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CHAPITRE m

PHÉNOMÈNES DE l'ANESTHÉSIE.

L'éther sulfuricjue, le chloroforme et les autres anesthésiques constituent une famille naturelh; de médicaments. Rapprochés étroitement par des propriétés communes, ils ne diffèrent entre eux que par leur degré d'énergie et quelques propriétés secondaires d'ordre physico-chimique. Il est possible de présenter dans un même tableau les phénomènes qu'ils déterminent chez l'homme, en prenant soin d'indiquer les effets spéciaux à chacun d'eux, lorsqu'ils sont de nature à intéresser la pratique de l'anesthésie.

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Nous prendrons pour type la chloroformisation, parce que le chloroforme est le plus généralement employé. Gomme nous avons surtout en vue les applications de la méthode anesthésique, nous insisterons tout particulièrement sur les troubles fonctionnels qu'il peut être utile au chirurgien de connaître, laissant à un plan secondaire les désordres observés dans l'exercice des facultés intellectuelles et morales, sans méconnaître toutefois l'importance et l'attrait qu'une pareille étude offrirait à la physiologie psychologique.

Au moment où les vapeurs anesthésiques arrivent dans la cavité naso-buccale, elles provoquent des picotements, et répandent une fraîcheur pénétrante qui est bientôt suivie d'un sentiment de chaleur sèche et de saveur sucrée rappelant celle de la pomme reinette. Les premières inspirations de chloroforme sont diversement supportées par l'appareil pulmonaire. Le plus souvent elles ne modifient nullement le jeu de la respiration. Quelquefois elles provoquent un sentiment pénible de suffocation, comparable à celui que l'on éprouve quand on respire du chlore ou de l'acide sulfureux. Dans des cas exceptionnels et qui dépendent beaucoup du mode d'administration, il survient de la toux ; le sujet se défend ; la glotte, par une suggestion instinctive, se resserre, la respiration s'arrête pendant quelques secondes, et le péril de la suffocation provoque une explosion de mouvements désordonnés qui tendent à écarter l'appareil inhalateur. On ne doit pas confondre ce petit orage initial avec des faits de même apparence qui appartiennent à la période d'excitation anesthésique. C'est le résultat d'une action de contact qui se produit dès les premières inhalations, et qui a pour prélude ou bien un accès de toux, ou bien un certain temps d'arrêt dans les mouvements respiratoires. 11 n'est pas indifférent de le méconnaître, à cause des inspirations rapides et profondes qui le terminent et dont il faut se défier en modérant les inhalations.

Les anesthésiques causent un peu d'excitation du côté des

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glandes salivaires et des bronches. Il existe sous ce rapport une difîerence marquée entre l'éther et le chloroforme. Avec ce dernier, cette excitation est à peine accusée ; dans tous les cas, elle ne s'étend point au delà de la cavité pharyngienne. De nombreuses recherches pratiquées sur des animaux tués par le chloroforme, l'état de la muqueuse laryngobronchique constaté bien des fois chez l'homme dans les cas de mort subite survenue pendant la chloroformisation, mettent ce fait hors de doute. Il n'en est plus de même avec l'éther; celui-ci est plus irritant, et provoque une hypersécrétion dont les produits apportent une certaine gêne mécanique dans la respiration, et sont rejetés par le malade pendant ou immédiatement après l'éthérisation.

Les vapeurs stupéfiantes, plus largement inhalées à mesure que le sentiment d'ardeur qu'elles développent, s^alfaiblit et s'éteint, ne tardent pas h être absorbées et à susciter graduellement les premiers effets anesthésiques. Le sujet ressent un trouble général inexprimable ; il perçoit des bruissements singuliers, des battements aux tempes, une sorte de bouillonnement dans le cerveau. Des bouffées de chaleur, accompagnées de picotements désagréables, montent à la tête et se répandent par tout le corps; la face s'anime, le regard est humide et brillant ; la peau devient chaude , le pouls s'accélère. On dirait la période prodromique de l'ivresse alcoolique. Bientôt surviennent d'autres phénomènes qui annoncent d'une lacon plus nette que le système nerveux central est directement impressionné : des vertiges, une extrême mobilité dans les idées, des bourdonnements d'oreilles, des cercles brillants et colorés devant les yeux, une sorte de frémissement vibratoire qui s'irradie du centre vers la surface du corps.

Ici commencent, à proprement parler, les phénomènes de l'éthérisme, phénomènes éminemment complexes, d'une analyse d'autant plus difïicile qu'ils ont les centres nerveux pour théâtre, qu'au début seulement ils sont accessibles à l'observation subjective et ne se révèlent dans leur complet développe-

FONCTIONS DU SYSTÈME iNEUVEUX. 185

ment ([ue par certains actes d'une interprétation souvent litigieuse.

ARTICLE PiîEMlEn.

i'ONCTIOiVS m SYSTÈME Z^ERVEUX.

Les fonctions et les facultés dont l'encéphale est l'organe et le siège sont impressionnées simultanément par les anesthésiques. Mais, pour l'ordi'e et la clarté du sujet, nous croyons devoir examiner dans un ordre successif les perturbations que chacune d'elles présente.

§ I. — Ncii*iil>îlité.

La sensibilité est l'attribut fondamental de l'animalité : l'histoire de ses perturbations et de sa dégradation progressive devra particulièrement intéresser le chirurgien, puisque c'est à elles qu'il vient demander le moyen de calmer la douleur.

Au début des inhalations, on constate des signes d'exaltation de la sensibilité. Les pupilles se contractent, l'œil se ferme; le moindre son blesse l'ouïe ; le plus léger pincement de la peau et même le contact de la main suffisent pour causer de la douleur et provoquer des mouvements excessifs. Malgré cette hyperesthésie générale qui est variable, mais toujours appréciable, il est de remarque que la muqueuse laryngotrachéale paraît avoir perdu toute sensibilité. Elle subit sans réaction le contact continu des vapeurs anesthésiques. Faut-il en conclure avec M. Bouisson (l), que « l'éther et le chloroforme stupéfient directement les parties qu'ils touchent», et provocjuenl ainsi l'insensibilité laryngo-trachéale avant l'apparition de l'insensibilité générale.

Nous aurons à discuter plus tard la valeur et la portée de l'action stupéfiante développée localement au contact des anes-

(1) Bouissui), (luvy. ciU\ p. 21:).

thésiqucs ; mais à l'égard de ce fait particulier, nous ne pouvons accepter l'interprétation donnée par M. Bouisson. Si la muqueuse bronchique devient rapidement tolérante pendant l'administration du chloroforme; si, après les premiers instants, la respiration recouvre son rhythme, ce changement ne doit- il pas être attribué à ce que le trouble initial dépend moins d'une action de contact que de la perturbation jetée dans tout l'appareil pulmonaire par Taccès de vapeurs susceptibles d'acquérir brusquement, en passant à la température du corps humain, une tension relativement considérable; trouble nerveux, })hénomène de suffocation dont triomphe rapidement l'accommodation puissante de la fonction respiratoire. Les effets dus aux propriétés irritantes des vapeurs ne disparaissent point de la sorte ; on sait avec quelle opiniâtreté persiste fréquemment la toux pendant l'administration de l'éther. Les agents anesthésiques stupéfient si peu la muqueuse qu'ils baignent de leurs vapeurs , qu'à une période plus avancée de l'éthérisation, quand déjà le système cérébrospinal est sourd à toute excitation, le contact du doigt suffit pour provoquer un tremblement de la langue, ou des contractions énergiques dans l'arrière-gorge et à l'orifice du larynx. Ce phénomène, dû manifestement à la persistance de la sensibilité de cette région, ne nous a jamais fait défaut dans nos recherches expérimentales ni dans nos observations chez l'homme ; par conséquent, la muqueuse de l'arrière-gorge et du larynx, loin d'être directement et prématurément paralysée, est un des points où se réfugie en dernier lieu la sensibilité. C'est précisément sur cette immunité, sans laquelle du reste on comprendrait difficilement la persistance des phénomènes mécaniques et vitaux de la respiration, qu'est basée la cautérisation buccopharyngienne, préconisée par M. Jules Guérin pour combattre les accidents survenus pendant la chloroformisation.

A ces phénomènes d'excitation peu durables, et surtout plus fré(iuenls avec l'éther ({u'avec h' chloroforme, succède un trouble plus profond do la sensibilité. « L'incapacité de sentir,

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