‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 82 sur 133 · DES RÈGLES DE L\ CHLOROFORMISATION · texte numérisé non relu

DES RÈGLES DE L\ CHLOROFORMISATION

sommes bien informés, cette coutume prévaut en Angielerro dans un assez grand nombre d'établissements hospitaliers. Chez nous au contraire, à moins de circonstances spéciales, on donne le chloroforme là où doit être faite l'opération. Du moment que le seul accident sérieux à redouter est l'apparition d'une syncope, il importe d'imprimer au malade en état d'anesthésie le moins de mouvements qu'il est possible, et surtout d'éviter des changements brusques de position à peu près inévitables quand on suit la coutume anglaise.

Il faut choisir de préférence un local bien aéré, bien éclairé, qui permette de saisir promptement les moindres changements survenus dans l'état du patient, et de donner un libre accès à l'air extérieur.

Une précaution d'une certaine importance consiste à maintenir dans la salle d'opération une température convenable et à l'abri de grandes variations. On sait, en effet, que dans un lieu trop chauffé, il survient facilement du malaise, de l'anxiété précordiale, une sorte d'éncrvement qui prédispose à la syncope. L'élévation de la température a d'ailleurs l'inconvénient d'élever le titre du mélange anesthésiant, et d'empêcher ainsi l'opérateur de le modifier aussi facilement. La température qui satisfait le mieux à toutes les exigences est celle de 15 à 18 degrés.

§ III, — K'o.uition du malade.

Le malade doit être maintenu la tête basse et dans la position horizontale. La chose est facile et conforme à l'usage dans la grande majorité des cas. Elle ne peut devenir embarrassante que pour un certain nombre d'opérations, et en particulier celles qui se pratiquent sur la face, dans la bouche ou l'arrière-gorge, pour lesquelles on accordait la préférence à la station assise, parce qu'elle offre un certain avantage, tant au point de vue de la facilité des manœuvres que de l'expulsion plus commode du sang. M. Bouisson, le premier, a insisté sur

POSITION DU MALADE. 'l'A

l'inconvénient qu'il y aurait, en prévision de la syncope, à conserver ce précepte classique depuis l'introduction de l'anesthésie chirurgicale. M. Mercier, pour la même cause, prescrit « de ne jamais traiter un malade par les agents anesthésiques qu'après l'avoir mis dans une position horizontale » (1).

Bien que la statistique, invoquée mal à propos à ce sujet, n'en puisse donner la preuve, ainsi que nous l'avons établi, les avantages de la position horizontale n'en paraissent pas moins incontestables. Il est certain qu'en général la syncope est plus fréquente dans la station verticale que dans la station horizontale. En outre, l'anesthésie amenant un coUapsus plus ou moins complet, le sujet ne peut plus se tenir en équilibre, des aides deviennent indispensables pour le soutenir. Il faut donc autant que possible faire coucher les malades avant de leur donner du chloroforme, sans espérer toutefois « y trouver (dans cette position) un abri certain contre la syncope » (2). On a adopté en France, quand le décubitus horizontal est trop gênant, l'excellente habitude de placer le sujet dans une position intermédiaire. Ce résultat, facilement obtenu à l'aide des fauteuils ou des tables d'opération à crémaillère, usités dans les hôpitaux réalise à la fois les conditions les meilleures au point de vue du succès de l'anesthésie et de l'opération elle-même.

L'immobilité du malade pendant la durée de l'éthérisation mérite, toujours en prévision du même accident, une attention plus sérieuse encore que son attitude. C'est moins quand on est debout qu'au moment où l'on passe brusquement de la position horizontale, occupée depuis un certain temps, à la station verticale, qu'apparaissent les éblouissements, les vertiges, les menaces de syncope ; par conséquent il importe beaucoup de ne pas imiter la pratique de quelques chirurgiens, qui commencent par faire coucher d'abord les malades pour les soulever ensuite quand l'anesthésie est obtenue. Mieux vaut, avons-

(1) Mercier, iVoie ci7é!e.

(2) Robert, Bulletin de la Société de chirurgie, t. IV, p. 2lili.

^1^2 i)|.:s RKOLES DE LA CIILOROFORMISATION.

nous dit, si les circonslances l'exigent, faire usage d'una altitude intermédiaire. Les mêmes inconvénients se présentent dans les cas assez fréquents où le malade mal contenu se livre ù des mouvements excessifs et fait des efforts pour se lever,

§ IV. — Choix cf poMUon «les aidci*.

Convaincus,» comme nous le sommes, que le succès de l'éthérisation dépend en grande partie de l'habileté de celui qui la pratique, nous ne saurions trop recommander l'excellent précepte donné par plusieurs opérateurs, et en particulier par MM. Sédillot, Larrey, Chassaignae, etc., de confier la chloroformisation toujours à la même personne. L'expérience seule donne ce tact du clinicien consommé, qui sait pressentir le danger, le reconnaître au moindre signe et à un moment où il est temps encore d'y porter remède. Ce précepte, il est vrai, n'est applicable que dans les services bospitaUers. N'est-ce pas un motif de plus pour que le jeune praticien étudie avec grande attention tout ce qui se rattacbe à l'anestbésie cbirurgicale, cherche à bien connaître un agent qu'il sera forcé d'administrer au moment où il s'y attendra le moins. A voir l'indifférence avec laquelle l'élève assiste chaque jour à l'administration du chloroforme dans les hôpitaux, il semble que l'éthérisation lui doive rester étrangère. Tandis qu'il suit d'un regard avide les détails d'une opération sanglante qu'il ne sera pas appelé à pratiquer peut-être une seule fois dans sa carrière, il néglige de s'éclairer sur la marche, les incidents d'une opération usuelle dont l'issue malheureuse pourrait être un jour la conséquence d'une coupable inertie. Ce qui nuit à l'étude pratique de l'anestbésie, c'est l'habitude de la voir faire, c'est la forme et le mode d'administration du médicament que l'on emploie, qui paraissent incompatibles avec tout procédé scientifique régulier ; c'est surtout la pensée dans laquelle on' vit encore, de tout subordonner à celte prédisposition inconnue dans sa nature, insaisissable et fatale dans ses

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