‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 57 sur 123 · PRÉSENCE ACCIDENTELLE DE GAZ DANS LES VAISSEAUX · texte numérisé non relu

PRÉSENCE ACCIDENTELLE DE GAZ DANS LES VAISSEAUX

de l'autopsie (soixante-douze heures après la mort), nous dispensent d'attacher à ce détail plus d'importance que ne l'ont fait les médecins légistes qui Font rapporté.

A l'examen nécroscopique de madame W...., pratiqué au mois de juin (vingt-cinq heures après la mort), le médecin Fischer constata également la présence de fluides aériformes dans les vaisseaux du cerveau, dans la carotide (1) ; mais la disparition delà rigidité cadavérique, des lividités prononcées, le boursouflement de la face et du cou témoignent irrécusablement de l'existence de la putréfaction.

Nous ne nous arrêtons à un détail contenu dans l'observation si précise de M. Adolphe Richard, que pour rappeler l'interprétation qu'en donne l'auteur lui-même. « Dans les veines superficielles du cerveau il existait quelques bulles de gaz, mais cette disposition était due à la décomposition cadavérique, et sur un cadavre que nous avons ouvert immédiatement dans F amphithéâtre, ajoute le judicieux observateur, nous avons trouvé le même développement de gaz » (2).

Enfin, des deux derniers exemples, Fun manque de détails à ce point qu'il échappe à toute analyse et à toute critique; Fautre est emprunté à une autopsie qui, pratiquée au mois de juin en Ilahe, et quarante -huit heures après la mort, explique suffisamment pourquoi, « Fautopsie montre le cœur gros, flasque et contenant des gaz d (3).

Il n'existe pas, comme le voit, un seul fait, non-seulement qui démontre, mais même qui autorise à admettre la formation dans le sang d'un gaz quelconque pendant Fanesthésie, ou la pénétration de Fair dans les veines, soit pendant les inhalations, soit pendant le traitement des accidents. Les fluides aériformes trouvés dans les vaisseaux, ayant une origine toute naturelle dans Fexistencc de la putréfaction, leur influence hypothétique devient inacceptable.

(1) Voyez p. 28 j.

(2) /bid., p. 302.

(3) Ibicl., p. .305.

36/i NATURE DE L\ MOUT SUlilTE PENDANT l'ANESTHÉSIË.

LA MORT EST-ELLE LE RÉSULTAT D'uNE ASPHYXIE ACCIDENTELLE?

Les causes de mort subite dont nous venons de parler n'étaient que des hypothèses gratuites ou de mauvaises appréciations qui sont restées sans écho sur l'opinion générale. Il n'en est pas de même de l'asphyxie accidentelle ; à une certaine époque, elle a compté de nombreux partisans, et de nos jours elle est encore considérée comme une cause possible, sinon probable, de mort subite pendant la chloroformisation. C'est ainsi qu'on l'a signalée comme un résultat possible d'inhalations trop larges au début, d'un spasme de la glotte (M. Maisonneuve), de l'accumulation de mucosités dans les bronches (MM. Bouisson, Demarquay, Robert), de la pénétration d'une trop faible quantité d'air dans les poumons (M. Devergie), etc. La possibilité d'un semblable accident ne saurait être mise en doute; mais c'est peu éclairer la question que de l'égarer dans le champ du possible, n'ayant pour guide que des vues théoriques ou des présomptions plus ou moins affermies. L'histoire des morts subites qui nous occupent est assez longue, assez ancienne pour que l'on puisse renoncer aux procédés par induction. C'est pourquoi, sans entrer dans aucune discussion à cet égard, nous tacherons seulement d'apprécier les faits et de voir s'ils présentent les caractères de l'asphyxie.

Mais, auparavant , il est bien indispensable de s'entendre sur la valeur des mots pour éviter toute confusion. Rien n'est vague et mal défini comme les diverses acceptions sous lesquelles on comprend la mort par asphyxie. Bichat avait posé la question dans les meilleurs termes. Pour lui, la mort par asphyxie réside essentiellement dans un défaut d'oxygénation du sang, consécutif à un arrêt suffisamment prolongé de la fonction respiratoire. C'est donc, à proprement parler, une

mort par le sang, apparaissant conrinie conséquence directe de la mort du poumon. Que ce soit en faisant inhaler un gaz irrespirable, en mettant obstacle, d'une façon quelconque, à la pénétration de l'air dans les voies aériennes ou à l'exhalation des produits de l'expiration, peu importe ; au fond, l'effet produit est le même sur ce liquide.

Il acquiert progressivement, dans toute l'étendue de l'appareil circulatoire, cette teinte brune, cette consistance visqueuse qu'on lui connaît, et il a paru à M. Faure, dans ses belles recherches sur l'asphyxie, que « le moment de la mort inévitable devait coïncider avec celui où la coloration brune était également prononcée dans tout le système vasculaire » (1). Aussi, à l'autopsie, le même autour a-t-il trouvé « le sang constamment huileux, épais et d'un brun noirâtre, soit qu'il y ait des caillots, soit qu'il soit entièrement tluide » ('2). Cette transformation du sang donne aux organes un aspect particulier : leur trame est gorgée, leur coloration plus foncée ; le système veineux, depuis le réseau capillaire jusqu'aux troncs principaux et jusqu'au cœur, est gonflé par un liquide noir, gélatineux, tantôt d'une consistance uniforme, tantôt contenant des coagulums plus ou moins résistants, suivant l'espèce animale, la cause d'asphyxie et peut-être l'époque de l'autopsie.

L'état du sang et des organes représente un premier caractère à l'aide duquel, soit pendant la vie, soit surtout après la mort, l'asphyxie, dégagée de toute complication, se dislingue nettement de tout autre accident.

Ainsi qu'il était facile de le prévoir, la mort par asphyxie présente toujours les mômes symptômes fondamentaux. « Quel que soit l'obstacle, dit M. Faure, qui intercepte la communication des poumons avec l'atmosphère, ou qui s'oppose à l'exercice de la respiration, les différences que Ton peutremar-

(1) Faure, Des caradères çioncraux de l'asphyxie {Archives générales de médecine, 5« série, t. VU, p. 5(il).

(2) Faure, ibiJ., p. 5G0.

Page 1