ACTION SUR LES PHÉNOMÈNES PHYSICO-CHIMIQUES DE LA RESPIRATION
Pour beaucoup d'auteurs, l'action des agents anesthésiques se confond avec celle des agents asphyxiants : ce n'est qu'en provoquant un état asphyxique qu'ils agiraient sur la sensibilité. Cette idée se trouve déjà présentée en substance dans l'article précédent; mais là il s'agissait d'une forme toute spéciale d'asphyxie, participant autant de la nature des empoisonnements que de celle de l'asphyxie ; ici, au contraire, il s'agit d'une asphyxie simple, causée par un excès d'acide carbonique provenant, soit d'une décomposition opérée au sein de l'organisme, soit d'une gêne apportée aux fonctions mécaniques de la respiration.
§ I. — nécompo««i(loii ilcM vapeiir<!i nne!«tliô<«i4ues au »ein de l'organisme .
Déjà, en 1847, M. Detmold avait établi que l'acide carbonique était, dans les substances anesthésiques, l'élément qui déterminait l'insensibilité. Plus lard, voulant appliquer sa théorie aux trois agents anesthésiques les plus connus, le
(I) Tableaux et conclusions des expériences faites sur l'inspiration d'étherchez les animaux {Comptes rendus de V Académie des sciences, l. XXFY, p. 192).
186 MODE d'action DES AP.ENTS, ANESTIIÉSIOIIRS,
proLoxyde d'iv/Ma, lo clilnroforme el. l'éUier, il admit par bypolhèse que les deux derniers de ces corps fournissaient, par leur décomposition, du carbone qui absorbait l'oxygène du sang, tandis que le premier absorbait directement ce gaz dans l'organisme (1).
La même tbéorie a été reproduite et généralisée depuis par M. Ozanam.
Après avoir énuméré toutes les substances auxquelles divers expérimentateurs ont reconnu des propriétés stupéfiantes plus ou moins énergiques (2), M. Ozanam formule la loi suivante : « Toute la série des corps carbonés, volatils ou gazeux, est douée du pouvoir anesthésique; plus ces corps sont carbonés, plus ils possèdent ce pouvoir (3). » Et quelques pages plus loin : « Plus la proportion de carbone est forte (dans les substances anestbésiques) par rapport aux autres corps conipo-
sants, plus l'effet produit est intense Le carbone arrête
les manifestations vitales, brunit le sang, empêche l'bématose et paralyse le système nerveux. C'est le corps anesthésique par excellence (4). »
D'après M. Ozanam, les substances anestbésiques, une fois introduites dans l'organisme, s'y décomposent, donnent naissance à de l'acide carbonique, qui seul produit les phénomènes de l'insensibilité : plus il y a de carbone dans l'agent inhalé, plus il se forme d'acide carbonique, plus il y a d'effets produits. L'acide carbonique est donc l'anesthésique par excellence ; il doit être substitué à l'éther et au chloroforme, qui
(1) Journal ofmedicine. New- York, mai 1856. — Brailwaite's Retrospect., vol. XXXVII, p. 368.
{2)Êlher chlor hydrique (Sédillot), chloré, bromhydrique, sulfinjdrigue, telturliydrique, cyanhydrique, nilreux (Flouiens) , azotique, accliquc (Flourens) , liqueur des Hollandais (Arari), aldéhyde (Poggiale), [ormométhylal, )iaphlaline, hydrogène carboné (lourdes) , acide carbonique (Simpson, Follin, Ozanam, Hcrpin) , oxyde de carbone (Ozanam, lourdes) , cyanogène, acide cyanhydrique (Ozanam) , amylènc (Snow, Fergnsson).
(3) Mém. cité, p. 38.
[i) Ibid., p. il.
nÉcoMPnsTTinN dans l'or(..\nismr. 187 ne peuvent êlre en pareille circonstance que des intermédiaires aussi inutiles que dangereux.
Cette théorie appliquée aux divers agents anesthésiques est en contradiction avec le principe qui lui sert de base. Leur richesse en carbone ne représente pas toujours une puissance anesthésique correspondante. L'araylène (C'^H*") est plus carboné que l'élher (C'IPO), et pourtant il est beaucoup moins actif, à tel point qu'avec lui, il est difficile de poursuivre les inhalations jusqu'à la mort. Les formules comparées de l'éther hydrochlorique (C*H*C1) et du chloroforme (G'HCl') conduiraient, d'après le même principe, à attribuer au premier des propriétés plus énergiques qu'au second, tandis qu'il est au contraire le plus inoffensif de tous.
Comment d'ailleurs admettre, sans preuve directe, la destruction au sein de l'organisme, d'un agent comme le chloroforme, qui ne se décompose qu'en donnant naissance à des gaz éminemn)ent délétères pour le sang, tels que le chlore et l'acide chlorhydrique? Comment exphquer, avec cette prétendue décomposition, la diminution de l'acide carbonique dans l'air expiré, pendant l'état anesthésique (voyez p. 158)? Nous pourrions nous étendre plus longuement sur ces preuves par induction, si nous n'avions démontré contradictoirement, en retrouvant dans le sang, dans les viscères et surtout dans le cerveau, l'agent non modifié, cause matérielle, pondérable des effets observés, que les substances anesthésiques ne faisaient que traverser l'organisme, et qu'elles étaient , après un temps variable , rejetées au dehors par les diverses voies d'élimination. Une seule substance, la seule que M. Ozanam ait omise, aurait pu prêter quelque appui à ses idées. La plupart des physiologistes admettaient, en effet, que Ffilcool, bien que doué de toutes les propriétés anesthésiques, était transformé sous l'action comburante de l'organisme et complètement brûlé en donnant naissance à de l'eau et de l'acide carbonique. Nos expériences ont montré que
'1B8 MODE D'AGTjO.N DES AGENTS ANESTIIÉSIQUES.
la tleslruction de l'alcool n'étail pas mieux fondée que celle de l'éther ou du chloroforme (1). De la sorte, on peut établir sans réserve que rien n'autorise à admettre une transformation quelconque des agents anesthésiques au sein de l'organisme. C'est en eux-mêmes, et non dans les divers produits de leur hypothétique destruction, qu'il faut aller chercher la cause de leur action.
§11. — Action des vapeur»! ancs(héMi<|ucii« sur I"ét«t organique ilu
poumon.
Persuadé, comme M. Ozanam, que les substances anesthésiques ne doivent leur action qu'à l'asphyxie, qu'elles provoquent, M. le docteur Faure institua de nombreuses expériences dans le but de trouver la manière dont se produisait l'asphyxie éthérée. Les altérations pathologiques constatées par l'auteur, à la suite d'injections de chloroforme hquide dans les bronches, de projections de vapeurs concentrées sur un point quelconque de l'arbre aérien, et enfin d'inhalations variées, l'ont conduit à l'exliquer de la façon suivante, pour le chloroforme en particulier. Le chloroforme, contrairement à l'opinion généralement adoptée, n'a aucune action spéciale sur l'organisme, comparable à celle des autres agents toxiques ; il ne possède qu'une action locale, qui détermine pendant les inhalation^ « la stase du sang dans les capillaires du poumon, et la formation, par l'ensemble des vaisseaux extrêmement serrés qui contiennent du sang coagulé, d'une sorte de membrane artificielle imperméable, posée comme une barrière entre l'organisme et l'atmosphère (2). » Il en résulte un état pathologique dont voici les caractères principaux : « Poumons d'un rouge foncé, s'affaissant beaucoup moins que cela n'a lieu après ton! autre genre de mort, et restant assez volumineux; coloration rouge des bronches, d'autant plus intense, que l'on s'éloigne
(1) Ouvr. cité.
(2) Faure, Mém. cilr [Archiver générales de médecine, r," série, t. XII, p. 170)-
ACTION SL'R l'état ORGANIQUE DU POUMON. 1 »• '
lie leur origine. Au niveau des vésicules, celte coloration ilcvient si intense, qu'elle se confond avec la couleur vive du sung- qui s'écoule des incisions : elle est due manifestement à la stase du sang dans les vaisseaux (1). »
Ainsi, d'après M. Faure, le chloroforme, quel que soit son mode d'administration, n'exerce qu'une action purement locale; son rôle dans l'anesthésie se borne à empêcher mécaniquement la respiration, et ses effets sont proportionnels à l'étendue ou à l'intensité des désordres qu'il provoque. Cette opinion basée, sans aucun doute, sur des faits bien observés, montre à quelles conséquences peut entraîner la confusion des propriétés physico-chimiques de l'éther ou du chloroforme avec leur pouvoir anesthésique. Ce n'est point ici le lieu de reproduire les recherches que nous avons consignées dans un autre travail (2), et qui ont pour but de caractériser ces deux attributs de nature si différente. Elles démontrent que les propriétés irritantes, coagulantes du chloroforme, auxquelles M. Faure fait jouer le rôle principal dans la production de l'anesthésie, n'agissent que dans les cas oii l'on fait usage de l'agent sous la forme liquide ou de vapeurs concentrées ; qu'elles disparaissent ou cessent d'être appréciables pendant l'inhalation de vapeurs suffisamment diluées, c'est-à-dire pendant la véritable éthérisalion. Aussi les animaux sacrifiés pendant l'éthérisme ont-ils les poumons roses, crépitants, sans traces d'altération pathologique appréciables, soit à l'œil nu, soit à la loupe, soit au microscope. Si, dans les mêmes conditions, M. Faure a constaté des lésions matérielles au sein du parenchyme pulmonaire, elles ne peuvent résulter que des conditions mêmes de l'expérimentation.
Après avoir établi que l'action locale des éthers était sans effet dans la production de l'anesthésie, nous avons montré que dans la chloroformisation, au contraire, les vapeurs stupéfiantes, dépouillées en partie de leurs propriétés irritantes, pénétraient
(1) Faure, ibid, p. i68.
CJ) Ouvr. cite, p. 3U et suiv.
190 MODE d'action DES AGENTS ANESTIIÉSIQUES.
par absorplion ot imprégnaient l'organisme à la façon des autres poisons. Chez les animaux qui ont succombé aux progrès de l'éthérisme, on trouve, par l'analyse, l'agent délétère dans tous les organes; bien plus, nous avons découvert que les anesthésiques, en vertu d'une localisation élective, s'accumulent dans les centres nerveux.
. Ces preuves directes, fournies par la physiologie expérimentale, paraîtront sans doute inutiles à quiconque aura réfléchi au danger qu'il y aurait à provoquer de plein gré la coagulation, ou tout au moins la stase du sang dans les capillaires des poumons. Pour nous, la possibiUté de pareils accidents équivaudrait à la condamnation sans appel de la méthode anesthésique.
Les auteurs dont nous venons de rappeler les travaux n'ont eu d'autre but que de créer une forme particuhère d'asphyxie destinée à rendre compte des phénomènes observés pendant l'éthérisation. Il est peu surprenant qu'il nous ait été impossible de concilier leurs idées avec les données de la physiologie et les résultats de l'observation. L'éthérisme, en effet, est indépendant de toute asphyxie. Si l'on a essayé d'établir une choquante synonymie entre ces deux états, cela tient à ce que l'asphyxie, comme l'éther ou le chloroforme, détermine, à une certaine période de son développement, des troubles profonds du côté de la sensibihté. En présence de cette communauté d'effets, on a cru logique de conclure à l'identité des causes, ou plutôt à l'existence d'une cause unique, l'asphyxie.
Il est incontestable que l'asphyxie rend insensible , mais sous son injfluence les fonctions du système nerveux ne sont point troublées de la même façon ni aussi profondément que pendant l'éthérisation.
Les anesthésiques portent une atteinte directe au principe même de l'activité nerveuse partout oi] elle existe; ils abulissenl le pouvoir excito-moteur. Avec les asphyxiants, au conlraii'C,
ACTION SUR l'hématose. 191
la molricilé [lersiste dans la moelle et. les nerfs; par les irritants mécaniques, on peut déterminer des convulsions jusqu'au moment de la mort.
L'état anesthésique de l'asphyxie reconnaît une cause matérielle : avant d'exister, il a eu sa raison d'être dans des modifications saisissables survenues dans la constitution du liquide sanguin. C'est sous l'influence du sang noir que l'innervation périclite : l'anesthésie est donc consécutive.
Elle est au contraire primitive avec l'éther et le chloroforme, car il n'est pas possible de trouver la raison de leurs feffets dans une altération du sang. Depuis longtemps déjà, M. Flourens a établi cette distinction fondamentale : « Dans » l'asphyxie ordinaire, écrit-il, le système nerveux perd ses » forces sous l'action du sang noir, du sang privé d'oxygène ; » et dans l'éthérisation, le système nerveux perd d'abord ses » forces sous l'action de l'agent singuher qui le détermine : c'est î là qu'est la différence (1). » Amussat fit un instant opposition à cette distinction si bien établie. Dans des expériences 'qu'il répéta en présence de Lallemand (de MontpelUer) et de M. Rayer, il fit remarquer que le sang coulait noir dans les àrtères pendant la durée de l'éthérisation. Mais des recherches nombreuses, faites sur le même sujet par MM. Renault (d'Alfort), Longet, Blandin, Jules Guérin, etc., ne permettent pas de douter que la perte complète de la sensibihté ne survienne avant que le sang artériel ait changé de couleur. La coloration remarquée par Amussat est un fait exceptionnel, contingent, et attribué avec beaucoup de raison à un mode vicieux d'expérimentation qui consiste à placer la tête de l'animal dans un sac imperméable et d'une capacité insuffisante pour l'entretien de la respiration. Afin d'éviter toute confusion, il est important de rappeler que, dans les expériences sur les animaux, il arrive un moment où le sang artériel brunit; c'est là un effet consécutif qui ne s'observe qu'à la période ultime de l'élhérisme,
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXI V, p. 343.
et qui se justifie facilement par l'étal de torpeur dans lequel sont plongées les puissances inspiratrices. D'ailleurs, même dans ces conditions, le sang artériel est brun, couleur lie de vin comme dans l'agonie; sa coloration diffère de la nuance noir-bleu qui apparaît dès le début de toute asphyxie proprement dite.
Ce que la physiologie expérimentale permet d'établir, la clinique le confirme. Pendant les opérations pratiquées sur l'homme en état d'anestliésie complète, rien ne rappelle à l'esprit l'idée de l'asphyxie : ici les facultés mentales sont simultanément envahies, la peau est marbrée, les tissus turgides, le sang artériel noir foncé ; là les facultés de l'âme ne disparaissent que progressivement, la face est pâle, terreuse, et le sang s'échappe des artères en saccades vermeilles. Ce n'est que dans des circonstances accidentelles, spéciales à l'individu et non à l'agent, que les troubles dynamiques de la fonction respiratoire produisent momentanément un peu de congestion vers la tête et cette nuance plus foncée du sang artériel, remarquée par plusieurs chirurgiens. Nous pourrions en dire autant de ces chloroformisations prolongées qui, par le ralentissement qu'elles imposent à l'activité vitale, et conséquemment aux fonctions de l'hématose, peuvent avoir pour effet subsidiaire de ternir l'éclat du sang.
ARTICLE rV.
Les changements qui s'opèrent, sous l'influence des éthers, dans la sensibilité, l'intelligence et la volonté, dépendent d'une action directe et spéciale exercée sur les centres nerveux. Elle est directe, puisqu'il n'existe en dehors du système nerveux aucune modification organique capable de la justifier ; elle est aussi spéciale, puisqu'elle se caractérise par une inertie
primordiale de la puissance nerveuse qui n'appartient ni à l'asphyxie, ni aux poisons que l'on a voulu ranger arbitrairement dans la classe des anesthésiques.
11 n'a pas suffi d'établir par exclusion que l'encéphale est non-seulement le tbéàtre, mais encore la source des phénomènes de l'anesthésie; les physiologistes, de bonne heure, ont cherché à découvrir le mode d'action de l'éther et du chloroforme sur le système nerveux, à déceler le lien secret, perturbation des forces ou altération organique, qui permît de rattacher l'effet à sa cause immédiate. Placée sur ce terrain où les recherches de MM. Flourens et Longet Font établie depuis longtemps, une pareille élude cesse d'être un simple point de vue dans l'histoire générale de l'éthérisation ; elle touche aux questions les plus élevées de la science de la vie. Une autre considération était aussi de nature à stimuler le zèle des physiologistes. L'apparition de l'éther suivit d'assez près les importants travaux auxquels nous devons une partie de nos connaissances sur les fonctions si controversées du système nerveux. Les agents anesthésiques , par leur action réguhèrement progressive sur les différentes parties de ce système, devaient paraître un excellent moyen de recherche ou de contrôle, bien supérieur aux vivisections, en ce que tout en abohssant temporairement la fonction, ils respectent l'organe. Ainsi le pense M. Longet, quand il envisage l'éthérisation comme un procédé d'analyse expérimentale, qui, employé avec discernement, permet d'isoler, chez l'animal vivant, le siège de la sensibilité générale du siège de l'intelligence et de la volonté.
Il existe dans la science des recherches entreprises à deux points de vue très différents : les unes ont pour objet le mode d'action des vapeurs diluées données en inhalations; les autres, les effets obtenus par l'action prolongée des substances anes thésiques à l'état liquide, ou de vapeurs concentrées sur les nerfs périphériques mis à nu, ou sur l'encéphale lui-même, comme l'a tenté M. Coze (de Strasbourg) . liien que la plupart d'entre elles aient été faites avec l'éther
nous n'avons aucun niolif pour ne pas généraliser les conséquences qui en découlent, el ne pas les appliquer aux autres agents anesthésiques.
§ I. — Mode d'action tien uncsthéHiqucs pris en inlialations.
MM. Flourens et Longet l'ont déterminé par la comparaison des phénomènes de l'éthérisme, envisagés en eux-mêmes et dans leur ordre de succession , avec les effets attribués à la suppression calculée de telle ou telle partie des centres nerveux.
On sait qu'à l'aide d'un système organisé de vivisections, les habiles physiologistes ont été conduits à reconnaître dans l'encéphale un certain nombre d'organes spéciaux, corresponlant à des. fonctions spéciales : 1° le cerveau proprement dit, préposé à l'exercice de l'intelligence et de la volonté; 2° le cervelet, moins connu dans son rôle physiologique, mais considéré par M, Flourens (1) comme le modérateur et le pondérateur des mouvements de locomotion ; 3° la protubérance annulaire, dont l'influence paraît à M. Longet indispensable à la manifestation de tout acte de sensibilité générale ou tactile ; et enfin, li° la moelle allongée, ou bulbe rachidien, à laquelle sont préposées, depuis Charles Bell, les fonctions les plus importantes de la vie organique , puisqu'elle préside à l'entretien de la respiration et de la circulation.
La moelle épinière constitue un organe distinct dont les fonctions n'ont pas été définies de la même façon. Pour M. Flourens, de même que le cerveau est le siège de l'intelligence, le cervelet le siège du principe coordonnateur des mouvements de locomotion, et la moelle allongée le siège du principe premier moteur des mouvements respiratoires; de même aussi la moelle est le siège du principe du sentiment et du
(1) Flourens, Recherches expérimenlales sur les propriétés el les fonctions du système nerveux dans (es animaux vertébrés. Paris, 1842; 2"^ cdil., p. 133 et suiv.
mouvement. M. Longel., au contraire, envisage la moelle, abstraction laite du pouvoir réflexe, comme un simple agent de transmission du principe du sentiment et du principe incitateur du mouvement, dont le vrai siège est dans la protubérance annulaire, l'un des centres perceptifs des impressions tactiles, et organe procréateur du principe des mouvements de locomotion.
Malgré les lumières de l'anatoraie comparée et des vivisections variées à l'infini, malgré le concours de la clinique et de l'anatomie pathologique, cette science des rapports entre les divers actes vitaux ou psychiques et leurs organes respectifs, reste avec des points litigieux ou obscurs, surtout dans ses applications àl'homme. C'est sur cette doctrinedela localisation des facultés cérébrales que repose la théorie de l'éthérisation, telle qu'elle a été formulée par MM. Flourens etLonget, et telle qu'elle a servi de consécration aux idées sur lesquelles elle repose. Elle distingue dans l'éthérisme quatre phases distinctes et successives, correspondant à l'envahissement progressif : 1° du cerveau et du cervelet, T de la protubérance annulaire, 3° de la moelle épinière, et h° de la moelle allongée.
A. Action sur le cervemi et le cervelet. — Lorsque l'on fait respirer des vapeurs d'éther à l'homme et aux animaux, il survient d'abord des phénomènes qui attestent des troubles du côté de l'intelligence et de la régularité des mouvements : le eerveau et le cervelet paraissent ainsi frappés en premier lieu. Si l'on poursuit l'éthérisation, les mouvements deviennent bientôt moins violents, l'animal fléchit sur les membres, tombe sur le flanc, exécute encore quelques mouvements avortés, puis s'abandonne au sommeil. Mais si on le pince fortement ou si on le soumet à une excitation quelconque un peu vive, l'animal sort de sa torpeur; il crie, il s'agite, fait quelques mouvements, sans toutefois réagir d'une façon efficace contre la cause (le la douleur. Cet état est attribué à l'éthérisation de la masse du cerveau, lobes cérébraux, tubercules quadrijumeaux,
couches optiques, corps strié, etc., etc., tandis qu'il y a encore
•yt) ACTION SUU LE SYSTÈME NERVEUX
inléyi-ilé de la protubérance annulaire et du bulbe rachidien. Pour le démontrer, MM. Flourens et Longet ont lait la contreépreuve expérimentale. Ils ont enlevé à des animaux le cerveau tout entier, en respectant la protubérance et la moelle allongée. Cette mutilation déterminait un sommeil immédiat, c'est-à-dire l'immobilité avec la perte de connaissance ; mais une impression pénible avait le pouvoir de les réveiller et de provoquer chez eux de l'agitation et des mouvements désordonnés.
B. Action sur la protubérance annulaire. — Si l'on continue l'éthérisation amenée déjà au point où elle était tout à l'heure, la sensibilité disparaît, l'animal ne réagit plus contre la douleur, si ce n'est par quelques mouvements réflexes, en attendant le moment où la faculté locomotrice sera elle-même complètement éteinte ; l'animal est alors réduit aux fonctions élémentaires de la vie végétative. D'après les fonctions qui lui sont dévolues, cet état est attribué à l'éthérisation de la protubérance annulaire. M. Longet s'est assuré qu'en soumettant aux inhalations d'éther un animal auquel on ne conserve que la protubérance et le bulbe, on obtient bientôt chez lui une insensibiUté qui n'existait pas auparavant, et qui s'observe non-seulement dans les cordons nerveux, mais dans la protubérance explorée directement. En cessant l'éthérisation, on fait cesser bien vite aussi l'insensibilité; le centre perceptif recouvre progressivement ses fonctions, et de telle sorte qu'il fonctionne comme centre perceptif avant de redevenir organe sensible lui-même. Ce n'est en effet qu'un certain temps après que le nerf sciatique, serré avec les mors d'une pince, provoque de la douleur, que la contusion, la déchirure de la protubérance, déterminent de nouvelles douleurs et de nouvelles plaintes.
Pour faire mieux apprécier cette marche progressive de l'éther, M. Longet mit encore en opposition les effets obtenus par les agents anesthésiques, avec les effets produits par l'amputation successive des diverses parties de l'encéphale
dans l'expérience suivanle : « Le nerf soiatique, mis à découvert sur trois animaux , chiens ou lapins , fut pincé , tiraillé à plusieurs reprises chez chacun d'eux, et chaque fois l'irritation détermina une grande agitation, des cris plaintifs qui ne laissèrent, sur l'existence de la douleur, aucun doute dans l'esprit des personnes qui assistaient à l'expérience. Or, le premier de ces animaux était anesthésié au premier degré, c'est-à-dire au point de perdre l'intelligence et la régularité des mouvements; le second ne conservait du cerveau que la protuhérance et le bulbe, et le troisième n'avait subi d'autre violence que celle qui pouvait résulter de la blessure faite à la cuisse. Chez le second , la protubérance annulaire fut alors retranchée, et quoiqu'il continuât à vivre et à respirer, il resta parfaitement calme et impassible sous l'action du scalpel. Chez le premier, l'éthérisation fut poussée plus loin et la même insensibilité ne se fit guère attendre (1). i>
Il résulte de celte expérience que la protubérance est indispensable à l'exercice de la sensibilité générale, et qu'elle représente un premier centre perceptif des impressions tactiles.
M. Bouillaud avait déjà implicitement émis la même opinion, en déclarant qu'il ne considérait pas le cerveau proprement dit comme l'organe unique des perceptions (2). Gerdy, beaucoup plus explicite, envisageait la protubérance annulaire comme un centre de perceptivité et même de volonté (3). Dans cet ordre d'idées, toute impression extérieure aboutit à la protubérance annulaire, y produit une perception ou une sensation instinctive, capable de déterminer des plaintes et de la douleur, mais qui ne se complète que par sa transmission au cerveau, où elle devient une source de manifestations intellectuelles. Comme l'éther et le chloroforme agissent manifestement sur le cerveau avant d'agir sur la protubérance, il en résulte que la sensation se trouve de bonne heure dé-
(1) Longet, Mém. cité.
(2) Journal de physiologie expliquée, t. X, p. 42.
(3) Bulletin de VAcadnnie de médecine, t. V, p. 247.
l98 ACTION Sun LE SYSTÈME NERVEUX
composée el comme défloiiblée; privée de l'élaboration intellectuelle, elle est abaissée au niveau d'une sensation instinctive, se traduisant ou pouvant se traduire par des manifestations de même ordre auxquelles la conscience ne prend aucune part.
Un grand intérêt pratique se rattache à l'étude de ce point particulier. Il arrive tous les jours, dans les hôpitaux, que le patient, parfaitement calme, impassible en apparence, trouve brusquement, dans l'action du bistouri ou toute autre excitation vive, un stimulant qui le transforme et qui soulève une sorte de révolte intérieure, accusée par l'injection subite de la face, des mouvements désordonnés et l'expression non douteuse de la douleur. Chaque cri, chaque mouvement correspond à chaque impression douloureuse et finit avec elle. Sans contredit, la première fois que pareille chose se présenta, la réaUté de la persistance de la douleur ne fut pas mise en doute. Et pourtant l'opération une fois terminée, le malade, revenu à lui, ignore tout ce qui s'est passé, se croit encore dans l'attente de l'épreuve qu'il doit subir. Toute émotion pénible disparait à la vue de sa béate surprise, lorsqu'on lui annonce, ou mieux lorsqu'on lui démontre la réalité de sa délivrance. Ce fait, d'observation journaUère, a besoin d'être interprété, car si, malgré cette opposition entre les phénomènes vitaux et leur témoignage psychologique, la douleur existe réellement, l'aneslhésie est restée incomplète , le chirurgien a manqué en grande partie son but, et il reste démontré qu'il est indispensable de pousser plus loin l'éthérisation.
La plupart de ceux qui se sont occupés de cette question ont admis l'existence réelle de la douleur. Blandin, MM. Longet et Courty (de MontpelUer) (1), sont du nombre, Pour eux, la douleur existe parce qu'elle s'est manifestée avec ses signes habituels et non équivoques. Cette opinion, à laquelle nous nous raUions complètement, a été combattue par M. Bouisson pour les raisons suivantes. Les individus, dans la graml»'
(I) Ga:;eUc nu'dicale, IS51, p. 374.
majorité des cas, n'oublient pas les songes qu'ils font pendant le sommeil anesthésique : or, s'ils ont le souvenir de leurs songes, comment n'auraient-ils pas le souvenir de la douleur elle-même? « Pour que celle-ci soit réellement sentie comme douleur, dit-il, c'est-à-dire pour qu'il y ait perception psychologique de la sensation pénible, il faut que l'intelligence ne soit pas totalement suspendue, autrement il ne saurait y avoir oubli
» Mais cette supposition de la conservation de l'intelligence se trouve en contradiction avec l'observation ordinaire, qui prouve que l'incapacité intellectuelle est complète au moment de l'opération. Il en résulte qu'on ne saurait admettre que les opérés souffrent et qu'ils oublient, car, nous le répétons, l'oubli suppose un acte préalable de l'intelligence; et à moins qu'un songe simple ou somnambulique ne se produise pendant l'éthérisation, ce qui constitue un cas particulier différent de celui qui nous occupe, rien ne prouve que l'intelligence soit apte h se ma.nifester (1). »
En résumé, il ne manque, pour retrouver ici tous les caractères de la douleur vraie , que le souvenir possible de son existence. A juste litre, on attribue ce défaut de souvenir non pas à un oubli, mais à une incapacité résultant de ce que le cerveau, comme organe de la conscience, a cessé d'intervenir. Mais de ce que la sensation douloureuse cesse d'être réfléchie, s'ensuit-il qu'elle doive être considérée comme non avenue? En termes plus généraux, un homme dont les facultés intellectuelles sont troublées au point que l'exercice de la conscience, et par conséquent de la mémoire, soit suspendu, devientil incapable de sentir et de souffrir? Comme être intelligent et libre, oui; comme être organisé, non. La douleur complète est un jugement: la douleur peut être sentie et non jugée ; elle change alors de caractère, mais ne cesse pas d'exister, car à tous les raisonnements établis pour la contester, elle oppose
(1) Bouisson ouvr. cUé, p. 280.
tous les signes à l'aide desquels on peut affirmer son existence ; elle devient en quelque sorte purement organique, et n'a rien de plus surprenant que la sensation douloureuse éprouvée par l'animal auquel il ne reste plus comme centre perceptif que la protubérance annulaire. Il existe chez l'homme un certain nombre de facultés intimement hées à la vie organique, des facultés de seconde majesté, comme les désignait tout récemment M. Amédée Latour, d'une façon très pittoresque (1), qui n'ont avec l'exercice de l'inteUigence que des rapports plutôt contingents que nécessaires; la sensibilité générale ousensoriale et partant la douleur sont du nombre.
Appréciant les faits en physiologistes, nous croyons à l'existence de la sensation du moment que ses effets organiques nous frappent les yeux, tout en nous gardant bien de la confondre avec la même notion, élevée en quelque sorte à une plus haute puissance, sous l'influence de la perception cérébrale. N'en est-il pas de même dans les exemples suivants que nous citons pour rendre plus clairement notre pensée? Une personne nerveuse, sous l'influence d'une mauvaise digestion ou sans cause appréciable, est surprise dans son sommeil par l'un de ces rêves dramatiques dont l'impression sur la conscience n'est que trouble et confusion. Elle s'agite, elle sanglote; des larmes inondent son visage; ses traits trahissent la plus profonde terreur, la peau se couvre de sueur ; tout, en un mot, témoigne au dehors de l'existence d'une violente émotion , et pourtant quelques heures plus tard, pendant le moment qui va suivre, l'âme au réveil n'est avertie du drame nocturne que par la fatigue des organes. Ajoutons même que souvent, dans cet état, l'exercice des sens n'est point interrompu. Si l'on parle à certains sujets pendant leur sommeil, même en dehors du somnambuUsme, ils écoulent, ils rient, ils pleurent; si on les interroge, ils répondent, et ils répondent avec justesse : etpourtant, le lendemain, il ne reste aucune impression dans la mé-
(1) Union médicale, i862,i>. 435.
moire. La même opposition s'observe dans le délire, dans diverses formes de névroses et pendant le sommeil aneslhésique. Les exemples en sont fréquents, en particulier dans l'histoire de l'anesthésie chirurgicale : nous nous contentons de citer les deux suivants, empruntés à M. Courty (1).
Observation. — Un soldai auquel j'enlevais une tumeur graisseuse assez considérable sur lepaule droite, éprouva la sensation de la déchirure des tissus, entendit le cri du scalpel sans ressentir aucune douleur. Presque tout le temps de l'opération, il s'entretint avec moi ou avec les aides. Il rêvait et se croyait avec ses camarades à boire ou à jouer. Mais il voyait, il entendait toujours. Quand nous l'interpellions fortement, il répondait sur le sujet de son rêve et sur l'opération qu'il subissait dans le même moment. À son réveil, il ne conserva plus aucun souvenir de ce qsi venait de se passer, fut tout étonné de se trouver opéré, dit qu'il n'avait éprouvé aucune douleur, et qu'il se croyait sous l'influence d'un accès d'ivresse.
Chez un autre malade, la persistance de la sensibilité spéciale aux organes génitaux provoqua les effets non équivoques d'une vive excitation dont néanmoins le sujet ne garda aucun souvenir.
Observation. — Chez un sergent que j'avais chloroformisé pour le sonder, et dont la sensibilité générale était abolie et les .sensations spéciales, la vue, l'ouïe, étaient presque supprimées, le sens génital resta seul éveillé sous l'influence de l'excitation locale à laquelle il était soumis. En effet, tandis que je le sondais, il manifesta par des gestes, l'expression de sa physionomie et quelques paroles non équivoques, qu'il se croyait auprès d'une femme publique dont les mains se livraient à des attouchements impurs. A son réveil tout était oublié.
Est-il possible d'expliquer ces faits, que l'on pourrait multiplier et varier à l'infini, par la persistance du pouvoir excito-moteur ? Ce serait agrandir singulièrement le champ et la nature de ses manifestations. Les mouvements réflexes, si étendus et si complexes qu'ils soient, sont limités aux fonc-
(I) Courly, M(im. cité.
lions (Je la vie végétal ive. Il y a loin de ces pliénomènes isolés, affectés à un système organique en particulier et ffu'il est possible jusqu'à un certain point de calculer à l'avance, à ces troubles généraux réagissant sur toutes les fonctions! Ceux-ci, pendant lesquels l'organisme tout entier supporte le contrecoup d'une excitation irréfléchie, rendent saisissante Tinter- ■ vention cérébrale.
Loin de contester l'existence de la douleur dans ces épisodes intéressants de l'anesthésie chirurgicale, nous y voyons une preuve du dédoublement qu'il est possible d'obtenir par l'éthérisation dans les fonctions cérébrales : les unes, qui constituent la base de la raison humaine et dont l'exercice immédiat est presque indifférent à l'entretien de la vie, disparaissent vite et complètement au début de l'anesthésie ; les autres, en lesquelles réside l'activité organique, survivent aux fonctions intellectuelles, encore qu'elles paraissent sommeiller comme elles, et ne disparaissent que plus tard. L'exercice de la mémoire est 11 intimement hé à l'intégrité de l'intelligence ; à mesure que la raison s'égare , le souvenir s'efface , mais les fonctions persistantes n'en sont point directement modifiées. L'absence du souvenir chez les opérés n'a donc pas la valeur qu'on lui attribue, et du moment que l'expression habituelle de la douleur existe, il est logique de croire à son existence « Si parce qu'il n'y a pas conscience, dit M. Longet , vous, psychologue , refusez de reconnaître là le cri du moi souffrant ; devant ce corps en torture, moi, physiologiste, je l'appellerai le cri de l'économie tout entière (1). »
C. Action sur la moelle épinière. — La moelle épinière est la troisième partie de la masse encéphalo-rachidienne qui se trouve frappée dans la marche envahissante de l'éthérisme. La simplicité relative des fonctions de la moelle, la possibilité de la mettre à nu dans une assez grande étendue, sans compromettre gravement et d'une façon prochaine l'existence, le moyen
(-1) Longet, Mcm. cilé.
DES ANESTIIÉSIQUES PRIS EN INHALATIONS. lOi
d'interroger isolément les parties qui la constituent, ont permis aux physiologistes de préciser davantage les troubles qu'y détermine l'éthérisation. Les recherches de MM. Flourens et Longet ont établi d'une façon péremptoire que pendant les progrès de l'aneslhésie les fonctions de la moelle étaient complètement annulées ; mais ce résultat est atteint d'une manière progressive. Par des explorations successivement renouvelées à partir du début des inhalations, chez les animaux auxquels on a mis à nu la moelle épinière , on constate que les faisceaux postérieurs de cet organe et les racines qui en émanent sont frappés d'impuissance avant les faisceaux antérieurs, ou, en d'autres termes, que la perle de la sensibihté précède celle de la motilité.
La sensibilité disparaît elle-même graduellement et toujours dans le même ordre. Ce fait a été observé par M. Claude Bernard (1). Connaissant la propriété qu'avaient les substances aneslhésiques d'abolir progressivement les fonctions de la moelle épinière, il s'en servit comme moyen d'analyse, pour étudier de nouveau le mode de sensibilité découvert et étudié par Magendie sous le nom de sensibilité en retour ou de sensibihté récurrente. Dans -le cours de cette recherche , M. Claude Bernard constata, en procédant avec une lenteur suffisante, que l'insensibilité, avant d'être complète, atteignait successivement : 1° la racine antérieure ou sensibihté récurrente ; 2" la peau; 3" la racine postérieure; 4" le faisceau postérieur de la moelle. Si à ce moment on abandonne l'animal à lui-même, la sensibilité reparaît dans ces diverses parties en suivant un ordre inverse. 11 importe de rappeler que cette marche progressive se présente également chez les animaux en état d'asphyxie ou épuisés par une hémorrhagie abondante.
A cette période intermédiaire, caractérisée par la perte de la sensibilité, toute manifestation spontanée on provoquée par
(I) Comptrf: rendus de l'Académie des sciences, t. XXV, p. -104.
20/j ACTION SUR LE SYSTÈME NERVEUX
une excitation périphérique cesse de se produire. L'action cérébrale, 1'^ pouvoir réflexe, sont tous deux suspendus: mais il est encore possible de déterminer des convulsions en irritant directement les faisceaux antérieurs de la moelle. Au moment qui suit, le pouvoir excito-moteur lui-même est atteint ; l'expérimentateur peut à son gré piquer, lacérer la moelle épinière, sans obtenir la moindre réaction. Il y a donc là nonseulement annulation fonctionnelle de cette partie des centres nerveux, mais aussi participation directe à l'anesthésie générale, puisque le tissu de la moelle lui-même est aussi incapable de réagir que les nerfs de la périphérie qui en émanent. Nous savons déjà qu'il en est de même pour la protubérance annulaire.
La contractilité musculaire etl'excitabihté nerveuse, quand elle est sollicitée par un courant galvanique puissant, résistent seules à l'action de l'éther; encore ces propriétés sont-elles modifiées sinon dans leur énergie, comme le pense M. Bouisson, du moins dans la durée de leurs manifestations.
La conservation de la faculté contractile se constate facilement avec tous les irritants, et en particuUer l'électricité. Si, pendant l'état anesthésique, on coupe un muscle-, ses faisceaux tressaillent sous l'instrument ; ils se rétractent à peu près au même degré qu'en temps ordinaire. Ce que l'irritation mécanique des muscles par le contact de l'instrument peut produire, les courants galvaniques le déterminent plus sûrement. M. Chiminelli (de Vicence) (1), voulant apprécier sur lui-même ce genre d'action, et s'assurer en outre s'il élait possible, par ces moyens, de dissiper les effets de l'éther, se soumit au courant de l'appareil de Clark. Celui-ci provoqua des contractions énergiques dans les muscles de l'avantbras, mais la mise en jeu de la contraclilité fut sans effet sur l'état de la sensibilité. M. Chiminelli ressentit à peine une impression de pesanteur aux poignets, alors que l'aclion
(1) Annali tiniversali di medicina, 1847.
DES ANESTlIÉSigUES PUIS EN INHALATIONS. 20Ô
de l'appareil était insupportable pour toutes les personnes qui
en firent l'essai.
D'un autre côté, les expériences les plus nombreuses et les plus variées ont démontré qu'en soumettant à l'action galvanique un cordon nerveux ou les faisceaux moteurs de la moelle, il était toujours possible de provoquer des contractions dans les muscles correspondants. M. Robert paraît n'avoir pas observé, dans ses expériences, cette persistance de l'excitabilité électrique constatée par tous les observateurs. « Sur un chien, dit-il, anesthésié avec toutes les précautions que j'ai indiquées, j'ai ouvert le canal rachidien, j'ai planté deux aiguilles dans la moelle épinière en ayant soin de les fixer sur les faisceaux antéro -latéraux ; mettant ensuite ces aiguilles en rapport avec les deux pôles d'une pile, j'ai obtenu la contraction des membres inférieurs. Poussant encore plus loin l'anesthésie, j'ai constaté qu'alors l'action excilo-motrice de la moelle s'abolissait. Il est une particularité que je dois signaler, c'est que l'abolition portait surtout sur le système nerveux central; car lorsqu'on n'obtenait plus rien en élec- Irisant la moelle, si l'on transportait les aiguilles sur le nerf sciatique, on constatait qu'il restait excitable (1). j>
Les détails de cette expérience diffèrent de l'observation générale non-seulement en ce qu'ils font supposer que l'excitabilité des faisceaux de la moelle cesse de pouvoir être mise en jeu par un courant électrique pendant les derniers instants de la vie, mais encore parce qu'ils établissent que l'annihilation porte d'abord sur le système nerveux central, sur les faisceaux delà moelle, avant d'atteindre les cordons nerveux.
Cette divergence ne saurait être imputée à la nature de l'agent employé, car nous avons pu, dans nos recherches expérimentales, confirmer en tous points, avec le chloroforme, l'amylène et l'alcool, c'est-à-dire avec tous les anesthésiques, les lois formulées par MM. Flourens et Longet.
(1) IMlelin de la Société de chirurgie, l. IV, p. 167.
En présence de ces résultats contradictoires, il nous parait opportun de reproduire quelques-unes des expériences instituées à ce sujet par la commission de la Société médicale d'émulation.
Expérience faite en présence de M. Duchenne {de Boulogne], qui avait bien voulu faire fonctionner lui-même son appareil (l).
Nous avons enlevé, chez un chien, la partie poslérieure du corps des trois premières vertèbres lombaires, pour maître à nu la moelle dans l'étendue de 4 à 5 centimètres ; nous avons aussi découvert et isolé le grand nerf sciatique droit : nous constatons, en touchant le nerf et la moelle avec la pointe d'un stylet, que ces organes possèdent leur intégrité fonctionnelle, car l'animal pousse des cris aigus et ses membres postérieurs sont en proie à de violentes contractions.
On le soumet alors aux inhalations chloroformiques. La résolution musculaire se manifeste au bout de six minutes; à cet instant, on irrite le nerf sciatique et la moelle, sans provoquer le moindre cri, le plus léger mouvement.
On touche ensuite, au moyen de deux excitateurs communiquant avec les pôles de l'appareil galvano-faradique de M. Duchenne (de Boulogne), le nerf sciatique isolé qu'on fait traverser par un courant d'induction de tension faible, et l'on détermine des contractions énergiques dans le membre inférieur correspondant; on met de même la moelle en contact avec les excitateurs, el des contractions convulsives agitent également les membres postérieurs.
On suspend ensuite l'inhalation, et dix minutes après, l'animal a récupéré une partie de ses mouvements et de sa sensibilité.
L'irritation mécanique du nerf sciatique et de la moelle est sentie par l'animal, qui crie et s'agite.
Les inhalations sont reprises; après dix minutes, la résolution musculaire est complète; la respiration, purement abdominale, est devenue très faible et très lente.
L'animal est encore une fois insensible aux irritations exercées sur le nerf et sur la moelle, tandis qu'un courant d'induction de tension moyenne, passant à travers ces organes, détermine comme précédemment des contractions convulsives des membres postérieurs.
La mort arrive enfin par la prolongation de l'éthérisme ; le courant élec-
(1) Bapporl cité de L. Lalicmand, p. 12.
trique réveille encore pendant quelques minutes l'excitabilité nerveuse, laquelle s'épuise cependant plus promptement que chez lee animaux qui succombent à un autre genre de mort.
On voit par cette expérience que les modifications survenues dans les fonctions de la moelle participent du caractère éminemment éphémère des phénomènes anesthésiques, et qu'elles offrent des oscillations qui sont en rapport exact, comme cela pouvait être prévu, avec les changements observés dans les fonctions de la vie de relation.
Dans celle qui va suivre, nous avons constaté en outre que les fonctions de la moelle disparaissaient progressivement de bas en haut.
Expérience faite dans les mêmes conditions de la précédente (-1 ). — Nous avons fait une seconde expérience sur un autre chien chez lequel nous avons mis à découvert le nerf sciatique droit ; l'inhalation ayant amené la résolution musculaire, nous avons irrité le nerf sciatique sans provoquer le moindre cri ni le moindre mouvement, tandis qu'en piquant la moelle à la région dorsale, nous avons provoqué des cris de douleur et des contractions convulsives des muscles du tronc. La stupéfaction a gagné ensuite la portion dorsale de la moelle, et lorsque l'excitabilité de celle-ci a été éteinte aux irritations mécaniques, nous avons constaté qu'un courant électrique lui rendrait toute l'énergie de sa manifestation.
Ces expériences démontrent incontestablement que les nerfs sont affectés en même temps que la partie du centre nerveux dont ils émanent, et que tous deux restent excitables sous l'action de l'électricité.
Les faits ne sont pas moins exphcites quand il s'agit de l'alcool.
Expérience (1). — Nous avons introduit dans l'estomac d'un chien de moyenne taille \ 00 grammes d'alcool à 20 degrés, additionnés de i 00 grammes d'eau, en trois doses égales, à quinze minutes d'intervalle.
L'animal ne vomit pas. Une heure après l'administration de la première dose, il est dans un état complet d'ivresse : les membres sont en résolution ,
(1) Rapport cité, p. 14.
la peau esl insensible ainsi que la langue, et les pupilles sont dilatées ; l'artère crurale indique 120 pulsations, et la poitrine, 22 inspirations par minute. La chaleur delà peau n'est pas sensiblement diminuée,
A ce moment, nous découvrons le rachis à la région dorsale dans l'étendue de 6 centimètres, et nous enlevons l'arc postérieur des deux dernières vertèbres dorsales ; pendant cette opération l'animal ne donne aucun signe de douleur.
La dure-mère étant incisée, nous piquons successivement les faisceaux antérieurs et postérieurs de la moelle ; nous en saisissons une portion entre les mors d'une pince sans provoquer ni un cri ni un mouvement ; ensuite nous irritons le nerf sciatique mis à nu sans produire non plus de signes de sensibilité ni de contractions musculaires.
Alors avec deux aiguilles communiquant avec les pôles d'un appareil électro- magnétique (appareil de M. Duchenne), nous touchons la moelle, qui se trouve ainsi traversée par un courant d'induction d'une tension faible ; nous produisons aussitôt des secousses convulsives violentes dans le tronc et dans les membranes postérieures ; le courant traversant le ! nerf sciatique détermine également des convulsions dans les membres ■ correspondants.
Les forces de l'animal se soutiennent, la respiration et la circulation i fonctionnent assez régulièrement : quatre heures après les manœuvres; précitées, la léthargie ébrieuse semble moins profonde, la langue et les; mâchoires s'agitent, les paupières se contractent quand les conjonctives» sont touchées.
Nous piquons fortement la moelle avec un stylet, les convulsions agitent l le train postérieur et l'animal pousse des gémissements. Il est tué par strangulation (1).
D. Action sur le bulbe rachidien. — Le bulbe, étant le centre î auquel aboutissent les nerfs qui concourent à l'entretien des: grandes fonctions organiques, devait être la partie du système, nerveux douée de la plus grande force de résistance à l'égardl de l'action anesthésique. Une fois qu'il est frappé de paralysie, la mort devient inévitable. Les expériences précitées pourraient suffire pour établir par induction cette proposition, mais le fait a été directement constaté par M. Floiirens (2).
(1) Lallemand, Perrin et Duroy, mvr, cité, p. 35.
(2) Flourens, Afe'm. cilé.
Expérience sur un chien. — On a soumis ranimai à l'inhalalion de l'élher. Après un certain temps, le phénomène de rélhérisalion ayant paru, on a mis à nu d'abord une portion de la moelle épinière et ensuite la moelle allongée. Cela fait, on a piqué la région postérieure de la moelle épinière ; on a pincé, on a coupé les racines postérieures, et l'animal n'a rien senti. L'inhalation de l'éther a donc été prolongée pendant quelques minutes encore; ce temps écoulé, on a pincé une nouvelle racine antérieure, et l'animal ne s'est point mû; on a piqué, on a coupé les cordons antérieurs de la moelle épinière, et l'anima! est resté immobile. La moelle épinière avait donc perdu les deux principes du sentiment et du mouvement. C'est alors qu'on a exploré la moelle allongée ; on l'a piquée, l'animal a poussé un cri et en même temps il y a eu une contraction dans la région cervicale.
Expérience sur un chien. — Au bout de vingt-cinq minutes, l'animal paraît complètement éthérisé. On met à nu la moelle épinière ; la pression d'une racine postérieure produit une légère douleur. On prolonge l'éthérisation ; au bout de deux ou trois minutes, on pince uoe nouvelle racine postérieure, et l'animal ne sent rien; on pique, on coupe les faisceaux postérieurs, et l'animal ne sent rien non plus. On passe aux racines et aux faisceaux antérieurs, on les pince, on les coupe et l'animal reste immobile. Cette insensibihté, celte immolricilé de la moelle épinière étant bien constatées, on examine la moelle allongée déjà mise à nu. On la touche et il y a un frémissement marqué de tout l'animal, en même temps que des contractions très manifestes dans les muscles cervicaux. Je coupe alors, dit M. Flourens, la moelle allongée, dans ce point déterminé que j'appelle le nœud vital du système nerveux : et ce qui arrive en pareil cas pour l'animal qui est dans un élat ordinaire, arrive de même pour l'animal qui est éthérisé, c'est-à-dire l'anéantissement soudain de tous ses mouvements respiratoires, c'est-à-dire la mort soudaine.
Expérience sur un chien. — Même dénudalion de la moelle épinière et de la moelle allongée, dès que l'animal paraît éthérisé; même perle de sentiment et de mouvements dans la moelle épinière ; même persistance dans l'un et l'autre point dans la moelle allongée, enfin môme mort subite de l'animal à la section du point vital de la moelle allongée.
Ces expériences démontrent que l'animal continue de vivre et de respirer après que la moelle a perdu tout principe de sensibilité et de mouvement ; il le doit à l'intégrité fonctionnelle persistante de la moelle allongée. La mort arrive au moment où le centre de la vie animale est lui-même envahi; il serait mêm« possible de surprendre, par des explorations
réitérées, la relation intime qui existe entre la dégradation des | derniers phénomènes vitaux et la perte progressive de l'excitabilité de la moelle allongée.
C'est ainsi que la physiologie expérimentale démontra qu( l'action de l'éther sur les centres nerveux est successive ei j progressive ; que cette action s'exerce d'abord sur le cerveau et le ceiTelet, puis sur la moelle épinière. et enfin sur la moelle allongée, en déterminant d'abord la perte de l'intelligence ei de Féquihbre des mouvements, puis la perte de la sensibilili et des mouvements, et enfin la mort elle-même, si l'aneslhésic •est poussée à ses limites extrêmes.
Cette doctrine de la localisation progressive des effets dcsubslances éthérées souleva de nombreuses objections. Toute- l ■fois en cherchant à combattre l'opinion des illustres physiologistes qui l'ont formulée, ne l'a-t-on pas dénaturée poui i la rendre plus saisissante? Comment admettre en effet qu'ils j aient eu la pensée, ainsi que le suppose M. Bouisson, « de faire voyager la vapeur anesthésique d'une partie de l'encéphale à l'autre, et fixer successivement son itinéraire des poumonsau cerveau et au cervelet ; de ces organes à la protubérance,' pour la faire remonter en dernier Ueu au bulbe rachidien (1)? » Sans aucun doute les vapeurs éthérées, dissoutee dans le sang ou intimement unies à ses éléments, circulem partout avec lui, se mettent partout comme lui en rapport, am sein des organes, avec la matière vivante. Mais de ce quel'agen i stupéfiant se répand d'une façon uniforme dans les différentes parties des centres nerveux, faut-il en conclure que <t «vi-i demment son action est générale et simultanée » (2) ? El pareille circonstance, l'action sur nos organes ne peut êtrf constatée et appréciée que par le trouble de leurs fonctions or, le 'tableau des phénomènes éthériques, même chez l'homme* donne une idée de cette marche progressive. Ce sont bien de* troubles généraux que l'on observe dans la vie du système nen
(1) Bouisson, ouv. cité, p. 273.
(2) Ibid.
DES ANKSTUÉSIQUES PRIS EN INHALATIONS. lU
veux, mais une véritable succession existe dans la suppression de ses diverses fonctions. L'encéphale se prêle mal à une constatation de ce genre ; le fait peut être démontré rigoureusement à l'égard de la moelle. Sur chaque plan horizontal les faisceaux postérieurs sont constamment envahis avant les faisceaux antérieurs, et chacun de ces plans est constamment envahi avant les parties situées au-dessus de lui.
La présence de l'éther dans tout le système nerveux, mise en opposition avec des effets développés dans un ordre progressif, n'a rien qui doive surprendre et qui ne s'observe avec la plupart des substances toxiques. Que cela tienne « à des degrés différents de résistance de l'organisme nerveux contre les causes de destruction », ainsi que le pense M. Parchappe (1) ; en d'autres termes, que cela dépende d'une sus- <;eptibiULé nerveuse variable ou de toute autre cause, l'impression est générale et simultanée, mais les déterminations qu'elle eolhcile sont à peu près successives et progressives dans l'ordre indiqué par MM. Flourens et Longet.
Est-il possible de pénétrer davantage l'action intime des anesthésiques sur le système nerveux ? Une appréciation rigoureuse nous paraît, dans l'espèce, chose impossible ; mais à défaut de preuve directe et péremptoire, on peut trouver dans le caractère des phénomènes del'éthérisation et dans l'état flnatomique des organes encéphaliques , la nature probable jdes rapports qui rehent la cause à ses effets. MM. Pap- ^penheim et Good (2), à la suite d'expériences dont nous aurons •bientôt à apprécier le caractère, ne seraient pas éloignés d'admettre l'existence dans les fibres nerveuses centrales après i'éthérisation, d'une lésion analogue à celle qui résulte du contact direct de l'éther liquide avec les nerfs. Cette hypothèse, basée sur un ordre de faits tout à fait étrangers, se trouve renversée par l'observation directe. Quand on examine au microscope la substance nerveuse d'un animal tué
(1) Parchappo, Mém. cilé.
(2) I'op[iciiheim et Good, Mém. cilé.
|tar l'cLlier, comparalivement à celle d'un autre animal ayant succombé à tout autre genre de mort, on n'observe pas la moindre différence. Ces recherches faites avec soin par Chambert (1), M. Bouisson (2), répétées par nous-mêmes, donnent toujours le même résultat négatif.
Sans doute, il reste encore dans l'esprit place pour quelque doute. N'est-il pas survenu quelque changement moléculaire jusqu'alors inappréciable dans la composition des nerfs, sorte d'isomorphisrae animal qui a changé l'agencement de leurs éléments et en vertu duquel ils sont devenus impropres à remplir leurs fonctions : ce qui ne serait, à vrai dire, qu'une nouvelle forme de lésion matérielle? Notre œil, même armé du microscope, est-il apte à le saisir? Les grossissements employés sont-ils suffisants ? L'état du tissu nerveux, après la mort, permet-il de préjuger ce qu'il était pendant la vie? Ces restrictions ne manquent pas de valeur et doivent imposer une certaine réserve; mais, jusqu'à preuve du contraire et dans l'état actuel de nos connaissances, on est autorisé à dire que l'agent anesthésique, introduit par absorption dans l'organisme, ne laisse pas trace de son passage ou de sa présence dans le système nerveux. Celte opinion s'harmonise avec la physionomie éminemment mobile des phénomènes éthérés. L'altération organique, même la plus légère, se traduit habituellement par des troubles durables dans l'exercice de la fonction. L'élher, le chloroforme et tous les anesthésiques touchent si peu à l'organe, en altèrent si peu la substance, que ce dernier recouvre, on peut dire instantanément, toutes ses fonctions. On est ainsi tenté de faire intervenir une action purement dynamique, une sorte de pouvoir catalylique en vertu duquel l'agent modificateur respecte l'instrument et frappe le moteur. Les vapeurs, introduites par absorption, agissent sur la force nerveuse, la neutralisent partout où elles la rencontrent en activité. Il y a
(1) Chambert, ouv. cilc, p. 50.
(2) Bouisson, ouvr. cilé, p. 27.
là une action moléculaire de contact par l'intermédiaire du sang, comparable à celle que l'on admet pour expliquer l'action de presque tous les principes médicamenteux ou toxiques. Sur tous les points où ce contact cesse d'exister, les effets cessent de se produire. M. Serres a institué à cet égard l'expérience la plus probante. L'artère crurale d'un chien fut liée à la racine de la cuisse, puis l'animal fut soumis aux inhalations anesthésiques jusqu'à l'abolition bien constatée de toute action nerveuse. Le membre sur lequel avait été pratiquée la ligature garda seul le pouvoir excito-moteur, et le nerf sciatique piqué détermina des mouvements convulsifs (1).
On peut établir par conséquent que, pendant l'éthérisation, alors que les vapeurs imprègnent tout l'organisme, le courant centripète dans toute son étendue, depuis son point d'émergence périphérique jusqu'à son centre perceptif, est frappé d'abord à cause d'une impressionnabilité plus grande : puis que la même atteinte est réservée pendant l'instant qui suit au courant centrifuge, de façon à plonger dans une immobilité complète le vaste circuit que représente le système nerveux de la vie de relation.
Tel que nous le comprenons, le mode d'action immédiate des substances anesthésiques peut être résumé dans la proposition suivante : l'impression sur le système nerveux est directe et purement dynamique; elle est générale et simultanée, mais son influence sur l'exercice des fondions se traduit par une série de déterminations successives et progressives qu'il est rationnel d'attribuer à des diff'érences originelles dans la susceptibilité nerveuse.
I H, — Mode «raction «le» uncsthcsiqucs employé» localement.
Pour que le pouvoir spécial dévolu aux médicaments anesthésiques puisse se manifester, il est indispensable qu'ils soient soumis à l'absorption : ce que peut produire leur contact plus
(1) Serres, M6m. cilé.
21 A MODE d'actio.n
ou moins prolongé, avec la substance nerveuse, est le résultat d'une action complexe et dépendant en grande partie de leurs propriétés physico-chimiques. Nous avons déjà insisté à diverses reprises sur la distinction fondamentale et trop méconnue jusqu'alors qu'il faut établir entre ces propriétés et le pouvoir anesthésique proprement dit, mais il était indispensable de le rappeler ici pour rendre leur véritable signification aux recherches physiologiques dont il nous reste à parler.
On pourrait, il est vrai, les passer sous silence, puisqu'elles ont pour objet toute autre chose que l'étude de l'action anesthésique; mais elles ont des rapports trop intimes avec le principe même de l'aneslhésie locale, qui, bien qu'établie sur d'autres bases, a saplacemarquée dans l'anesthésie chirurgicale, pour que nous nous déterminions à le faire. Nous trouvons encore un autre avantage à compléter l'exposé des expériences entreprises dans cette direction spéciale ; elles fournissent les plus fermes appuis à cette proposition fondamentale de M. Flourens : que l' éthérisation réside essentiellement dans rinhalation.
M. Serres, espérant trouver l'explication des phénomènes de l'éthérisme dans une action matérielle, eut la pensée, l'un des premiers, de déterminer les effets de l'application de l'éther liquide sur les cordons nerveux. Voici quels sont les principaux résultats de son enquête expérimentale : la sensibilité et la motricité du nerf, soumis à l'action de l'éther liquide, sont abolies. Pour tenir compte de l'action de l'air, il fit l'expérience comparative suivante : deux nerfs étant mis à nu, l'un fut maintenu à l'air Ubre, et l'autre, plongé dans l'éther. Au bout de cinq minutes d'attente, on constata, en déchirant le tissu nerveux, que le second avait perdu toutes ses fondions et que le premier conservait intégralement sa sensihililé et sa motricité.
Une autre expérience permit à M. Serres (1) d'apprécier ii^
(I) Comiples rendue (h V Académie des sciences, t- XXIV, p. 22".
.lurée Cl l'étendue de ces effets. Sur un lapin adulte, le nerf scialique poplilé interne fut mis h nu et isolé. Son excilal.on produisit une vive douleur et de violentes contractions. On .ouniitle nerf à l'action de l'éther liquide pendant cinq ni.nutes, puis la plaie fut réunie par une suture entortillée. Le lapin étant lâché, on s'aperçut qu'il traînait la patte sur laque^lle l'expérience avait été pratiquée. Cette paralysie se maintint les jours suivants; la plaie cicatrisée et les épingles enlevées, le lapin fut mis en liberté, mais on constata de nouveau la perte des mouvements du membre. Six jours après l'éthérisation du nerf sciatique, on mit à nu le nerf tibial correspondant et on l'excita de diverses manières, mais l'animal ne parut rien sentir, et aucune contraction musculaire ne se manifesta. Enfin, on saisit le nerf malade et on l'étreignit fortement i\ l'aide d'une pince à disséquer ; même impassibilité de l'animal, même absence de contraction des muscles. Il résulte de cette expérience qu'au sixième jour, il y a perte permanente delà motricité et de la sensibilité dans la partie périphérique des nerfs soumis à l'action de l'éther liquide. Avec beaucoup de raison, M. Serres attribue ce double résultat à une action chimique sur le tissu nerveux qu'il désagrège. Il suffit d'exposer de pareils résultats, de noter la permanence et peut-être l'aggravation progressive des accidents, pour être convaincu , avec l'éminent professeur, qu'il ne s'agit en aucune façon, ici, d'une action aneslhésique, mais bien d'une action traumatique entraînant à sa suite une paralysie.
M. Longet, se plaçant au même point de vue, obtint des résultats comparables aux précédents ; mais en substituant l'électricité aux irritants mécaniques dont s'était servi M. Serres, il put s'assurer que le principe du mouvement n'était point aboli, immédiatement du moins, dans la partie du nerf située audessous du point immergé. Les eflets locaux de l'éther ont été résumés par l'auteur de la façon suivante :
« Tout nerf mixte (sciatique, etc., etc.) découvert dans son trajet, soumis à l'action d'un jet de vapeur d'éther sulfnrique
-'•^ MODE d'action
OU à celle du même élher liquiile, et devenu insensible dans le point élhérisé et dans tous ceux qui sont en dessous, peut néanmoins demeurer excitable dans ces mêmes points, c'est-à-dire à l'aide d'irritations artificielles directes, continuer d'éveiller la contraction des muscles auxquels il se distribue ; j'ajouterai qu'à certaines conditions il peut même conserver en partie sa faculté motrice volontaire.
j Toutes ces variations dans les phénomènes, dépendent ici de la durée du contact de l'éther avec les tissus nerveux, contact qui d'ailleurs n© semble aucunement douloureux et se borne à exciter parfois localement de légères secousses convulsives.
» Dans un premier degré de cette éthérisation directe qui apparaît au bout d'une minute et demie environ chez les chiens et les lapins, le cordon nerveux (sciatique), quoique absolument insensible dans ces points indiqués, a encore le pouvoir de faire contracter volontairement les muscles qu'il anime,
» En effet, le passage réitéré et saccadé d'un courant électrique inverse, avec le soin que les extrémités des rhéophores ne touchent le nerf qu'au niveau et au-dessous du point éthérisé, ne provoque plus la moindre douleur; mais ce passage vient-il à s'établir en dessus, f animal, tout à l'heure impassible, témoigne aussitôt sa souffrance, et les muscles de la jambe qu'animent le sciatique pophté interne et le sciatique poplité externe, ayant été découverts à l'avance, il devient facile de constater que ces muscles participent encore à la contraction volontaire générale (1).
» Dans un second degré, qui se manifeste après une éthérisation immédiate un peu plus prolongée (trois ou quatre minutes),
(1) Ce mode de vérification, h l'aide du courant électrique, de l'état de la sensibilité dans un tronc nerveux étliérisé, surtout quand on veut reconnaître auss' où en est son pouvoir moteur, est de beaucoup préférable, dit M. Longct, à celui qui consiste à piquer ce tronc, à l'élreindre entre les mors d'ime piiire et par conséquent à le désorganiser.
le nerf mixte perd le pouvoir qu'il avait encore dans le premier; il est toujours insensible, mais, de plus, entièrement dépossédé de sa faculté motrice volontaire. Son excitabilité seule lui reste, propriété qui est due à la persistance du principe du mouvement dans le nerf, et qui permet encore à celui-ci de traduire par des contractions musculaires les irritations artificielles dirigées sur son propre tissu, quand déjà la volonté n'exerce plus son empire. Mais il importe de dire que cette excitabilité, le nerf la conserve encore, qu'il soit lui-même galvaniquement irrité au-dessus, au niveau, au-dessous de la portion soumise à l'action directe de l'éther; en d'autres termes, quoique insensible, il demeure donc excitable dans tous les points de son trajet. La même chose n'a pas lieu plus tard.
» Dans un troisième degré, obtenu après douze à quinze minutes de contact de l'éther avec le nerf, plus de sensibilité, plus de mouvements spontanés dans les muscles comme dans le degré précédent; mais aussi aucune preuve d'excitabiUté de la part du nerf quand j'y fais passer un courant direct ou inverse au-dessus du point éthérisé. Ce point est donc comme s'il était contus ou hgaturé, puisqu'il empêche aussi bien qu'une contusion ou une hgature la transmission de la force nerveuse motrice.
» Toutefois il n'en reste pas moins conducteur de l'électricilé elle-même, car si j'applique l'extrémité d'un rhéophore audessus, et l'extrémité de l'autre à quelque distance au-dessous du point éthérisé, le courant le traverse, et aussitôt apparaissent des contractions musculaires dues au principe du mouvement émané de la portion du nerf qui , comprise entre l'endroit éthérisé et le point touché par le rhéophore inférieur, a été stimulée par le courant dont elle-même a fait partie.
» Qu'on n'aille pas croire qu'en prolongeant l'immersion dans l'éther, durant quelques instants ou même quelques heures de plus, on parviendrait à faire disparaître le principe (lu mouvement de la portion du nerf située au-dessous du poinl
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qu'on immerge cl àlu rendre aussi inexcilable. Des expériences ont démontré que le bout périphérique d'un nerf, alors même que celui-ci a été complètement séparé de l'axe cérébro-spinal, ne perd jamais son excitabilité du sa force nerveuse motrice que vers le cinquième jour après cette séparation.
» Les expériences relatives à l'éthérisation directe du tissu nerveux peuvent être conduites de manière à produire tantôt des effets passagers et tantôt des effets durables.
)i Dans le premier degré, l'anesthésie peut ne pas durer au delà de quelques instants ; dans le deuxième, les facultés sensitives et motrices volontaires se rétablissent quelquefois en moins de douze heures, et quand ce rétabhssement a lieu, c'est la première qui reparaît d'abord ; dans le troisième degré, enfin, où le contact prolongé de l'éther a pu altérer la composition intime du tissu nerveux, il n'y a plus lieu d'attendre de la restitution lente de ces facultés que la régénération de ce tissu lui-même (1). »
Une circonstance particulière mérite d'être signalée dans l'exposé des expériences de M. Longet : c'est que, par l'immersion dans l'éther, les nerfs perdent leurs fonctions dans le même ordre que sous l'influence des inhalations éthérées. Mais en dehors de ce point de ressemblance, quelle différence profonde entre les effets de l'éthérisme et ceux de l'action directe plus ou moins prolongée ! Au degré le plus superficiel, alors que la sensibihté seule est anéantie et l'éthérisation très incomplète, l'anesthésie peut ne durer que quelques instants ; mais un peu plus lard, quand la motricité volontaire du nerf disparaît, bien que l'excitabilité aux agents extérieurs persiste encore, le rétablissement des fonctions ne s'opère plus qu'au bout de plusieurs heures et même quelquefois plus du tout; à mi troisième degré, le nerf est « comme s'il avait été contus, ligaturé, puisqu'il empêche aussi bien qu'une contusion, une ligature, la transmission de la force nerveuse motrice », dans
(1) Lnnget, Mém. cité, p. IC
ce troisième degré, il n'y a plus lieu « d'attendre la reslitution lente de ces facultés que de la régénération du lissu nerveux lui-même. »
Les expériences de M. Longet répétées avec le chloroforme par M. Bouisson ont fourni les mêmes résultats, sauf quelques détails relatifs à la rapidité avec laquelle se produisent les phénomènes de paralysie, et k l'existence constante, avant toute action sédative, d'une période d'excitation. Celle-ci se traduit par une sensation de douleur et des mouvements vifs et répétés dans les membres.
Plus absolu que M. Longet, M. Bouisson admet une analogie complète entre l'éthérisation directe des cordons nerveux et l'éthérisation par inhalation. A l'appui de ce rapprochement, il invoque les effets de narcotisation partielle obtenus par les applications d'opium, de belladone et d'autres substances narcotiques. L'exemple est de nature à faire impression. 11 est impossible de révoquer en doute l'empoisonnement local des nerfs eux-mêmes par les substances narcotiques. Humboldt, Wilson, Brodie, M. Cl. Bernard ont démontré que la teinture d'opium et l'infusion de tabac paralysent le cœur. Chacun sait que l'instillation dans l'œil d'une goutte de solution d'atropine suffit pour dilater la pupille. Mais les conditions dans lesquelles s'observent ces effets ne sont pas tout à fait identiques avec celles dont nous avons parlé. Le poison, le plus souvent, est déposé h une certaine distance du lieu sur lequel va s'exercer son action ; au pourtour de l'orbite, sur la conjonctive, quand on veut agir sur l'iris, par exemple. Que l'effet narcotique local résulte d'une sorte d'imbibition, comme le pense Mueller, ou d'une véritable absorption qui conduit l'agent délétère au contact du nerf impressionné, il existe là des conditions qui favorisent, à travers le filtre organique, un mélange intime avec le sang ou les fluides animaux, qui est peut-être la condition indispensable à la production des phénomènes toxiques.
Il est vrai que l'action locale se développe aussi quand
220 MODE d'action
on dépose directement le poison sur le tissu nerveux, mais il faut pour cela qu'il ne provoque aucun travail de désorganisation, et que l'imbibition puisse se produire. La plupart des agents toxiques et les narcotiques en particulier réalisent ces deux conditions. Le nerf soumis à leur action directe présente encore tous les caractères du nerf sain : c'est par analogie que l'on admet une modification imprimée à la matière nerveuse, semblable à celle que l'on suppose exister dans les phénomènes de narcotisation générale. Sans l'altérer, ils pénètrent sa substance, se mettent en contact avec le sang qui le baigne (aussi les phénomènes toxiques sont-ils d'autant plus rapides et plus intenses que le nerf est plus vasculaire), et réalisent des conditions très analogues sinon identiques à celles qui existent quand l'agent est soumis à uno absorption préalable, comme précédemment.
Si, par suite de quelque circonstance accidentelle ou de certaines propriétés particulières au poison, les conditions sont changées, l'effet local cesse de se produire ou change de caractère. C. Yiborg (1) a pu verser près d'un gramme d'acide cyanhydrique concentré sur le cerveau d'un cheval mis à nu parla trépanation, sans apercevoir la moindre trace d'effet. Le fait n'est peut-être pas à l'abri de toute critique à cause du siège même de l'expérience, et l'on peut se demander après M. Marlin-Magron, quels effets on est en droit d'attendre d'une action toxique développée sur un point circonscrit de la surface du cerveau. Mais Hubbard (2), après avoir observé une action très rapide en mettant en contact immédiat cet acide avec les nerfs, s'aperçut également qu'aucun phénomène ne survenait, quand il avait soin d'isoler les cordons en passant une carte au-dessous. Ces résultats négatifs, attribués à juste litre à quelque circonstance accidentelle, nous paraissent devoir être la règle en ce qui concerne les aneslliésiques à l'état liquide ou même de vapeurs concentrées. L'irritation qu'ils
(1) Act. reg. Soc. mcd. llnfn, 1821, yi. 240.
(2) Philadeiph. Journal, 1S22.
provoquent nuit à leur absorption, à leur pénétration, si elle ne l'empêche complètement ; nous avons en effet démontré que du chloroforme liquide, injecté sous la peau d'un chien et placé, par conséquent, dans les conditions les plus favorables à l'absorption, peut rester en dépôt pendant trente-six heures dans l'organisme, sans que sa présence dans le torrent circulatoire soit révélée par aucun signe physiologique de quelque importance pendant la vie, ni, après la mort, par l'analyse chimique qui pourtant permet d'en découvrir les moindres traces.
L'éther et le chloroforme ont une action désorganisatrice tellement prédominante qu'elle annihile toutes les autres, et leurs effets locaux sont proportionnels au degré de désorganisation qu'ils provoquent dans le tissu nerveux. Ce travail de désorganisation progressive a pu être étudié et décrit par MM. Pappenheim et Good (1). A l'examen microscopique, le nerf plongé dans l'éther se modifie d'une façon proportionnelle à la durée de l'immersion ; la structure du nerf subit d'abord une altération qui commence par sa gaine, qui se détache d'abord de son contenu, de sorte que les bords doubles commencent à devenir visibles. Plus tard, la coagulation naît et l'aspect devient grumeux. En somme, la fluidité des nerfs diminue et leur contenu se retire de la s:aîne. Indépendamment de ces résultats fournis par le microscope, MM. Pappenheim et Good assurent avoir constaté que les effets de la pénétration de l'éther se font sentir graduellement de la circonférence au centre des nerfs, de telle façon qu'à un moment donné de l'expérimentation, il est possible, en défibrillant le nerf sur l'animal vivant, de faire la part des fibres primitives qui ont perdu leurs propriétés de celles qui sont encore douées de sensibiUté et de contractilité. Une action plus longtemps prolongée de l'éther détruit les propriétés du nerf tout entier.
Néanmoins, ces conditions défavorables n'entraînent pas
(I) Pappenheim et Good, Mém. r.ilé.
222 MODE d'action DES ANESTHÉSIUl'ES EMPLOYÉS LOCALEMENT.
l'impossibilité absolue d'ohlcnir avec rétlicr elle chloroi'ornic certains pbénoinènes d'anestlicsie locale. Si l'on applique ces substances sur la peau, en prenant soin d'atténuer leur action irritante, comme il arrive quand on entoure d'une almosplière de vapeurs diluées une surface dénudée, un ulcère, un moignon d'amputé, par exemple, rien ne s'oppose à ce qu'il se produise un effet multiple : d'abord une action locale physicochimique qui est incontestable , mais encore une véritable absorption ou imbibition en vertu de laquelle, l'agent stupéfiant, intimement confondu avec les iluides organiques en circulation, réahse les conditions indispensables à la manifestation de ses propriétés toxiques, et peut agir sur les nerfs en l'absence de toute manifestation générale. Il ne répugne en aucune façon d'admettre cette action de voisinage, quand elle est incontestable à l'égard d'autres substances. Dans ces cas particuUers, l'anesthésie locale deviendrait possible ; son énergie serait en rapport avec l'activité de l'absorption.
Il est presque superflu d'ajouter que nous ne voulons pas restreindre les apphcations utiles de l'anesthésie locale aux conditions exceptionnelles danslesquelles pourra s' exercer l'absorption. D'autres influences, telles que le changement de température déterminé par l'évaporation, l'irritation de la peau, etc.,, peuvent, comme l'action stupéfiante elle-même, concourir mi but que se propose le chirurgien. Mais il importe que, s'éle-vant au-dessus des données de l'empirisme, il sache faire la^ part de chacune d'elles, afin de pouvoir, en les modifiant! selon les circonstances, en tirer le meilleur parti possible.
ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION