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DES VOIES AÉRIENNES

Les indications générales de l'anesthésie peuvent servir de règle pour les opérations qui se pratiquent sur la face. 11 y aurait pourtant quelques exceptions à faire à l'égard des enfants. A la faveur de l'anesthésie, M. Heyfelder a opéré avec succès un bec-de-lièvre compliqué qui avait été sans elle l'objet d'une tentative infructueuse. On conçoit que l'absence de contractions musculaires pendant l'opération soit

(1) Normand DufK', Essai sw l'anesthésie provoquée. Montpellier, 1858, p. 125.

très favorable au rapprochement des lambeaux et contribue à donner un bon résultat.

Il n'en est plus de même pour les opérations sanglantes qui se pratiquent dans les fosses nasales, la bouche, la cavité pharyngienne et la trachée ; toutes, à des degrés variables, exposent à la pénétration d'une certaine quantité de sang dans les voies aériennes. En temps ordinaire, le malade échappe à ce danger, soit en avalant, soit en rejetant au dehors le sang qui gêne la respiration. Mais le chloroforme, en abolissant la sensibilité et le pouvoir excito-moteur, menace l'organisme dans ses moyens de protection. Aussi s'empressa-t-on à priori d'en condamner l'usage pour toutes les opérations qui se pratiquent dans le voisinage de la glotte. Le précepte était trop absolu ; de nombreuses infractions à cette règle ne tardèrent pas à le faire reconnaître. Les opérateurs, enhardis par des succès non démentis, furent de moins en moins réservés, de telle sorte qu'au bout d'un certain temps la chloroformisation devint la règle, et l'abstention, l'exception.

La physiologie, mieux interprétée, justifie cette pratique en même temps qu'elle trace les limites dans lesquelles il faut se renfermer. Les mouvements de déglutition et d'occlusion de la glotte sont, par action réflexe, sous la dépendance de la moelle allongée. C'est à la période ultime de Féthérisme organique seulement, période que n'atteint jamais l'anesthésie chirurgicale, que la moelle allongée perd son pouvoir excitomoteur. Au moment où la moelle épiniére est privée de ses fonctions, et où par conséquent les mouvements sont abolis, elle reste encore impressionnable, et les excitations dirigées sur les nerfs sensibles du pharynx et du larynx, ainsi que des poumons, peuvent encore réagir sur les nerfs moteurs de ces organes. M. Michel (de Strasbourg) (1) a rendu saisissante cette particularité à l'aide de deux expériences bien simples :

(1) Michel, De l'emploi du chloroforme dans les opérations qui se pratiquent sur la face [Union médicale^ 1850, p. 'Ihk). . ;

Deux lapins furent plongés à l'aide du chloroforme dans une anesthésie complète ; on put alors leur injecter avec force de l'eau dans l'arrière-gorge, sans provoquer aucun symptôme qui indiquât le passage du liquide dans les voies aériennes. Chez un troisième lapin, au contraire, conduit aux dernières limites de l'éthérisme organique, l'injection d'eau tentée au moment des dernières inspirations passa abondamment dans la trachée. Dans ces conditions, sans lesquelles on comprendrait difficilement la persistance des battements du cœur et des mouvements respiratoires, le sujet privé de toute spontanéité peut encore réagir dans une certaine mesure , et rejeter au dehors le sang qui s'accumule dans la cavité pharyngienne. Le fait, d'ailleurs, a été fréquemment observé par M. Michel (1) à la clinique chirurgicale de Strasbourg. Quelques chirurgiens , et en particulier M. Ghassaignac , dans le but de mieux assurer l'intégrité fonctionnelle de ces parties, ont donné le conseil d'attendre le moment du réveil ou les quelques instants qui le précèdent, pour faire agir l'instrument tranchant. Cette recommandation ne pourrait être utilisée que pour les opérations de très courte durée, comme l'ouverture d'un abcès, l'excision des amygdales, de la luette chez les enfants, etc. Comment entreprendre une opération un peu longue, un peu laborieuse, telle que l'éradication d'un polype , une résection , pendant la courte durée de l'excitation de retour? Mieux vaudrait l'abstention absolue. D'ailleurs, môme dans les conditions les plus favorables, une telle précaution remplirait-elle le but qu'elle semble promettre ? Il est au moins permis d'en douter. Au moment du demi-réveil, pour nous servir de l'expression de M. Chassaignac, la moindre excitation fait naître, comme au début des inhalations, des mouvements irréguliers, excessifs, qui portent le trouble dans les fonctions, qui sont le point de départ des plus graves perturbations du côté de la respiration et de la

(1) Michel, ibid.

circulation. N'ya-t-il pas lieu de craindre que le même désordre ne se produise dans les mouvements de déglutition ou d'expuition que l'on attend de la spontanéité du malade ? Un inconvénient d'un autre genre , c'est le resserrement des mâchoires, qui est assez fréquent à cette période. Il est facile de juger quel grave embarras créerait à l'opérateur, même avec la ressource des dilatateurs mécaniques, une semblable complication. Par conséquent, le plus prudent est encore d'entretenir le sujet dans un état d'anesthésie profonde.

Mais de ce que l'organisme n'est pas privé de toute ressource contre le danger d'asphyxie, celui-ci n'en subsiste pas moins. Gerdy, Amussat et M. Sédillot, qui les premiers ont eu recours à l'anesthésie dans ces circonstances, recommandent, pour plus de sécurité, d'incliner de côté la tête des malades. Celte précaution peut être avantageuse pendant les opérations qui se pratiquent dans la bouche ; rarement elle sera suivie de bons effets, quand on opère au fond de la gorge. La cavité pharyngienne restera toujours, quoi qu'on fasse, le point le plus déclive dans lequel tendront à s'accumuler des liquides n'obéissant qu'à l'action de la pesanteur. A l'exemple de quelques opérateurs, il serait préférable de pratiquer l'opération pendant l'anesthésie complète, et de s'arrêter de temps en temps pour se débarrasser du sang, en inclinant la tête et la renversant, la bouche en bas. Mieux vaut encore être sobre de chloroformisations; examiner scrupuleusement si le désir d'épargner au malade une souffrance redoutée, ou le besoin de vaincre quelque répulsion irrésistible, l'emporte sur la crainte même éloignée d'une complication.

Plus on est éloigné de l'ouverture de la glotte, moins on court de risques : telle est la maxime qui a servi de règle aux chirurgiens. Aussi l'usage du chloroforme a-t-il prévalu dans toutes les opérations qui se pratiquent sur la face et dans la bouche : la chiioplastie, l'ablation des tumeurs cancéreuses des lèvres, l'amputation de la langue, la résection du maxillaire inférieur, etc. Il n'en est plus de même déjà de la résection

partielle ou totale du maxillaire supérieur. Il est possible cependant de s'en servir en prenant, ta l'exemple de MM. Sédillot et Chassaignac, les précautions suivantes : on donne du chloroforme jusqu'à ce que l'anesthésie soit complète, puis on exécute les temps les plus douloureux de l'opération et pendant lesquels le sang ne pénètre que difficilement dans la bouche , c'est-à-dire l'incision des téguments , la dissection du lambeau et les diverses sections osseuses. Chemin faisant, on applique des ligatures sur toutes les artérioles qui donnent du sang. L'opération, alors suspendue, n'est terminée par la division du voile du palais, l'abaissement du maxillaire dans la bouche et son avulsion définitive, qu'au moment où le malade est complètement éveillé. Tout en éloignant de la sorte les causes principales de suffocation, on fait perdre au malade très peu des bénéfices de l'anesthésie, parce que ces derniers temps de l'opération sont relativement peu dangereux et facilement supportés.

L'extirpation des polypes naso-pharyngiens oppose des difficultés bien autrement sérieuses. Aussi la plupart des chirurgiens sont-ils partisans de l'abstention. L'opération est généralement très longue et très laborieuse. A moins de n'obtenir qu'un résultat bien peu satisfaisant, il faut de toute nécessité, ou continuer les inhalations pendant les manœuvres opératoires, ce qui est à peu près impossible, ou interrompre plusieurs fois l'opération pour donner de nouveau du chloroforme, ce qui la rendrait interminable. D'un autre côté, ces extirpations s'accompagnent toujours d'hémorrhagies très abondantes, qui, pendant l'état aneslhésique, peuvent passer inaperçues, d'autant plus facilement que leur siège est dans les points les plus reculés de l'arrière-gorge. Fort heureusement elles sont beaucoup moins douloureuses, beaucoup mieux supportées qu'on ne le pourrait supposer, soit à cause du peu de sensibilité des parties intéressées, soit à cause de la gêne habituelle de la respiration, qui entretient chez le patient un état permanent d'asphyxie. Dans les cas où, par pusillani-

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mité, le malade imposerait la chloroformisation, il faudrait en limiter la durée au temps nécessaire à raclièvenient de l'opération préliminaire, destinée à rendre accessible aux instruments le siège de la production fibreuse.

Il est recommandé aussi par tous les chirurgiens de s'abstenir de chloroforme pour pratiquer l'ablation des amygdales. C'est une opération de très courte durée, peu douloureuse, suivie d'un écoulement de sang abondant, capable de donner naissance, surtout chez les jeunes sujets, à une hémorrhagie d'autant plus grave qu'elle serait le plus souvent méconnue. Avec les enfants en bas âge ou qui n'ont pas encore atteint l'âge de raison, l'opérateur, n'ayant aucune résistance volontaire à ménager, triomphera facilement de toute répulsion instinctive. Il n'en est plus de même avec certains adultes pusillanimes, qui préfèrent encourir toutes les conséquences fâcheuses de l'abstention plutôt que de supporter l'idée d'une opération sanglante , même très légère. Pour peu qu'il paraisse urgent d'agir, il faut bien alors recourir à l'anesthésie. C'est pour les cas de ce genre (jue M. Chassaignac a donné le conseil de pratiquer l'excision au moment du réveil du malade. Voici comment il procède. Pendant l'état anesthésique confirmé, il place son amygdalotome sur chacune des glandes à enlever, traverse tout d'abord celles-ci avec la petite fourche de l'instrument, ce qui produit à peine quelques gouttes de sang ; puis les choses étant ainsi disposées , il attend le moment où quelques manifestations spontanées indiquent un réveil très prochain, et fait alors rapidement la section avant le retour des perceptions douloureuses, et cependant à un moment où le malade est manifestement en état d'expulser le sang qui tombe dans sa gorge. On peut même faciliter cette expulsion en inclinant, immédiatement après la secliouj la tête sur le côté droit, dans la position conseillée pendant le traite^ ment appliqué aux asphyxiés par submersion. En principe, nous ne sommes pas, comme nous l'avons déjà dit, partisans de la méthode qui consisterait à pratiquer les opérations au moment

de la période d'excitation de retour, mais nous reconnaissons volontiers que l'idée ingénieuse de M. Chassaignac peut recevoir d'utiles applications pour l'excision des amygdales avec l'instrument de Fahnestock.

Pour les autres opérations qui se pratiquent dans cette région, telles que la stapliyloraphie, l'excision de la luette, les scarifications, les cautérisations du larynx, la trachéotomie, l'emploi des anesthésiques a été universellement rejeté. La stapliyloraphie est une opération longue, minutieuse, peu douloureuse, pendant laquelle l'activité volontaire du malade est du plus grand secours, tandis que les mouvements de déglutition, les efforts de vomissement, sollicités par l'action des instruments, ne pourraient que devenir plus irrésistibles et plus fréquents pendant l'état anesthésique.

Les opérations exécutées dans le voisinage de la glotte, étant pratiquées dans le but de remédier à un état plus ou moins prononcé d'asphyxie, réclament à plus forte raison l'abstention; d'abord parce qu'elles sont, par ce fait, moins douloureuses , mais surtout parce que l'obslacle à la respiration auquel elles cherchent à porter remède est la première des contre-indications à l'emploi des anesthésiques. Néanmoins M. Snow, si compétent dans la question, n'exclut pas le chloroforme dans la trachéotomie (1). Il se base sur ce que, employé avec prudence et à dose modérée, il ne diminue pas la force des mouvements respiratoires, et sur ce qu'il ne faut pas aux personnes anesthésiées une plus grande quantité d'air qu'aux personnes en pleine santé; au contraire. Cette proposition est bien en harmonie avec les résultats fournis par la physiologie ; elle n'est point, nous le savons, applicable à l'homme. Le chloroforme n'aggrave pas l'état asphyxique, c'est vrai; mais il rencontre dans l'état de la respiration les conditions les plus favorables au développement de la syncope. Pour ce motif, nous n'hésitons pas à le proscrire j d'une manière absolue, en pareille circonstance.

(i) Snow, London médical Journal, 1852.

560 APPLICATIONS DE l'aNESTHÉSIE AUX OPÉUATIONS SPÉCIALES.

ARTICLE m.

OrÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LES HERNIES.

Les indications générales suffisent toutes les fois qu'il s'agit d'opérations pratiquées dans le but d'obtenir la cure radicale des bernies. Il n'en est plus de même à l'égard du traitement des bernies étranglées. S'agit-il du taxis, le cbloroforme, par son action sur le système musculaire, contribue puissamment au succès ; son usage ne saurait être trop recommandé. S'agitil, au contraire, de la kélotomie, il rencontre dans l'état du sujet des conditions qui commandent beaucoup de réserve et souvent l'abstention.

A. De remploi des anestJtésiques dans le traitement par le taxis des hernies étranglées. — L'idée de neutraliser l'action musculaire pour affaiblir les obstacles qui s'opposent à la rentrée de l'intestin est vieille comme la cbirurgie. C'est sur elle que repose l'usage recommandé des émollients, des bains chauds prolongés, de la position demi-fléchie, de la suspension par les pieds, des saignées abondantes, des préparations belladonées, et enfin de l'étber donné en potion ou appliqué topiquement sur la tumeur, et dont les bons effets ont été particulièrement vantés dans les observations de Valentin. La pensée d'appliquer l'éthérisation à la réduction des tumeurs herniaires dut naturellement se présenter à l'esprit, dès qu'on en connut les effets hyposthénisants. Mayor(de Lausanne) (1), l'un des premiers, fit connaître un exemple de succès d'autant plus saisissant, qu'il était moins prévu. Chez un malade, on avait épuisé en vain toutes les ressources de l'art pour obtenir la réduction d'une hernie. L'opération était résolue. Mayor, pour supprimer la douleur, lit usage de l'étber. La résolution musculaire ne fut pas plutôt obtenue, que l'intestin rentra sans effort ! La pratique de Mayor se vulgarisa comme la méthode

(l) Gazette rrnidicale, 1847, p. 148.

anesthésique elle-même. MM. Morgan, Th. Wright, en Angleterre, Rothmund, à Munich , Warren, à Boston, et un grand nombre de chirurgiens français, ne tardèrent pas à constater l'utilité des inhalations d'éther pendant le taxis. La substitution du chloroforme à l'éther ne pouvait être que favorable à cette pratique. Avec ses vertus stupéfiantes plus énergiques, le nouvel agent devait seconder plus activement les vues du chirurgien. Beaucoup de faits heureux Font démontré depuis, et cependant la chloroformisatîon ne nous paraît pas avoir été utilisée comme elle aurait pu l'être, peut-être à cause du peu de crédit que l'on accordait au taxis, comme méthode générale, avant l'éthérisation.

•Dans le but de faire apprécier à leur valeur la nature et l'étendue des services que l'on est en droit d'en attendre, nous croyons utile de rappeler brièvement la manière dont se produisent et se succèdent les effets de l'étranglement herniaire, en prenant pour type le cas qui est le plus fréquent, c'est-àdire l'entérocèle à l'état simple.

Le sac herniaire n'est autre chose qu'un diverticulum de la cavité abdominale, avec laquelle il reste en communication par l'intermédiaire d'un canal plus ou moins étroit que limite un anneau fibreux, ou plus habituellement le collet du sac. Les viscères renfermés dans la cavité abdominale sont soumis à une certaine pression qui résulte de la tonicité des muscles larges du ventre, de même que les viscères renfermés dans la tumeur herniaire sont soutenus par la résistance du sac lui-même et des parties molles qui le recouvrent. Entre ces deux actions opposées, dont la première est active etl'autre passive, il règne au repos une sorte d'équihbre en vertu duquel les viscères ne sont sollicités par aucune force ni pour sortir du ventre ni pour y rentrer. Mais la moindre influence exercée, soit d'un côté, soit de l'autre, suffit pour rompre cet équilibre, et les troubles qui en résultent sont, toutes conditions égales d'ailleurs, en rapport avec l'énergie de la puissance perturbatrice ou sa brusquerie. Pourvu que le canal de communi-

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cation demeure suffisamment perméable, la plus légère contraction des muscles abdominaux suffira pour produire la hernie, de même que la moindre compression suffira pour la faire rentrer. En augmentant artificiellement la force de résistance des parois de la hernie et de son collet, on rend plus diffiicile la sortie de l'intestin ; on peut même lui opposer une barrière infranchissable : c'est là l'office des bandages herniaires. En augmentant, au contraire, l'action des muscles de l'abdomen, comme il arrive dans tout effort, volontaire ou involontaire, de nouvelles parties ou simplement des gaz s'engagent dans le sac herniaire, et modifient brusquement les conditions de la réduction. La tumeur, ainsi augmentée de volume, devient tendue, résistante ; ce n'est plus qu'à l'aide de manœuvres appropriées que l'on parvient à rétablir l'état normal. Elles réussiront le plus souvent, mais il arrivera bien un jour, surtout si le collet de la hernie est étroit, qu'elles échoueront, que l'intestin expulsé ne pourra plus rentrer de lui-même ni par le taxis. Si l'on interroge avec quelque soin les malades atteints d'étranglement, on retrouvera presque toujours cette étiologie au début de l'accident. La plupart d'entre eux s'accorderont à dire qu'à l'occasion d'une chute, d'un effort quelconque, leur hernie, habituellement bien contenue par un bandage, est sortie brusquement plus dure, plus tendue, et qu'ils n'ont pu la faire rentrer. Tel est le premier stade de l'étranglement herniaire, sur lequel M. Guy ton, ancien interne des hôpitaux de Paris, a insisté avec tant de raison, dans FintérCvSsant mémoire qu'il a pubhé sur le sujet qui nous occupe (1). Jusqu'alors l'accident n'est représenté que par un obstacle purement mécanique, obstacle de tous points comparable à celui que créait artificiellement 0. Beirn dans ses expériences. Il n'y a encore aucune réaction, soit locale, soit générale. Mais les parties déplacées ne tardent pas à se gonfler, à se congestionner, et cette distension vient

(1) Guylon, Méni. surVéiranglement et. V emploi du chloroforme pour laréduction des hernies élranglées {Arch. gén. de mcd., 18A8, li^ série, t.XVin,p.70 et 282).

ajoiiler un nouvel obstacle à leur réduction. D'un autre côté , l'excitation douloureuse causée par le nouvel état de la tumeur s'irradie vers la cavité abdominale, y provoque du l)allonnement, et la contraction des parois musculaires. Celle-ci, en diminuant la capacité du ventre, tend incessamment à accumuler des gaz dans la hernie, et oppose à sa rentrée une barrière de plus en plus difficile à fi'ancbir. C'est ainsi ((ue s'enchaînent, dans une filiation très étroite, les phénomènes qui rendent de moment en moment plus précaires les clTorts du taxis, dont les manœuvres, toujours douloureuses, ont pour résultat de produire encore de nouvelles excitations réflexes. Que peuvent, dans de telles conditions, les pressions, les efforts les plus méthodiques, exercés sur une surface aussi restreinte que celle d'une tumeur herniaire, lorsque l'on a à lutter contre la contraction synergique de toute l'enceinte abdominale ! Chez tous les malades, les réactions ne sont pas aussi nettement accusées; le ventre peut être moins tendu, moins ballonné, le taxis moins douloureux; mais ces obstacles ont une telle énergie, que leur intervention, même sous cette forme adoucie, est bien suffisante pour rendre tous les efforts infructueux. C'est alors que peut se révéler toute la puissance des anesthésiques. En atténuant l'irritabilité musculaire; les calmants, les bains, les saignées, ont rendu des services, mais en la faisant entièrement disparaître, au gré de l'opérateur, l'éther et le chloroforme ont levé le principal obstacle au succès. A côté de cet avantage du premier ordre, il en est d'autres qui ne manquent pas d'importance. Les agents anesthésiques, par la sédation {)uissante (ju'ils exercent sur la circulation et les autres fonctions, tempèrent la réaction, ralentissent l'activité fonctionnelle de l'intestin, modèrent la production des gaz, portent atteinte à la tonicité organique, etc. Pour tout dire en un mot, l'anesthésie, sagement conduite à un degré suffisant, fait de l'homme un véritable cadavre. On sait avec quelle facilité se réduisent, après la mort, pourvu qu'il n'y ait pas de rigidité, des hernies qui avaient résisté

b6ll APPLICATIONS DE l'aNESTIIÉSIE AUX OPÉRATIONS SPÉCIALES.

pendant la vie à toutes les tentatives de taxis. Malgré les principes de sage réserve qui doivent servir de guide dans l'emploi des anesthésiques, en présence de l'importance du but à atteindre, et d'une influence aussi bien démontrée par la physiologie pathologique et déjà par la pratique de quelques chirurgiens , il est à désirer que leur usage soit plus répandu et plus générahsé. Qu'arrive-t-il le plus souvent encore aujourd'hui dans la pratique de la ville? Ce n'est qu'au moment où le malade, par insouciance , par ignorance, ou par habitude de son infirmité, s'est déjà fatigué dans des tentatives inutiles, que le médecin est consulté. Celui-ci essaye d'abord le taxis ; s'il échoue, il ajourne de nouvelles tentatives à quelques heures plus tard, fait prendre un bain ou prescrit quelque autre palliatif, et laisse ainsi perdre en tâtonnements infructueux les moments les plus décisifs. La pratique que nous désirons faire prévaloir consiste à recourir aux anesthésiques immédiatement après un premier taxis négatif, sans être arrêté ni par les chances de réduction spontanée ultérieure, ni par l'insidieuse bénignité des accidents. Il y aura de la sorte un certain abus de chloroformisations. Mais le danger qu'il fera courir nous paraît moins grand et beaucoup moins pressant, que celui qui résulte de la temporisation. Par conséquent, toutes les fois qu'une hernie ancienne ou récente devient brusquement irréductible, comme, par ce fait même, le malade est sous le coup d'un étranglement, le taxis doit être pratiqué le plus tôt possible, et s'il est infructueux, il doit être immédiatement renouvelé, en faisant usaae du chloroforme.

Si pendant cette première période, la hernie est restée sans secours opportun, des phénomènes d'un autre ordre ne tardent pas à suivre. Au bout d'un nombre d'heures, variable suivant les sujets, Fespèce de hernie, Fétroitesse du point resserré, suivant qu'une anse complète d'intestin ou bien une partie seulement de son calibre se trouvent comprimés, etc., des accidents inflammatoires éclatent , les troubles généraux s aggravent et la période des altérations organiques commence.

Il serait hors de propos de décrire ici les divers changements qui s'opèrent alors dans les parties qui sont le siège de rètrangiement : les uns, tels que la congestion, l'infiltration plastique des parois intestinales et du tissu cellulaire qui recouvre le sac, leur défaut de souplesse, la sécheresse des surfaces sous Tinikience de la péritonite herniaire, représentent autant d'obstacles nouveaux au succès du taxis ; les autres, tels que les adhérences étendues, la suppuration du sac, l'imminence de la gangrène ou d'une perforation intestinale, représentent autant de contre-indications formelles. On conçoit que dans ces conditions nouvelles, l'influence favorable des anes'thésiques sur la réduction devienne moins saisissante, et qu'elle reste subordonnée aux circonstances de chaque fait particulier. Toutefois leur application ne crée, dans ces conjonctures souvent si délicates, aucune difficulté nouvelle ; l'opportunité de la chloroformisation se trouve gouvernée par l'opportunité du taxis : toutes les fois que Ton croit ce dernier praticable, il faut y recourir en s'aidant du chloroforme, mais le faire le plus promptement possible, car l'influence de l'étranglement intestinal sur l'état des forces rend l'usage des anesthésiques de moment en moment plus périlleux.

L'emploi du chloroforme , même dans ces circonstances moins avantageuses, a été fort apprécié par quelques chirurgiens, et en particulier par M. Gossclin, et l'on peut dire qu'une part des beaux résultats qu'il a obtenus dans le traitement des hernies étranglées par le taxis érigé en méthode générale, revient à la chloroformisation.

La pratique de M. Gosselin a démontré, conformément à la croyance générale, qu'il y avait d'autant plus de chances de succès que les accidents d'étranglement étaient de date plus récenle. La plupart des guérisons relatées dans son travail (1) se rapportent à des étranglements dont la durée variait entre

(1) Gossclin, Éludes cliniques sur le traiiement de Vtiranglement herniaire par le taxis forcé {Bulletin de V Académie de médecine, t, \XV, p. 75).

5(i(3 APPLICATIOiNS DE l'aNESTHÉSIE AUX OPÉRATIONS SPÉCIALES.

douze et soixante-dix heures pour les hernies inguinales, entre douze et trente-six heures seulement pour les hernies crurales, parce que dans ces dernières, la perforation de l'intestin survient plus vile, surtout si l'anse intestinale, incomplètement déplacée, se trouve pincée par l'agent constricteur.

Les résultats ohtenus par M. Gosselin nous paraissent trop importants pour ne pas trouver place ici :

1 9 hernies inguinales, 1 3 hernies crurales el 3 hernies omhilicales avaient été traitées par le taxis aidé de la chloroformisation. Les suites de ce traitement sont réparties de la façon suivante :

Pour les hernies inguinales,

1 9 opérations :

Pour les hernies crurales,

1 3 opérations :

Pour les hernies ombilicales,

3 opérations. . 3 guérisons.

Les succès fournis par la môme méthode dans le courant de l'année 1860 (1) sont un nouvel exemple des avantages qui se rattachent à ce mode de traitement, et qui le recommandent encore à l'attention des praticiens.

B. Be rernploi des anesthésiqiies pendant ï opération de la hernie étranglée. — La généralisation de la méthode du taxis fécondée par l'usage du chloroforme aurait pour conséquence de réduire beaucoup le nombre des déhridements ; pourtant entre les mains les plus expérimentées, soit à cause de Tancienneté des accidents, de leur violence, soit parce que les résistances organiques sont trop considérables, l'opération peut devenir nécessaire. L'éthérisation peut être utile encore pour soustraire le malade à la douleur; mais autant nous

(1) GazcliG médicale, 1801, i>. 205 cL 251.

17 guérisons, 2 insuccès.

7 guérisons, G insuccès.

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