‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 75 sur 133 · G MOYENS DE PRÉVENIR LES ACCIDENTS DE L'ÉTIIÉRISATION · texte numérisé non relu

G MOYENS DE PRÉVENIR LES ACCIDENTS DE L'ÉTIIÉRISATION

drait bien se garder d'en conclure que les accidents sont plus fréquents, d'une manière absolue, à cette [Dériode de la vie. L'époque oii l'homme jouit de la plénitude de sa virilité, est aussi celle du travail et des excès, celle où il reste exposé à plus de chances d'accidents, et par conséquent d'opérations sanglantes.

B. Influence du sexe. — L'étude de l'éthérisation chez la femme a fourni peu de données utiles à la pratique : les auteurs qui s'en sont occupés nous paraissent l'avoir décrite plutôt (elle qu'elle devrait être d'après certaines considérations physiologiques que telle qu'elle est en réalité. Toutes conditions d'âge de santé, etc., étant égales d'ailleurs, l'éthérisation chez la femme ressemble beaucoup, au fond, à l'éthérisation chez l'homme : même irrégularité d'allures, même variété de formes, même imprévu. A l'époque où l'on commença à employer l'éther, les vapeurs de cette substance ayant fortuitement donné naissance, chez quelques jeunes filles, à des rêves lascifs ou quelques transports compromettants, certains observateurs moralistes en furent frappés au point de proposer, par scrupule de conscience, la suppression de l'éthérisation au moins chez la femme. Le chloroforme, avec ses allures plus pudiques, vint à point pour désarmer de telles rigueurs.

Le tempérament nerveux, éminemment impressionnable delà femme, autorise à penser que les convulsions sont un peu plus fréquentes chez elle que chezl'horame. Assez souvent les inhalations donnent lieu à des attaques d'hystérie; mais elles ne sont en réalité qu'une occasion dont profite pour se montrer une maladie existant antérieurement.

En général, l'anesthésie est prompte chez la femme, les congestions céphaliques sont rares, les rêves, plus fréquents et plus souvent provoqués par la crainte de l'opération. On a signalé aussi un affaiblissement plus considérable des forces, une dépression inquiétante du pouls, une annihilation plus complète des phénomènes vitaux, en un mot un ensemble • de symptômes qui semblent rendre la syncope plus menaçante.

Et cependant celle-ci, qui est le véritable danger, est-elle plus fréquente? Cela paraît fort douteux, au moins dans ses formes graves. Dans 77 observations, 23 appartiennent à des femmes et 52, à des liommes, c'est-à-dire que les chances dé mort se répartissent entre les deux sexes, suivant le rapport de 1 à 2,08. Mais tout permet de supposer que les chloroformisations sont plus fréquentes chez l'homme que chez la femme. Cette circonstance empêche de tirer aucune conclusion de la statistique; du moins l'examen des faits dcmontre-t-il, contrairement aux prévisions, que rien n'autorise à dire que la femme soit spécialement prédisposée aux accidents graves.

La menstruation modifie-t-elle les indications de la chloroformisation? On est dans l'habitude de ne faire aucune opération, à moins d'absolue nécessité, pendant la période cataméniale. Il en résulte que l'on a eu peu d'occasions de constater l'influence que peuvent avoir les règles sur la marche des inhalations. Ce n'est pas une contre-indication formelle, mais il est permis de penser que, dans ces conditions, elles seraient accompagnées de troubles nerveux plus fréquents, plus violents, et peut-être aussi que l'hémorrhagic utérine en serait notablement ralentie, subissant en cela l'influence déprimante exercée sur le centre circulatoire par les agents anesthésiques. Il est bon, par conséquent, d'imiter la prudence qui sert de règle au praticien et de s'abstenir autant que possible.

La grossesse n'est pas non plus une cause absolue d'abstention. Dans un grand nombre de circonstances, et en particulier dans deux cas rapportés par M. Cliassaignac (1), l'éthérisation a été employée sans que l'on ait eu à s'en repentir. Pourtant, en raison de l'impressionnabililé si grande delà femme en état de gestation, à cause surtout de la propriété qu'ont les anesthésiques de provoquer des mouvements violents, plusieurs accoucheurs ont pensé que leur emploi pourrait avoir de sérieux inconvénients chez les femmes prédisposées à l'avor-

(1) Chassaignac, A/^m. ct(d, p.

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