‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 70 sur 123 · CHOIX DU CHLOROFORME · texte numérisé non relu

CHOIX DU CHLOROFORME

le temps que réclamaient les opérations les plus longues, les plus délicates de la chirurgie.

M. Nélaton se sert d'une simple compresse ou d'un mouchoir de poche. Au Heu de les rouler en cornet, il les maintient étendus à proximité delà bouche et du nez. Une des extrémités de cette sorte de voile est maintenue sur le front du malade; l'autre est agitée, par les soins de l'aide chargé de la chloroformisation, de façon à activer, en mettant l'air en mouvement, la formation des vapeurs, et à rapprocher ou à éloigner des voies aériennes le foyer d'évaporation. Chacun, on le conçoit, peut modifier à son gré et sans inconvénient cet appareil extemporané. Familiarisé avec la chloroformisation, le chirurgien saura facilement utiliser les ressources qu'il a sous la main. Celui auquel nous accordons la préférence, c'est la compresse roulée en un cornet au sommet duquel on fixe, à l'aide d'une épingle, une petite éponge à pansement. L'anesthésie obtenue, on enlève la compresse, et l'éthérisation est continuée avec l'éponge seule.

Dans le cas où, soit par habitude, soit pour suppléer à des ressources insuffisantes, on voudrait avoir recours aux inhalateurs mécaniques, nous n'accordons de supériorité absolue à aucun d'eux; de tous ceux qui existent dans la pratique, le meiUeur est celai auquel on est le plus habitué.

Tout ce que nous avons dit jusqu'ici, relativement au choix d'un appareil, n'est applicable qu'à la chloroformisation. Les appareils mécaniques sont indispensables quand on veut administrer l'éther, non pas en vue d'un dosage aussi hypothétique que pour le chloroforme, mais dans le but d'obtenir des effets plus satisfaisants, en s'opposant à la hbre dissémination des vapeurs. L'appareil le plus généralement employé est l'appareil sacciforme de M. Jules Roux (de Toulon).

§ n. — Choix du chloroforme.

En thérapeutique, la pureté des produits est toujours d'une grande importance; pour ce qui concerne le chloroforme,

/iG/i CHOIX DU CHLOROFORME.

011 raison des accidents inattendus qui sont venus compromettre son administration, on a souvent exagéré ce principe. Quelques produits congénères peuvent en altérer la pureté, surtout s'il est préparé avec l'esprit de bois substitué à l'alcool vinique. Le plus commun est un liquide jaunâtre d'une odeur empyreumatique, auquel Soubeiran et M. Mialhe ont donné le nom d'huile chlorée. M. Sédillot lui a fait jouer un rôle considérable dans la production des accidents; l'expérience, chez les animaux du m(5ins, n'a pas confirmé ces appréhensions. M. Robert (1), s'étant procuré chez Soubeiran un petit flacon de cette huile, la mélangea avec du chloroforme purifié : les animaux à qui l'on fit respirer ce mélange n'en éprouvèrent aucun symptôme fâcheux. Tout porte à croire que l'huile chlorée n'a donc par elle-même aucune propriété toxique particulière , mais il n'en reste pas moins avéré, ainsi que l'a judicieusement fait observer M. Legouesl à la Société de chirurgie, que sa présence cause des vertiges, de fréquents vomissements. On peut même dire que dans ces conditions les vomissements deviennent la règle, soit pendant, soit quelque temps après la chloroformisation. Cet accident est plus incommode que dangereux, mais il n'en est pas de même de l'état lipothymique qui l'accompagne , et qui peut devenir la cause prochaine d'une syncope mortehe.

On a mis aussi en prévention une certaine huile empyreumatique très nauséabonde que l'on obtient par la distillation de l'alcool de pomme de terre. Ce principe, dont l'existence est signalée depuis longtemps, et qui est connu en Amérique sous le nom àe fuzzle-oll^ a, dans le nouveau monde, la réputation d'être très vénéneux. 11 se pouvait que les chloroformes préparés avec l'alcool de pomme de terre ou de grain dussent à la présence de ce corps des vertus délétères spéciales. L'expérience est venue aussi rassurer à cet égard. H y a quelques années, M. Brown-Séquard rapporta d'Amérique un flacon de cette huile empyreumatique. Une certaine quantité ayajit été

(1) Ilobort, Conférences de clinique chirurgicale, p. 2î).

ESSAI DU CHLUKUFUKME. /JCÔ

misé à la disposition de M. Robert, l'iiabile expérimentateur put étudier son action sur les animaux (i). En coiffant la tête des chiens mis en expérience avec une vessie de porc au fond de laquelle se trouvait une éponge imprégnée de ce liquide, il ne put obtenir que les phénomènes de l'ivresse , jamais d'insensibilité, et encore bien moins desaccidents d'intoxication. Nous répéterons ici ce ({ue nous disions tout à l'heure de l'huile chlorée : ces produits, peu redoutables pour leurs propriétés toxiques, comme le démontre l'expérimentation, sont nauséeux, et à ce titre le chloroforme doit en être soigneusement débarrassé. Fort heureusement, leur odeur désagréable trahit facilement leur présence, et le chloroforme méthylique ne se rencontre guère actuellement dans le commerce.

§ m. — Essai dw chlorofomte.

Nous avons fait connaître ailleurs avec quelques détails les propriétés chimiques du chloroforme (2), nous ne nous occuperons ici que des moyens de reconnaître s'il est pur. Le chloroforme ordinaire, quand il n'est pas rectifié, se colore par l'addition d'acide sulfurique très concentré. Le chlorure de zinc bien sec, agité avec un produit suspect, ne tarde pas à précipiter une matière graisseuse, noirâtre, qui n'est autre chose qu'une huile chlorurée aromatique.

Les deux moyens suivants ont été conseillés par M. lierthé, pour déceler les principes étrangers qui pourraient être mélangés au chloroforme. Contient-il du chlorure d'éloïle, on constate sa présence avec un peu de potasse, qui transforme ce composé en chlorure d'acétylc, reconnaissabie à son odeur infecte. S'agit-il de rechercher tous les autres composés (jui peuvent s'y trouver, l'alcool nolamment, qui s'y rencontie le plus fréquemment, on y parvient facilement en broyant dans un vase quelconque contenant une petite quantité du

(1) Robert, ouvr. cité, p. "20.

(2) Lallcmaiitl, 1-crrin et Duroy, ouvr. cité, p. 270.

/|66 ESSAI DU CULOUUFOHME.

clilorofunnc suspect, un peu de bichromate de potasse, et en ajoutant au mélange quelques gouttes d'acide sulfurique. Si le chloroforme est pur, il se forme un précipité rouge brun d'acide chromique; s'il n'est pas pur, l'acide est réduit, tandis que le dépôt et quelquefois le Hquide lui-même prennent une couleur verte qui est due à la présence du sesquioxyde de chrome.

Le chloroforme purifié ne doit pas rougir le papier bleu de tournesol (acide) ni le décolorer (chlore). 11 ne doit pas précipiter le nitrate d'argent (acide chlorhydrique), ni s'enflammer (éther, alcool), ni devenir opalin en traversant l'eau. Le chloroforme longtemps conservé devient presque toujours acide.

L'opérateur doit autant que possible s'assurer de la quahté de celui qu'il possède, avant de s'en servir. Voici à l'aide de quels caractères il pourra le faire d'une façon satisfaisante, sans recourir à aucune réaction chimique, et avec les ressources dont il dispose au moment d'une opération.

Le chloroforme doit se présenter sous la forme d'un liquide incolore, limpide, d'une saveur sucrée, d'une odeur suave, éthérée, rappelant celle de la menthe ou de la pomme reinette. Sa densité étant de l,/i9 à 15 degrés, si l'on en verse une goutte dans l'eau, elle tombe rapidement au fond : en agitant le liquide, elle se divise comme le mercure en petits globules qui restent parfaitement transparents si le chloroforme est pur, et qui prennent une teinte opaline s'il n'est point suffisamment rectifié. Enfin, en raison de sa volatilité, si l'on en verse quelques gouttes dans le creux delà main, il doit se vaporiser entièrement sans laisser de résidu ni de traces odorantes persistantes. On peut abréger la durée de cette dernière vérification en frottant les mains l'une contre l'autre, après avoir répandu du chloroforme sur l'une d'elles. Quand le produit est bon, l'épiderme paraît instantanément sec et comme parcheminé; s'il contient de l'huile empyreumatique, il reste sur la peau pendant quelques instants une sorte de tache grasse d'une odeur piquante, désagréable.

rRÉCALTlUlNS rilÉLlMlNAlRES. /|67

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