‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 45 sur 133 · ACTION DIRECTE SUR LE SANG · texte numérisé non relu

ACTION DIRECTE SUR LE SANG

Les conditions de l'éthérisation, les données que l'on possède sur l'absorption des médicamenis, devaient faire présumer que le sang, pendant l'état aiiesthésique, était chargé de vapeurs stupéfiantes. On s'est efforcé de déterminer les

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ACTION DIRECTE SUR LE SANfi. lt>a

cbangemenls que pouvait entraîner ce conlact. dans la composilion et les qualités de ce liquide. De l'éther l'ut mélangé directement avec lui : on vit qu'il le brunissait et lui faisait prendre la teinte du sang veineux ; mais cet effet n'est point propre à tous les anesthésiques. M. Flourens, qui, le premier, étudia ce genre de réaction, constata que si l'éther sulfurique brunit le sang, l'éther chlorhydrique le rend plus éclatant, et l'éther nitrique lui donne une couleur brun chocolat. Chambert a constaté qu'en ajoutant à du sang artériel un cinquième, en poids, d'éther sulfurique, on augmentait sa fluidité et on lui donnait l'aspect du sang veineux (1). Versé sur un coagulum sanguin, l'éther brunit le caillot et rend le sérum transparent.

La consistance du sang n'est pas modifiée par la présence de la vapeur d'éther. Ainsi que M. Bouisson, l'un des premiers, en a fait la remarque, on n'observe aucun changement dans la consistance des caillots provenant de sujets élhércs, et la coagulation ne paraît nullement influencée.

A l'examen microscopique, le sang n'offre pas d'altération mieux caractérisée. Lorsqu'on traite ce liquide par l'éther sur le porte-objet, la disposition des globules est troublée et leur forme s'altère. Leur consistance parut diminuée à Chambert. En substituant le chloroforme à l'éther, MM. Jules Guérin et ïiÇbert (2) ont vu que les globules étaient modifiées dans leur forme et leur consistance ; ils se contractent et paraissent bientôt déchiquetés sur leurs bords. Mais ces effets dont il est facile de se rendre compte par le conlact d'un liquide doué de propriétés irritantes et coagulantes, ne s'observent plus quand, au lieu (le provoquer cette réaction sous le microscope, on examine du sang emprunte à un animal en état d'élhérisme. Enfin on a voulu s'assurer par des analyses complètes

et comparatives, si la composition du sang était modifiée.

(1) Chambert, Mcm. cite.

(2) Gaselle médicale. Paris, 1848, p. 910.

MODE d'action DKS agents ANESTHÉSIQUES.

M. de Grorup analysa le sang de deux opérés de M. Ileyfelder ; il ne parvint à saisir aucune différence. Chamberl est arrivé au même résultat négatif. Une analyse comparative, faite avec beaucoup de soin par M. Lassaigne (1), révéla pourtant quelques différences que l'auteur attribue à la présence de la vapeur d'élher : un léger excès d'eau dans le sérum, une diminution dans le poids du caillot, une modification dans sa consistance et une teinte rougeàtre persistante du sérum.

Rappelons aussi que nous avons signalé à plusieurs reprises dans nos recherches expérimentales, la présence d'une grande quantité de gouttelettes de graisse à la surface du sang extrail des vaisseaux pendant la vie ou observé après la mort chez des animaux soumis soit aux inhalations d'éther ou de chloroforme, soit à l'action de l'alcool. Cette apparence graisseuse, facile à constater, semble indiquer une modification survenue dans l'état des éléments gras du sang.

Malgré ces remarques de détail, on peut établir que la constitution physique et chimique du sang n'est point directement altérée par la présence des vapeurs d'éther ou de chloroforme qu'il peut tenir en dissolution. Ce n'est donc pas dans unf altération organique directe quelconque du fluide nourriciei qu'il est possible de placer la cause des phénomènes de l'éthé risme.

Dans la pensée de M. Edouard Robin, il n'en serait plus d( même des propriétés vivifiantes du sang. Pour lui, toutes le: phases de l'éthérisme dépendent de l'asphyxie du globuli sanguin, déterminée par la diminution de la quantité absohn d'oxygène qui pénètre dans le sang pendant l'éthérisation et pa l'absorption du principe de toute stimulation organique (2)

Dans une autre communication, le même auteur, fidèle ses idées, tire de nouvelles recherches cette conséquenc que, hors de toute influence nerveuse et même à doses extrè

(il Bulletin de l'Académie de médecine, t. XII, p. 445, (2) Noie citée.

DÉCOMPOSITION DANS L'ORfiANISME. 1 80

niemenl faibles, l'élher suUurique et le chloroforme paralysent l'action de l'oxygène humide sur le sang et les matières animales, et que cette cause contribue puissamment à déterminer l'anesthésie. M. Gruby, dans un mémoire pubhé en I8/18 (1), ne s'est pas éloigné beaucoup de cette opinion, qui peut être résumée de la façon suivante : action des éthers sur l'oxygène du globule sanguin ; asphyxie d'une forme spéciale déterminant la perte momentanée des facultés cérébrales, et en particulier de la sensibilité.

ARTICLE m.

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