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DURÉE ET TERMINAISON DE L'ANESTHÉSIE

§ I. — Durée.

Tous les sujets sont loin de subir de la même façon l'influence ancsthésique. Chez certains d'entre eux, et notamment chez les enfants, quelques inhalations suffisent pour provoquer un état complet de résolution musculaire, avant même que l'observateur ait songé à rechercher les premiers effets des vapeurs stupéfiantes. Ailleurs, le malade se débat pendant dix, quinze, vingt minutes, sans qu'il soit possible d'obtenir un instant de sommeil paisible. Des auteurs pensent même qu'il y a des malades complètement réfractaires à l'influence anesthésique. Il faudrait, pour faire accepter cette immunité, l'appui de quelques bonnes observations; la science ne les possède pas : à leur défaut, nous sommes disposés à, croire seulement à un défaut de précision dans le langage. Ce n'est pas la quantité de chloroforme mise en œuvre, mais bien la quantité inhalée qui produit l'anesthésie. Dès lors, quand on se rappelle l'obstination avec laquelle certaines individualités se débattent instinctivement ou volontairement contre l'impression produite par les premières vapeurs, on comprend sanspeine que le chirurgien, préoccupé de cette résistance* insolite, s'arrête à un moment donné, et déclare, après avoir dépensé beaucoup de chloroforme en pure perte, le patient réfraclaire aux agents anesthésiques, quand il n'a été que rebelle à leur administration. Voilà pour nous la véritable signification de ces cas exceptionnels; aussi nous pensons qu'il est toujours possible, avec de la patience et de la persévérance, d'obtenir, sans danger spécial, les effets que l'on recherche.

Indépendamment des aptitudes individuelles qui se révèlent à l'égard du chloroforme dans la même mesure qu'à l'égard des autres médicaments, l'impressionnabilité est encore très variable chez le même individu ; clic peut être modifiée par les

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condilions de santé, l'élat moral du moment, par certaines habitudes invétérées, etc. M. Nélaton, à propos d'un cas de mort subile survenue , dans la clientèle d'un chirurgien de province, chez un blessé chloroformisé pendant l'ivresse, appela l'attention sur l'influence que peut avoir cet état sur les résultats de la chloroformisation. Quelques expériences faites sur des chiens alcoolisés tendraient à faire croire que l'ivresse rend l'anesthésie plus prompte et plus grave (1). Cette assertion, basée seulement sur deux expériences, est trop importante pour ne pas nécessiter de nouvelles recherches, d'autant plus que l'abus habituel des boissons alcooliques paraît développer chez l'homme une aptitude presque inverse. M. Robert (2) et avec lui beaucoup d'autres chirurgiens ont constaté que l'ivrognerie amène une disposition fâcheuse dont les effets sont de rendre l'éthérisation difficile, agitée, et parfois incomplète. M. Sédillot (3) a fait observer également que les individus vigoureux, habitués à l'usage des alcooHques, étaient relativement réfractaires, et exigeaient, pour être endormis convenablement, plus de temps, de patience et de chloroforme. Il en est de même des sujets irritables, pusillanimes, qui ont une crainte exagérée de l'opération et même de la chloroformisation, ou qui sont en proie à une agitation excessive. La surexcitation du combat paraît avoir rendu complètement ■ réfractaires au chloroforme des soldats frappés dans le feu de l'action. Après l'affaire de la villa Pamphili, deux chirurgiens militaires tirent de vains efforts pour obtenir l'insensibilité chez les sujets qu'ils voulaient opérer : ils ne parvinrent qu'à provoquer une agitation telle, que plusieurs aides avaient peine à maintenir les malades (k). Il convient d'ajouter que les mêmes faits ne se sont point reproduits pendant la

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXII, p. 99J.

(2) Robert, note citée.

(3) Scdillot, Des règles de Vapplicalion du chloroforme aux opérations chii'urgicales. Paris, 1852, p. 37.

(4) Yvonneau, De l'emploi du chloroforme, 1833.

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