Û86 DES RÈGLES DE LA CITLOROFORMISATION
Nous avons procédé par analyse pour indiquer les principales anomalies qui s'observent dans l'emploi de l'éthérisation el l'attention qu'il faut accorder à chacune d'elles. Mais cela ne suffit pas pour donner une idée complète de toutes les diiïi- i cullés de la pratique : il faudrait pouvoir les combiner entre • elles, les montrer se succédant sans ordre, sans relation appa-- rente, au milieu d'une confusion qui échappe à toute des* • eription. Qui n'a été témoin de ces scènes de désordre dansj lesquelles certains malades résistent avec une incroyable opiniâ- • treté et présentent pendant cinq, dix, quinze minutes et même i davantage, le tableau de ces re,tours incessants d'excitations et de convulsions, auxquels succèdent, à chaque nouvelle dose,, une véritable sidération des forces? C'est dans ces occasions! difficiles que l'aide chargé de la chlcroformisation aurai besoin de toute sa présence d'esprit, de beaucoup de perspica*cité et de calme obstination. 11 saisira rapidement chaquet indication, opposera l'abstention aussi bien aux convulsions î excessives qu'au collapsus inquiétant ; il subordonnera 1^ dose des vapeurs, en éloignant ou rapprochant le cornet, m l'importance de ces écueils opposés, et à force de tâtonne-s ments habiles, dans lesquels il faut souvent faire preuve dei la plus grande abnégation, il parviendra presque toujoursi à obtenir la tolérance.
^ IX. — i>cs signes propres à faire reconnaître Vétni a"anes(licsie.
Quelles qu'aient été la nature et la durée de la période initiale,; c'est par le changement qui s'opère dans l'état des grandes' fonctions que l'on est prévenu du moment favorable à l'opé-ration. La respiration est plus large, plus facile qu'au début, quelquefois accompagnée de ronflements; le pouls devient sensiblement moins fréquent, plus dépressible, ondulant; le visage est calme et décoloré; l'œil, fermé sans effort. Le sujet paraît plongé dans un sommeil profond, sans stupeur ; le système mus-
SIGNES PROPRES A FAIRE RECONNAITRE l'ÉTAT d'ANESTIIÈSIE. 487
ciilaire est au repos, c'est à peine s'il existe encore quelques mouvements partiels et fugitifs. Sitôt que l'on a consîalé ce hangement, il faut s'assurer de l'état de la sensibilité en pinçant la peau de la main gauche, dans le voisinage du pomt (u'il'on explore le pouls, de façon à n'abandonner que pendant un très court instant cette exploration capitale. Si le malade réagit contre cette excitation par un mouvement réflexe énerliique, le moment propice n'est pas encore venu. Si au con- U aire il reste calme, impassible, ou ne répond que par quelques mouvements indécis, la réponse est favorable. On poursuit alors son investigation en appréciant l'état du système musculaire. Le bras soulevé, puis abandonné à lui-même, doit retomber comme une masse inerte ; la flexion des grandes articulations doit n'exiger qu'un léger efl'ort, n'apposer qu'une résistance amortie. Si à ce moment on interroge le malade, il ne répond pas ou se borne à soulever paresseusement la paupière.
M. Robert a donné le conseil d'explorer la conjonctive pour s'assurer de l'état de la sensibilité générale. Nous considérons cette pratique comme Infidèle et dangereuse. Pour examiner la conjonctive, il faui ouvrir l'œil, l'exposer à la lumière : il en résulte que le renseignement obtenu de la sorte est moins l'indice de l'état de la sensibilité de la conjonctive que de l'excitabilité oculaire. Celle-ci, on le sait, ne disparaît qu'à une période qu'il est inutile d'atteindre. Le même observateur a insisté sur un détail qui lui paraît un très bon signe pour reconnaître l'anesthésie. « Les malades, quand ils commencent à s'endormir, ferment les mains et le pouce croisé à angle droit, les doigts fléchis : relevez le pouce, étendez les doigts du patient. Si la contraction musculaire n'est pas entièrement éteinte, dès que vous abandonnez les doigts à euxmêmes, ils reprendront la direction qu'ils avaient, tandis que, si la résolution musculaire est complète, les doigts resteront étendus (i). »
(1) Robftrl, Conférences de clinique c/ii» wj'3<cfl(e, p. T)?.
/l88 DES RÈCr-ES DE LA CriLOnOFORMFSATION.
Ces différents signes, rapidement consLalés, contrôlés les uns par les autres, marquent assez bien le moment où l'on peut agir. Quelques auteurs ont donné le conseil de subordonner, le degré d'anesthésie à la durée et à l'intensité présumée des douleurs, de telle sorte que, pour une opération courte, peu douloureuse, on se contenterait d'engourdir le malade, réservant l'anesthésie confirmée pour les grandes opérations. Ce que nous avons dit au sujet des causes d'accident et des conditions dans lesquelles ils se produisent, montre qu'une telle mesure serait plus spécieuse qu'efficace ; elle ne remédierait à rien, et pourrait entraîner, en inspirant une fausse sécurité, à de regrettables abus. Aussi jamais de demi-mesures. Aux opérations légères, de courte durée, pas de chloroforme. En restreignant le nombre des chloroformisations, on aura beaucoup mieux fait qu'en en restreignant l'intensité.
§ X- — Me In coniliiUe h tenir pendant l'opération.
Quelques auteurs, et en particulier M. Bouisson (1), recommandent de suspendre complètement leç inhalations dès que l'insensibilité est constatée, quand il s'agit d'une opération de courte durée : les effets anesthésiques, étant d'une durée moyenne de deux à quatre minutes, se maintiennent pendant assez longtemps pour que l'on soit assuré à l'avance que le malade ne souffrira pas. Nous n'acceptons pas cette règle de conduite pour les raisons déjà données, mais que nous devons rappeler ici. D'abord les inhalations bien conduites peuvent être continuées sans inconvénients ni danger ; en outre, rien, n'est variable comme la durée du sommeil aneslhésique. C'est en agissant de la sorte que beaucoup de praticiens, toujours préoccupés de l'accumulation possible des effets de féthérisrae, se trouvent contraints d'agir pendant la période d'excitation de retour. Alors l'opération se prolonge , elle devient
(1) Bouisson, oimr. citr, p. 3G6.
DE LA CONDUITE A TENIR PENDANT l'OPÉRATION. /|89
laborieuse, incertaine, sans tenir compte des menaces de la syncope, inhérentes à toute intervention importune; quel- (piefois môme on est bien forcé de reprendre des inhalations prématurément interrompues, et de donner le spectacle de ces chloroformisations interminables, fatigantes pour tout le monde, et dont les vicissitudes ne témoignent que trop du peu de confiance que le chirurgien a dans l'étendue des services que l'expérience l'autorise à réclamer de l'éthérisation. Quelles que soient la nature et la durée de l'opération, il est avantageux de continuer les inhalations jusqu'à ce qu'elle soit complètement terminée. Une fois obtenue, l'anesthésie confirmée, la plus petite quantité de vapeurs stupéfiantes suffît pour entretenir l'éthérisme à un degré satisfaisant : pour ce motif nous avons adopté la pratique de M. Chassaignac, qui consiste à se débarrasser du mouchoir ou de la compresse pour ne conserver que l'éponge ou le tampon de charpie. Encore suffit-il de maintenir ce dernier au maximum d'écartement ; s'il survient quelques mouvements embarrassants ou quelques signes de sensibiUté, il suffit de rapprocher un peu l'appareil; si au contraire on remarque plus d'affaissement, il suffit de l'éloigner ou de suspendre un instant les inhalations.
Il est à peine utile d'ajouter que l'aide chargé de l'élhérisation ne doit rien perdre de sa vigilance. La syncope pouvant se produire à toutes les périodes, l'exploration de l'artère sera scrupuleusement continuée jusqu'à la fin. Les accidents survenus à cette période nous paraissent reconnaître l'hémorrhagie pour cause déterminante principale. Ils nous est arrivé tien souvent de voir le pouls faibhr, la syncope devenir menaçante à partir du moment où les vaisseaux donnaient du sang en abondance. Il faut donc en tenir compte, surveiller son action sur le cœur avec la plus grande attention.