plnjsiol. des Alhem. Karisruhe, 1845.

(2) Lehmann, Précis do physiologie chimique animale, p. 358.

(3) Ràle de Valcool {ouvr. cité).

par la respiration ; leur connaissance est aussi d'un grand intérêt pratique. Familiarisé avec leurs détails, l'opérateur possède l'échelle de graduation la plus complète et la plus délicate des phénomènes éthériques.

On peut s'en rendre compte en interrogeant, soit le cœur, soit le pouls.

A. Battements du cœur. — Dès les premières inhalations, les hattements du cœur, déjà troublés par l'attente de l'opération, subissent des modifications qui sont en rapport avec l'état de la fonction respiratoire.

Les mouvements de la poitrine sont-ils énergiques, saccadés, le cœur bat avec force, d'une façon tumultueuse ; survientil des convulsions un peu intenses et surtout un état tétanique, ses mouvements s'accélèrent brusquement; vifs et secs, ils semblent enchaînés dans leur développement, puis bientôt ils cessent d'être appréciables, ou ne sont plus marqués que par de simples frémissements. Voilà le moment le plus dangereux de la chloroformisation, celui auquel se rapportent la plupart des accidents graves observés jusqu'alors.

Si au contraire la respiration manque d'activité, si elle est lente, incomplète, les battements du cœur deviennent faibles, moux, ondulés, mais réguliers. De même que la respiration change souvent de caractère, de même aussi le cœur change souvent de rhythme et avec la même brusquerie. Tout changement subit dans l'état du cœur doit sur-le-champ appeler impérieusement l'attention.

Lorsqu'on est assez heureux pour rencontrer un sujet chez lequel l'éthérisation se développe réguUérement, l'influence de cette dernière sur le centre circulatoire est uniforme et progressive. Sans tenir compte de la période d'excitation que nous supposons courte et modérée, les battements du cœur, depuis le début jusqu'à la période de résolution complète, restent faibles, réguliers, fréquents. Quand apparaît la résolution musculaire et que le sommeil ancsthésique devient profond, quels qu'aient été, jusqu'à ce moment, les incidents de l'éthéri-

sation, les battements du cœur diminuent toujours de fréquence, mais on dirait qu'ils sont alors moins exposés à ces oscillations soudaines, à ces défaillances si communes pendant les autres périodes ; conseillers fidèles en ce qui concerne l'état de la torpeur organique, ils persistent aussi longtemps que le veut l'opérateur habile, avec le même calme, la même régularité. Si, dans un but de recherches expérimentales, on pousse l'anesthésie jusqu'à la mort, ils s'affaibhssent progressivement, dégénèrent en oscillations plus ou moins régulières, puis s'arrêtent définitivement. Dans ces cas, le cœur survit toujours au dernier mouvement respiratoire ; son dernier frémissement est la dernière des manifestations vitales. C'est là un fait constaté dans nos expériences chez tous les animaux qui ont succombé aux progrès d'une éthérisation réguUère.

B. Le pouls fournit les mêmes enseignements que l'inspection du cœur. Son exploration plus prompte, moins gênante, fait qu'on a, le plus souvent, recours à lui dans la pratique. La Société des médecins allemands a noté l'élévation constante du chiffre des pulsations pendant les trois premières minutes des expériences faites avec l'éther. A cette accélération succédait un abaissement notable, bien que le nombre des pulsations restât plus élevé que dans l'état de santé. M. Bouisson (1) a observé une accélération du pouls pendant le premier tiers de la durée totale des inhalations nécessaires à la manifestation de l'insensibihté. Mais, ainsi que le fait remarquer cet auteur, les données fournies par de semblables observations ne représentent pas tout ce que l'anesthésie chirurgicale offre de particularités intéressantes.

Afin d'en donner une idée plus saisissante, nous avons relevé l'état de l'artère chez un certain nombre d'opérés, depuis le moment où ils ont quitté leur lit pour aller à la salle d'opérations, jusqu'au moment du réveil complet. La plupart

(1) Bouisson, ouvr. cHé,p. 20H.

FONCTION DE LA CIRCULATION ET DE LA CALORIFICATION. l6l

d'entre eux appartenaient à la clinique chirurgicale du Valde-Gràce. Nous sommes heureux de saisir celte occasion d'adresser nos remercîments à M. le professeur Legouest pour le concours empressé qu'il a bien voulu nous prêter en celle circonstance.

Voici quelques-uns de ces relevés, tels qu'ils se trouvent consignés dans nos notes.

OfiSEnvATioN I. — Jeune homme atleinl d'une carie du premier mé-

tatarsien. Amputation de l'organe.

État du pouls avant les inhalations 106 pulsations.

— pendant l'anesthésie incomplète. ... 144 —

— pendant l'aneslhé- / . , ,

. ^ , H" exploration. . . 90 — sie conhrmee et i ,

,, , < 2° exploration. . . 76 — pendantl opéra- j „

. ^ (3" exploration. . . 76 — non l

— après les inhala- r 1 exploration. . . 80 — ■

lions {i* exploration. . . 84 —

Obseiivation II. — Jeune homme atteint d'une tumeur blanche du cou-de-pied droit. Cautérisation au fer rouge.

État du pouls avant les inhalations 120 pulsations.

— pendant l'anesthésie incomplète. ... 144

— au moment des cautérisations prati-

quées avant l'avènement de l'anesthésie complète -120 .

Malgré les cris, l'agitation, les plaintes renouvelées chaque fois que le cautère louche la peau, le pouls reste à 120 pulsations.

Observation IH. — Extirpation de ganglions cervicaux chez un adulte.

État du pouls avant les inhalations 87 pulsations.

— pendant l'aneslhé- l'I" exploration. , . 88

sie incomplète- (2« exploration. . . 96

— pendant l'anestiiésie confirmée et pen-

dant l'opération 70 i

•MCATION.

1G2 FONCTION DE LA CIIlCULAïION ET DE LA CALORIE

Odservation IV. — Amputation do la jambe au lieu d'élection chez jeune homme qui fait le sujet de la deuxième observation.

ce

u pouls avant les inhalations. .

. 116 pulsations.

— pendant l'anesthé- i

exploration. .

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