LE SAULE
Cet arbre si pittoresque, qu’on rencontre à chaque pas sur les bords des courants d’eau et des petites rivières de nos pays, présente les formes les plus variées et une physionomie des plus singulières. Fatigué par les fréquents ébranchages 'que lui fait subir la spéculation, presque toujours, en vieillissant, il se creuse à l’intérieur; son tronc (fig. 106) se contourne, prend une forme bizarre et présente une tète à la fois singulière et cocasse (fig. 107).
Rangés sur le bord des ruisseaux, les saules, par leur allure chancelante et bizarre, ressemblent à des hommes ivres.
Ces arbres forment généralement des groupes ravissants sur lesquels le soleil vient papilloter et semble détacher exprès pour le peintre des motifs particulièrement intéressants et pittoresques (fig. 108).
L 'écorce du saule, elle aussi, se fend en vieillissant et prend d> formes originales ; mais de ce vieux tronc vermoulu, donnait
Fi^. 106.
COUP D'OEIL SUR LA NATURE
l’idée de la vieillesse prête à s’affaisser, s’élancent en gerbes vers le ciel de délicieuses branches d’une grande finesse de couleur et de la forme la plus élégante.
Le feuillage du saule, fin et léger, s’agite au moindre vent; sa feuille, mince et allongée, se tient dans des positions très variées;
aussi la traduction du feuillé de cet arbre est-elle très difficile, surtout quand il est vu de près.
Au point de vue de la couleur, l’ensemble est le type de la finesse de ton; nous ne connaissons dans nos climats aucun arbre qui présente un feuillage aux teintes aussi rompues. Le dessous des feuilles est d’un vert gris merveilleux, et le dessus d’un gris clair bleuté indéfinissable ; aussi, lorsqu’ils sont secoués par le vent, si le temps est un peu orageux, les saules se dessinent en masses argentées sur le ciel.
COUP D OEIL SUR LA NATURE
La coloration du tronc est belle, surtout à l’intérieur, et par
son opposition vigoureuse avec celle du feuillage (fie 108).
En résumé, par sa forme et sa grandeur, qui reste toujours dans des proportions moyennes, par son ensemble et surtout par sa finesse de coloration, le saule est un des arbres qui se prêtent le plus à l'interprétation heureuse du peintre.
Pour bien traduire le caractère de cet arbre, le pinceau de martre est préférable à la brosse.
Fig. 109.