CAUSES DE LA SYNCOPE CHLOROFORMIQUE
Du moment que les observations, aussi bien que le raisonne- . ment, conduisent à rattacher à la syncope tous les cas de mort subite observés pendant la chloroformisation, les détails dans lesquels nous sommes entrés à l'égard des conditions qui en favorisent la production sont applicables, de tous points , au cas particulier de la syncope chloroformique. En faisant l'histoire du genre, nous faisions l'histoire de l'espèce, et c'est pour cela que nous avons cru devoir y consacrer des développements qui, au premier abord, pourraient être considérés comme hors de propos. Les principes une fois posés, il ne reste plus qu'à en rechercher l'application dans. les conditions que réalise l'éthérisation.
§ T. — Causes in-cdisposantes.
1" État éthérique. — En frappant d'inertie la puissance nerveuse, les éthers doivent tous, à des degrés divers, créer, au sein de l'organisme, une prédisposition à la syncope. Nonseulement l'état éthérique résume les conditions fâcheuses représentées par une dépense nerveuse excessive, mais il y ajoute l'impossibilité de réagir. D'un autre côté, par le ralentissement qu'il apporte à l'activité organique, et par conséquent
CAUSES PRÉDISPOSANTES.
à l'aclivité circulatoire, il rend encore la syncope imminente. A la petitesse du pouls, h la décoloration des tissus, chacun a pu constater celte sorte d'clat lipolhymique. Il y a là des effets multiples qui se corroborent l'un l'autre, et qui tous concourent à la préparation des mêmes accidents. Aussi pouvait-on dire à priori, ce que l'expérience a démontré, que la syncope serait fréquente pendant l'éthérisation, et qu'elle y serait grave. En faisant remonter à l'état éthérique la responsabilité de cette funeste prédisposition, c'est assez dire qu'il n'est aucun agent anesthésique qui en mette à l'abri, et qu'il n'est aucun procédé ou appareil qui en écarte sûrement les périls.
2° Affections organiques préexistantes. — Toute affection organique du cœur et des poumons ajoute aux dangers de la chloroformisalion, parce qu'elle prédispose à la syncope. Les observations dans lesquelles l'autopsie a été faite sont au nombre de AS; 11 fois, c'est-à-dire près d'une fois sur (j^iatre, on a constaté une maladie de l'appareil pulmonaire, caractérisée, soit par des adhérences pleurales solides, étendues, soit par un dépôt de tubercules dans le tissu des poumons. Il y a donc un danger tout spécial à administrer les anesthésiques chez les sujets qui n'ont pas l'appareil respiratoire dans un état d'intégrité parfaite.
Les altérations pathologiques du côté du cœur se sont présentées plus fréquemment encore, car dans ces /iS observations, on les trouve mentionnées 16 fois, c'est-à-dire une fois sur trois. Il est vrai que cette mention est surtout relative à une affection encore peu connue, difficile à apprécier ; nous voulons parler de la dégénérescence graisseuse. On pourrait, à la rigueur, élever quelques contestations sur l'exactitude de l'observation, bien que l'altération ait été constatée au microscope chez cinq sujets, discuter même l'influence de cette transformation encore peu développée sur la mort subite; mais tout en entourant d'une certaine restriction les résultats absolus de l'expérience, nous pensons que l'existence de l'état gras du cœur à tous ses degrés mérite la plus sérieuse
^lOS CAUSES DE LA SYNCOPE CIILOnOFORMIQUE.
atlention parmi les conlre-indicalions delà cliloroformisalion.
3° Etat nerveux. — Autant nous avons rejeté loin l'intervention de prédispositions permanentes, inconnues dans leur nature, autant nous attachons d'importance à cet état qui n'appartient en propre à aucune organisation, qui peut se déclarer à chaque instant de la vie, et dans lequel le système nerveux devient (rés impressionnable, fonctionne sans régularité, ne présente aucune force de résistance. Les circonstances les plus diverses sont appelées à le produire : les émotions morales vives, gaies ou tristes, une crainte immodérée de l'opération, de ses suites, et même de la chloroformisalion, un séjour prolongé à l'hôpilal, des suppurations abondantes, des hémorrhagies antérieures, la diète, une abstinence un peu prolongée, des excès, la misère, toute cause d'épuisement, en un mot, y conduit plus ou moins directement. Ces influctices bien connues doivent entrer on ligne de compte quand il s'agit d'apprécier l'opportunité de la chloroformisation, d'en fixer l'époque. Le grand embarras est de savoir mesurer à l'avance leur action, et discerner les cas dans lesquels on peut passer outre, des autres dans lesquels il faut s'abstenir ou prononcer un ajournement.
h" Abus des boissons alcooliques. — L'abus des boissons alcoohques représente aussi une prédisposition fâcheuse. Sans tenir compte du cas de mort subite mentionné à l'Académie par M. Nélaton, ni de l'allure exceptionnelle, et qui a frappé tous les observateurs, de la chloroformisation chez les ivrognes, nous trouvons dans nos obsei'vations 8 cas de mort observés chez des sujets en état d'ivresse ou sous l'influence d'une maladie alcoohque.
§ II. — Causes occnsionncllcs ou ilc(orminnn<cs.
1" Rcplétion de l'estomac. — M. Ancelon (1) a attribué à cette circonstance la majeure partie des accidents de l'élhéri-
(l Ancelon, il/cm. dlé.